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vèdutst 

■UNIYEltSnV ;«FMICmGAN 

^ GENERAL UBUAnV _J 




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BULLETIN 

ARCHÉOLOGIQUE, HISTORIQUE ET SCIENTIFIQUE. 



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BULLETIN 

DE LA 

SOCIÉTÉ ARCHÉOLOGIQUE 

HISTORIQUE ET SCIENTIFIQUE 

DE 

SOISSONS. 



Révère gloriam veterem et hanc ipsam 
senectutem qu», io homioe venerabilis, in 
urbibas, monamentis sacra est. 

Pline le Jedne; liv. vui; 6ptt. xiv. 



TOME SEPTIÈME 

( série) 



ON SOUSGRKT 



SOISSONS, 

tu Secrétariat 
de9la société. 



PARIS, 

à la librairie arohéologiqne 

VICrOB DIBRON 

Rue Haaiefeuille, 13^ 



IfDGGGLXXVn. 



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BULLETIN 



SOCIÉTÉ ARCHEOLOGIQU 
HISTORIQUE ET SCIENTIFIQVE 
DE SOISSONS. 



PREMIÈRE SÉANCE. 



iTier isw«. 



Présidence de M. DE LA PRAIRIE. 

téK«>S>«)«) 



Le procès-yerbal de la dernière séance est lu et 
adopté. 

OUVRAGBS OFFERTS BT DEPOSES. 

1» Mémoires de la Société d* agriculture, sciences et 
arts de Douai, 2« série, t. 12, 1873-1874. 

2» Revue des Universités catholiques, 20 décembre 
1876, no 4. 

3* Mémoires de la Société Smithsùnnienne, Annual 
Report, 1874, et Ckronological observations, ou Intro- 
duccd animais and plants, 1854. 



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- 6 - 

4® Bulletin de la Société Nivemaise des sciences, 
lettres et arts, 2« série, t. 7, 1875. 

50 K Investigateur y 41« année, septembre-oct, 1875. 

6® Romania, n® 15-16, juillet-octobre 1875. 

70 La Conversazione, fascicolo 1«', Bologne. 

8<> Bulletin de la Société historique de Compiègne, 
t. 2, 2« fascicule, 1875. 

9® Annahs de la Société historique de Châteaur 
Thierry, 1873. 

RENOUVELLEMENT DU BUREAU. 

Le scrutin de vote, ouvert de deux heures à quatre 
heures, donne le résultat suivant : 

Président: M. De la Prairie ; 

Vice-Président: M. Piette ; 

Secrétaire : M. Fabbé Pécheur ; 

Vice Secret-Archiviste: M. Branche de Flavigny ; 
Trésorier: M. Collet. 

En conséquence, ces Messieurs sont proclamés mem- 
bres du Bureau pour Tannée 1876. 

COMMUNICATIONS ET TRAVAUX. 

M. le Président donne lecture du compte-rendu des 
travaux de Tannée précédente. 

Messieurs, dans la première séance de cette année, 
je me soumets, comme je l'ai toujours fait, au désir 
que vous m'avez souvent manifesté de faire une revue 
rétrospective du volume qui vient de se terminer avec 
Tannée même. 

Je voudrais pouvoir donner à mon rapport une forme 
qui le rendit intéressant à vos yeux ; mais si je n'y 



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- 7 - 

réussis pas, j'espère que vous reconnaîtrez qu'un tra- 
vail recommencé tant de fois est nécessairement em- 
preint d'une certaine monotonie et présente peu d'at- 
traits à celui qui en est chargé. 

Quoique nos derniers volumes soient aussi bien rem- 
plis que ceux qui les avaient précédés, ils me semblent 
avoir moins de variété dans leur composition. Les 
notwelles archéologiques sont beaucoup plus rares 
que dans les premiers temps de notre existence comme 
Société. Et si quelques découvertes importantes d'ob- 
jets remontant aux époques dites préhistoriques, et si 
surtout les fouilles de Caranda, dont les briUants ré- 
sultats étonnent tout le monde, ne s'étaient pas pro- 
duites, on pourrait presque penser que notre pays a 
livré tous ses secrets et ne possède plus de trésors 
dans ses entrailles. 

Me permettez-vous. Messieurs, de faire une obser- 
vation qui s'adresse à nous tous? Chacun des membres 
de la Société saisit-il tbutes les occasions qui s'oflFrent 
à lui de donner de la variété à notre bulletin? J'ai peur 
qu'il n'en soit pas ainsi. Pour ne parler que d'un objet, 
nous pouvons, je crois, nous accuser de négliger un 
peu le moyen-âge. Dans notre pays, c'est de beaucoup 
l'époque la plus riche en monuments, en documents et 
même en objets d'art de tout genre : les expositions 
rétrospectives l'ont bien montré. On l'a déjà dit bien 
des fois, mais pourquoi ne pas le répéter, les xv«, xiv«, 
xin« siècles, et surtout le xii«, ont été les plus grands 
siècles des arts et surtout de l'architecture. Comptez 
les monuments qu'ils ont produits et qu'ils nous ont 
laissés, ensuite citez ceux des siècles suivants et vous 
verrez combien ces derniers font triste figure. 

Eh bien, dans l'année 1875, nous n'avons exploité 
aucun filon de cette mine si riche. Ni les églises, ni le 
mobilier du culte, ni nos vieux cartulaires, où il se 
trouve tant de choses, n'ont été le sujet, pour les 



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— « — 

membres de notre Société, du plus petit travail. J'aime 
à croire que cette exception sera unique. 

Les sciences, qui, ordinairement, n'occupent pas 
une très-grande place dans nos publications, sont cette 
fois largement représentées par un travail considé- 
rable que notre collègue, M. Watelet, a intitulé : Essai 
dCune théorie sur la cristallisation. Je ne puis qu'é- 
noncer le titre de ce travail, me reconnaissant tout à 
fait incompétent en pareille matière. Je me borne à 
dire qu'il a été lu par l'auteur aux séances de la Sor- 
bonne, où il a reçu un accueil favorable et que la Re- 
vite des Sociétés savantes eu a rendu compte. 

Nous qui sommes les descendants des vieux Gaulois, 
nous ne pouvons être insensibles aux charmes des 
grands bois ; sans y aller pour cueiUir le gui sacré, 
nous les parcourons toujours avec un très-vif plaisir, 
et, je l'avoue sans en rougir, j'ai lu avec intérêt le 
livre de l'abbé Ghollet, qui a fait rire tant de monde. 

Nous avons donc bien accueilli V Essai historique de 
M. Michaux, sur la forêt de Villers Cotterêts. Mais 
notre collègue ne s'est pas borné à Y histoire de la fo- 
rêt, il en a décrit les sites, il a rappelé les superstitions 
et croyances populaires dont elle était l'objet, et les 
découvertes qui y avaient été faites ; il a donné l'ana- 
lyse des lois qui ont régi les forêts à partir de Charle- 
magne ; il a en particulier recueilli les ordonnances si 
sévères sur la chasse. V Essai sur la forêt de Villers- 
Cotterêts^ de M. Michaux, fournit, comme vous le 
voyez, beaucoup de renseignements ; il pourra donc 
être consulté souvent, très-utilement. M. Michaux pa- 
raît connaître parfaitement la forêt de Yillers-€otte- 
rêts. J'espérais, quand il a commencé la lecture de son 
travail, qu'il allait nous parler d'un assez grand 
nombre de monuments m^alitiques des Gaulois ayant 
résisté aux assauts du temps; mon attente a été 
trompée. En 1862, je me suis chargé de faire le ré- 



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- 9 — 

pertoire archéologique du canton de Yillers-Cotièrdte; 
mon travail fut adressé au ministère de l'instruction 
publique, et dans la réponse que je reçus, on me fai- 
sait observer que j'avais à peu près absolument négligé 
de parler des Dolmens, menhirs et autres monuments 
gaulois. M. Michaux m'a fait voir que je n'étais pas 
coupable d'une grande négligence. Il n'en est pas 
moins étonnant que des bois d'une étendue aussi con- 
sidérable et qui ont certainement toujours existé, 
n'aient pas conservé plus de traces des premiers 
hommes qui les fréquentaient. 

Je vous fais passer, messieurs, sans transition du 
calme des forêts aux horreurs de la guerre. En effet, 
j'ai à vous rappeler que M. Piette nous a lu son Régi- 
ment de Vervins, où il n'est naturellement question 
que de faits militaires. Vers la fin du xvii« siècle, les 
guerres de religion avaient forcé Richelieu à armer 
beaucoup de troupes et à former des régiments. Parmi 
ces régiments on comptait celui de Vervins, que Claude 
Roger de Comminges, marquis de Vervins, fut chargé 
de lever. Quoique le rôle de ce régiment n'ait pas été 
extrêmement brillant, Tarticle de M. Piette a de l'in- 
térêt ; et puis c'est de la véritable histoire du dépar- 
tement deTAisne. 

Levé en 1632, le régiment de Vervins fut licencié 
en 1658. M. Piette le suit pendant les 26 ans de son 
existence. Il est d'abord envoyé dans le Languedoc où 
on ne voit pas qu'il se soit battu. En 1633, il prit une 
part active à la guerre qui se faisait en Lorraine. En 
1634 et 1635, il était employé dans l'armée d'Allemagne. 
M. Piette le montre ensuite jusqu'à la fin de sa carrière 
engagé dans un grand nombre d'affaires, mais n'ayant 
pas Toccasion, si ce n'est au siège d'Arras, de faire de 
ces actions d'éclat qui décident du sort des batailles. 
Pour faire son Régiment de Vervins, M. Piette n'a pas 



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- 10- 

reculé devant la nécessité de consulter une foule de 
documents et de mémoires. 

Un grand nombre d'auteurs ont voulu écrire sur la 
Révolution. 11 en a été fait plusieurs histoires; en 
outre bien des mémoires ont été publiés, mais on aura 
beau multiplier les récits sur cette époque, il restera 
toujours quelque chose à dire pour ceux qui voudront 
se livrer à de nouvelles études. La Révolution de 1789 
ayant tout attaqué, ayant voulu tout changer, il est 
naturel qu'on ne puisse pas épuiser ce qu'il y a à en 
dire. M. Collet, qui a sous la main les archives de la 
ville, en a tiré le sujet d'articles intéressants qui ont 
été insérés dans notre dernier volume. 11 commence 
par donner quelques détails sur la manière dont s'est 
opérée la destruction prescrite des symboles religieux, 
tels que croix et coqs surmontant les clochers, et sur 
la défense faite aux religieux et religieuses de porter 
Je costume ecclésiastique. Dans une seconde partie, 
il raconte les derniers jours des bénédictines du prieuré 
conveotuel de Braine et les tribulations par lesquelles 
elles ont passé. Parmi les noms des 26 religieuses qui 
composaient alors la communauté, il s'en trouve plu- 
sieurs de familles qui existent encore dans le Soisson- 
nais. Enfin, dans sa troisième partie, M. Collet a fait 
l'histoire de deux émigrés, le mari et la femme, pen- 
dant ces temps où presque toutes les personnes appar- 
tenant à la noblesse étaient proscrites et soumises à 
toute espèce de vexations. 

Ce que nous a donné M. Collet, ce sont des épisodes 
qui ont leur intérêt et qui ajoutent des détails précis 
à ce que Ton sait. Les grandes histoires, au contraire, 
reproduisent les faits généraux et montrent les im- 
menses changements que la Révolution a amenés dans 
les institutions politiques de la France. Le côté que 
j'appellerai intime me paraît avoir été négligé, c'est 
celui des modifications qui se sont opérées dans les es- 



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- 11 — 

prits, dans la manière de voir, dâ sentir, de juger, de 
parler, changements qui ont été tels que, dans leur 
jeunesse, les hommes aujourd'hui âgés pouvaient cons- 
tater dans leurs rapporte avec leurs pères, des diflTé- 
rences très-sensibles entre les hommes du xviii« siècle 
et ceux du xix«. Certainement les générations qui se 
succèdent ne restent pas immobiles dans leurs mœurs 
et leurs idées, mais les changements, qui, dans d'autres 
temps, auraient demandé cent ans, se sont fait en 
quelques années. 

Je viens de parler des changements qui s'opèrent 
dans l'esprit des hommes surtout de ceux des ha- 
bitants des villes, je puis ajouter que les villes elles- 
mêmes changent d'aspect aussi, et souvent en peu de 
temps ; il en est ainsi de Soissons et il est bon de le 
constater. Nous avons donc remercié M. Laurent de 
nous avoir communiqué un dessin des alentours du 
pont, qui indique un état des lieux qui n'existe plus 
aujourd'hui. 

Jamais on n'a tant parlé et on ne s'est tant occupé en 
France, et à juste titre, de l'instruction publique, en 
particulier de l'instruction primaire. Ce qui est parti- 
culièrement du ressort de notre Société, c'est son his- 
toire plutôt que les questions qui touchent aux théories 
de son application. Notre collègue, M. Choron, a eu donc 
une heureuse idée en faisant de longues recherches 
sur ce qu'elle a été dans le Soissonnais dès les époques 
les plus anciennes. Dans un premier article publié 
dans le 18* volume de notre Bulletin (année 1864), il 
a donné l'introduction de ce long et important travail. 
M. Choron y dit seulement quelques mots sur le peu 
que devait être l'instruction chez les Gaulois; il s'arrête 
davantage sur ce qu'avaient fait les Romains après la 
conquête ; passant rapidement en revue tous les siècles 
qui ont suivi, il arrive à la Révolution de 1789. Notre 
volume de 1866 contient seulement quelques pages du 



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- i2 - 

chapitre I«', intitulé : Avant Charlemagne. Au con- 
traire, celui dont je vous rend compte, donne la suite 
très-étendue et très-intéressante de ce chapitre. Nos 
volumes suivants contiendront la fin de cette histoire 
de l'instruction primaire dans notre pays- Nous atten- 
drons cette fin pour porter un jugement d'ensemble 
sur le travail de M. Choron. Disons seulement que l'on 
ne comprend pas comment notre collègue, au milieu 
de SCS occupations si nombreuses et si variées, a pu 
trouver le temps de se consacrer à des recherches éga- 
lement si nombreuses et si variées. 

Depuis que les Sociétés archéologiques se sont for- 
mées, on ne se borne plus à consulter les bibliothè- 
ques et les archives publiques, on va fouiller partout, 
et, comme nous en avons eu la preuve ici, on trouve 
dans les études de notaires, par exemple, des rensei- 
gnements curieux sur les habitudes, les usages des 
siècles passés et même sur des faits qui touchent à 
l'histoire générale. J'ai cru entrer dans les vues qui 
ont été exposées à ce sujet par le ministere de l'ins- 
truction publique, en vous présentant le dépouillement 
des titres de propriété de ma maison de Soissons. Je 
ne suis pas arrivé à un résultat bien important ni bien 
curieux. Cependant les personnes qui voudraient étu- 
dier la ville de Soissons elle-même y trouveront des 
renseignements assez nombreux sur divers sujets, en 
particulier sur l'enceinte fortifiée de la ville, sur les 
rues et les noms de ses anciens habitants. 

Dans le courant de cette année 1875, M. le ministre 
de l'instruction publique a demandé à notre Société, 
comme aux autres Sociétés savantes, un rapport sur son 
origine, ses progrès et ses travaux. M. Piette a bien 
voulu se charger de répondre à ces questions. Mais 
comme il y avait avantage pour nous à pouvoir con- 
sulter ces renseignements, le travail de M. Piette a 
été inséré dans notre dernier volume. 



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-13^ 

Vous vous rappelez, Messieurs, que M. Tabbé Pé- 
cheur^ notre secrétaire, nous a fait dans diverses séan- 
ces des lectures sur des sujets importants. Il est re- 
grettable que notre bulletin n'ait pas pu les reproduire, 
l'auteur ayant voulu les compléter en se réservant de 
les donner plus tard. 

M. Collet, trésorier, rend ses comptes à la compagnie 
pour l'année 1875. Ils sont approuvés et signés par le 
Bureau. 

Un membre est amené, à propos d'un portrait ina- 
chevé de M. de Pougens que possède le Musée, à de- 
mander s'il ne serait pas opportun de faire une étude 
sur le groupe littéraire connu dans le pays sous le nom 
de Société de Vauœbuin, et il cite, après le célèbre 
littérateur-philosopbe et philologue, le nom de M. Lorin, 
son secrétaire, de l'abbé Daux, curé de Vauxbuin, de 
M°>« Maréchal, auteur de plusieurs romans et qui, on 
se le rappelle, fonda un prix de 10,000 francs, pour la 
nieilleiire histoire de Soissons, prix qui a été remporté 
par MM. Henri Martin et Paul Lacroix, etc. 

La Société adopte pleinement cet avis, d'autant plus 
que les souvenirs de l'époque où la Société de Vaux- 
buin existait, s'eflfacent de jour en jour et bientôt dis- 
paraîtront avec ceux qui en furent les contemporains. 

M. l'abbé Dupuy se chargerait volontiers de cet in- 
téressant travail. Il sait où se trouvent les documents 
concernant cette Société. Ces documents, joints aux 
souvenirs qu'en ont conservés plusieurs Soissonnais, 
en formeraient les matériaux précieux. Des encoura- 
gements en ce sens sont donnés à M. l'abbé Dupuy. 



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- 14 - 

M. Choron dépose sur le bureau divers spécimens de 
haches celtiques, donnés au Musée par M. Fradin de 
Linières, lieutenanlrcolonel du 67* régiment de ligne, 
en garnison àSoissons et recueillies par M. N., ingé- 
nieur de la Compagnie d'Orléans. Une description de 
ces objets sera donnée ultérieurement. 

M. Watelet donne lecture d'une iVbfe'c^ imprimée sur 
des découvertes de sépultures dmis Seine^t-Mame^ 
V Aisne (à Caranda, près de Fère) et dans Loir-et-Cher, 
par M. Gabriel de Mortillet. Cette lecture donne lieu à 
une discussion intéressante sur la rencontre de haches 
en pierre polie dans le cimetière mérovingien de Cla- 
randa, de laquelle il résulte que ces objets sont les 
représentants d'une ancienne sépulture anté-gauloise 
transformée avec le temps en une sépulture mérovin- 
gienne, ou bien qu'ils furent jetés dans celle-ci comme 
des objets de superstition, par les Mérovingiens. Quoi 
qu'il en soit, ce n'est pas sans étonnement qu'on re- 
marque que dans ces sépultures on ne trouve guère 
d'antiquités de l'époque intermédiaire séparant l'épo- 
que antéhistorique de l'époque mérovingienne, autre- 
ment dite époque gallo-romaine. 

Le même membre lit une note sur les hachettes et 
armes en bronze 



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-i5- 

NQTIGE SUR L'AGE DE BRONZE 

DANS LE DEPARTEMENT DE LAISNE. 



L'âge de bronze est cette longue période de temps 
qui s'est écoulée entre l'âge de pierre et l'âge de fer. 

Nous ne prétendons cependant pas dire que l'emploi 
de la pierre ait cessé dès l'apparition du cuivre ou 
du bronze dans les usages que l'homme a pu faire de 
Tune et de l'autre de ces substances. Nous savons que 
l'emploi de la pierre a continué pendant longtemps 
encoreaprès l'apparition des métaux, de même le bronze 
n'a pas cessé d'être mis en usage, bien que le fer ait 
été découvert. Nous disons seulement que l'apparition 
du bronze est postérieur à l'emploi de la pierre et que 
la découverte du fer a succédé, après un temps fort 
long, à celle du bronze. 

La découverte des métaux, particulièrement du cui- 
vre et de l'étain, paraît avoir été faite par un peuple 
particulier et ledit usage s'être répandu de proche en 
proche, soit par le mélange d'un peuple conquérant, 
soit par commerce sur les côtés, soit enfin par im- 
mixion de peuplades nomades. 

La science n'est point encore bien axée à cet égard. 
En continuant les études avec soin et persévérance on 
trouvera sans doute le centre de la découverte du 
bronze et la trace des migrations du peuple en posses- 
sion de ce métal dont l'introduction a ouvert une nou- 
velle ère pour les progrès et la civilisation de l'huma- 
nité. Il est donc bien important de signaler toutes les 



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^16- 

trouvailles et de bien préciser la forme des objets ainsi 
que toutes les circonstances de leur gisement. La faune 
qui accompagne quelquefois ces objets est d'une im- 
portance capitale et doit être déterminée avec toute la 
science désirable. La céramique peut aussi apporter 
d'utiles renseignements. On doit enfin tenir note de 
tout ce qui peut servir à la manifestation de la vérité. 
C'est à ces conditions qu'on pourra refaire l'histoire 
d'un peuple dont l'existence même a échappé à la mé* 
moire des hommes. 

n serait prudent de ne pas trop se hâter de faire une 
théorie ; il vaut beaucoup mieux, dans l'état de nos 
connaissances, suivre encore la méthode analytique 
que de procéder à une synthèse qui ne reposerait 
que sur un nombre trop restreint de documents. Ce- 
pendant, un fait bien acquis à la science, c'est que 
l'usage du bronze répond à une époque spéciale et bien 
définie. 

La tradition ne nous a presque rien appris de l'âge 
de la pierre ni de celui du bronze. En effet, l'étude des 
auteurs anciens ne nous révèle rien de positif, et les 
documents écrits sont d'une rareté vraiment remar- 
quable. Cependant le poète Lucrèce s'exprime ainsi : 

c Arma antiqua manus, ungues, dentesque fuerunt 

< Et lapides et item sylvarum fragmina rami 

c Et flammse atque ignés postquam sunt cognita primum. 

c Posterius ferri vis aerisque reperta 

c Et prior œris erat quam ferri cognitus usus. 

(Liv. V. De Natura r«t»m.) 

Les premières armes des hommes furent les mains, 
les ongles et les dents, ainsi que les pierres et les 
branches enlevés aux forêts. Ensuite furent connus la 
flamme et le feu. Plus tard on découvrit l'usage et la 
puissance de l'airain et du fer, mais l'airain avait été 
connu et employé avant le fer. 

Rarement les auteurs grecs ou latins sont-ils aussi 



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- n ^ 

précis et aussi afllrinatifs pour les choses antéhistori- 
ques ; aussi se demande-t-ou comment le poète peut 
énoncer et même insister sur la succession des trois 
principales périodes de la civilisation humaine, recon- 
nues par la science moderne ; d'où lui venaient ses 
renseignements ? Existait-il à son époque une tradi- 
tion orale sur les principales phases de la vie des 
hommes primitifs ? 

Des recherches minutieuses dans les livres d'Homère 
pourraient peut-être apporter quelques éclaircissements 
pour répondre à ces diverses questions. Nous ne con- 
naissons encore aucun travail exécuté depuis les 
idées nouvelles relativement aux différentes étapes par- 
courues par la civilisation progressive de l'humanité. 

Cependant M. Schliemann, dans le but de s'éclairer 
sur la civilisation d'une des époques mythologiques, fit 
exécuter des fouilles sur un emplacement de la Troade 
qu'il supposait être le sol de la ville de Troie ; une 
réussite complète vint couronner ses efforts, car il mit 
au jour des objets dont il a formé une collection ex- 
trêmement remarquable et fort précieuse. La forme 
des objets de bronze, seul métal, ainsi que l'or et l'ar- 
gent, dont il ait pu constater la présence, n'a d'ana- 
logie avec aucun autre objet des stations du bronze 
connues jusqu'à ce moment. Ces témoins métalliques de 
la civilisation de Troie restent donc absolument isolés 
ainsi que tous les produits de la céramique découverte 
en môme temps. 

Cette remarquable circonstance n'est cependant pas 
sans exemple dans l'histoire. En effet, nous savons que 
les Grecs excellaient dans les arts, leur très-remar- 
quable statuaire en fait foi ; en effet, si l'on vient à 
chercher chez les différentes nations contemporaines, 
on ne trouve rien qui approche de la beauté de leur 
sculpture. 

La civilisation de la Troade pouvait être dans le 

3 



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- 16 - 

même cas, lôors produits artistiques pouvaient aussi 
rester isolés au milieu de Tindustrie du bronze et de 
la pierre. 

Ce qui pourrait nous couflrjner dans cette idée, c'est 
une circonstance unique remarquée par M. Schliemann. 
Cet habile observateur a constaté que sur l'emplace- 
ment supposé de la ville de Troie les parties superfi- 
cielles sont de l'époque de la pierre, tandis qu'à me- 
sure que l'on creuse, les objets appartiennent à une 
civilisation plus avancée, sans cependant qu'il y ait 
fusion entre les époques qui toujours restent brusque- 
ment tranchées. Ce fait à lui seul indiquerait un mou- 
vement de population, car si on considère les formes 
des objets de bronze et des différents spécimens de 
l'industrie céramique, on peut penser que longtemps 
après la chute de Troie les populations les plus rap- 
prochées sont venues s'établir sur le sol primitivement 
occupée par la malheureuse ville et que par la suite 
une émigration ayant laissé de nouveau le sol inha- 
bité, d'autres populations plus arriérées se sont aussi 
établies sur le même endroit. Ce fait semble démontré 
par l'intermittence des couches de terrain renfermant 
des objets de l'industrie humaine, puis d'autres abso- 
lument stériles pour retrouver plus profondément 
d'autres objets façonnés de main d'homme. 

Malheureusement les épaves métalliques ou cé- 
ramiques des différentes civilisations ont été seules 
remarquées, tandis que rien n'a été dit sur la faune 
existant à chaque époque. La liste des animaux mêlés 
aux objets de l'industrie nous aurait été d'un grand 
secours pour déterminer les époques relatives des ob- 
jets successivement découverts. 

Si M. Schliemann a réellement trouvé le véritable 
emplacement de la ville de Troie, nous avons une dé- 
monstration de l'existence de l'âge de bronze résultant 
des ol\jets eux-mêmes; nous possédons en plus les 



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- 19 - 

vers de Lncrêce et ce sont là les seules preuves tirées 
de rantiquité elle-même. 

Les recherches des modernes nous apportent des 
preuves beaucoup plus nombreuses et bien plus con- 
cluantes de la spécialité de Vâge de bronze. Les prin- 
cipales sont fournies par une partie des habitations 
lacustres nommées palafitteâ ; par les terramares, par 
les tourbières, et enfin par une foule de stations qui 
n'ont reçu aucun nom particulier. 



HABITATIONS LACUSTRES. 



Ou donne le- nom d'habitations lacustres aux cons- 
tructions établies sur pilotis près des rives des lacs ou 
sur le bord des fleuves. 

Pour les établir on commençait par disposer des 
pieux, puis on les fixait verticalement dans Teau et à 
quelque distance du bord soit du fleuve, soit du lac ; 
on plaçait ensuite une plate-forme qui devait suppor- 
ter les huttes en usage à cette époque, n existe encore 
maintenant des tribus sauvages qui se construisent des 
habitations tout à fait analogues et dans des circons* 
tances de lieux identiques à celles des anciennes de* 
meures lacustres, dont le souvenir s'était perdu, même 
dans les localités où elles ont été établies et retrou- 
vées. 

Les demeures lacustres se rapportent respective- 
ment à deux époques différentes et tout à fait distinc- 
tes : les plus anciennes prennent le nom de cranoges, 
et les plus récentes celles de palafittes. 

Dans les cranoges les pieux sont maintenus dans 
leurs positions respectives par des pierres relativement 
petites apportées dans des barques et que Ton jetait 
entre les pieux. Ces matériaux accumulés en quantité 



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— 20 - 

suffisante formaient une éminence sous-marine et 
fixaient les pieux d'une façon fort solide. Maintenant 
on ne rencontre plus que les pieux fixés comme il 
vient d'être dit et entre lesquels on ne trouve jamais 
que des haches en pierre polie avec quelques autres 
instruments en silex dont un certain nombre sont des 
époques précédentes, mais jamais de traces de mé- 
taux. 

Les poteries ont un caractère qui les ferait recon- 
naître en Fabsence de silex travaillés ; la faune est 
très-distincte de celle de la pierre éclatée ou paléoli- 
thique ; elle est très-différente aussi de celle de l'épo- 
que du bronze en partie connue. Jamais dans les cra- 
noges on ne rencontre d'ossements du renne ; cette 
espèce avait déjà complètement disparu, tandis que 
dans les temps antérieurs ces animaux étaient fort 
communs. 

Les palafittes, quoique semblables à la première 
vue, se distinguent facilement des cranoges par suite 
d'un examen attentif. 

Dans les palafittes les pieux ont été enfoncés dans le 
sol vif, sans qu'il ait été besoin d'apporter de maté- 
riaux pour les mainteair à leur place et les consoli- 
der. Ce caractère à lui seul suffirait pour faire recon- 
naître les palafittes. 

Entre les pieux de ces anciens établissements on 
trouve des pièces assez nombreuses de formes variées 
et toujours en bronze. Très-oxceptionnellcmeut on peut 
trouver quelques objets des époques précédentes, mais 
jamais le fer n'y fait apparition. 

Ce métal était absolument inconnu à la première 
époque du bronze, tandis que vers la fin de la même 
période on voit quelques pièces en fer, mais dont l'as- 
pect rappelle fortement celle des objets en bronze. 

Comme on le voit, les formes changent avec le 



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-. 2i — 

temps, mais presque toujours il y a une sorte de fusion 
entre une époque et la suivante. 

Les terramares sont des amas de cendres et de dé- 
tritus de toutes sortes ; ces dépôts se trouvent parti- 
culièrement en Italie. Si on exploite d'une manière 
méthodique les terramares, on observe que les objets 
de l'industrie humaine ne sont pas répartis au hasard 
et que, bien au contraire, ils se présentent dans un or- 
dre invariable, suivant les couches plus ou moins pro- 
fondes. 

Les parties inférieures recèlent des pièces de la 
première époque du bronze, puis des pièces étrusques 
et peut-être supérieurement d'autres objets d'une épo- 
que plus récente. 

Les terramares nous démontrent donc que les objets 
de l'industrie humaine sont, comme ceux d'histoire 
naturelle, stratifiés par époque. 

Toutes ces circonstances de gisement indiquent bien 
une succession; elles donnent des dates relatives, mais 
qui jusqu'à présent ne peuvent être chiffrées : les 
chronomètres propres à déterminer les époques sont 
encore à trouver; les essais en ce genre donnent des 
résultats encore trop incertains pour être acceptés par 
la science. 

Dans le nord de l'Europe on connaît des tourbières 
fort nombreuses et fort profondes. Si on vient à les ex- 
ploiter scientifiquement, c'est-à-dire couche par couche 
et de façon à pouvoir constater ce que chacune ren- 
ferme, on reconnaît bientôt que les végétaux en partie 
décomposés de la tourbière sont de nature différente 
suivant la profondeur à laquelle on parvient. Ceux qui 
se montrent dans les parties les plus superficielles res- 
semblent à la végétation qui se développe maintenant 
dans les contrées où gisent ces tourbières ; plus pro- 
fondément on trouve des débris d'arbres forestiers qui 
ne végètent plus spontanément dans la contrée; plus 



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-^ 22- 

inférieurement en<5oré on rencontre un changement 
nouveau, de sorte que les différentes essences sont ré- 
gulièrement stratifiées. 

Les assises les plus profondes contiennent du silex, 
les couches moyennes recèlent des objets en bronze 
avec la céramique bien caractérisée telle qu'on la ren- 
contre dans les palafittes. Enfin les parties supérieures 
montrent des objets en fer et des ustensiles de la der- 
nière civilisation. 

n est donc bien évident que Tindustrie la plus an- 
cienne appartient à Tépoque de la pierre ; que celle qui 
a suivi est caractérisée par des objets en bronze, et 
qu'enfin la plus récente est bien celle du fer. 

A ces preuves stratigraphiques viennent s'ajouter 
les caractères fournis par les faunes propres à chaque 
époque et, comme nous venons de le voir, par une 
flore qui ne peut laisser aucun doute sur sa nature ni 
sur sa succession. 

AGE DE BRONZE 

DANS LE DÉPARTEMENT DE l'AISNE. 

L'âge de bronze n'a laissé dans le département de 
l'Aisne qu'un nombre très-restreint de pièces que Von 
peut lui attribuer sans contestation. 

Les trouvailles se sont réparties sur des points rela- 
tivement très-éloignés les uns des autres, et presque 
tous les arrondissements du département de l'Aisne 
ont fourni quelques pièces assez intéressantes, mais 
toujours peu nombreuses. 

Les cranoges et les palafittes étant établis sur le bord 
des lacs, il n'est pas étonnant de n'en pas trouver dans 
l'Aisne, puisque les lacs d'une certaine dimension y 
font défaut; mais les habitations lacustres se sont 
quelquefois rencontrées sur le bord des fleuves et des 



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rivières, les. bards de la Saône en font. foi. De plu»^ on 
a aussi constaté des indices de ces habitations dans les 
terrains marécageux ; dès lors il n'est plus impossible 
de trouver dans nos environs des indices d'habitations 
lacustres. M. Harant, agent-voyer d'arrondissement à 
Château-Thierry, nous a assuré que dans quelques 
tourbières de son arrondissement il avait constaté des 
pilotages. Ce fait très-intéressant mériterait une étude 
sérieuse. Jusqu'à ce moment nous n'avons pas. assez 
de détails sur ces pilotages pour en faire l'objet d'un 
travail particulier. 

Les tourbières ne nous ont offert que peu de faits 
intéressants. Voici ce qui est parvenu à notre connais- 
sance : 

M. Reveillère Lepaux a laissé une note dans les 
annales du muséum d'histoire naturelle en 1807, où il 
a relaté des faits intéressants ; mais les observations 
manquent de précision. Dans la commune de Buire 
(Somme) il a constaté dans une tourbière à peu de 
profondeur : 

!• Un coUier en ambre jaune dont il donne la des- 
cription et qui reposait dans la tourbe d'une manière 
naturelle, c'est-à-dire que les perles étaient dans un^ 
disposition que l'on adopte ordinairement ; 

2« Des ossements de bœuf, probablement le Bos pri- 
migenius, si l'on en juge par les dimensions indiquées, 
mais en l'absence de description scientifique et de fi- 
gure^ il est impossible de rien assurer ; 

3^ Ossements de cerfs dont l'espèce n'est pas déter- 
minée ; 

40 Des troncs d'arbres et autres objets qui ne peu- 
Tent rien constater relativement à l'époque pendant 
laquelle le collier a été enfoui. 

M. l'abbé Lambert a aussi constaté que dans les tour- 
bières de St-Simon on rencontre des vases d'une forme 
préhistorique avec des ossements de castor et quelques 



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-É4- 

autres ayant appartenus à des animaux aquatiques. 
Ces objets n'indiquent qu'une époque relativement ré- 
cente. L'intérêt en est donc amoindri. 

Il a été trouvé aussi dans le département de TAisne 
quelques autres objets de l'époque du bronze, mais ils 
ne sont pas assez connus pour que nous puissions en 
donner une description satisfaisante. Parmi ces objets 
sont quelques torques, mais ils me paraissent gaulois 
et non pas de l'âge de bronze proprement dit. 

On pourrait citer quelques ornements provenant de 
Chassemy, mais dans les tombes inférieures ; M. Four- 
naise, instituteur, dont on regrette la perte, avait plu- 
sieurs torques et autres objets en bronze, mais ils ap- 
partiennent, suivant toute apparence, à une époque 
relativement récente. Ces objets n'ont donné lieu à 
aucun travail ; nous ne pouvons en parler que pour 
mémoire. 

Voici la description des principales pièces de bronze 
dont nous avons eu une connaissance suffisante. 

HACHES. 

Les haches en bronze trouvées dans le département 
de l'Aisne se rapportent à deux types différents Les 
unes, dans la partie supérieure, sont évidées latérale- 
ment de deux côtés opposés pour recevoir le manche 
qui devait être fendu ; les autres haches portent supé- 
rieurement une douille creusée dans la longueur de la 
hache pour loger le manche, qui, dans cette sorte, de- 
vait être courbé. Ce dernier type s'est rencontré dans 
l'Aisne plus fréquemment que le premier. 

HACHES A DOUILLE DE LA VALLEE DE SOISSONS. 

Cette hache a été trouvée aux environs de Soissons, 
on ne sait plus dans quelle circonstance, mais sa forme 



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-85 - 

suffit pour ne laisser aucun doute sur Tépoque à la- 
quelle on doit la rattacher. ' 

Elle présente deux de ses faces latérales en quadri- 
latère allongé dont les grands côtés sont un peu cour- 
bes, tandis que les deux autres faces sont triangulaires. 
La base commune des faces quadrilatérales est un peu 
élargie, afin de donner un peu plus d'étendue à la 
partie coupante. 

La partie supérieure est très-obscurément quadrilatère 
et elle porte deux nervures transversales à partie sail- 
lante. Cette saillie est un peu arrondie ; la nervure in- 
férieure est beaucoup plus petite que la supérieure qui 
borde rentrée de la douille. Sur l'un des côtés trian- 
gulaires, et en haut, on remarque un petit anneau qui 
devait servir à fixer le manche et peut-être aussi pour 
suspendre la hache. 

Cet instrument, évîdé jusqu'au fond, a été fondu, 
car on reconnaît les rebarbes laissées par la jointure 
des parties du moule. 

La hauteur est de 0°'020, la largeur, en haut, sur 
les faces quadrilatères, O^^CMO ; la largeur de sa partie 
coupante, O'nOéS; largeur du haut des faces triangu- 
laires, 0»042. 

Collection du Musée de Soissons. 



HACHE DB CONDB-SUR-fiUIPPB. 

La description de cette hache nous conduirait à ré- 
péter mot à mot celle de la hache précédente. Cepen- 
dant les dimensions sont un peu différentes. Tout le 
reste est identiquement semblable. Cet échantillon est 
cassé par le milieu ; la cause de sa rupture paraît due 
à l'ozidation du métal. 

Collection de M. Piette. 

Cette hache ne diffère des précédentes que parce 

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Qu'elle ne porte qu'une nervure au sommet. Cette pe- 
tite hache est bien conservée. 

Les dimensions sont : hauteur 0°K)80, largeur de la 
partie coupante, 0"»03i ; du sommet évidé, 0^^028. 

Ces deux haches ont été trouvées en un même lieu ; 
il y avait aussi un moule dont nous n'avons pas pu 
prendre connaissance, mais le fait mérite d'être re- 
marqué. 

Collection de M. Piette. 

HACHE DE OROUTTES PRES CHARLY. 

Cetéchantillon est en tout semblable à la première 
de celles que nous venons de décrire ; cependant la 
nervure supérieure est notablement plus forte. Quant 
aux dimensions, elles ne diffèrent que d'une manière 
insensible. 

Cette hache n'a pas été trouvée seule, elle était ac- 
compagnée de plusieurs fragments provenant de haches 
qui paraissent avoir été identiquement les mêmes, 
ainsi que de fers de lances et d'autres instruments 
dont nous n'avons pas reconnu l'usage, plusieurs étant 
trop mutilés pour pouvoir être décrits d'une manière 
utile. 

Ces objets appartiennent à M. Varin, artiste gra- 
veur fort distingué, qui habite Crouttes où les objets 
ont été trouvés. 



HACHES ÉVIDÉES SUPÉRIEUREMENT. 



HACHE DE MONTIGNY-L'ENORAIN. 

Cette hache présente dans son profil un long paral- 
lélipipède, qui, à partir du milieu, va en s'élargissant 
par une surface courbe latéralement pour former le 



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- 87 - 

tranchant qui, dans ce type, a une certaine largeur çt 
qui est fortement convexe ; la partie supérieure est 
creusée en forme de bateau, mais dont l'extréiQité su- 
périeure n'a point de bord ; la partie inférieure de 
cette excavation est arrondie et bordée par une ner- 
vure assez épaisse et assez large. Au-dessous on re- 
marque une nervure triangulaire dont le sommet se 
prolonge en s'atténuant jusque vers le tranchant pour 
disparaître à quelques centimètres du bord inférieur. 
La hache, vue sur son épaisseur, présente une espèce 
de losange à côtés un peu courbes dont les deux infé- 
rieurs sont plus allongés que les autres. 

Les dimensions sont : hauteur 0«»170, largeur au 
tranchant, 0"»072, au sommet, 0*020. 

Cette hache a été trouvée avec deux autres dans un 
tombeau pDlyandrique dont M. d'Arcosse a donné la 
description dans ses Mélanges pour servir à Vhistoire 
du Soissonnais et que nous avons décrite dans notre 
âge de pierre, page 27. 

HACHE TROUVÉS A tA CROIX DE FER. 

Cette hache, du même type que le précédent, diffère 
cependant assez pour mériter une description parti- 
culière. Elle a été trouvée par M. Desouche. 

Cette hache présente à peu près la même forme que 
la précédente, mais au-dessous de la partie évidée qui 
recevait le manche au lieu d'un ornement triangulaire, 
om en remarque un de forme demi elliptique qui con- 
tient dans son intérieur cinq ou six petites lignes sail- 
lantes et dirigées dans le sens de la longueur de la 
hache, sans autre nervure au-dessous. La plus grande 
différence à signaler entre ces deux haches, c'est que 
celle que nous décrivons présente sur son épaisseur un 
profil en amande atténué aux deux extrémités, tandis 



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que Tantre est, sur son épaisseur, franchement qua- 
drilatère. 

Longueur de la hache, O^^ldO, largeur au sommet, 
0«028, au tranchant, 0"»060. 



ÉPÉE EN BRONZE. 

MUSÉB DE SOISSONS. 

« Dans sa séance du 5 novembre 1850, M. l'abbé 
€ Lecomte a présenté, au nom de M. de Labretesch, 
« une épée en bronze trouvée à Paars en creusant un 
€ fossé. Cet objet gisait dans la grève à côté d'un 
€ squelette humain et d'ossements de cheval. » 

Voici la description que nous avons donnée de cette 
belle épée, dans la Revite archéologique (juin 1866, 
p. 444 et 445, avec flg.) , et reproduite dans les matériaux 
pour l'histoire positive et philosophique de l'homme 
(2* année, p. 433). 

Longueur, 0™875. A partir de la pointe, assez aiguë, 
elle s'élargit régulièrement jusqu'au tiers environ de 
sa longueur totale, où elle atteint 0'»055 de largeur, 
puis elle diminue un peu vers la poignée qui est fort 
courbe et aplatie. Au milieu de sa largeur on remar- 
que une nervure qui forme un épaississement demi- 
cylindrique et qui couvre environ un quart de sa sur- 
face. Cette nervure ne commence qu'à quatre ou cinq 
centimètres de la pointe, pour se terminer, en s'élar- 
gissant, tout auprès de la poignée. On voit encore deux 
autres petites nervures, l'une tout auprès de la grosse, 
l'autre au milieu de l'intervalle qui reste jusqu'au 
bord. Huit rivets, qui maintenaient la garuiture de la 
poignée, sont encore adhérents à la lame métallique. 

Quoi qu'on en ait pensé, celte épée est bien de l'âge 
du bronze ; elle ne diffère que peu, pour la forme, de 



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-29 - 

celles qui ont été trouvées dans les stations authenti- 
ques de r^e du bronze ; elle ne penjt donc pas appar- 
tenir à répoque gallo-romaine, comme l'a prétendu un 
de nos membres. Elle n'est pas non plus romaine, 
mais par une autre raison que celle qu'a donné cet ar- 
chéologue, car les Romains n'ont jamais eu d*armes 
de cuivre. 

FER DE LANCE. 

Ce fer de lance a été trouvé à Cuisy-en-Almont, mais 
on ne connaît pas les circonstances de gisement ni les 
objets qui l'accompagnaient. 

Il est composé d'un cône à base circulaire creux sur 
une largeur de 13 centimètres et de 2 pour le diamètre 
de la base. Sur le bord on remarque de part et d'autre 
une espèce d'aile presque circulaire par en bas et qui 
va en s'atténuant jusqu'au sommet. Cette aile com- 
mence à 0°*035 de la base et est assez mince. Cet objet 
a été moulé, car on trouve les traces du moule de part 
et d'autre au milieu de la partie libre de la surface et 
dans toute sa longueur II existe un trou pour la gou- 
pille qui fixait solidement l'instrument à sa hampe. 

Ce fer de lame est d'une difficile attribution, car on 
en trouve de plusieurs époques et souvent en bronze. 

Localité : Osly. 

FERS Dhi LANCE. 

Deux fers de lance font partie de la trouvaille des 
frères Varin, célèbres graveurs qui habitent Crouttes. 
Elles sont en tout semblables à celles que nous venons 
de décrire, et c'est en travaillant la terre que ces ob- 
jets ont été trouvés avec des haches en bronze et un 
assez grand nombre d'autres objets dont nous ne pou- 



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80 



vons déterminer la nature, n'ayant à notre disposition 
que des dessins au simple trait. 

BRACELET EN BRONZE. 



Ce bracelet, d'une forme ovalaire, est une espèce 
d'anneau non fermé, mais qui laisse un intervalle très- 
petit entre ses deux extrémités. La paroi extérieure 
est semi-ellipsoïdale et celle de l'intérieur presque 
plate ; la partie moyenne du bracelet est beaucoup plus 
volumineuse que les extrémités, qui, cependant sont 
terminées par un renflement transversal en forme de 
nervure peu saillante. La surface la plus apparente 
porte des ornements gravés en creux dont il est par- 
fois assez difficile de prendre une idée exacte par suite 
de l'oxidation de la msttière. 

La vue de la flg. 2, pi. 1, en donnera une idée plus 
complète qu'une description ne pourrait le faire. 

Les dimensions du bracelet sont doubles de celles 
de la figure. Il ressemble à beaucoup d'égards à ceux 
que Ton trouve dans les palaflttes de la Suisse. 

Nous avons fait figurer quelques objets trouvés à 
Crouttes par M. Varin, on en peut prendre une idée 
dans les figures de la planche 1^^. 

Les objets de l'âge de bronze trouvés dans le dé- 
partement de l'Aisne sont trop peu nombreux pour que 
l'on puisse en déduire des considéra1;ioûs générales, 
mais les renseignements qu'ils nous fournissent, rap- 
prochés de ceux des départements voisins, peuvent 
amener des conséquences d'une grande importance. 



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Planche 1 




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-«1- 



EXPLICATION DES PLANCHIW. 



PLANCHE 1. 

1 . Bracelet en bronze, 1/2 grandeur. 

2. Vue de la partie intérieure et sur son épaisseur, 1/2. 

3. Vue de la partie postérieure» i/2. 

4. Hache des environs de Soissons, 1/2. 

5. La même vue sur son épaisseur, 1/2 

6. La même vue par-dessus^ 1/2. 

7. Hache de Gondé-sur-Suippe. 

8. La même vue sur son épaisseur, 1/2 . 

9. La même vue de sa partie supérieure, 1/2. 
10. Autre Hache de Condé-sur-Suippe. 1/i. 
il. La même montrant l'épaisseur, 1/2. 

12. La même vue par-dessus, 1/2. 

PLANCHE 2. 

1. Sabre en bronze de Paars, 1/5 grandeur. 

2. Détails du même sabre. 

3. Hache de Gravançon. 

4. La même vue sur son épaisseur, 1/4. 

5. Hache des environs de Soissons, 1/4. 

6. La môme vue sur son épaisseur, 1/4. 

7. Têle de lance de Grouttes, 1/4. 

8. La même vue sjir la partie latérale, i/4. 

9. Fragment d'un objet inconnu, de Grouttes, 1/4. 
10. Le même objet, vu de son épaisseur, 1/4. 

il. Autre objet d'un usage inconnu, de même prove- 
nance, 1/4. 
12. Le même sur son épaisseur avec la figure de« la par- 
tie supérieure, 1/4. 



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-^ SE - 

A roccasion de ce travail et des objets que Ton dé- 
couvre dans les sépultures antiques, plusieurs membres 
se livi^ent à une nouvelle discussion sur la créma- 
tion des corps chez les anciens. M. Tabbé Dupuy, no- 
tamment, soutient, d'après l'abbé Cochet qui fait auto- 
rité en ces matières, que chez les Romains, sauf dans 
un petit nombre de familles, telle que celle des Sel- 
pions, on brûlait tous les corps, même ceux des pauvres 
et que tous les autres tombeaux sont de l'époque mé- 
rovingienne. M. Choron prétend, au contraire, que 
chez les Romains on rencontre des sépultures conte- 
nant des corps entiers et dont la tête est munie du de- 
nier à Caron. On y remarque aussi cette particularité 
qu'elles portent conjointement des signes de christia- 
nisme, mélange de symbolisme chrétien et de symbo- 
lisme payen qui indique la transition des idées payennes 
aux idées chrétiennes. Comme spécimen des deux 
genres on cite les sépultures de Pommiers, près de la 
route nationale de Paris; de Belleu; d'Arcy-Sainte- 
Restitue, qui sont mérovingiennes, et les petits tom- 
beaux d'enfants trouvés près de Pasly, qui sont de 
l'époque romaine et qu'on voit au Musée. A cette der- 
nière époque, on enterrait donc les enfants. Reste à 
savoir si ces petits tombeaux ne sont pas dutemps où 
le christianisme régnait déjà dans }es;Oaules. 

La séance est levée à 5 heures. 

Le Président, Dk la Prâi&le. 
Le Secrétaire, l'abbé Pécheur. 



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BULLETIN 



DB LA. 

SOCIÉTÉ ARCHEOLOGIQUE 
HISTORIQUE ET SCIENTIFIQUE 

DE SOISSONS. 

DEUXIÈME SÉANCE. 

l.«Bdl V Février i8V«. 

Présidence de M. DE LA PRAIRIE. 



Le procès-verbal de laderniôre séance est la et 
adopté. 

OUVRAGES OFFERTS ET DSPOSés. 

lo Bulletin de la Société d'agriculture^ sciences et 
arts de la Sarthe, 2^ série, t. 15, 33« de la collection, 
2» et 3« trimetre de 1875. 

2« Bulletin de la Société des Antiquaires de Picar^ 
die, 1875, n^ 3. 

3« Le Cabinet historique^ 21« année, IV-IS* livrais. 

5 



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- 84 - 

5« A traoers Soissons, guide sommaire pour les 
visiteurs» par M. E. Fossé-d*Arcosse. 

6^ Société Linéenne du nord de la France^ n® 42-43, 
bulletin mensuel. 

7^ Vie de saint Rigobert, archevêqtce de Reims. 
par Tabbé Pocquet. 

CORRESPONDANCE. 

Rapport au Comité des travaux historiques sur la 
publication des documents inédits relatifs aux Etats- 
généraux, par M. Georges Picot, membre du Comité, 
mvoyé par M. le ministre de l'instruction publique et 
des cultes, avec une invitation aux Sociétés savantes 
de communiquer au Comité' les pièces manuscrites, 
concernant cette importante matière, dentelles auraient 
connaissance. 

La Société s'efforcera de répondre aux désirs expri- 
més par M. le ministre, quoique jusqu'ici elle n'ait pas 
été assez heureuse pour découvrir quelque chose d'im- 
portant sur ces assemblées. 

COMMUNICATIONS ET TRAVAUX. 

M. Biscuit lit uu mémoire sur la corporation des 
bouchers de Soissons. 



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86- 



ESSAI 

SUR 

LES BOUCHERS ET LA BOUCHERIE 

A S0ISS0N8. 

L'iacendie de 1814 ayant anéanti nos archives mu- 
nicipales, il nous est malheureusement impossible de 
préciser la date à laquelle les bouchers de notre ville 
se formèrent en communauté, ni quels furent les sta- 
tuts qui les régirent. Nous savons seulement qu'ils 
avaient à leur tête un capitaine, ainsi que nous le 
trouvons dans plusieurs actes notariés remontant aux 
premières années du siècle dernier. 

Il ne faut pas croire que les bouchers furent toujours 
tels que nous les connaissons, et sans remonter à nos 
ancêtr^es qui regardaient leur profession comme infa- 
mante, à ce point que les édits royaux Tinterdisaient 
aux notaires, aux clercs et même aux bourgeois de 
certaines villes, (Art. 25, ordonnance de juillet 1304.) 
voyons seulement ce que dit Mercier, en 1781, dans 
son tableau de Paris : 

€ Les bouchers sont des hommes dont la figure porte 
€ une empreinte féroce et sanguinaire, les bras nus, 
€ le col gonflé, Tosil rouge. » 

La peinture n'est certes pas flatteuse. 

Heureusement, le temps a tout changé, hommes et 
mœurs, et la boucherie est maintenant l'égale de toute 
honnête profession. 

En France, la constitution des bouchers en corpo- 
rations, remonte à la conquête des Gaules, et l'idée 
en fut apportée chez nous par nos vainqueurs. 



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— 86 — 

Ce furent encore les Romains qui nous transmirent 
l'idée de ces vastes marchés où se vendaient des co« 
mestibles de toute espèce, viande, poissons, volailles, 
légumes. 

Mais si les grandes villes furent rapidement pour- 
vues de marchés de ce genre, il n'en fut pas de même 
de la province. Ainsi, les bouchers détaillèrent long- 
temps leurs viandes là où bon leur semblait. Il n'exis- 
tait pas alors de tueries ou abattoirs, et, comme cela se 
fait encore dans certains de nos villages et bourgs, 
les bouchers tuaient chez eux, s'inquiétant fort peu de 
l'effet produit sur les passants par les gémissements 
des victimes et par la vue du sang fumant qui coule 
dans les ruisseaux. 

Vers 1115, lorsque la commune fut concédée à Sois- 
sons, l'administration communale apporta à cet état 
de choses de nombreuses améliorations ; elle décida la 
construction d'une vaste halle qui partirait du jardin 
des Arbalétriers (rue Bara), aboutirait à la porté Bé- 
rald (1) et servirait à toutes les branches de commerce 
de la ville et du dehors, moyennant une faible rede- 
vance à payer par chacun. 

C'est dans cette halle que furent installés les mar- 
chands bouchers (2) auxquels il fut en outre donné, 
non loin de là, un emplacement pour abattre leurs 
animaux. 

La remise du droit de commune au roi n'apporta 
aucun changement aux usages établis, Philippe-le-Bel 
ayant déclaré ne vouloir porter aucune atteinte aux 
libertés, privilèges et franchises de la ville, comme il 
résulte de lettres patentes datées de 1325 : 

« Salvis et reservatis oommuniœ privilegiiSy fran- 
« chiis^ libertatibtcs^ usibtÂS et consuetudinibus ipsorum.i^ 

(1) Henri Martin, t. 2, p. 303; - Brayer, p. 89. 

(2) H. Martin, t. 2, p. 203. 



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- 87 - 

Les bouchers gardèrent donc la place qu'ils occu- 
paient depuis si longtemps. 

En 1414 tout change, les Armagnacs prennent la 
ville et la mettent à feu et à sang, la halle est entière- 
ment détruite (1) et les bouchers se trouvent tels qu'ils 
étaient deux siècles auparavant. 

Depuis 1305, par suite d'un traité intervenu entre 
Hugues, comte de Soissons, et l'administration commu- 
nale (2) « les mayre et jurés occupaient, moyennant 
« une somme annuelle, l'étage supérieur d'un grand 
« bâtiment appartenant au comte, situé sur la rive 
« gauche de l'Aisne, près du chàtelet. » 

Plus tard, le rez-de-chausssée servit aux échanges 
et aux trafics communaux des habitants (3) de là pour 
l'ensemble, tantôt le nom d'hôtel commun, tantôt celui 
d'hôtel du Change. 

Dormay l'appelle aussi hôtel de la Monnaye (4). 

Cette dernière dénomination me remet en mémoire 
l'histoire d'un nommé Bricotteaux, charcutier assez 
mal famé de notre ville, dont la boutique se trouvait 
justement entre l'ancienne boucherie du pont et le bu- 
reau d'octroi, récemment démoli. 

Ce disciple de St-Antoine ayant profité d'un de ces 
moments de désordre, si fréquents alors (1793), pour 
voler plusieurs cloches aux couvents de la ville qui 
n'en pouvaient mais, eut l'idée de frapper monnaie. 

Son système pour faire accepter ses produits était 
assez ingénieux ; il ne rendait d'appoints qu'en pièces 
de sa fabrication. 

Malheureusement pour notre industrieux citoyen, ses 
pièces avaient une si triste mine, le grain en était si 



(ODormar, t. % p. 494. 

(2) Dormay, t. 2, p. 298. 

(3) Dormaf, t. 2, p, 900. 

(4) Dormay, t. 2, p. 8. 



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- » - 

gros et Teffigie de Louis XVI n peu nette, que des 
soupçons ne tardèrent pas à s'élever pour devenir bien- 
tôt une certitude. 

Le faux monnayeur ne fut pas inquiété, mais faute 
de pouvoir faire de nouvelles dupes, il dut laisser re- 
froidir ses creusets. 

G*estdu Bricotteau, disait-on encore quelques années 
plus tard, lorsqu'on voulait faire entendre d'une pièce 
qu'elle était fausse. 

Mais revenons à 1414. 

Hôtel commun, hôtel du Change ou hôtel de la Mon- 
naie, l'hôtel n'en fut pas moins détruit en partie, et, 
quatre ans plus tard, Charles VII, dont les armées 
venaient de reprendre la ville aux Boui^gnons, le 
confisquait à son profit. 

« Je m'ébahissoit, dit un de nos vieux historiens, de 
c< la démolition de ces deux derniers bâtiments, parce 
« que les droits de halle et de change appartenant au 
« duc d'Orléans, comte de Soissons (1 ) , c'était lui enlever 
« une partie de son domaine. » 

Quoi qu'il en soit, Charles VII fit don de notre hô- 
tel commun à dame Blanche d'Ombes, femme de Pierre 
Puiclerc, son chambellan (2), et ce ne fut qu'en 1479 
que la ville, qui commençait à se remettre des se- 
cousses par elles éprouvées depuis 1414, put rentrer 
en possession de l'ancien lieu de ses réunions, moyen- 
nant une somme de 300 livres. Elle le fit alors res- 
taurer, mais elle se contenta d'en relever la charpente 
et les toits pour servir de halle aux bouchers, poisson- 
niers et saliniers (3). 

Quant à l'administration municipale, elle transporta 
son siège rue du Beffroi. 



(1) Louis d'Orléans, comte de Soissoos, frère du roi. 
(2 et 3). L. Desfontaines et Cabaret, t. 1, p. 98. 



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- 8»- 

Leroux doit faire confusion lorsqu'il présume qu'à 
raison de cette nouvelle installation chaque boucher 
entrant payait au comte de Soissons une somme de 
14 livres. 

Charles VII n'avait-il pas, comme on l'a vu, con- 
fisqué à son profit ce qui restait du bâtiment ; la ville 
ne l'avait-elle pas, plus tard, racheté moyennant 300 
livres ? 

D'un autre côté, il n*est pas douteux un instant que 
depuis 1479 les bouchers payèrent à la ville un sur- 
cens annuel en dehors de la châsse du mardi-gras. 

Cabaret parle de trente livres, et pourtant dans les 
actes authentiques passés entre la ville et la commu- 
nauté des bouchers, il n'est jamais question que d'une 
redevance de 24 Livres (actes de Bouille, notaire à 
Soissons, du 23 mars 1739 et de juin 1782, en confir- 
mait d'autres antérieurs à 1600.) 

En même temps que les bouchers prenaient posses- 
sion du rez-de-chaussée de l'hôtel commun, en face, 
sur le bord de la rivière et sous le sol voûté de l'agence 
actuelle, on établissait un abattoir qui ne disparut 
qu'en 1823 pour être remplacé par celui que nous con- 
naissons sur la rive droite de l'Aisne. 

La rue de la Tuerie et celle du PortSaigneux, au- 
jourd'hui impassée, donnaient accès à cet abattoir dans 
lequel on entrait par une porte maintenant murée, ou- 
vrant sur la première de ces rues. 

J'ai parlé plus haut de la châsse du mardi-gras 
comme faisant partie de la redevance annuelle que 
payaient les bouchers. Son origine, au dire de tous les 
historiens de notre ville, remonte à la charte commu- 
nale de 1115. 

Voici en quoi consistait cette châsse : 

Chaque année, le jour du mardi-gras, les maire et 
échevins envoyaient aux maîtres bouchers Tordre de 
se réunir à une heure indiquée sur lagrand'place^ cos* 



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-4Ô~ 

tumés en chasseurs, à cheval, accompagnés de leurs 
chiens et armés seulement de bâtons. 

Chaque défaillant payait une amende de 20 livres. 

Lorsque tous étaient réunis, le cortège se mettait en 
marche, précédé du corps de ville; on sortait des 
murs et la chasse commençait sur les terres de la com- 
mune. Le soir, les chasseurs rapportaient à la maisçn 
de ville le gibier qu'ils avaient abattu (1). 

La population, paraît-il, prenait un plaisir sans pa- 
reil à cette battue infernale devant laquelle fuyaient 
effarés lièvres et perdrix. Ce plaisir fut-il partagé par 
les acteurs eux-mêmes, j'ai peine à le croire, et ce qui 
le prouve assez, ce sont les efforts que firent les bou- 
chers pour s'exempter de cette corvée qui leur était en 
outre très -coûteuse; mais la municipalité ne voulut 
jamais renoncer à son privilège. Cependant la chasse 
cessa d'avoir lieu régulièrement, et si par la suite les 
bouchers durent encore payer ainsi de leur personne, ce 
fut seulement à l'occasion des grandes solennités telles 
que naissances ou mariages de princes, traités de 
paix, etc. 

Cabaret nous dit que de son temps, 1780, le corps 
municipal jouissait encore de cette prérogative (2). 

Vers les premières années du xvi« siècle, la halle 
de l'hôtel commun devenant trop étroite pour les trois 
sortes de commerce qui s'y exerçaient, les poissonniers 
et les saliniers durent chercher un autre emplace- 
ment. 

Les poissonniers allèrent s'établir sur le terrain va- 
gue formant le dessus des voûtes de la tuerie, pour 
n'en quitter qu'en 1823. 



(1) M* Poqnet, dans le 7* buUetîn de la Société, a parlé loaguementde 
cette chasse des bouchers qu'il a enrichie de détails extraits, dit-il, de 
divers manuscrits. 

(2) Cabaret, t. I» p. 98. 



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- 41 - 

Nous avons déjà vu que radministration communale 
s'était retirée rue du Beffroi. Les bouchers demeurèrent 
ainsi seuls dans l'ancien hôtel commun qui prit défini- 
tivement le nom de Grande Boucherie (1), et ils con- 
tinuèrent à l'occuper pendant plus de cinquante ans 
incident à noter, excepté toutefois les ennuis qui leur 
advinrent après la prise de Soissons par les Hugue- 
nots, en 1589, lorsque ceux-ci les forcèrent, en plein 
carême, à tuer et à vendre « de la chair. » 

Observateurs fidèles de la religion, les bouchers ne 
cédèrent qu'à la violence; mais, en 1663, ils se mon- 
trèrent moins consciencieux, et l'appât d'un gain par 
trop facile les ayant poussés à s'entendre pour aug- 
menter le prix des viandes, cette prétention souleva 
de justes réclamations et plainte fut portée devant le 
procureur du roi au baillage. 

Sur ces plaintes, les habitants, convoqués en assem- 
blée générale le 29 novembre 1664, décidèrent l'éta- 
blissement d'une seconde boucherie en concurrence 
avec celle du Pont. 

Cependant cette décision demeura longtemps sans 
eSei, faute d'un emplacement coavenable et faute sur- 
tout des fonds nécessaires pour faire face aux grandes 
dépenses qu'aurait nécessitées la construction d'un bâ- 
timent nouveau. 

Ce ne fut qu'en 1686 que l'administration munici- 
pale, toujours désireuse du bien-être des habitants, 
songea, pour donner suite à la décision de 1664, à ra- 
cheter des religieux de Saint-Jean-des- Vignes « un lieu 
€ voulté faisant partie de bâtiments sis rue St-Martin 
€ au lieu appelé la Vieille-Porte, près la place Royale, » 
à eux vendus par la ville, suivant acte passé devant 



(f) Lors de SA démolition, en 1969, on voyait encore gravé, sar la façade 
onest de oe bâtiment, les mots : Grande Boucherie. 

6 



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^42 - 

Barbier et Gosset, notaires à Sqissons, le 12 novem- 
bre 1661. 

Cette résolution prise, la municipalité se mit en rap- 
port avec les religieux de St-Jean, et le 26 octobre 
1686, Gosset dressait acte des conventions arrêtées 
entre les parties. 

Cet acte porte que les religieux, prieur et couvent 
de St-Jean-des- Vignes, convoqués au son du timbre, 
de la manière accoutumée, rétrocèdent aux maire et 
gouverneur et échevins de la ville « un lieu voulté, 
« proche le grenier à sel, trouvé commode pour Téta- 
€ blissement projeté, pour ledit lieu voulté avoir jour 
€ au moyen d'une ouverture à prendre dans la croisée 
€ ancienne qui est au bout dudit lieu voulté, derrière 
« la porte du 'Cerf-Volant (1), à une hauteur de six 
€ pieds et demi du rez-de-chaussée du côté de la cour 
« du Cerf-volant. » 

Il est dit en outre que l'ouverture ainsi faite « devra 
être fermée de barreaux en quantité suffisante pour 
qu'on n'y puisse passer la tête, » et que la porte de 
communication ouverte sur la cour du Cerf- Volant de- 
vra être fermée et remplacée par une porte sur la rue. 

Cette rétrocession eut lieu à la charge par la ville : 

1« De payer aux religieux de St-Jean-des-Vignes une 
redevance annuelle de 15 livres ; 

2« D'indemniser un sieur Doucet, locataire de la 
voûte vendue, pour le temps restant à courir du bail à 
lui fait ; 

3^ D'abandonner aux religieux le restant de l'an- 
cienne fausse porte, autrement dit l'excédant de la 
vente de 1661 ; 

4° Et de faire ratifier l'acte même sous trois mois de 



H) HdteUerie gai occupait remplacement de la maison portant aojour- 
d'nui le n» 4 de fa rue du Commerce. 



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- 43 - 

sa date par une nouvelle assemblée générale des habi- 
tants, à peine du nullité des conventions. 

Malgré ce délai de trois mois qui semble être fatal, 
l'acte en question ne fut ratifié qu'en 1687,1e 23 fé- 
vrier, par une nouvelle assemblée générale convoquée 
« à son de cloche, sur la proposition faite par le pro- 
ie cureur du roi, qui, pour prévenir les abus qui se sont 
a glissés jusqu'à présent au débit des viandes de bou- 
€ chérie, par l'intelligence qu'il y a entre les bouchers 
€ de cette ville, il a été trouvé à propos d'établir une 
« seconde boucherie. » 

Comme on le voit, et ainsi que le fait remarquer M. 
Choron dans son curieux travail sur la fausse porte St- 
Martin et les divers emplacements de l'hôtel-de-ville, le 
besoin d'une boucherie (coopérative) s'était déjà fait 
sentir il y a près de deux cents ans. 

A cette époque comme aujourd'hui, les habitants se 
sont vus dans la nécessité de combattre les prétentions 
exhorbitantes des bouchers et de leur opposer, en 1686, 
la boucherie de la fausse porte, et en 1874 la bouche- 
rie qui fait l'angle des rues du Commerce et de l'Hôtel- 
Dieu. 

La boucherie coopérative de 1686 flt-elle, jusqu'à la 
Révolution de 1789, concurrence à la boucherie du 
Pont? Je ne le crois pas. Les bouchers revinrent sur 
leurs prétentions et prirent à bail le lieu voûté de la 
fausse Porte, aux charges précitées de 15 Livres de 
surcens au profit des religieux de St-Jean, et ce qui 
me confirme dans cette idée, c'est que, dans deux actes 
notariés dont je parlerai plus loin, passés, l'un en 1739 
et l'autre en 1782, la ville loue les grande et petite 
boucheries (celles du pont et de la fausse Porte) à la 
communauté des bouchers de Soissons, et qu'il n'est 
pas admissible que cette communauté ait reçu dans son 
sein des membres dont le seul but aurait été de lui 
faire concurrence. 



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-: 44 — 

Déjà, en 1727, le 17 mars et par acte passé devant 
Monnepveu et BouUie, les maire et échevins abandon- 
naient à la communauté des bouchers « la jouissance 
€ d'un lieu voulté tenant et aboutissant à la voûte de 
« la vieille porte de la ville, sis rue Saint-Martin, près 
« la place Royale, contenant en largeur deux toises 
« et en longueur vingt-huit pieds sur treize pieds de 
€ hauteur, en Testât qu'il est à présent et que lesdits 
« preneurs ont dit bien scavoir et connaître pour en 
« avoir cy-devant jouy. » 

Il est donc bien probable que les motifs qui avaient 
nécessité l'établissement d'une boucherie rivale de la 
première avaient disparu depuis longtemps. 

Puisqu'il vient d'être question de l'augmentation du 
prix des viandes, il n'est pas hors de propos de savoir 
ce que coûtait la livre de bœuf, veau ou mouton vers 
le milieu du xvii* siècle. 

J'ai sous les yeux la minute d'un acte reçu par 
BouUie, notaire, quinze octobre mil six cent vingt- 
cinq (minutes de M« Delorme) dont communication a été 
déjà faite à la Société par M. Michaux et qui a été in- 
sérée dans le bulletin, 2" série. 

C'est un traité passé entre Simon Legras, évêque, 
et Claude Beaudet, marchand boucher de la ville. Celui- 
ci s'engage à fournir à l'évêque toute la viande néces- 
saire aux besoins de sa maison à raison de : 

« 3 sols 6 deniers chacune livre de veau ou mouton, 
« et 3 sols 4 deniers pour chacune livre de bœuf. » 

Le tout rendu à l'Evêché. 

De plus l'acte porte que cette viande sera la meil- 
leure de la boucherie, à défaut de quoi les gens de l'é- 
vêque pourront s'en proeurer n'importe où aux frais du 
sieur Beaudet, ce qui laisse à supposer que les bou- 
chers ne se faisaient pas toujours scrupule de vendre 
des viandes d'une fraîcheur douteuse, et ces abus da- 
taient de loin, car, dès 1350, une ordonnance de Jean II 



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- 46 - 

disait : « Nul boucher ne vendra chair surmenée ne 
aussi ne gardera chair tuée plus de deux jours en hy- 
ver, et en esté jour et demi au plus, et au cas où il 
fera le contraire, il l'admendera chacune fois de vingt 
sols. » 

Ce n'est pas tout : au pardessus du prix fixé, et 
comme en faveur du marché, toutes les issues de veau 
et mouton devraient être fournies et livrées à l'Bvêché 
par le sieur Beaudet. 

En 1629, la livre de bœuf coûtait 2 sous. 

De 1643 à 1647, on le payait 3 sous 6 deniers. 

Le mouton et le veau valaient 3 sous et 6 deniers à 
la même époque. 

De 1748 à 1789, la viande de boucherie varie de 5 
sous 6 deniers à 7 sous la livre (1). 

Que nous sommes loin aujourd'hui de ce prix d'au- 
trefois. 

D'un autre côté, il ne faut pas oublier que l'argent 
avait alors une plus grande valeur que celle qu'il a 
maintenant. 

Comme nous l'avons vu, la communauté des bou- 
chers payait : 

1» A la caisse municipale, à raison de la grand bou- 
cherie, une rente de 24 livres ; 

2^ Et aux religieux de St-Jean, à raison de la bou- 
cherie de la fausse Porte, une rente de 15 livres. 

Et pourtant, en 1716, lors de l'établissement du 
budget de la ville, les deux boucheries sont portées 
seulement pour un revenu de 24 livres (2) ; d'où vient 
donc cette différence ? Ce sont cependant bien les mêmes 
chiffres de 24 et de 15 livres que l'on trouve dans tous 



(f) M. A. MattoD, Inventaire sommaire dee archives liospitalières de 
SoissoDK. 

(S) If. Choroo, fausse porte St Martin. 



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-46 - 

les actes passés entre la communauté des bouchers à 
cette époque. 

Il est certain que ces surcens furent toujours payés 
à regret par les bouchers et qu'ils essayèrent plus 
d'une fois de s'en affranchir, mais une sentence prévô- 
tale de 1607 condamna les récalcitrants qui durent 
alors se soumettre. 

Depuis, et pour prévenir toute prescription, la ville 
contraignit les bouchers à des réobligations envers 
elle au sujet de ces rentes de 24 et 15 livres. 

La première réobligation qui suivit la sentence pré- 
vôtale de 1607 porte la date du 7 décembre 1663 et est 
relative à la grande boucherie, ainsi que deux autres 
passées devant BouUie et Guynot, notaires à Soissons, 
le 23 avril 1739 et le 18 juillet 1782. 

Dans l'avant-dernier de ces actes, comparaissent 
vingt-trois maîtres bouchers en tête desquels figure 
Louis Gay, leur capitaine, et tous s'engagent au paie- 
ment de 24 livres de surcens, chacun an au jour de 
St-Jean-Baptiste. 

Une autre réobligation, mais relative cette fois à un 
lieu voûté situé sous la fausse porte St-Martin, servant 
de petite boucherie et détenté par la communauté des 
marchands bouchers de Soissons, est datée du 18 juil- 
let 1782. 

Dans ces divers actes, on retrouve les noms de quel- 
ques bouchers dont les descendants ont été ou sont 
connus de nous : 

Philippe-Marie Guillaume; 
François Picard ; 
Pierre Duru. 

Sur une maison du faubourg Saint-Waast, à l'angle 
des rues du Champ-Bouillant et Messire-Pierre-Leroy, 
on voit encore cette inscription très-lisible : 
Guillaume^ marchand boucher 

En 1790, la communauté des bouchers se refusant à 



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- 47 - 

payer les droits d'entrée sur leurs animaux, un décret 
de l'Assemblée nationale du 4 août dut enjoindre à 
ceux-ci d'avoir à s'exécuter, sous peine de poursuites, 
non seulement comme contribuables, mais comme ré- 
fractaires- 

L'année suivante, la loi d'octobre les fit disparaître 
comme communauté. Cependant ils n'en continuèrent 
pas moins leur commerce dans les bâtiments du pont 
et de la fausse Porte, mais cette fois sans payer aucune 
location, ainsi que je le vois sur la note ci-après, 
datée du premier germinaî an X, trouvée parmi les 
titres de propriété remis par la ville aux acquéreurs 
des deux boucheries, lors de l'adjudication de 1806 : 

â La grande boucherie appartenait à la corporation 
€ des bouchers de Soissons, à la charge de payer une 
« rente foncière de 24 livres à la ville. 

€ La Révolution ayant supprimé les communautés, 
1 la République s'est chargée de l'acquit de leurs dettes 
t et a succédé à leurs biens. 

€ On peut donc dire que la grande boucherie est un 
€ domaine national, à la charge de payer la rente due 
€ par les bouchers. 

a Pourquoi ne pas rentrer en possession de cette 
€ boucherie, puisque les bouchers ne paient plus la 
« rente foncière ? » 

Même raisonnement pour la boucherie de la fausse 
Porte, à raison de 15 livres de surcens annuels. 

Cette idée fut admise, et l'administration munici- 
pale rentra en possession des deux bâtiments qui lui 
appartenaient de droit. 

Ce qu'est devenue la boucherie du pont ? M. Collet 
nous le dit dans une courte notice insérée au bulletin 
des. années 1872-1873 de la Société. 

Vendue le 13 septembre 1806 par acte de Gosset, 
notaire à Soissons, à Nicolas-Sébastien Barbier-Dantan, 
moyennant 4,350 francs, elle passa ensuite entre les 



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-48- 

maiM de divers propriétaires et devînt successivement 
magasin à blé, dépôt d'instruments aratoires, salle de 
vente pour les marchands de passade. Quant à ses caves, 
elles furent utilisées comme magasins à vins. 

Rachetée enfin par la ville le 25 novembre 1869, elle 
fut complètement rasée en juin 1870, et tout fait 
présumer que sur son emplacement nous verrons bien- 
tôt un square appelé à reposer l'œil de la couleur 
uniforme du port. 

Grâce à mes souvenirs et surtout à un dessin fidèle 
qu'en a fait mon collègue et ami P. Laurent, je vais 
essayer de reconstruire ce vieux bâtiment trois fois 
séculaire. 

C'était une construction du xvi® siècle, mais le type 
architectural avait disparu presque entièrement, au 
fur et à mesure de ses diverses destinations. 

La façade qui donnait sur l'entrée du pont mesurait 
une longueur d'environ 23 mètres. 

Le rez-de-chaussée de cette façade montrait sept ou- 
vertures, dont trois grandes et quatre beaucoup plus 
petites, murées depuis longtemps et appareillées en 
anse de panier. Les grandes ouvertures formaient les 
étauz des marchands bouchers. 

Aux extrémités est et ouest étaient deux pignons 
donnant, l'un sur l'Aisne et l'autre sur la rue du Port. 
Ce dernier pignon montrait de larges baies de même 
appareillage que celles de la façade principale. 

Le côté nord était complètement noyé dans les dé- 
pendances du bâtiment, dépendances qui avaient perdu 
toute espèce de caractère. 

Sur les pignons sud et ouest régnait, à la hauteur 
du premier étage un cordon d'un profil très-élégant 
formant larmier et servant en même temps de pierre 
d'appui à quatre fenêtres à meneaux chanfreinés qu'é- 
clairaient cet étage. Une autre fenêtre du même style, 
mais depuis longtemps murée, existait dans le pignon 



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-49 — 

Est. C*est par cette fenêtre que les bouccirs puisaient 
dans TAisne, au moyen d'une poulie et de sa corde» 
Teau nécessaire à leurs besoins. 

L'intérieur du bâtiment avait conservé ses deux 
étages, mais la nécessité d'ouvrir à droite et à gauche 
des petits jours pour des destinations nouvelles, avait 
retiré à cet intérieur son caractère original. 

Le haut comble que nous avons vu était bien l'an- 
cien, sauf peut-être un remaniement de la toiture à 
une époque assez rapprochée, ainsi que le prouvait 
la seule lucarne toute moderne qui éclairait le grenier 
sur la façade sud. 

Quant à la boucherie de la fausse porte, elle fut 
vendue également en 1806, sans toutefois cesser pen- 
dant quelques années encore d'avoir le même usage. 

Les restes en subsistèrent jusqu'en 1874.11s dispa- 
rurent encore, et là où se voyaient naguère de vieux 
murs prêts à s'effondrer, s'élève une de ces él^antes 
constructions qui embellissent maintenant le quartier 
St-Martin. 

La séance est levée à 5 heures. 



Le Président, De la Prairie. 
Le Secrétaire^ l'abbé Pécheur. 



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BULLETIN 



DB LA 

SOCIÉTÉ ARCHÉOLOGIQUE 

HISTORIQUE ET SCiEITIFIDBE 

DE SOISSONS. 

TROISIÈME SÉANCE 

LoMll • Mars flsis. 

Présidence de M. DE LA PRAIRIE. 



Le procès-verbal de la dernière séance est lu et 
adopté. 

OUVRAGES OFFERTS ET DEPOSES. 

1« BtUletin de la Société académique du Yar^ nou* 
velle série, t. 7, fascicule n» I«'. 

2« Romania, janvier 1876. 

30 Le Cimetière de Caranda, par M. 0. Millescamps. 

4» La musique à Abbemlle^ 1785-1856. Souoenirs 
d'un musicien^ 1875 

&» Recueil des publicatiors de la Société nationale 
hâvraise (ï études diverses. 



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— 52 - 



G0RRB8P0NDANGB. 



Lettre ministérielle du 15 janvier relative à la 
réunion des Sociétés savantes les 19, 20 et 21 avril 
1876, à la Sorbonne, et à la distribution des récom- 
penses le 22 du même mois. 

La compagnie délègue pour la représenter en cette 
circonstance, MM. Choron, Watelet, Férus et Laurent. 

COMMUNICATIONS ET TRAVAUX. 

M. Michaux donne communication d'une découverte 
qui aurait eu lieu récemment à Fère-en-Tardenois. 
M. Frédéric Moreau père, l'heureux inventeur des 
trésors archéologiques de Caranda et de la Sablonnière, 
n'aurait rien moins^ trouvé, près de cette ville, qu'un 
Gaulois inhumé sur son char. M. Moreau a fait dres- 
ser un plan détaillé de la sépulture, où l'on voit toutes 
les parties du char, tous les objets qui entouraient le 
squelette, vases, ustensiles, armes, etc., à l'endroit 
qu'ils occupaient dans le terrain fouillé, et il y a joint 
un procès-verbal où sont constatées les diverses phases 
de la découverte. 

Un fait analogue aurait eu lieu, l'année dernière, à 
13 kilomètres de Châlons-sur-Marne. M. Morel, à la 
fin d'un rapport à la Société d'agriculture, commene, 
sciences et arts de cette ville annonçait qu'il y avait 
découvert un « Gaulois inhumé sur son char, ayant 
au doigt un anneau d'or, à ses côtés la longue épée 
nationale reposant dans un fourreau de bronze doré, 
un bandeau d'or et une véritable coupe étrusque à 
fond noir et à. personnage peint. » 



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— 58 — 

M. Michaux donne lecture d'une notice sur la paix 
de Crépy de 1544. 

LA PAIX DE GREPY. 



Discussiofi sur le lieu où a été signé cette paix. 



Avant d'entrer dans la discussion, établissons briè- 
vement les faits. 

n faut se reporter en Tannée 1544. 

Une formidable coalition s'était formée contre la 
France : Henri Vlll, roi d'Angleterre, et l'empereur 
Charles-Quint avaient résolu d'envahir la France, et 
aussitôt sa conquête, de la partager entre eux. 

Ils devaient aller droit sur Paris en évitant les 
villes fortes. 

Déjà l'empereur, à la tête de 50,000 hommes, était 
entré en Champagne. 

Il s'emparait de Commercy, et, le 10 juillet, assié- 
geait Saint-Dizier. 

De son côté, Henri VIII, avec une armée de 30,000 
Anglais et 25,000 Allemands, commençait ses opéra- 
tions. 

Les seules troupes qu'on put lui opposer étaient les 
faibles garnisons disséminées dans les viQes du Nord. 

Heureusement, le monarque anglais, plein de dé- 
fiance à l'endroit du rusé espagnol, au lieu de marcher 
sur Paris, s'arrêtait devant Boulogne. 

Charles-Quint marchait toujours. 

Saint-Dizier, Epernay, Château-Thierry, étaient suc- 
cessivement tombés en son pouvoir. 



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- 54 - 

Le Dauphia de France, d^uie Henri II, envoyé 
contre Fenvahisseur avec une faible armée, n'avait pu 
arrêter ses progrès; il fat même refoulé jusqu'à 
Meaux. 

Rien ne résistait à l'ennemi qui, victorieux, prenait 
le chemin de Paris. 

La terreur devint générale. 

Les habitants de Paris, épouvantés, s'enfuyaient, 
emportant ce qu'ils avaient de plus précieux. 

Devant un tel désarroi, François I«' voyant Tiusuc- 
cès de ses vaillants efforts, eut, lui aussi, un mouve- 
ment de désespoir : « Que tu me fais payer cher, 
ô Dieu, s'écriait-il, cette couronne royale que je croyais 
€ avoir reçue de ta main comme un don ! > (h. 

Ce cri de découragement que la maladie et la mar- 
che rapide et menaçante de Charles Quint avaient fait 
pousser à François I«', fait comprendre combien la si- 
tuation était critique. 

En effet, l'empereur arrivant à Paris, trouvait cette 
ville abandonna de ses habitants et presque sans dé- 
fense. Alors se réalisait le projet des ennemis : Fran* 
çois I^r perdait sa couronne, et la France mutilée était 
partagée par les vainqueurs. 

Cette perspective, qui aurait pu être désespérante, 
donna à François P', un surcroit de courage. 

Il accourt en toute hâte à Paris, et, calme, le front 
haut, se promène à cheval au travers des rues de la 
grande cité, arrêt«3 les fuyards et leur dit. « Que s'il ne 
€ peut les farder d'avoir peur, il les gardera d'avoir 
€ mal. » 

Ces fermes paroles et la noble attitude du roi ren- 
dirent l'espoir au cœur des Parisiens. 

€ Tout le monde, dit Guillaume Paradin, auteur 
contemporain, revint à la file, avec ferme propos d'at- 
tendre l'empereur et de lui résister. » 

Les corps de métiers, les écoliers , tout Paris se 



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- 56- 

leva en masse ; 40,000 hommes biea armés déâlèrent 
devant le roi. Cette population ardente et mobile avait 
passé en «quelques hAures d'une terreur panique à une 
oonflance intrépide. (Henri Martin, vm, p. 303.) 

Cet élan enthousiaste de la population de Paris fit 
réfléchir l'empereur. 

L'armée du Dauphin, campée à Meaux et à la 
Ferté-sous-Jouarre, pouvait en peu de temps se porter 
au secours de la ville. 

Charles-Quint arrêta sa marche. 

Les troupes espagnoles^ décimées par la maladie et 
la fatigue plus encore que par les combats, ne pou- 
vaient soutenir une rencontre avec des forces supé • 
rieures. 

Une bataille perdue rendait Charles-Quint prisonnier 
de François I«', qui pouvait prendre alors sa revanche 
de Pavie. 

n n'avait aucun secours à attendre d'Henri VIII, 
toc^ours occupé devant Boulogne et Montreuil, et qui 
ne paraissait pas se soucier beaucoup de venir déga- 
ger son allié. 

Les provisions espagnoles s'épuisaient à vue d'œil ; 
la famine menaçait fort de venir s'abattre au miUeu 
des impériaux. 

Ce n'est pas tout encore : l'automne arrivait à grands 
pas avec son cortège inévitable de mauvais temps, ce 
qui allait lui couper la retraite ou tout ou moins la 
rendre trêsHlifficile. 

Une semblable situation était loin d'être brillante ; 
aussi Charles-Quint cherchart-il tous les moyens d'en 
sortir. 

Non-seulement il abandonna le projet d'assiéger 
Paris, mais même il se repentit de s'être aventuré 
aussi avant dans le cœur de la France. 

Dos lors, il n'eut plus qu'un but : partir au plus vite. 



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-66 - 

N'ayant pas une grande confiance dans le succès des 
armes, il préféra employer la diplomatie. 

Le 29 août, il donnait les pouvoirs nécessaires pour 
traiter de la paix. 

En même temps, il faisait . opérer à son armée un 
mouvement de retraite. 

Le 10 septembre, il logea au château de Villers- 
Gotterêts, que François !«' venait de faire construire 
et qui était à peine achevé. 

Le 12, il se présenta devant Soissons> ville assez 
importante mais dépourvue de garnison, et y entra 
presque sans coup férir. 

Il établit son quartier-général à Saint-Jean-des- 
Vignes, abbaye qui dépendait du duché de Valois, et 
là attendit la réponse aux ouvertures de paix qu'il 
avait fait faire. 

Le négociateur choisi par Charles-Quint était < un 
personnage sans dignité, sans nom, sans caractère (1) >, 
un moine obscur nommé Gusman. 

Ce moine diplomate sut tirer profit de la rivalilé 
qui existait à la cour entre Anne de Pii^eleu, duchesse 
d'Etampes, maîtresse du roi, et Diane de Poitiers, 
maîtresse du Dauphin. 

La duchesse d'Etampes, gagnée aux intérêts de 
l'empereur, employa tout son crédit à faire écouter fa- 
vorablement les propositions pacifiques. 

Elle amena le roi à consentir à un arrangement. 

L'amiral d'Annebaut fut choisi par François !•', 
qui, le 10 septembre, lui donna les pouvoirs de traiter. 

D'Annebaut se rendit à Soissons pour conférer avec 
l'empereur sur les préliminaires de la paix (2). 

Enfin, après plusieurs conférences, et malgré l'éner- 



(I) Du RADin, BMoIredes Mnef e( Bégmtn d$ France^ V., p. SB. 

(S) DVBELLAI. 



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^5Î - 

gique opposition du Dauphin, dont Tarmée brûlait d*en 
venir aux mains, malgré la faiblesse des Impériaux, 
malgré les hésitations du roi, la duchesse d'Etampes, 
ne craignant pas de sacrifier la gloire de la France à 
ses intérêts personnels, eut la satisfaction de voir ses 
efforts couronnés de succès. 

Elle fit comprendre au roi que c'était une grande 
imprudence que de hasarder la couronne à la chance 
douteuse d'un combat ; elle lui rappela comme exem- 
ple les malheureuses journées de Crécy, de Poitiers. 

Et, à sa grande joie et à la honte de la France, la 
paix fut signée à Crépy le 18 septembre 1544. 

Cette paix, tout à l'avantage des Espagnols, excita 
partout les plus vifs mécontentements ; le Dauphin si- 
gna un acte de protestation formelle contre ce traité, 
le 12 décembre à Fontainebleau (1). 

Une semblable protestation fut faite c par les 
gens du roi du parlement de Toulouse, le 25 janvier 
1545 (2). » 

La haineuse favorite était victorieuse. 

Pour récompenser le zèle et le beau succès du plé- 
nipotentiaire « le moine de la paix », comme l'appelle 
Brantôme (3), la duchesse d'Etampes le fit nommer par 
François I®' abbé titulaire de Longpont, poste qu'il 
occupa la même année 1544. 

Il succéda dans cette abbaye au célèbre cardinal 
Jean du Bellay. 

Aussitôt après la conclusion du traité, l'empereur 
prit la route de < ses Pays-Bas » en passant par le 
petit bourg de Crépy-en-Laonnois. 



(1) DcMONT, Corps dipUmaUqve, IV, pari. II, p. 288, col. 2. 

(2) DcHORT, Corps diplomatique, p. 289, col. 1. 

(8) » L'empereur songeant à tout par soi. . . par bonne ruse, sus- 
cita un moine qu'on appela depuis moine de la paiw^ qui fit la bonne 
paix, n Bramtomb, I., p. 319, Éloge de Montpttat, 

8 



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- 58 - 

Là, il rôçut la visite du duc d'Orléans, frère du 
Qauphiû, qui vint lui adresser ses féliciations. 



IL 



Le passage de Tempereur à Crépy-en-Laonnois en 
retournant dans les Pays-Bas, a été cause d'une sin- 
gulière méprise de la part d'un grand nombre d'histo- 
riens. 

Ces derniers ont cru que c'était dans ce petit boui^ 
de Crépy-en-Laonnoiâ qu'avait été signé le traité de 
paix. 

Maintenant que nous avons établi le plus brièvement 
possible les préliminaires de la paix, la position des 
armées et les diverses circonstances qui ont amené la 
conclusion du traité, nous allons chercher à rectifier 
cette erreur historique et nous allons mettre tous nos 
soins à le faire d'une manière concluante. 

La plupart des historiens généraux disent que la 
paix a été signée à Cr^y-en-Laonnois. Voyez notam- 
ment : Blanchard, Compilation, p. 388. — Mezerai , 
Abrégé de V Histoire de France, v., p. 533. — Garnier, 
Histoire de France, xxv., p. 453. — Henri Martin, 4® 
édit., VIII., p. 305. 

Les auteurs d'histoire locale affirment au contraire, 
avec raison, que Crépy-enrValois fut la ville où avait 
été conclu le traité. Voyez : Muldrac, Valois Royal, 
p. 399. — Carlikr, Histoire du Valois, ii., liv. vu., p. 
589. — Ant. PoiLBux, Duché de Yalois, p. 397. — 
Ajoutez aussi l'auteur d'une Histoire de Paris, impri- 
mée chez Giffard, au commencement du XVIII* siècle» 
en 5 volumes in-12, p. 255. — Du Radier, Histoire 
des Reines et Régentes de France, Anne de Pisseleu, 
IV., p. 324. — Dulaurb, Environs de Paris, Crépy- 



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- 69 - 

en-Valois. — Abel Hugo, France pittoresque, n. — 
Anqdetil, Histoire de France, xiu. 

De Thou dit Crépy seulement, mais ses traducteurs 
ont ajouté à la table : Crépt/^en-Valois. 

Ph. Lebâs, Univers pittoresque, au mot Paix de 
Crépy, dit Crépy^en-Laonnois, et au mot François /«"^ 
dit Crépy^ea-Valois 

Voltaire lui-même mentionne Crépy-en-Valois. 

Toutes ces autorités, dont quelques-unes sont cepen- 
dant assez importantes, ne prouveraient rien si nous 
n'avions autre chose pour soutenir la discussion. 

Heureusement, les faits, les dates et les documents 
authentiques sont en notre faveur. 

La position géographique des armées, au moment 
de la signature du traité, est presque décisive. 

L'armée françidse, comme nous l'avons vu, occu- 
pait les environs de Meaux ; elle s'étendait dans le 
Parisis, la Brie et le Servais, jusqu'à Senlis, c'est-à- 
dire à quelques lieues à l'est au sud de Crépy, la ca- 
pitale du Valois. 

Les troupes espagnoles, dont le quartier-général était 
à Soissons, couvraient le Soissonnais et une partie du 
Valois jusqu'à ViUers-Cotterêts, à quelques lieues au 
nord-est de la même ville de Crépy-en-Valois. 

« Les choses étant ainsi, dit CarUer (1), pourquoi 
aller chercher pour rendez-vous un bourg du Laon- 
nois, situé à 9 lieues derrière Soissons relativement à 
la position de François I«'. plutôt que de choisir un 
poste qui n'était occupé de personne, une ville qui fait 
lajuste séparation des deux corps d'armées? > 

Un illustre historien que nous avons consulté sur 
eette question, M. Mignet, membre de l'Académie 



(f) HisMre du Valois^ u, liv. vu, p. 579. 



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-60 - 

française, nous a donné comme venant à l'appui des 
observations de Carlier le témoignage de François I®' 
lui-même. 

« François !«', nous écrit M. Mignet, François 1^^ 
traitant vers le même temps de la paix avec le roi 
d'Angleterre Henri VIII, donne au cardinal du Bellay, 
au maréchal de Riez, à Pierre Remond, premier pré- 
sident du parlement de Rouen, et au secrétaire des 
finances, Claude de l'Aubespine, des instructions dans 
lesquelles il dit personnellement : « et sur ce point 
(c feront bien entendre audit sieur roy d'Angleterre, 
€ que jamais le roy n'a voulu consentir que ses dépu- 
€ tez allassent au camp de l'empereur pour traiter, 
€ afin qu'il n'eut aucun advantage ; mais que les de- 
€ putez d'une part et d'autre viendroient entre les 
€ deux armées avec sauf conduit de chaque costé...» 
(Voyez RiBiER, Lettres et Mémoires d* Estât, etc., i., 
p 575.) 

Voilà, selon nous, un argument irréfutable. 

Ajoutons que tout, même les plus petits détails, con- 
corde sur ce point et nous donne entièrement raison. 

— Les écrivains du temps, dira-t-on, ne parlent pas 
de Crépy-en- Valois. 

— D'accord, mais ils ne disent pas non plus Crépy- 
en-Laonnois : ils s'accordent à désigner seulement 
Crépy. 

Or, à notre avis, le défaut de qualification indique 
nécessairement la ville la plus forte et la plus connue. 

Eh bien ! Crépy, résidence royale, capitale du duché 
de Valois, appelée par Monstrelet « la maîtresse ville 
de tout le pays » ; Crépy qui. lors du siège qu'«3lle a 
soutenu en 1431 contre les Anglais, contenait 18,000 
habitants, était beaucoup plus connue alors que le 
village obscur de Crépy en-Laonnois. 

€ L'importance bien plus grande de Crépy-en- Valois, 
— dit encore M. Mignet, dont Topinion est d un si 



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- 61 - 

grand poids, — rendait possible la réunion des per- 
sonnages considérables désignés de part et d'autre 
pour négocier la paix. Le défaut de qualification du 
lieu est en faveur de la \ille du Valois contre le bourg 
du Laonnois. Or, dans les historiens du XVI« siècle et 
dans les pièces authentiques du temps, on ne trouve 
jamais que Crépy. Cette simple désignation est dans 
Sandoval comme dans de Thou. Sandoval, générale- 
ment fort exact, donne en substance les articles du 
traité qui fut conclu, dit-il, « en Crespiu. » Parlant 
ensuite, ce qui est à noter, de la rencontre du duc 
d'Orléans et de Charles-Quint quelques jours après la 
conclusion du traité, lorsque l'empereur retournait de 
Soissons dans les Pays-Bas, en traversant Crépy-en- 
Laonnois, Sandoval ajoute : « Jueves en la tarde es- 
€ tando en tm lugar que se clama Crepiu (Cràpy-cn- 
tf Laonnois) vinô el duqvue de Orléans à besar la maao 
€ al imper ador y salio su magestad a recihir'o con 
« miicha alegria . » Cette entrevue à Crépy-en-Laonnois, 
sur les derrières de l'armée impériale, après le traité 
et sans qu'il soit fait la moindre allusion à Crépy-en- 
Laonnois comme étant le lieu où il a été signé, est ra- 
contée dans une lettre curieuse de Villef rançon, frère 
aîné de Gaspard de Tavannes, qui y était présent : 

« et fut mandé M. d'Orléans pour venir trouver 

€ l'empereur audict Soissons, et partit ledict seigneur 
« de Paris en poste et me manda au camp que je l'al- 
« lasse trouver à Villiers-Couterests...., et le lundy en 
« poste nous vinsmes disner audict Soissons et en es- 
« toit délogé l'empereur et estoit à Nicy (Anizy-le- 
« Château). Passâmes nos chevaux de poste fort las et 
« vinsmes audit Nicy où le vice-roi nous vint au- 
< devant avec un roy d'armes et environ vingt et 
• cinq chevaux, et dit à Monsieur que l'empereur étoit 
« délogé et qu'il alloit coucher à Crespy en Lannois, 
« à trois lieues de là A nostre arrivée à Crespy, 



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- 62 - 

€ l'empereur vint au devant de M. d'Orléans jusques à 
€ la porte de son logis et lui fit un grand bon accueil 
€ et le mena en sa chambre, où ils parlèrent longue- 
€ ment ensemble, etc. » (Mémoires de Tavannes^ édit. 
Petitot, I., p. 276.) 

€ Dans les pièces authentiques, hors dans une seule 
où ce sera glissé une erreur, continue M. Mignet, il 
n'y a d'autre désignation de lieu que Crépy. Les pou- 
voirs donnés par l'empereur le 29 aoûtet par François !«' 
le 10 septembre pour traiter, ne font pas encore men- 
tion du lieu. Mais la simple dénomination de Crépy se 
trouve : dans l'acte de protestation du 12 décembre du 
Dauphin Henri « $i4r les ratifications du traité de 
Crépy de Van 1544 (1) ; > dans la protestation faite 
par les gens du roy du parlement de Toulouse à la 
publication du traité de Crespy de 1544 (2) ; dans l'acte 
des conventions accordées entre les députés du roi de 
France et ceux de l'empereur Charles-Quint en la ville 
de Cambrai, en exécution du traité de Crespy, concer- 
nant les limites d'entre le royaume de France et le 
comté de Bourgogne et des Pays-Bas, du 16 janvier 
1545. € Aujourd'hui 16 janvier 1545. y est-il dit, les 
« commissaires et députez de l'empereur et du roy 
€ très-chrestien, assemblez en cette ville de Cambrai, 
« suivant le traité de paix dernièrement fait à Crépi, 
€ par lequel était dit, etc.. (3). » L'unique pièce où soit 
indiqué Crespi-en-Laonnois est « le traité de paix et 
d'alliance entre l'empereur Charles V et François !•', 
roi de France, fait à Crespi le 18 septembre 1544, en- 
registré par commandement exprès du roi au parle- 
ment et à la chambre des comptes. Cet acte emprunté 
par Dumont (tome IV, par. ii , p. 279 à 287), à Léonard 

(f) DuHONT, Corps dipUmatijue, iv., part, ii., p. 288. 

(2) Idid,, p. 289. 

(3) Ibid , p. 291, col. I. 



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^ 63 - 

(tome II, p. 430 à 448), contient tous les articles du 
traité et se termine par ces mots : < En témoin des- 
€ quels choses lesdits procureurs ont souscrit le pré- 
« sent traité de leurs noms, au lieu de Orespj/'en- 
€ Laonnois, le dix-huitième jour de septembre mil 
€ cinq cent quarante-quatre. » Je crois que en Laonnoù 
a été ajouté. Est-ce par le grelBer? est-ce par Léonard? 
Je suppose que l'addition vient de Léonard, qui n*a pas 
exactement copié cette phrase, comme on va en juger 
par la transcription de la même phrase, tirée d'un 
document authentique. Sous la date de Câteau-Cam- 
brésis, le 22 septembre 1544, se trouve aux Archives 
générales de France la ratification origiaale du traité 
du 18 septembre, signée par Charles-Quint et scellée 
de son sceau. Le texte du traité est inséré en entier 
dans cette ratification et se termine par la même 
phrase écrite avec l'orthographe du temps et sans les 
mots en Laonnoù. < En temoing dexquelles choses^ 
€ lesdicts procureurs ont subscrit le présent traicté de 
« leurs noms au lieu de CREPY, le dix-huitième jour 
< de septembre mil cinq cent quarante^icatre. > Si la 
désignation de en Laonnois était réellciuent dans le 
traité enregistré au parlement et à la cour des comptes, 
elle serait aussi dans le traité ratifié par Charles- 
Quint. De ce qu'elle n'est pas dans l'un, il est évident 
qu'elle a été arbitrairement ajoutée à l'autre (1). 

Voilà qui est bien positif : l'original du traité ne 
dit pas Cr^-en-Laonnois , mais seulement Crépy, et 
ce n'est que dans le recueil de Léonard qu'il a été 
question pour la première fois de Crépy en-Laonnois, 

Dumont, dans son Corps diplomatique y a pris le 
texte du traité ^ans Léonard et a nécessairement 
commis la même erreur. 

La plupart des historiens, puisant leurs renseigne* 

(!) Micfivr, Lettre du 16 janvier 1868. 



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- 64 - 

meiits dans Tonvrage de Dumont, de l'exactitude du- 
quel ils n'avaient aucune raison de douter, ont inévi- 
tablement cité Crépy-en-Laonnois. 

M. Henri Martin lui même, toujours si exact, a fait 
la même citation et comme s'il eût pressenti un dis- 
sentiment, il expliqua sa citation par ce fait que 
Charles-Quint étant passé à Crépy-en-Laonnois en re- 
tournant dans < les Pays-Bas » , c'était lors de son 
passage en ce lieu que fut signé le traité. 

Charles-Quint est bien passé à Crépy-en-Laonnois 
où il eut une entrevue avec le duc d'Orléans, mais 
c'est quelques jours après la signature du traité, 
comme nous l'avons vu plus haut. 

Nous devons dire ici que bien qu'ayant jusqu'à pré- 
seent adopté cette opinion, M. Henri Martin, auquel 
nous avons soumis les raisons qui militent en faveur 
de Crépy-en- Valois, les a trouvées tout à fait décisives 
et partage aujourd'hui complètement l'avis de M. 
Mignet et le nôtre. 

Nous nous permettrons, non pas de l'excuser, — il 
n'a pas besoin d'excuse, — mais tout simplement 
d'expliquer que ce n'est point lui qui s'est trompé dans 
cette occasion ; que, au contraire, il a été trompé. En 
effet, trouvant dans le Gra^id recueil des Traités 
{Corps diplomatique de Duniont) la mention de Crespy- 
en Laonnois consigné dans le texte, il ne pouvait pas 
soupçonner qu'un éditeur ou un copiste eut pu se per- 
mettre d'altérer le texte en s'imaginant l'expliquer. 

Maintenant, et malgré toutes les probabilités ci- 
dessus qui ont converti M. Henri Martin, si quelques- 
uns doutaient encore, ils ne résisteraient certes pas 
devant deux autres preuves, les dernières que nous 
ferons valoir. 

On a vu plus haut que Gusman, le moine de la paix, 
avait été nommé abbé de Longpont en 1544. Or, dans 



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- 65 - 

la première moitié du xvii« siècle, un autre abbé de 
Longpont, Muldrac, écrivait, sous le titre de Valois 
Royal, l'histoire de la province. 

Eh bien ! dans cette histoire, il dit, page 399, que 
le lieu du congrès fut Crépyevt-Valois, 

Il devait le savoir, lui, le successeur du diplomate 
de Crépy ; lui qui vivait alors que les souvenirs de 
cette paix étaient encore tous frais ; lui qui, parmi les 
moines de son abbaye, pouvait avoir connu quelque 
contemporain de Gusman; lui, enfin, le voisin de 
Crépy-en- Valois où il fait conclure le traité. 

N'est-ce point là une autorité d'un grand poids et 
presque contemporaine ? 

Enfin, pour terminer, nous dirons que la tradition, 
cette histoire locale transmise à la manière gauloise 
de génération en génération, indique Crépy-en- Valois. 

Bien plus, dans un voyage récent que nous fîmes 
dans ce but à Crépy-en- Valois, on nous montra la 
maison, la chambre même où la négociation fut con- 
clue et le traité signé. 

Cette chambre, dont le souvenir conservé jusqu'à nos 
jours, a fait un monument historique, se trouve dans 
l'ancien château des ducs de Valois. Ce château, un 
peu mutilé^ mais dont la plus grande partie subsiste 
encore, est un édifice asssez disgracieux, rétabli sous 
Louis XII. Les fenêtres sont petites et espacées, comme 
au XIII® siècle, sauf les trois qui ouvrent le pignon du 
Midi et dont deux bouchées sont à ogives géminées, 
tréflées, et la troisième à meneaux cruciformes. 

La porte a été reposée par Henri IV, ainsi que le 
prouvent les clous dont les têles forment des H et 
des M. 

Un pareil manoir, qui fut la résidence des ducs de 
Valois et quelquefois des rois de France, sert aujour- 
d'hui de prison. 

C'est dans la grande salle de ce château, — ou de 

9 



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cette prison» que, suivant la tradition, les plénipoten* 
tiaires firent la paix. 

Nous espérons que les historiens futurs rétabliront 
la vérité des faits, et qu'il n'y aura plus aucun doute 
sur ce point désormais édairci. 

La séance est levée à 5 heures. 



Le Président, Db ia Prâirib. 
Le Secrétaire, l'abbé Pâgebur. 



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BULLETIN 



DB LA 

SOCIÉTÉ ARCHÊOL.OGIIQUE 

HISTORIQUE ET SCIEITIFIQIE 

DE SOISSONS. 

QUATRIÈME SÉANCE. 

MMmm s JLvrO tsf«. 

Présidence de M. DE LA PRAIRIE. 



Le prooôs-verbal de la dernière séance est lu et 
adopté. 

OUVRAGES OFFERTS BT DEPOSES. 

lo Ecocurswn de la Société historique, archéologv- 
que et seierUifique deSoissons, 1873, par M. A. Piette. 
(Brtrait da Biilletin de cette Société.) 

2« CreutteSf crouttes, boves et silem^ par M. Ed. 
Fleury. 

3» Cabinet historique, 22* année, 2* série, t. 1«', 1» 
livrais. Janvier 1876. 



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— 68 — 

4o Bulletin de la Société des Antiquaires de Picar^ 
die, 1875, n« 4. 

5<> Revue des Sociétés savantes, 6« série, t. 2. Jmllet- 
août 1875. 

6<» Ulnvesiigateur, 41® année, novembre décembre 
1875 et janvier-février 1876. 

70 La Conversazione, annuale revista, etc., fasd- 
colo 2. 

8<» Société des Antiquaires de la Morinie, Bulletin 
historique, 96« livrais. Octobre-décembre 1875. 

9*> Société Linnéenne du Nord de la France, Bulletin 
mensuel, n^ 46, l*'^ avril 1876, 5« année, t. 3. 

10® Annual report of the Smithsonian institution^ 
etc. 1874. 

NOMINATION DB MEMBRES. 

M. Lotte, conducteur des Ponts-et-Chaussées, est 
nommé membre titulaire. 

GORBESPONDANCB. 

Lettre du 28 mars 1876, adressée par M. le prési- 
dent de la Société des Antiquaires du centre de la 
France, à Bourges, à M. le président de la Société de 
Soissons, demandant un échange de publications. — 
Adopté. 

COMMUNICATIONS ET TRAVAUX. 

M. De la Prairie dépose sur le bureau et offre au 
Musée un fac-similé en bronae de la médaille d*or du 
prix que Lefévre de Laubrière, évêque de Soissons, 
avait proposé pour le concours de Tacadémie de Sois- 
sons. Ensuite il lit une note concernant cet objet 



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Messieurs, il y a quelques jours j'ai reçu de M. 
Caignard, conservateur du Musée monétaire, à Paris, 
une lettre à laquelle était jointe l'empreinte d'une 
médaille portant les armes d'un évêque de Soissons. 
M. le conservateur me demandait à qui appartenait 
ces armes, et il ajoutait que la médaille qu'il avait 
entre les mains avait à son revers la devise de l'an- 
cienne académie, de Soissons, c'est-à-dire : maternis 
aicsibus audax, avec l'aigle et son aiglon volant vers 
le soleil. 

J'ai fait quelques recherches et j'ai pu constater 
que ces armes sont celles de M. de Laubrière, sacré à 
Paris le 13 janvier 1732, et mort le 25 décembre 1738. 

Cet évêque, qui portait à l'académie de Soissons un 
grand intérêt, lui fit don, en 1734, d'une somme con- 
sidérable destinée à fonder des prix. Ces prix consis- 
tèrent dans des médailles dont celle du Musée de la 
Monnaie est un exemplaire. Je ne sais s'il en a été 
distribué un grand nombre, mais je ne le suppose pas, 
car, bien que l'académie de Soissons ait décerné des 
prix dans les années suivantes, cette médaille était 
jusqu'ici restée inconnue. 

Conmie je l'ai dit plus haut, elle porte d'un côté la 
devise de l'ancienne académie de Soissons, et de l'autre 
les armes de M. Lefèvre de Laubrière, qui sont d'azur 
à la levrette rempant d'argent, l'écu chargé de la cou- 
ronne de marquis et accompagné des attributs ordi- 
naires des évêques, le tout entouré de la légende : eœ 
dono ill. et rev. ep, sicrssionensis. 

Il existe au Musée de Soissons un beau portrait gravé 
de M. de Laubrière, avec ses armes qui sont les mêmes 
que celles de notre médaille. Autour de la tête on lit : 
Carohis franciscus fo Fèvre de Laubrière episcopics 
Suessionensis régi ah omnibus consiliis etparlamentis. 

M. de Laubrière fut évêque de Soissons à peine 



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-70 - 

pendant sept ans, et son épiscopat n*a pas laissé de 
traces importantes dans rhistoire de notre ville. 

En envoyant ces renseignements à M. le conserva- 
teur du Musée monétaire de Paris, je lui ai demandé 
s'il ne lui serait pas possible de faire faire pour nous 
une reproduction de la médaille de M. de Laubrière. 
Il m'a répondu en m'en adressant un très-bel exem- 
plaire en bronze que j'ai offert à mon tour à noire 
Musée municipal. 

Je n'ai pas négligé d'adresser de vifs remerciements 
à M. le conservateur. 

M. Piette donnne quelques indications sur une an- 
cienne sépulture trouvée à Ambleny, se réservant d8 
donner de plus amples détails à une prochaine réu- 
nion. 

M. Watelet, parlant d'ossements donnés à M. Cho- 
ron, avec une dent canine d'un animal inconnu, dit 
qu'on doit attribuer celle-ci à un lophiodon de la car- 
rière d'Aizy-Jouy. Cet animal a dû être d'une grande 
taille telle que celle d'un rhinocéros, avec lequel les 
lophiodons ont des affinités, mais sont cependant 
d'un genre différent. Il ajoute qu'il a l'intention de 
lire à la réunion prochaine des Sociétés savantes un 
rapport détaillé sur ces ossements et d'en donner 
communication à la Société sous les yeux de laquelle il 
fait passer en même temps plusieurs beaux dessins 
relatifs à cette découverte. Ces dessins sont dus au 
crayon de M^^ Eugénie Watelet, sa fille. 

La séance est levée à 5 heures% 

Le Président, Db la Frairib. 
Le Secrétaire f l'abbé Pâcebub 



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BULLETIN 



DB LA 

j 

SOCIÉTÉ ARCHEOLOGIQUE 
HISTORIQUE ET SCIERTIFIQUE 

DE SOISSONS. 

aasacas ■ ■ ;=■ 

CINQUIÈME SÉANCE. 

LniMI f Mal iSf«. 

Présidence de M. WATELET. 

^a>«>do«>d?:) 



Le procès-verbal de là dernière séance est lu et 
adopté. 

OUVRAGES OFFERTS BT DJ^POSis. 

1« Romcmia. Avril 1876. 

2» Recueil de notices et mémoires de la Société ar* 
chéologique du département de Constantim , 7« vol., 
(17« de la collection), 1875. 

3^ Société des sciences^ agriculture et arts de la 
Basse-Alsace, t. 9» 1876. 



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— 72 — 

4^ Cabinet historique, 2* série, t. 1«', 2« et 3® livr. 
Février et mars 1876. 

5* Bulletin de la Société archéologique de Brest, 
2* série, t. 2, 1874-1875. 

OOBKESPONDANCE. 

Lettre de LUle, du 25 avrU 1876, par laquelle on 
demande un échange des publications de la Société 
contre les archives générales et départementales du 
Nord. — Adopté. 

COMMUNICATIONS ET TRAVAUX. 

M. le présideut invite la Société à fixer d'une ma- 
nière définitive les lieux qu'elle devra visiter dans son 
excursion du mois de juin prochain. On désigne Fère- 
en-Tardois, Villers-sur-Fère et autres localités circonr 
voisines, surtout Carenda et Sablonnière, lieux deve- 
nus importants par les découvertes d'objets antiques 
qui y ont eu lieu dans ces derniers temps. 

M. l'abbé Dupuy propose, d'après des rapports qui 
lui ont été faits par des ouvriers, de faire des fouilles 
à l'ancien camp de Pasly et devant les grottes celtiques 
de ce village, n ne doute pas qu'elles n'amènent d'heu- 
reux résultats ; lui-même y a trouvé des médailles. 

M. Choron croit qu'il serait difficile d'entreprendre 
des fouiller sur des points assez peu déterminés et 
que le hasard et la charrue pourraient seuls amener 
des découvertes. 

M. Watelet, insistant sur la proposition de M. Du- 
puy, est d'avis qu'on pourrait fouiller au moins les 
puits que l'on remarque au camp de Pasly. 

M. Choron, reconnaissant qu'on y a trouvé déjà des 
poteries romaines et gauloises, des pointes de flèches, 
etc., revient sur son premier sentiment, et l'on dé- 



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— 78 - 

cide qu'une excursion partielle aura lieu sur les hau- 
teurs de Pasly et qu'on y pourrait pratiquer quelques 
fouilles après la moisson. 

MM. Watelet et Dupuy entretiennent de nouveau la 
Société de la découverte d'une grande sépulture faite 
récemment à Ambleny, ainsi que de divers objets 
trouvés dans ce lieu. Un travail complet sera fait pour 
constater et décrire ces différentes trouvailles. 

M. Watelet revient sur les découvertes déjà faites 
à Aizy-Jouy, appelle de nouveau l'attention de la com- 
pagnie sur ce lieu si intéressant au point de vue géo- 
logique, et croit qu'il y aurait là toute une exploitation 
de lophiodons à entreprendre. La seule objection qu'on 
lui oppose vient des sacrifices qu'exigerait cette entre- 
prise et qui sont au-dessus des ressources de la Société. 

Sur la demande de divers membres, la commission 
envoyée à la réunion des Sociétés savantes, ayant pro- 
mis de faire un rapport sur ce qui s'est passé dans 
cette importante assemblée, relativement à la Société 
historique, archéologique et scientifique de Soissons, 
MM. Choron et Watelet se chargent de ce travail. 

M. l'abbé Pécheur consacre quelques lignes à Jean- 
Baptiste-Ange Tissier, peintre soissonnais de talent, qui 
vient de s'éteindre à Nice. 

Ange Tissier, né à Paris le 6 mars 1814, de pa- 
rents soissonnais, commença ses études au collège de 
Soissons et fit ses humanités au petit séminaire de 
Laon où professait alors M. Henri Congnel, son compa- 
triote, et où résidaient deux de ses parents, M. Virgile 
Calland, comme maître d'études, et Victor Calland, 
comme architecte de la chapelle de l'établissement. 
Son voisin d'études je le voyais crayonner de petits des- 
sins pendant les récréations et même pendant les 
classes. Sa vocation l'entraînait donc vers la peinture. 

10 



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— 74 — 

Pressé par le désir de la suivre, il quitta Laon et 
bientôt Soissons pour entrer dans l'atelier d'Ary Schef- 
fer et dans celui de Paul Delaroche. Il fit des progrès 
rapides chez ces artistes célèbres et exposa pour la 
première fois au salon de 1838, quelques années seu- 
lement après son départ de Laon. 

Le Musée de Versailles possède deux toiles d'Ange 
Tissier ; V Empereur rendant la liberté à Abd-el-Kader 
au château d'Amboise; — Napoléo7i III approuvant les 
plans du palais du Louvre. On voit du[même artiste^ 
à la cathédrale de Soissons, une Mater dolorosa, et 
au Musée de la ville le portrait de l'abbé Henri Con- 
gnet, ancien doyen du Chapitre et ancien directeur de 
la Maîtrise ; il est accompagné d'un îeune enfant de 
chœur, l'un de ses élèves. La ville de Soissons a acquis 
en outre, d'Ange Tissier, d'autres tableaux et têtes 
d'études, entre autres le Sourire. De nombreux por- 
traits sont dus aussi à son pinceau. 

Tissier a souvent exposé ses œuvres au;Salon, et plu- 
sieurs ont été fort remarqués. Nous citerons : une 
Nymphe endormie ^ surprise par deux faunes ; la Bac- 
chante; la Jeune Fille à VŒseau; Tête de Vierge; le 
Christ partant sa croix. — Parmi les portraits : ceux 
de Mii« Noblet, d'Abd-el-Kader, du comte de Goyon 
(1838-43), du général Mayran, du colonel Martenot 
(1856), et d'autres admis à l'Exposition de 1857, au 
salon de 1859, etc. 

Il avait obtenu deux troisièmes médailles en 1845 
et 1855, et deux secondes en 1847 et 1848. 

Ange Tissier, atteint d'un mal incurable, alla cher- 
cher à Nice une guérison qui ne devait pas venir. Il 
y mourut au mois d'avril 1876. Nous devions ce simple 
souvenir à la mémoire d'un condisciple et d'un homme 
d'un talent distingué. 



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- 75 - 

La société entend ensuite la lecture d'un mémoire de 
M. Collet, sur la fin de Tabbaye de St-Yved de Braine, 
d'après les archives communales de Soissons. 

EPISODES DE LA REVOLUTION 

Messieurs, j'ai eu l'honneur de vous annoncer, l'an 
dernier, en vous lisant quelques épisodes soigsonnais 
de la révolution de 1789, que je me proposais de met- 
tre à votre disposition plusieurs autres de ces faits lo- 
caux. 

Aujourd'hui je vous tiens parole, au moins en par- 
tie, en vous donnant lecture d'un petit travail sur 



LA FIN DE L'ABBAYE DE SAINT-YVED. 



L 

En 1789, en même temps qu'elle comptait trois 
églises, la ville de Braine renfermait trois monastères : 
celui de St-Remi, dont l'histoire parle à peine ; celui 
de Notre-Dame, dont les dernières bénédictines ont été 
de ma part l'objet de quelques pages, et celui de St- 
Yved, dont je vais essayer de retracer la malheureuse 
fin. 

Et d'abord, il convient de remettre en mémoire que 
saint Yved même était évêque de Rouen au v* siècle 
et que, quatre cents ans plus tard, ses reliques véné- 
rées et celles de saint Victrice, l'un de ses prédéces- 
seurs, furent transférées de sa ville épiscopale dans la 
ville de Braine, afin de les soustraire aux sacrilèges 
que les guerres faisaient redouter. 

Ensuite il est nécessaire de rappeler aussi comment 
se fonda Tabbaye qui porte sou nom. 



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- 76- 

Ee coite de saint Yved, qui était professé dans la 
collégiale du château de Braine, fut « la première ori- 
gine » de ce monastère, dit l'abbé Carlier, dans son 
Histoire du Duché de Valois, 

L'époque des fondations proprement dites de l'ab- 
baye et de son église se place entre 1160 et 1180. 

A partir de cette dernière date, sous le comte Ro- 
bert I«',- les travaux d'élévation reçurent l'impulsion 
nécessaire ; et, continués par Robert II, ils ne subirent 
aucun retard notable. Aussi, dès 1216, Tarchevêque de 
Reims, Albéric de Hautvillers, et l'évêque deSoissons, 
Haymard de Provins, purent-ils bénir l'église, aujour- 
d'hui mutilée, mais admirable encore. 

L'abbaye de St-Yved, qui était de l'ordre des cha- 
noines réguliers de Prémontré, fut enrichie souvent et 
soutenue toujours par les seigneurs de Braine. EUe était 
en commende depuis plus de deux siècles a,u moment où 
s'imposa la révolution, et elle possédait, à cette der- 
nière époque, plusieurs fermes, des moulins, des bois, 
des vignes et des prés, ce qui lui constituait un revenu 
annuel, savoir : en argent, de douze mille sept cent 
quarante-six livres onze sols deux deniers ; en grains, 
de 26 muids et 42 pichets de froment, 11 muids de 
méteil, 13 muids et 24 pichets de seigle, 6 muids et 
8 pichets d'avoine ; en paille, de 1,500 gerbées ; en 
échalas, de 200 bottes; et en faisances, de 3 porcs gras, 
3 agneaux, 100 livres de beurre fondu, 110 livres de 
laine, 30 chapons, 6 canards, 6 poulets et 1 poule. 

En outre, l'abbaye faisait exploiter 60 arpents de 
terre, 12 arpents de pré, 172 arpents de taillis, 58 ar- 
pents de futaie et 12 arpents de vigne. 

Il dépendait également de la manse conventuelle de 
la maison, un prieuré, celui de Bougny (1), lequel 

(!) Près Gompiègne. 



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— 77 - 

était un bénéfice claustral et révocable, administré par 
M. Randon, chanoine de Dammartin et religieux pro- 
fès de St-Yved. 

De plus, au mois d'avril 1790, l'abbaye avait en 
argent monnayé 1,464 livres 5 sols 9 deniers, et on 
lui devait pour loyers, fermages et autres causes, une 
somme totale de 9,087 livres 10 sols 9 deniers. 

Son argenterie de table pesait 60 marcs ou 30 livres ; 
son argenterie d'église était de plus grande valeur en- 
core ; ses ornements, ses vêtements, ses accessoires 
sacerdotaux étaient d'or ou de vermeil, d'argent ou de 
cuivre argenté, de velours ou de soie ; son trésor, qui 
était jadis garni de reliques provenant de la Grèce et 
de la Palatine, se composait maintenant d'une coupe et 
de son couvercle en vermeil, de deux autres coupes en 
argent, d'une autre en cuivre doré, de deux anges 
supportant des reliquaires en argent, de deux figures 
d'albâtre, de plusieurs reliquaires variés et de dix-sept 
petits tableaux ; son église renfermait une châsse de 
St-Yved, en cuivre doré (avec ornements en vermeil), 
des peintures représentant les six évangélistes, dbc 
pièces de tapisserie de haute lice, un grand tapis de 
Turquie et un aigle de cuivre supporté par trois lions 
de môme métal ; son clocher contenait quatre grosses 
cloches pesant environ douze mille, trois petites clo- 
ches pour le service journalier et une horloge à ca- 
dran, avec un carillon de onze timbres ; sa bibliothèque 
était formée de plus de deux mille volumes, dont 
trente-six manuscrits sur parchemin ; sa salle à man- 
ger contenait les portraits de trois fondateurs de la 
maison; sa lingerie accusait 33 douzaines de ser- 
viettes, 33 surtouts, 106 paires de draps, etc.; et, par- 
tout, dans les appartements comme dans les dépen- 
dances, il y avait d'autres objets mobiliers. 

Chaque religieux avait .sa chambre modestement 
meublée. Les hôtes avaient également des chambres 



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-78 — 

plus ou moins garnies de meubles. Un organiste (1), 
un acolyte (1), un domestique (2), une blanchisseuse (3), 
un jardinier (4), un aide-cuisine, un portier et des 
femmes de basse-cour avaient aussi quelque mobilier. 
Six chevaux occupaient les écuries, huit vaches et une 
génisse partageaient une même étable. Les greniers 
étaient chargés de grains, le fointier bourré de foin, 
les bûchers remplis de bois et les caves approvision- 
nées de vins : celle de la maison contenait du vin de 
Bourgogne, du vin de Champagne, du vin de Craonne, 
du vin de Lunel, plus sept muids de vin de Braine, 
Chavonne, Vasseny; et, pour sa part, la cave-l'Abbé 
(bien connue encore de nos jours) la cave-l'Abbé ren- 
fermait trois feuillettes de vin de Bourgogne et trente- 
cinq muids de vin du pays. 

L'abbaye comptait quatre religieux profès ailleurs 
que dans son sein : M. Randon, chanoine à Dammar- 
tin, âgé de 77 ans ; M. Séné, prieur-curé de Renne- 
Moulin, âgé de 60. ans; M. Harmand, prieur-curé de 
Cerseuil, aussi âgé de 60 ans, et M. Bernard, âgé de 
42 ans, prieur-curé de Rocquigny. 

L'abbé commendataire de la maison était M. d'Ai- 
greville ; il jouissait d'un revenu de 6,000 livres ; il 
paya partiellement la contribution patriotique décrétée 
le 6 octobre 1789 ; il finit par émigrer, et son départ 
de France fut juridiquement reporté au 6 juillet 1793. 

Il y avait place dans la maison pour seize religieux ; 
mais onze prémontrés seulement l'habitaient et encore 



(I) U s'appelait Jean -Joseph Dombren, il était originaire de Solre-le- 
Chftteau, né le 18 août 1740, et aveugle depuis Tâge de sept ans; il avait 
tenu Torgue de l'abbaye de Cuissy pendant dix ans, et il était en Tabbaye 
de St-Yved depuis 18 ans. 

(1) Il se nommait Labrie. 

(2) Il se nommait Chrétien. 

(3) C'était une demoiselle Baltat. 
{A) U s'appelait SceUier. 



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- TO - 

ne vivaient-ils pas en parfaite union : les uns, en effet, 
applaudissaient aux innovations politiques et les autres 
regrettaient l'état de choses ancien. 

Les onze religieux étaient : 

lo M. Isidore-Honoré Douay, âgé de 47 ans, prieur ; 

2o M. Pierre-François Debrie, âgé de 78 ans, sous- 
prieur ; 

30 M. Jean-Nicolas Héduin, ancien procureur, âgé 
de 56 aus ; 

4® M. Jean-Pierre-Nicolas Debrotonne, âgé de 53 
ans ; 

5*^ M. Nicolas-François Duflot, âgé de 43 ans, pro- 
cureur ; 

6° M. Pierre-Charles Lefebvre, âgé de 35 ans ; 

7° M. Anselme-Joseph Oudart, âgé de 35 ans ; 

8° M. François Tourier, âgé de 28 ans ; 

9* M. François Humbert, âgé de 28 ans ; 

10* M. André-Edme Lamy, âgé de 27 ans ; 

11» M. Pierre-Louis-Honoré Thibault, âgé de 24 ans. 

Le frère Héduin avait été procureur pendant une 
quinzaine d'années ; il était instruit ; il écrivait claire- 
ment, nettement, et il était atteint d'une maladie qui 
le rendait infirme. De caractère indépendant, il s'était 
acheté, en 1783, les œuvres de Jean-Jacques Rous- 
seau. II s'était aussi acheté une glace, des pistolets 
et des estampes, alors qu'il ne lui était dû (comme à 
ses confrères du reste) que l'usage d'un mobilier stric- 
tement nécessaire. Il avait refusé, dans une séance 
capitulaire du 18 janvier 1787, de remettre, à son 
supérieur, des registres de recettes et de dépenses du 
temporel de l'abbaye. Une visite canonique avait été 
faite en cet établissement, le 23 février suivant, par 
un religieux du nom de Legras et un abbé de Laval- 
Dieu. La question de remise des registres fut alors po- 
sée à M. Héduin. Il déclara avoir brûlé l'un d'eux. M. 
Legras considéra ce fait comme un délit et annonça 



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rîntention d'en référer au chapitre national qui se te- 
nait en la maison chef d'ordre. Il en référa ainsi en 
effet. Un arrêté fut pris par ce chapitre contre le pré- 
montré Héduin. Celui-ci fut privé de voix active et 
passive pendant deux années, et cette décision fut re- 
mise et lue en Tabbaye de St-Yved, le 18 août 1788, 
par un abbé d'Abbécourt, — M. de Coulmiers. 

Mais M. Héduin refusa de s'y soumettre toutes les 
fois qu'on voulut l'y obliger. L'abbé général de Pré- 
montré (don Jean-Baptiste Lécuy) intervint alors en 
cette affaire. Il usa de toute son autorité pour vaincre 
l'obstination du frère Héduin, mais ne put parvenir à 
son but. Afin de mettre un terme à cette situation dé- 
plorable, il se vit obligé de demander — et il obtint 
— une lettre de cachet contre le chanoine insoumis. 

€ Sous une lettre de cachet, écrivit plus tard M. 
Héduin, on ne jouissait plus des droits de citoyen. » 
Toutefois, enlevé de la maison de Braine et détenu je 
ne sais où, il protesta, il pétitionna auprès des mi- 
nistres ; il dépensa en frais divers, à ce sujet, une 
somme de 240 livres ; il se prétendit victime de ses 
efforts contre ce qu'il appela le despotisme du général 
de l'ordre, et les hommes d'Etat ne purent se refuser, 
ditril, à reconnaître l'injustice de sa détention et à lui 
en donner main-levée. Il recouvra donc sa liberté. 

Toujours membre de la communauté de St-Yved, il 
rentra immédiatement dans l'abbaye. Il ne trouva pas 
là autant d'amis que de confrères ; mais autant d'amis 
que d'ennemis (cinq contre cinq). En revanche, son 
affaire avait fait sensation dans la ville de Braine ; la 
municipalité et les habitants avaient pris parti pour 
lui; il était devenu populaire, et il fut, en conséquence, 
élu aumônier de la garde nationale; il crut même 
pouvoir écrire un jour au district de Soissons : 

« J'ai servi la communauté pendant quinze ans comme 
procureur. J'ai mis la maison et l'église dans le meil* 



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-81 — 

leur état possible. J'en ai administré les biens avec le 
plus grand zèle. Les fermiers, les ouvriers ont connu 
mon humanité, les honnêtes gens m'ont honoré de leur 
estime et de leur amitié. La calomnie m'a déchiré sans 
ménagement, la noire envie surtout, de la part des 
confrères auxquels j'avais rendu les services les plus 
essentiels. Je ne crains pas qu'ils osent mettre leur pa- 
triotisme en comparaison avec le mien. > 

IL 

En abolissant, aux mois d'août, septembre et no- 
vembre 1789, le régime féodal, les justices seigneu- 
riales, les dîmes, les privilèges, la pluralité des béné- 
fices et autres vieux droits séculaires, l'Assemblée 
nationale dépossédait partiellement les ordres religieux; 
elle les dépossédait encore quand, le 29 septembre de 
la même année, elle les invitait à « faire porter à 
l'hôtel des monnaies le plus prochain toute l'argenterie 
de leurs églises, chapelles ou confréries, qui ne serait 
pas nécessaire pour la décence du culte divin ; » et 
elle les dépossédait de plus belle lorsque, par son dé- 
cret des 2 et 4 novembre suivant, elle mettait les 
biens ecclésiastiques à la disposition de la nation. Mais 
c'était la révolution qui s'accusait de plus en plus ; 
c'était l'ère nouvelle qui s'affirmait en toute chose ; 
c'était le présent qui détruisait le passé ; et les com- 
munautés ne pouvaient combattre avec succès ces dé- 
cisions souvent plus qu'énergiques ; aussi la mesure 
que prit l'Assemblée nationale, les 20 et 26 mars 1790, 
de faire procéder à l'inventaire des biens des religieux 
ne rencontra-t-elle pas d'opposition efficace et l'ut-elle 
même accueillie avec résignation dans certaines com- 
munautés, jlenfut du moins ainsi en l'abbaye de 
St-Yved. 

Cette mesure des 20 et et 26 mars, qui faisait l'objet 

11 



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- 82- 

d'un décret sanctionné par le roi Louis XVI, portait en 
détail que, dans la huitaine de sa publication, les of- 
ficiers municipaux se transporteraient dans toutes les 
maisons de religieux de leur territoire, s'y feraient 
représenter les registres et comptes de régie, les ar- 
rêteraient et formeraient un résultat des revenus et 
des époques de leurs échéances, dresseraient un état 
de l'argenterie, de l'argent monnayé, des effets de 
sacristie, des bibliothèques, médailles et mobilier le 
plus précieux de la maison, en présence de tous les 
religieux, à la charge et garde desquels ils laisse- 
raient lesdits objets ; dresseraient aussi un état des 
religieux profès de chaque maison et de ceux qui y 
étaient affiliés, et enfin recevraient la déclaration de 
ceux qui voudraient s'expliquer sur leur intention de 
sortir des maisons de leur ordre, ou d'y rester. 

Tout cela fut exécuté à la lettre, en l'abbaye de St- 
Yved, les 21, 22, 23 et 24 avril 1790, par M. Petit de 
Champlain, maire de Braine, MM. Maroteau, Hulot, 
Gosselin, Poinsart et Fessier, officiers municipaux de 
cette ville, accompagnés de M. Petiteau, procureur de 
la commune, et de M. Masure, secrétaire-greffier. 

Le premier jour se passa s^ns incident. Le deuxième, 
MM. Héduin, Debrotonne, Lefebvre, Oudard et Tourier 
firent toutes réserves au sujet de la susdite somme 
d'argent monnayé de 1,46< livres 5 sols 9 deniers, 
prétendant que, depuis longtemps, les comptes de 
l'administration des biens de la maison n'avaient point 
été établis légalement, et qu'il y avait lieu d'en faire 
rendre au procureur (1) qui avfit précédé M. Duflot. 
Mais MM. Douay, Duflot, Eiimbeii; et Lamj protestèrent 
contre ces réserves, soutenant que les comptes avaient 
été suffisamment discutés en leur temps. Il y eut alors 



(f)M. Bernard. 



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- 88 - 

réplique par les premiers, et les différents dires furent 
transcrits en l'inventaire. 

Le troisième jour, des prétentions réciproques se 
produisirent encore au sujet d'une montre, de tableaux, 
de tentures, etc. ; le mot faux fut même prononcé. 

Et le quatrième jour on détailla l'actif, qui était du 
chiffre déjà énoncé de 9,087 livres 10 sols 9 deniers ; 
on inscrivit le passif, qui s'élevait à 13,972 livres 16 
sols 6 deniers ; on nota qu'il était charitablement ao- 
cordé à un ancien domestique de la maison, nommé 
Baradet, six setiers de méteil payables chaque année 
jusqu'au jour de son décès, et à un autre ancien ser- 
viteur du nom de Galimant, quatre setiers de méteil, 
un cent de fagots, douze livres, et la maison qu'il oc- 
cupait, sa vie durant. Puis vint la constatation la plus 
solennelle de toutes, celle relative aux intentions à 
manifester par les religieux profès sur la question de 
savoir s'ils entendaient ou non sortir de la maison de 
leur ordre. 

Interpellé le premier par les fonctionnaires qui pro- 
cédaient à l'inventaire, M. Douay, prieur, déclara ne 
pas vouloir s'expliquer sur ses intentions. 

Interrogé le deuxième, M. Debrie, sous-prieur, fit 
la même réponse que M. Douay. 

A son tour M. Héduin, aumônier delà milice locale, 
annonça « qu'il profiterait de la liberté accordée par 
l'Assemblée nationale pour se retirer. » 

M. Debrotonne < dit qu'il voulait profiter de la liberté 
que l'auguste Assemblée avait accordée aux religieux 
et que son intention était de sortir de la maison. » 

M. Duflot, procureur, « dit ne vouloir s'expliquer. » 

M. Lefebvre « dit qu'il profiterait de la liberté que 
l'Assemblée nationale, par la sagesse de ses décrets, 
accordait aux religieux ; qu'en conséquence il déclarait 
que son intention était de quitter son ordre. » 

M. Oudart « dit qu'il profiterait de la liberté accor- 



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- 84 — 

dée par l'Assemblée aux religieux, et que son intention 
était de se retirer. » 

M. Tourier déclara < qu'il voulait profiter de la li- 
berté que donnait l'auguste Assemblée aux religieux 
de quitter leur ordre. » 

M. Humbert annonça « vouloir rester dans la mai- 
son tant qu'elle subsisterait. > 

M. Lamy répondit comme M. Humbert. 

Et quant à M. Thibault, il ne put être consulté, at- 
tendu qu'il était malade, à Reims, chez ses parents. 

Ces déclarations faites, la situation de chacun de ces 
disciples de saint Norbert fut franchement accusée ; 
et, par cela même, le désaccord s'accentua d'autant 
plus, n y eut deux camps bien distincts dans l'abbaye : 
celui des partisans de la révolution et celui des parti- 
sans du statu quo. D'autre part, M. Douay se fit curé 
de la paroisse de Saint-Laurent de Michery (Yonne) et 
prétendit conserver néanmoins son titre de prieur de 
St-Yved, parce qu'il n'était pas sûr de jouir paisible- 
ment de sa cure et qu'il avait un certain délai pour 
opter. M. Debrotonne devint aumônier de la garde na- 
tionale de Marie. M. Lefebvre obtint le même titre 
dans un district des Ardennes, à Grandpré, et M. Du- 
flot fit de fréquentes absences du monastère. La disci- 
pline fut détruite, l'obéissance disparut, le désordre 
se produisit complet, et la ville de Braine, au courant 
de tout ce qui arrivait, fut loin d'admirer. Il se passa 
même, dans l'abbaye, un fait inouï et absolument con- 
traire à la règle des prémontrés. C'était le matin du 
30 juin 1790. Le prieur Douay était en voyage. On di- 
sait, on aflairmait que, nommé curé de Michery, il ne 
pouvait cumuler les fonctions de curé dans l'Yonne et 
celles de prieur à Braine. On résolut donc de lui choi- 
sir un successeur. Alors la cloche du couvent appela 
tous les religieux en la salle capitulaire. Cinq seule- 
ment se présentèrent: MM. Debrie, Héduin, Lefebvre, 



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— 85 — 

Oudart et Tourier. Le sous-prieur expliqua la situa- 
tion ; on discuta sur ce qu'il y avait à faire, et les 
cinq prémontrés se mirent à voter. Le choix d'un 
prieur tomba sur M. Héduin. Acte notarié fut dressé 
de son élection, et l'on procéda à son installation ca- 
nonique. M. Duflot, le procureur, s'indigna ; il prit la 
plume, il écrivit au maire et aux officiers municipaux 
de Braine qu'il partait pour le district de Soissons et 
l'administration départementale de Laon, afin d'y dé- 
poser plainte, et qu'il emportait les clefs de la procure, 
laissant sous la sauvegarde de la municipalité les re- 
gistres et l'argent delà maison. Il partit effectivement, 
et, le même jour, à cinq heures de l'après-midi, le 
maire, les officiers municipaux, le procureur de la 
commune et le secrétaire, non seulement ne le trou- 
vèrent pas, mais ne rencontrèrent que les religieux 
qui avaient pris part à l'élection. Et, après délibéra- 
tion sur ce qu'il convenait de faire, ils s'arrêtèrent à 
ce fait que les prémontrés étaient individuellement 
garants et responsables de ce que renfermait l'abbaye, 
que M. Duflot avait d'ailleurs em*porté les clefs de la 
procure, et que les choses devaient rester en l'état. 
Puis, ayant de cela rédigé procès-verbal, ils se reti- 
rèrent. 

Cependant, tout en portant ses plaintes, le procu* 
reur Duflot déposait au district de Soissons un mé- 
moire qui relatait de nombreux griefs contre plusieurs 
de ses confrères et suspectait de partialité la munici- 
palité de Braine. Ses confrères, il donnait à penser 
qu'ils voulaient attenter à ses jours. La municipalité, 
il € paraissait la mépriser > et annonçait ne pas vou- 
loir lui rendre de comptes. Vif à la riposte, le corps 
municipal répondit au district, dès le 2 juillet, qu'il 
n'avait pas à statuer sur la légalité ou l'illégalité de 
la nomination du prieur Héduin, et que son but était 
de maintenir l'ordre dont l'était l'ami. Il se défendit 



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-86- 

en quelques phrases contre M. Duflot, et il termina en 
disant qu'il ne pouvait dissimuler les pas, les démar- 
ches et les désagréments de tous genres que l'abbaye 
lui avait causés, que cette maison devait être l'asile de 
l'union et de la paix, mais qu'elle n'était que celui de 
« la discorde la plus scandaleuse pour le pays. » 

Quant à M. Héduin, il chercha à disculper ses con- 
frères et à se justifier lui-même, le 16 juillet 1790, en 
écrivant ainsi aux membres du district : 
€ Messieurs, 

< Le sieur Duflot a été se plaindre à vous de ses 
confrères. Ses plaintes sont absurdes. On ne lui veut 
pas de mal ; c'est lui qui en fait ; son mémoire en est 
la preuve. Il vous représente ses confrères comme li- 
vrés à une insubordination coupable. Il a même l'im- 
pudence de vous laisser entrevoir des craintes pour sa 
vie. Une conscience sans reproches ne craint point un 
pareil attentat. Mais, rassurez-vous, Messieurs, ses 
confrères sont aussi modérés qu'il l'est peu. Il avait 
tenu contre eux des propos offensants. Us l'ont prié 
de se dispenser de cette charité monacale, s'il ne vou- 
lait recevoir un témoignage énergique de leur ressen- 
timent. Il n'a pu croire qu'il méritait tant de ménage- 
ment; l'imagination d'un coupable mesure toujours la 
peine à l'offense. Mais je vous jure, Messsieurs, que 
mes confrères n'ont jamais eu d'autre intention que 
de l'engager à bien vivre avec eux. M. Duflot a tort 
de faire table à part, de quitter sans sujet son poste 
dans le temps d'une moisson, sans en prévenir aucun 
supérieur, et de vous donner des alarmes sur la tran- 
quillité et l'honnêteté de ses confrères, n était l'ami de 
M. Douay, ci-devant prieur de Brain^. Celui-ci vient 
de prendre possession d'une cure. Sitôt que ces mes- 
sieurs l'ont su, ils ont, le supérieur à leur tête, assem- 
blé le chapitre et m'ont nommé leur prieur. Le sieur 
Duflot a été convoqué comme les autres, il l'avoue. 



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- 87 - 

Les formes de mon élection et de ma prise de posses- 
sion ont, selon lui fait le scandale de la ville. J'ai 
reçu les preuves les plus touchantes du plaisir que 
mon élection inattendue a fait à tous mes concitoyens. 
Pardon, Messieurs, si je vous importune de ces détails 
claustraux, mais je dois vous prier de ne point me 
juger, de ne pas juger mes confrères sur les propos 
d'un homme passionné qui ne s'estime point assez pour 
ne rien craindre, qui, chargé de la régie des biens de 
sa maison, calomnie ses confrères et la municipalité 
de Braine pour éviter de leur rendre ses comptes. La 
marche d'un honnête homme est plus franche, plus 
loyale. Il Test sans doute, et il ne doit pas se dispen- 
ser de nous en donner une nouvelle preuve. » 

Que pensait et que faisait, p^idamt ce temps, dans 
sa cure de Michery, le frère Douay, prieur de l'abbaye 
de St-Yved, régulièrement nommé par le général des 
prémontrés ? Mis au courant de ce qui se tramait et 
de l'élection possible d'un autre prieur que lui, il écri- 
vit, le 2 juillet, c'est-à-dire trop tard, au frère Duflot, 
que n'ayant ni opté, ni donné sa démission, il trouvait 
la chose, aussi fausse dans ses principes que dans ses 
conséquences, qu'elle pouvait faire beaucoup de mal 
dans un moment où des esprits exaltés voulait tout 
faire impunément, qu'il se £[attait qu'il y aurait dans 
la maison des confrères assez prudents pour s'opposer 
aer aux innovations que d'autres voulaient susciter, 
qu'en cas d'opérations contraires au bon ordre, il fal- 
lait protester juridiquement, et que d'ailleurs il revien- 
drait en l'abbaye aassitôt que possible. • 

Mais ces bons conseils n'arrivèrent point en temps 
utile à Braine, je io répète, et M. Duiot, qui n'accep- 
tait pas l'électioa, insista sur l'esprit et les tendances 
de son mémoire. Il 3*adressa, le 15 juillet, à M. Lau- 
rent, président de l'administration du dépsurtement de 
TÂisne, qui était son parent, et lui dit, entre autres 



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choses : c Je vous prie de faire promptement finir mon 
afiEsdre, qui m'inquiète et trouble ma tranquillité. » 

La municipalité de Braine fut alors invitée à fournir 
des explications nouvelles. Elle déclara persister dans 
les renseignements qu'elle avait donnés le 2 juillet. 
€ En effet, dit-elle, le mémoire du sieur Duflot ne ren- 
ferme que des méchancetés maladroitement lancées 
tant contre un de ses confrères qu'il cherche à cou- 
vrir d'opprobre, que contre la municipalité qu'il a 
déjà désignée comme un corps dont il se méfiait, en le 
prévenajit que les raisons les plus fortes l'empêchaient 
de lui rendre ses comptes. . . Quant aux éclaircissements 
demandés, la municipalité peut seulement assurer avec 
vérité que la réception de M. Héduin en qualité de 
prieur n'a pas causé le moindre scandale..., que ledit 
sieur Héduin, qui est Taumônier de la garde nationale, 
a pour lui l'opinion publique, le plus précieux avan- 
tage dans le moment actuel. » 

Sur le point de quitter Michery, après une absence 
de Braine de plus d'un mois, M. Douay crut devoir 
écrire, le 23 juillet, au président de l'administration 
départementale. Il qualifia sévèrement ce qui s'était 
passé dans l'abbaye et ajouta : « J'apprends que le 
désordre continue et que certains membres de la mu- 
nicipalité agissent dans ce moment avec la même par- 
tialité dont ils nous ont plusieurs fois donné des 
preuves en faveur des perturbateurs... L'homme qu'ils 
ont prétendu se choisir, trop connu déjà peut-être dans 
la province avant cette dernière scène, suffit seul pour 
faire juger des intentions qui ont déterminé une pa- 
reille opération... Avant de rentrer dans Braine, je 
resterai chez notre confrère, curé à Cerseuil... Best 
impossible que je me présente à nos confrères mutinés, 
comme leur prieur, si la prétendue nomination du sieur 
Héduin n'est auparavant déclarée nulle et illégale. 
Dans une communauté de onze religieux, cinq se con- 



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-M- 

certent en mon absence pour cihoisir entre eux ce 
prétendu supérieur ; tous cinq avaient déclaré à la 
municipalité vouloir quitter la maison et leur ordre ; 
ils s'appuient d'un vieillard (M. Debrie) aussi faible 
qu'inconséquent et que je n'ai laissé dans la place de 
sous*prieur que par ménagement pour sa vieillesse et 
sa santé, et le reste de cette communauté, attaché à 
son état, deviendrait victime d'une telle insurrection ? 
Je ne puis le croire... Le moyen le plus certain et le 
seul efficace pour rétablir l'ordre dans la maison de 
Braine est d'en faire sortir ceux qui ont fait leur dé- 
claration à cet effet... » 

La situation était grave, on le voit ; mais elle devait 
s'aggraver encore par suite d'un inddent aussi bizarre 
dans fion objet qu'imprévu en un pareil moment. Elu 
prieur, M. Héduin entendait que tout le monde lui 
obéit dans la maison. Or, le 27 juillet, il avait, après 
avoir pris l'avis de ses adhérents, donné l'ordre au 
cuisinier de servir dorénavant le rôti au repas du ma- 
tin, au lieu de le servir au repas du soir. M. Duflot, in- 
formé de cette innovation, avait, lui, enjoint au cuisi- 
nier d'agir comme par le passé. Le cuisinier avait 
écouté de préférence M. Duflot. M. Héduin^ irrité, et 
déclarant d'ailleurs à qui voulait l'entendre que M. 
Duflot faisait table à part et jouissait de mets parti- 
culiers, s'était immédiatement emparé de toutes les 
clefs et les avait remises à M. Lefebvre, qu'on avait 
aussitôt nommé dépensier à la pluralité des voix. M. 
Duflot soutint qu'il ne pouvait être dépossédé ainsi, 
que, s'il vivait seul dans sa chambre, ses repas con- 
sistaient : le matin (je dte textuellement) en un bouilli 
et une entrée, et le soir en pain et vin, et que, le 27 
juillet, un jambon avait été substitué au rôti. Ensuite, 
n'ayant pu convaincre ses adversaires, il alla se plain- 
dre à la municipalité de Braine, laquelle refusa de 
s'occuper de pareilles futilités, n adressa alors une 

«a 



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requête au directoire du district de Soissons. Le di- 
rectoire obligea la municipalité à verbaliser. Et celle- 
ci s'exécuta avec toute la mauvaise grâce possible, en 
exprimant le désir de ne plus être chargée de sembla- 
ble opération. 

Le 9 août 1790, le directoire du district de Soissons 
était réuni. H statuait sur un rapport du comité ecclé- 
siastique, rapport dressé par M. Quinquet, administrar- 
teur de ce district, et traitant, en fait comme en droit, 
des difficultés survenues entre les religieux de St- 
Yved. 

€ Il semble au premier aperçu des faits, avait écrit 
M. Quinquet, qu'il ne s'agisse que de querelles, que 
de moineries pitoyables ; mais l'administration de la 
maison soufiEre infiniment, et c'est ce que nous avons 
à considérer. Point d'ordre dans cette communauté, 
point de règle; tout y est frondé... Il peut même en 
résulter des suites fâcheuses par les passions qui 
agitent les religieux perturbateurs... » 

Ceci dit, et mille autres choses encore contre le 
frère Héduin et ses amis, le directoire de Soissons an- 
nula l'élection, réintégra le prieur Douay et le procu- 
reur Duflot dans leurs fonctions et ordonna que MM. 
Héduin et Lefebvre rendraient compte de leur courte 
gestion, s'il y avait lieu. 

Le directoire du département de l'Aisne examina 
l'afllsdre à son tour et se prononça, le 10 août 1790, 
dans le sens du directoire de Soissons. Il enjoignit, en 
en outre, aux religieux qui avaient déclaré vouloir sor- 
tir de l'abbaye, de le faire sans délai, et il nomma 
pour commissaire à l'exécution de sa décision M. Vui- 
gnier, de Vailly, administrateur du département de 
l'Aisne, et un administrateur du directoire du district 
de Soissons, qui était M. Boujot. 

Le 14 du même mois, à huit heures du matin, MM. 
Vuignier et Boujot étaient effectivement à Braine. La 



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%• 



- 91 — 

cloche de l'abbaye s^pela les religieux en assemblée 
générale. Les deax commissaires, assistés de la mu- 
nicipalité de Braine, firent part de l'objet de leur mis- 
sion et réclamèrent Texécution de la décision du direo- ' 
toire départemental. MM. Héduin, Debrie, Debrotonne^ 
Lefebvre, Oudart et Tourier répondirent qu'ils n'en- 
tendaient pas reconnaître M. Douay comme prieur, ni 
M. Duflot comme procureur; et M. Héduin ajouta 
même qu'il ne oesserait pas de remplir ses fonctions 
de prieur. 

Prenant la parole/ MM. Duflot, Humbert, Lamy et 
Thibault déclarèrent -qu'il n'y avait d'autre prieur que 
M. Douay et d'autre procureur que M. Duflot. 

Les deux commissaires s'armèrent alors des décla- 
rations de sortir ou- rester, faites par les religieux à 
l'issue de l'inventaire dressé en l'abbaye. Ils som- 
mèrent MM. Héduin, Debrotonne, Lefebvre, Oudart et 
Tourier^ qjii avaient déclaré vouloir quitter le cloître 
pour rentrer' dans le monde, d'évacuer le monastère 
sur le champ et sans délai, M. Douay offrant d'ailleurs 
de leur payer le premier quartier de la pension à eux 
due. A quoi lesdits religieux répondirent qu'ils ne sor- 
tiraient de la maison que quand l'Assemblée nationale 
aurait décrété l'époque de sortie de tous les religieux 
et que le paiement de leur pension leur serait assuré, 
n'entendant point accepter l'offre qui leur était faite 
par M. Douay, ce dernier étant sans qualité pour la 
leur faire. Et pour justifler leurs réponses aux deux 
commissaires, ils leur remirent un mémoire signé et 
dans lequel ils disaient qu'on devait les entendre dans 
leur défense, « surtout sous un régime où l'inquisi- 
tion des despotes était anéantie. » . 

MM. Vuignier et Boujot dressèrent procès-verbal de 
leur opération suivant l'usage suivi alors dans le dis- 
trict. Le lendemain, en transmettant cette pièce à M. 
Belin, procureur général syndic du départementi M. 



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- 92 ~ 

Vuignîer disait de Tabbaye St-Yved : « D y a dans 
cette maison des tètes chaudes et opiniâtres qu'il sera 
impossible d'amener à l'obéissance sans employer la 
force. » Aussi le directoire du département prit-il le 
parti, le 19 août, de décider que toutes les pièces du 
débat seraient envoyées à TÂssemblée nationale et au 
roi pour qu'ils pourvussent à l'exécution de sa déci- 
sion du 10 août. 

Ni l'Assemblée, ni le roi ne furent directement saisis 
de l'affaire; mais ce fut le comité ecclésiastique de 
l'Assemblée qui eut à s'en occuper. Il confirma la déci- 
sion départementale le 31 et la transmit immédiate- 
ment à Soissons. Le 16 septembre, MM. Vuignier et 
Bouîot furent de nouveau nommés commissaires à 
l'exécution de la décision du 10 août. Le 17, ils se 
rendirent à Braine, et comme la situation était plus 
tendue que jamais, M. Quinquet, du district de Sois- 
sons, les accompagnait. Arrivés dans la ville de 
Braine, il s'adjoignirent les maire, oflBlciers munici- 
paux et procureur de la commune, et se transportèrent 
solennellement en l'abbaye. Là ils convoquèrent les 
religieux. Tous comparurent devant eux, à l'excep- 
tion de M. Douay, qui était absent de Braine, et de M. 
Lamy, qui était à Meaux, pour y recevoir des ordres. 
Interpellés, et connaissance prise de la décision du co- 
mité ecclésiastique de l'Assemblée nationale, MM. Hé- 
duin, Debrotonne, Lefebvre, Oudart et Tourier se trou- 
vèrent enfin vaincus ; il déclarèrent alors consentir à 
quitter la maison sous trois jours et dirent qu'ils 
avaient la confiance qu'en ce faisant, non-seulement 
ils toucheraient leur pension, mais pourraient enlever 
le mobilier à leur usage personnel. Les choses furent 
réglées ainsi et s'exécutèrent de la sorte sans autre 
incident remarquable. 



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III. 

L'horizon politique s'assombrissait, et les prémontrés 
de St-Yved semblaient n'y point prendre garde; ils 
s'occupaient de leurs querelles intestines, de leurs dis- 
sensions personnelles, et ils devenaient aussi mes- 
quins, aussi petits que possible, alors qu'il fallait se 
mettre à la hauteur des événements majeurs que la 
révolution engendrait. Si la preuve de ce qui est avancé 
là ne ressortait pas des lignes qui précèdent, on la 
trouverait certes dans le présent chapitre. 

Cîomme Paris et tant d'autres villes, la commune de 
Braine avait eu sa fête de la fédération, et dans cette 
occurence, M. Héduin avait prononcé un discours pa- 
triotique en sa qualité d'aumônier. S'il n'était Thomme 
ni du directoire du district de Soissons, ni du direc- 
toire du département de l'Aisne, il était resté l'homme 
de la ville de Braine, *et l'homme écouté et recherché 
par le peuple. Ainsi, le 29 septembre 1790, la garde 
nationale de Braine songeait à faire célébrer, le 2 
octobre, par M. Héduin, un service public pour les 
nombreuses victimes de la célèbre insurrection mili- 
taire qui avait éclaté à Nancy à la fin d'août, et dont 
le général Bouille se rendit vainqueur. L'église de 
St-Yved était celle qui, par ses dimensions, lui conve- 
nait le mieux pour cette cérémonie. M. Fossier, mem- 
bre de la municipalité de Braine, se rendit au monas- 
tère vers midi, et exprima le désir que le service fût 
fait en l'église de St-Yved. On ne lui promit rien; mais 
le soir même, à sept heures et demie, une assemblée 
extraordinaire avait lieu en la manière accoutumée, 
c'est-à-dire annoncée au son de la cloche, dans la saUe 
du chapitre. Etaient présents : MM. Debrie, Duflot, 
Humbert et Thibault. Ea demande fut mise en délibé- 
ration, et il fût arrêté : que les moines offriraient leur 



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— 94 — 

église pour la circonstance, qu'ils feraient ce qui dé- 
pendrait d'eux pour rendre la cérémonie aussi solen- 
nelle que possible tant sous le rapport du luminaire 
que sous le rapport de la sonnerie et des ornemente ; 
qu'ils ne pouvaient, sans se compromettre, consentir 
à ce que M. Héduin fût célébrant, puisqu'il avait de- 
mandé sa sortie du monastère et que cette sortie était 
effectuée ; que M. Douay, prieur, alors absent de Braine, 
avait d'ailleurs fait défense de laisser dire la messe 
à St-Yved par aucun des religieux sortis de cette mai- 
son ; que le service, s'il était célébré en l'àbbaye, le 
serait par le curé de Braine (1) et son clergé auxquels 
se joindraient en signe d'esprit patriotique les religieux 
restés dans la maison, ou bien en cas de refus ou d'im- 
possibilité de la part de M. le curé, par lesdits reli- 
gieux, à l'exclusion de tous autres appartenant ci- 
devant à cette maison ; et enfin que^s'il surgissait d^s 
difficultés, il en serait référé au district et au dépar- 
temeni pour avoir un jugement définitil. 

Ce cas de difficultés avait ^é •justement prévu. 
M, Héduia voulut officier comme aumônier. M. Mau- 
gras réclama 'Sf^s droits, appuyé par les religieux 
demeurée en Tabbaye, et l'emporta sur l'aumônier. 
' Mais s'il faut en croire M. Duflot, M. Héduin chercha 
à le faire assassiner (m plus ni moins), ainsi que M. 
le curé Maugras. Il avait gagné, dit-il, des gens de la 
milice ; on avait Sivrèié qxxe six fusiliers tireraient sur 
M. le curé dès qu'il paraîtrait à la cérémonie du 2, et 
que six autres fusiliers tireraient sur lui, M. Duflot. 

Heureusement des patrouilles furent faites pour 
écarter les mécontente, et, grâce aux précautions 
prises, l'office se fit avec solennité, et sans enti^ave, 
par le clergé de la paroisse et les prémoutrés fidèles à 
leur ordre. 

a) M. MaDgm. 



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-9S- 

Ce n'est pas tout : quinze jours après, M. Duflot se 
plaignit encore, contre M. Héduin, au président du 
directoire du district de Soissons. < Un orage prêt à 
fondre sur nos têtes se prépare, écrivit-il. Jaloux de 
notre tranquillité, M. Héduin soulève les citoyens con- 
tre nous. Il veut nous forcer à le recevoir chez nous, 
avec la milice, pour dire la fûesse, à onze heures et 
demie, les dimanches et fêtes. M. le prieur nous a dé- 
fendu de donner l'entrée dans la maison à aucun de 
ceux qui en sont sortis, mêmç pour y dire la messe. 
M. le curé, de son côté, ne veut point du sieur Héduin 
dans son église^ en qualité d'aumônier... Les honnêtes 
gens tremblent des suites d'une animosité aussi mar- 
quée et craignent que par vengeance on ne commette 
quelque crime. » 

Mais M. Duflot pouvait se rassurer; personne ne 
devait être tué à Braine, aucun crime n'y devait être 
perpétré par M. Héduin ; et si ce dernier avait de nom- 
breux torts à se reprocher, M. Duflot avait au moins 
celui d'être sans miséricorde à son endroit 

IV. 

Oi) avait fait l'inventaire des biens des abbayes ; on 
allait compléter l'opération par l'enlèvement des titres 
et papiers ; puis auraient lieu les ventes mobilières et 
immobilières des choses possédées par le clergé, puis 
encore la fermeture des édiflces religieux, la profana- 
tion de beaucoup d'entre eux et la démolitioa d'au- 
tres; puis enfln la dispersion, l'émigration, et la mort 
souvent violente de certains ecclésiastiques. Et alors on 
ne dirait plus l'abbaye, mais la ci-devant abbaye ; on 
ne dirait plus les prémontrés, mais les ci-devant pré- 
montrés ; on ne dirait plus les saints, mais les ci- 
devant saints ; bref, on pousserait l'athéisme jusqu'à 
dire le ci-devant bon Dieu. 



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-96- 

Pour Saint-Yred, voici ce qui eut lieu. 

Le soir du 13 octobre 1790 deux administrateurs 
délégués du directoire du district de Soissons se ren- 
dirent en la maison des religieux, où étant ils s'adres- 
sèrent à M. Duflot et lui firent sommation de leur re- 
présenter et mettre tous les titres et papiers concer- 
nant la propriété des ^iens ci-devant attachés à ladite 
maison. Le procureur les conduisit devant une vaste 
armoire. Ce meuble se composait de vingt-quatre ti- 
roirs étiquetés et garnis de papiers. Tout fut enlevé, 
ainsi que deux autres tiroirs que Ton remplit également 
de titres. Indépendamment de ces pièces, il y avait des 
documents concernant la propriété des biens attachés, 
non pas à la maison, mais à Tabbaye. Informés de la 
présence de ces autres pièces, les deux délégués en de- 
mandèrent également la remise. M. Duflot leur répon- 
dit qu'il fallait pour cela s'adresser à l'abbé commen- 
dataire, M. d'Aigreville, ou plutôt à son fondé de pou- 
voir à Braine, qui était un bourgeois du noia de Fo- 
der. M. Focier fut appelé, n fut requis de remettre 
les papiers ; il y consentit, et dix tiroirs numérotés, 
avec indication des paroisses dans lesquelles se trou- 
vaient les possessions de l'abbé d'Aigreville furent 
ajoutés aux précédents, pour, le tout, être placé sur 
une voiture et déposé au secrétariat du district de 
Soissons. 

Un autre jour, jour de marché franc (c'était le mer- 
credi 17 novembre suivant), deux commissaires du 
même directoire se transportèrent encore à Braine. 
n s'agissait, notamment, de vendre à l'encan, et pour 
cause de départ prochaiu, les chevaux, bestiaux et au- 
tres objets inutiles à la régie des biens du monastère. 
On adjugea d'abord deux vaches pour 108 livres à un. 
boucher de Braine, nommé Harpon, une génisse à un 
appelé Maroteau pour 30 livres, une autre à un habi- 
tant de Billy-sur-Aisne, pour 36 livres, et un lot de 



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— « — 

quatre Taches à M. de Qivrj, chevalier de Saint-Louis, 
demeurant à Jouaignes, moyennant 158 livres 10 sols ; 
on vendit ensuite deux chevaux et leurs harnais à um 
maréchal de Braine pour 241 livres, puis deux autres 
chevaux avec leurs harnais à M. de Givry moyennant 
103 livres, et enfin la plupart des objets annoncés. 
Mais sur la représentation faite par M. Douay que 
plusieurs portraits donnés au couvent par la famille 
d'Egmont, dont les ancêtres avaient fondé Fabbaye^ 
devaient être distraits de la vente par égard pour les 
donateurs, il fut décidé que les portraits retourneraient 
aux d'Egmont. Et il fut également pris cette autre dé- 
cision que rapporte le procôs-verbal de vente : c Mon- 
dit sieur ci-devant prieur nous a priés de lui accorder, 
pour être déposé en la paroisse de Saint-Laurent de 
Michery, dont il est curé, un petit reliquaire en cris- 
tal, garni en cuivre, renfermant un morceau de côte 
et une dent dudit saint Eaurent lesquelles reliques 
étaient, de temps immémorial, déposées au trésor de 
l'église de la ci-devant abbaye de St-Yved, ainsi qu'il 
résulte du procès-verbal des reliques déposées dans 
ladite ^lise. Sur quoi, délibérant et désirant multi- 
plier les monuments de notre sainte religion et donner 
à nos frères en Dieu, de la paroisse de Michery, des 
preuves de notre catholicisme et de notre foi, nous 
avons à l'instant permis audit sieur curé de Michery 
de faire l'extraction dudit reliquaire de St-Laurent ; 
ce à quoi il a été procédé en notre présence, en celle 
des officiers municipaux et des religieux de ladite 
abbaye, avec la vénération due aux choses saintes. » 
Le 26 janvier 1791, une mission plus délicate, con- 
fiée par le directoire du district à un administrateur, 
est exécutée par lui, assisté de M. Menessier, secré- 
taire-greffier de la municipalité de Vailly. L'adminis- 
trateur arrive en la ci-devant abbaye. Il y trouve 
MM. Dufiot, Debrie, Humbert et Lamy. Il vient procé- 

II 



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«9â- 

der à renlèvement de l'argetiterie à Tosage da ctiite. 
Les religieux lui demandent de distraire de son opéra- 
tion pour leur usage» un calice, une patène, un yase 
pour les saintes huiles, un canon d'autel, un livre 
d'érangiles, des chasubles, des étoles, etc. Et comme 
ils ne s'adressent pas à un de ces vandales intraitables 
^ue Ton rencontre dans les histoires de la révolution 
française, mais à un de ces hommes dont l'honorabilité 
ne peut être suspectée, ils obtiennent satisfaction im- 
médiate. Le trésor de l'église est ensuite ouvert. Nous 
avons vu précédemment ce qu'il contenait. Deux parts 
sont faites : l'une pour être enlevée et .conduite au se- 
crétariat du district, l'autre pour être transférée pro- 
cessionnellement dans l'église de la paroisse. Et voilà 
que, sans désemparer, l'administrateur fait prévenir de 
la cérémonie M. le curé Maugras, son vicaire (1), tout le 
clergé, en un mot, puis les notables et les habitants de 
la ville. On sonne les cloches, on accourt, et aussitôt 
a lieu la translation, en l'église paroissiale de Saint- 
Nicolas, d'une coupe en cuivre doré contenant le chef 
de saint Yved, d'un reliquaire supporté par deux anges 
en argent, d'un vase de cuivre ai^enté renfermant des 
reliquaires, de dix-sept petits tableaux renfermantaussi 
des reliquaires, d'une châsse de saint Yved, d'une châsse 
de sainte Vérène et d'une châsse de sainte Florence. 
Les prémontrés Duflot et Lamy sont en tête de la pro- 
cession. On sort de l'église de Tabbaye, M. Duflot 
prononce (dit la pièce relative à l'opération) a un dis- 
cours très pathétique et qui caractérise le bon chrétien 
et le vrai citoyen, auquel discours M. le curé répond 
d'une manière aussi touchante qu'édifiante. » Ensuite 
la procession reprend sa marche et se rend à destina- 
tion. 



(f) M. Guériil. 



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^99 - 

Cela 86 passait dans la première partie du jour. Le 
soir ce fut autre chose. Un ciboire était resté dans le 
tabernacle de l'église St-Yved ; il devait être enlevé. 
M. Duflot le réclama, et Tadministrateur s'empressa 
de le lui laisser. L'administrateur apposa ensuite les 
scellés (la mission à lui confiée le lui prescrivait) sur 
les portes et grilles du chœur de Téglise, laissant ou- 
verte une porte de bas côté pour les derniers religieux 
de la maison. Il se fit représenter l'argenterie de table ; 
il remit onze couverts pour les religieux sortis ou à 
sortir du couvent et fit placer le surplus dans un coffre, 
où se trouvaient déjà beaucoup d'autres objets en 
argent. 

Le lendemain un nommé Marié, voiturier à Braine, 
transportait au district de Soissons, moyennant douze 
livres, et sous l'escorte d'un cavalier de la maréchaus- 
sée de Braine, le coffre rempli d'argenterie. 

Le samedi 16 avril 1791, le maire et les ofllciers 
municipaux de la commune de Braine, agissant en 
exécution d'un arrêté du directoire de Soissons, en 
date du 15, accomplissaient un acte capital ; ils fer- 
maient à tous l'église de St-Yved et apposaient les 
scelKs, au moyen de leur cachet officiel, lequel por- 
tait un corbeau en écusson et pour légende les mots : 
< Municipalité de la ville de Braine. » Immédiatement 
après, ils se faisaient remettre par M. Duflot les objets 
précieux à lui laissés par le précédent commissaire» 
et, bons catholiques au milieu de leurs agissements 
révolutionnaires, ils songeaient que cette ^lise abba- 
tiale, désormais perdue pour les prémontrés, tersit 
une magnifique ^lise paroissiale. Ils l'avaient du reste 
déjà demandée au district de Soissons, il y avait six 
mois, avançant que celle St-Nicolas, située à l'extré- 
mité du faubourg Si-Remi, était beaucoup trop petite, 
incommoble, même insalubre, et que son predbytôre 



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- 100- 

tombait en ruiites. Nouvelle demande dans le même 
but fut alors adressée par eux à Soissons, afin que les 
exercices du culte ne fussent ni retardés, ni interrom- 
pus. La réponse, cette fois, ne se fit pas attendre. Le 
29 du même mois d'avril, M. Marolles, évêque consti- 
tutionnel de l'Aisne, visitait la ville de Braine, accom- 
pagné de M. Rivoire, prêtre, membre du directoire du 
département et du conseil épiscopal, et assisté aussi 
des membres du directoire du district de Soissons. 
« Tout vu et considéré, dit un document que nous pos- 
sédons, et présumant le consentement certain du corps 
législatif, » il fut décidé que les scellés naguère appo- 
sés à St-Yved seraient à Tinstant levés et que Téglise 
€ dudit St-Yved » serait et demeurerait, à dater de ce 
jour, l'église paroissiale de Braine, avec le pavillon de 
la procure de la maison ci-devant conventuelle pour 
presbytère. Et sur le champ, Tévêque, les autorités 
l'assistant, la municipalité et les habitants se rendirent 
à St-Yved, où les scellés furent levés et les portes ou- 
vertes. Puis, sur l'invitation unanime à lui faite, 
l'évêque patriote chanta un Te deum en actions de 
grâces, et l'on consigna ces choses par écrit « Tan 
deuxième de la liberté française, le 29 avril 1791. » « 

Mais on avait transféré, le 25 janvier, de St-Yved à 
St-Nicolas, des reliques et des châsses. Il fallait main- 
tenant faire leur translation de St-Nicolas à St-Yved. 
A cet effet un membre du district de Soissons fut en- 
core nommé délégué. Il se rendit à Braine le 10 mai. 
Il se fit accompagner de M. Champlain, maire (on ne di- 
sait plus M. Petit de Champlain) et des autres mem- 
bres de la municipalité, ainsi que de M. l'abbé Maugras. 
Il se transpoi*la en la ci-devant abbaye. Tous les reli- 
gieux l'avaient évacuée, excepté M. Duflot. Il somma 
alors l'ancien procureur de quitter, à son tour, le mo- 
nastère dans un délai qu'avait fixé le directoire. Il 



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-101 - 

8*occnpa des ornements sacerdotaux, de la translation 
convenue, de la fermeture de l'élise Saint-Nicolas, 
de l'apposition des scellés sur les portes extérieures de 
l'église. Et il verbalisa, toujours suivant Tusage du 
district dans les circonstances sérieuses. 

C'en était fait de Tabbaye de Saint-Yved ! Elle avait 
duré six siècles et demi ; elle avait fait la gloire et 
l'orgueil de la cité ; eUe succombait forcément devant 
la révolution, et sa fin, on vient de le voir, devait être 
une véritable chute. Sa superbe église allait bien ser* 
vir à l'exercice du culte catholique des Brainois, mais 
pour très-peu de temps, mais pour être ensuite mutilée, 
mais pour être abandonnée pendant de longues années 
et pour ne devenir réellement église paroissiale qu'en 
1837. Quant aux religieux, ils étaient disséminés, et 
c'est en vain qu'on voudrait suivre leurs traces. Au 
monastère ils avaient joui d'un sérieux bien-être ; ils 
avaient souvent fisdt la charité et dignement pratiqué 
l'hospitalité, comme jadis Norbert, le fondateur de 
leur ordre, l'avait recommandé. Maintenant, ils étaient 
eux-mêmes obligés d'avoir recours à autrui ; ils deman- 
daient au gouvernement le paiement des pensions dé- 
crétées pour tous ceux qui portaient l'habit ecclésiasti- 
que ; plusieurs d*entre eux devaient même probable- 
ment prêter serment pour ne pas être privés de leurs 
droits pécuniaires vis-à-vis de l'Etat, en d'autres ter- 
mes, pour pouvoir subsister ; et si l'on ne peut dire 
avec certitude que M. Harmand, qui occupa longtemps 
la cure de Cerseuîl, M. Oudart, qui fut curé de Ville- 
Savoie, et M. Humbert, qui fut desservant d'Âugy, 
ne se contentèrent pas de lever la main dans le but 
indiqué, du moins peut-on affirmer qu'ils rentrèrent 
tout-à-fait dans le monde, contractèrent mariage dans 
le pays, et, en un mot, devinrent citoyens de Braine, 
d'après un état de pensionnaires ecclésiastiques sur 



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- 101.- 

lequel ils flgureat et qui est daté du < ^ brumaire 
an 7 de la république française, une et indivisible. » 

La séance est levée à 5 heures. 

Le Présidentj Db la Pràirus. 
Le Sect^étaire^ l'abbé Pkchbur. 



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BULLETIN 



DB LA 

SOCIÉTÉ ARCHÊOL.OGIQUE 

HISTORIQUE ET SCIEITIFIQttE 

DE SOISSONS. 

SIXIÈME SÉANCE. 
Présidence de M. DE LA PRAIRIE. 



Le procôs-verbal de la dernière séahce est lu et 
adopté. 

OUTRAGES OFFERTS ET DEPOSES. 

1« Cabinet historique, 2« série, t. 1«', 4« livraison. 
Avril 1876. 

2« Bulletin de la Société d'agriculture^ sciences et 
arts de Poligny (Jura). Février et mars. 

2i^ Mémoires de V académie des sciences, beHes^lel' 
très et arts de Marseille, année 1874-1876. 

40 Bulletin de la Société des sciences historiques^ etc. 
de r Yonne, année 187B, 29* vol. , 0« de la 2» série. 



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&» Ménunres de la Société des Antiquaires du Centre^ 
1869, 3« vol. 

6« Mémoire de la Société nationale académique de 
Cherbourg, 187B. 

?• Essai sur V histoire et la généalogie des sires de 
Jomville 1008-1386), par J. Simonnet, conseiller à la 
cour d'Appel de Dqon, etc., 1876. 

8« Annales de la Société des lettres, sciences et arts 
des Alpes-Maritimes (Nice), t. 3. 

9« Mémoires de la Société archéologique et histo- 
rique de rOrléanais, 1. 14, 1875. 

10« Bulletin de la même Société, t. 6, n«*, 8B, 86 et 
87 (1875). 

Il"" Société industrielle de St^Quentin, Bulletin n^ 11 
ammeze à ce Bulletin (1876). 

12^ Société académique des sciences, arts, etc. , de la 
même ville, 3« série, 1. 13, 1876. 

13^ Bulletin de la Société des sciences, lettres et 
arts de Pau, 1875-1876, 2« série, t. 4. 

14"" Société des Antiquaires de la Morinie, Bulletin 
historique, 24* année, 37* livrais. Janvier-mars 1876. 

15* Société Linéenne du nord de la France, Bulletin 
mensuel, n<» 47, l«'mai 1876, 5* année, t. 3. 

COMMUNICATIONS BT TRAVAUX. 

M. le président s'étant mis en rapport avec M. Fré- 
déric Moreau, de Fère-en-Tardenois, pour la visite des 
fouilles de Caranda et de Sablonières, objet principal 
de l'excursion de juin, on convient que celle-ci sera 
faite sous la direction de Thonorable antiquaire et qu'on 
subordonnera à cette exploration la visite des locali- 
tés voisines qu'on avait aussi projetée. 



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^ 105 - 

M. De la Prairie lit le rapport suivant sur la Vie de 
saint Rigobert, archevêqiie de Reims, par l'abbé Poc- 
quet. 

M. l'abbé Pocquet, notre collègue, doyen de Berry- 
au-6ac, vient de nous offrir la notice qu'il a publiée 
sur la vie de saint Rigobert, archevêque da Reims 
dans le vii« siècle. Je pense que la Société m'approuvera 
de lui faire connaître, par une courte analyse, la valeur 
du travail de M. l'abbé Pocquet. 

On l'a remarqué bien des fois, la religion catholi- 
que est la seule qui ait fait et peut-être pu faire la vie 
de ses saints. Pendant près d*un siècle, l'intérêt se 
portant beaucoup moins qu'autrefois sur cette partie 
de l'histoire de l'Eglise, on l'a en quelque sorte laissée 
de côté. Mais depuis plusieurs années Uya eu comme 
une réaction et on s'est remis de tous côtés,à étudier 
la vie de ses hommes et de ces femmes qui ont laissé 
dans le monde un profond souvenir. Les vies de sainte 
Elisabeth de Hongrie, de saint Augustin, de saint 
Bernard, de saint François-de-Sales, de sainte Monique 
et beaucoup d'autres sont des ouvrages d'un grand 
mérite qui ont beaucoup de lecteurs et d'admirateurs. 

Nous n'en sommes pas revenus aux temps où la vie 
des saints était en quelque sorte la seule lecture dans 
beaucoup de familles catholiques, comme la Bible Té- 
tait chez les protestants ; mais l'intérêt s'est porté de 
nouveau, au moins partiellement, sur ce genre de 
littérature. 

Quoique saint Rigobert ne soit ]>as un de ces hom- 
mes qui, ayant joué dans le monde un rôle très-impor- 
tant, ont laissé un nom que personne ne peut ignorer, 
M. l'abbé Pocquet a fait avec sa vie un livre fort in- 
téressant. 

Aux VII» et VIII» siècles, l'existence d'un évêque et 
surtout d'un archevêque de Reims, ne se bornait pas 

14 



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- l06 -^ 

à Tadministratioû paisible d'un diocèse, elle se trouvait 
mêlée à tous les événements politiques et religieux de 
répoque; et la plupart ne restaient; as sans contestations 
et même sans persécutions tranquilles sur leur siège. 

C'est ce qui arriva à Rigobert, qui, malgré < ses 
« vertus épiscopales, son zèle pour le service divin, 
€ ses largesses pour son clergé, son amour des pau- 
€ vres, > finit par être chassé de son siège. D est vrai 
qu'il avait osé résister à Charles Martel en lui fermant 
les portes de Reims. 

M. l'abbé PjOcquet dit dans sa préface : < l'ouvrage 
€ que nous offrons au public n'est pas le fruit de l'i- 
« maginatîon, mais au contraire de recherches longues 

« et sérieuses et ce sont des actes presque contem- 

€ porains de saint Rigobert qui forment le fond de 
€ notre récit et lui donnent toute sa valeur. » 

L'auteur est trop modeste en s'exprimant ainsi. Il 
fallait mettre en œuvre tous les documents qu'il con- 
sultait, enchaîner les faits qu'il rencontrait, exposer 
d'une manière intéressante les actions, toute la vie de 
son saint, sans négliger les côtés de cette vie qui ont 
touché à l'histoire générale des vu® et viii* siècles. 

Ce programme, M. l'abbé Pocquet l'a réalisé d'une 
manière heureuse. La vie de saint Rigobert est donc 
un livre d'une lecture utile et agréable. 

La séance est levée à 5 heures. 



Le Président, De la Prairib. 
Le Secrétaire^ l'abbé Pécheur. 



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BULLETIN 



DB LA 

SOCIÉTÉ ARCHEOLOGIQUE 

HISTORIQUE ET SCIENTIFIQUE 

DE SOISSONS. 

SEPTIÈME SÉANCE. 

Présidence de M. DE LA PRAIRIE. 
<.2>i>dt>«>*9 



Le procès-verbal de la dernière séance est lu et 
adopté. 

OUVRAGES OFFERTS BT DEPOSES. 

lo Mémoires de la Société d'émiUation du Jicra, 2« 
série, 1 vol., 1875. 

2o Bidletin de la Société d' agriculture f sciences et 
arts de Poligny (Jura), mai 1875. 

3® Mémoires et documents de la Société savoisienne 
d'histoire et d* archéologie, t. 15, 2« partie, 1876. 



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- 108 - 

4* Saint-Quentin à la fin du XVIII* siècle, par A. 
de Massy, 1875. 

5* V Investigateur, 42« année, marg-avril. 1876. 

6® Société Linéenne du nord de la France, Bulletin 
mensuel, n« 48, 1«' juin 1876, 5* année, t. 3. 

CORRBSPONDANOB. 

Lettre de M. Frédéric Moreau, de Fère, membre ti- 
tulaire de la Société, offrant pour le Musée divers ob- 
jets intéressants provenant des fouilles opérées par lui 
à Caranda et à Sablonniét^e. Ce don est accepté avec 
reconnaissance, et de vifs remerciements sont votés à 
M. Frédéric Moreau. 

COMMUNICATIONS ET TRAVAUX. 

M. le président prenant la parole au sujet du tableau 
de Rubens, dont on a plusieurs fois signalé à la So- 
ciété l'état de détérioration, dit qu'un restaurateur, 
de passage à Soissons, aurait estimé cette toile au prix 
de 150,000 francs, et que si on le laissait encore 
une dizaine d'années à la place qu'il occupe à la cathé- 
drale, il serait certainement très-compromis. Il ajoute 
que lui et M. Rigaux vont, l'après-midi même, saisir 
décidément le conseil de fabrique de cette importante 
question. 

La compagnie, sans émettre d'opinion à ce sujet, ne 
peut qu'insister sur la nécessité de prendre enfin un 
parti sur un fait dont elle s'est émue plusieurs fois. 

M. Michaux donne lecture du compte-rendu de 
l'excursion faite par la Société à Fère-en-Tardenois et 
à Caranda, le 15 juin 1876. 



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- 109 - 



EXCURSION DE LA SOCIÉTÉ ARCHEOLOGIQUE 

DS 80ISS0N8 

A FÈRE-EN-TARDENOIS ET CARANDA 



Le jeudi 15 juin, la Société archéologique de Sois- 
sons a fait son excursion annuelle. Elle avait choisi 
cette année Fère-en-Tardenois et se proposait de vi- 
siter les endroits voisins, si célèbres depuis quelque 
temps par les nombreuses découvertes intéressantes 
qui 7 ont été faites. 

Nous partons de Soissons à 6 heures du matin, par 
un temps splendidequi semblait présager une journée 
magnifique. 

Assez beUe et bien entretenue, la route de Fère n'en 
est pas moins ennuyeuse et monotone. A part la râpe- 
rie d'Ambrief, on ne rencontre pas une maison, pas 
une chaumière ; mais en ce moment tout le monde est 
aux champs et la campagne ofEre encore un aspect as- 
sez animé ; puis on cause, et le chemin se fait. 

Bientôt le temps se couvre, les nuages s'amoncellent, 
on craint la pluie. Heureusement ce n'est qu'une me- 
nace. 

Nous arrivons sans encombre à Fère vers 9 heures 
et demie. 

Aussitôt descendus de notre char, nous nous diri- 
geâmes vers la demeure de M. Frédéric Moreau, an- 
cien conseiller général du canton, membre de la 
Société historique et archéologique de SoissonSi et 
propriétaire des terrains où ont lieu les fouilles. 



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- 110- 

Deptds deux ans environ, plusieurs ouvriers tra- 
vaillent constamment, à ses frais et sous son habile 
direction, et le résultat de ses découvertes a été si 
merveilleux qu'on peut aisément affirmer que jamais 
fouilles entreprises n'ont produit tant de débris des 
âges passés; que jamais tant de richesses n'ont été 
exhumées; c'est un fait pour ainsi dire unique, car le 
but obtenu a dépassé toutes les prévisions et récom- 
pensé laidement les efforts et la peine. 

On comprendra d'un mot que ce que nous venons de 
dire n'est autre chose que la vérité stricte : ce n'est 
pas par dizaines, ni par centaines, mais par milliers de 
pièces que se chiffraient les découvertes. Rien qu'en 
silex taillés, hachettes, grattoirs, etc., M. Moreau en 
a trouvé 24,000 ! et il en trouve encore tous les jours. 

Nous avons visité sa belle collection de Fère^n- 
Tardenois, la moins riche (la plus complète se trouve 
à P9ris), et tous nous avons poussé un cri d'admira- 
tion à la vue de ces poteries si bien conservées ou si 
intelligemment restaurées ; de ces armes et de ces 
ustensiles en fer, en bronze, en silex ! En effet, c'est 
admirable. 

Par une délicate attention, les découvertes de la 
veille avaient été mises de côté et ont été dépouillées 
de leur enveloppe de sable devant la Société. 

M. Frédéric Moreau nous explique sa manière d'o- 
pérer qui devrait servir d'exemple à tous ceux qui 
cherchent. Il trouve ainsi moyen de rendre à chacun 
de ceux qui travaillent sous ses ordres, une part de 
gloire, — suum cuique. 

Plusieurs ouvriers creusent la terre, et chaque pelle- 
tée est sondée, examinée, fouillée scrupuleusement ; si 
un objet quelconque, vase, arme ou instrument en fer, 
en bronze ou en silex, est trouvé, un jeune secrétaire 
en prend note sur un procès-verbal, jour par jour, puis 



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Tobjet est mis de côté et porté ensuite avec d*autres à 
M Moreau. 

Celui ci le fait nettoyer, et, si c'est un vase, par 
exemple, la terre intérieure est ôtée avec des outils 
spéciaux, de fâcon à ne pas endommager la poterie, et 
quand, par hasard, il y a lieu de rajuster quelques 
fragments brisés, un domestique fait la réparation avec 
une habileté et une adresse qu'envierait plus d'un 
marchand parisien. 

Nous avons vu de ces poteries ainsi réparées, et, 
franchement,, il faut y regarder de bien près pour aper- 
cevoir la restauration. 

Nous eussions désiré décrire en détail toutes ces 
merveilles et les étudier consciencieusement, mais deux 
obstacles nous ont arrêté : 

D'abord la grande quantité d'objets qui nous entraî- 
nerait trop loin; 

Ensuite le désir exprimé par M. Frédéric Moreau 
lui-même de publier en un album les principaux spé- 
cimen découverts. 

Cette publication qui intéressera au plus haut point 
le monde savant, qui sera pour les archéologues un 
véritable monument, rendrait notre humble descrip- 
tion inutile et prétentieuse. 

Nous laisserons à de plus habUes le soin de recher- 
cher si les silex sont de l'époque St-Acheulienne ou 
correspondant à ceux trouvés à St-Acheul ; de Tépo- 
que robenhausienne ou d'une autre; si le sable où ils 
apparaissent est du sable moyen ou du sable supé- 
rieur. 

Nous nous contenterons de jeter un rapide coup 
d'œil sur cette belle collection classée avec tant de 
soin, organisée avec tant de méthode que rien ne se 
perd, que le plus petit débris ne peut échapper aux 
investigations. 

Nous trouvons là, exposés dans d'élégantes vitrines, 



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- 112 - 

d'innombrables débris de Tâge de pierre, de l'âge de 
bronze et de Tâge de fer. 

Des silex de toutes formes, de toutes dimensions, de 
toutes couleurs, gris, jaunâtres et verts, des hachettes 
taillées et polies, des nuclei, des couteaux, des grat- 
toirs, des pointes de lance et de flèche, des lames de 
toutes sortes. 

En fer, nous voyons encore des armes diverses, 
haches et francisques, sacramasax, umbos, des bou- 
cliers, puis des torques, des anneaux, des éperons, des 
boucles, des pointes de lances. 

Ici, des débris d un char gaulois que^ Ton peut com- 
parer à celui trouvé il n ya pas longtemps à Chassemy. 

Le bronze nous étonne auijsi par sa profusion et 
surtout par la richesse de son ornementation. Il y a 
des bijoux ciselés, finis, gracieux, qui devaient servir 
de parure aux grandes dames du temps de Divitiac ou 
de ses ancêtres ; ces bagues à sujets, ces boucles, ces 
médaillons guillochés, émaillés, enchâssés d'argent et 
d'or, ces boucles d'oreilles à pendants, ces bracelets, 
ces colliers et ces torques, les uns bruts, les autres 
délicats, ces anneaux à cachets gravés ; tous ces or- 
nements divers d'une autre époque apparaissent pres- 
que intacts à nos yeux interrogateurs. 

A côté, des armes encore, puis, ce qui est aussi 
curieux, des ustensiles, des monnaies. 

Nous remarquons des styles pour écrire, des épingles 
et des aiguilles fines, piquantes ; des boucles de cein- 
turons, dos fibules aux formes variées» tantôt rusti- 
ques comme pour un mortel obscur, tantôt travaillées, 
ornées, comme pour un chef. 

Tout en nous montrant ces divers objets, M. Frédéric 
Moreau nous apprend un fait particulier : c'est que les 
silex ont été découverts aussi bien dans les tombes mé^ 
rovingienDbes que dans les terrains inférieurs. 

Nous ne tirerohs pas de conclusions, nous ne cQscu- 



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-. 118 - 

terons même pas ce point, nous le constatons comme 
il nous a été dit, voilà tout. 

N'oublions pas non plus les poteries qui sont égale- 
ment en grand nombre et remarquables, aussi bien par 
leur variété que par leur conservation et leur rareté. 

Si nous ne décrivons pas toutes ces belles choses 
plus scrupuleusement, nous ne pouvons du moins nous 
empêcher de relater Tétonnement que nous ont causé 
tant de richesses arrachées aux entrailles de la terre 
où elles gisaient en paix depuis vingt siècles et plus. 

On vient subitement mettre un terme à notre admi- 
ration en nous annonçant que le déjeuner est servi. 
Tous ceux qui connaissent M. Frédéric Moreau savent 
avec quel charme il offre l'hospitalité. Nous ne pou- 
vons que lui renouveler Texpression de notre grati- 
tude et nos vifs remerciements. 

Nous avons été heureux de rencontrer à côté du 
maître de la maison son digne neveu, M. Auguste Mo- 
reau, qui lui succède comme conseiller général du 
canton. 

Pour mettre le comble à son obligeance, M. Frédéric 
Moreau fit atteler et conduisit la Société à la Sablon- 
nière d'abord, puis à Oaranda, les deux nécropoles an- 
tiques. En passant on jeta un coup d'œil au grès qui 
va boire, curiosité qui pourrrait bien aussi être un mo- 
nument celtique et que nous avons décrit nous-mêmes 
en racontant la légende curieuse qui raccompagne. 

Puis nous partons pour Caranda, situé sur le terri- 
toire de Cierge. 

C'est un monticule qui domine le pays. D'un côté, 
on aperçoit le village, de l'autre la vallée de TOurcq 
qui prend sa source dans la forêt de Ris. 

Notre honorable hôte nous montre le dolmen ou allée 
couverte, et tout le terrain qui a été fouillé, retourné. 

Çà et là, à terre, on ramasse encore quelques dé- 
tritus de silex, quelque fragment de poterie cassée ; 

i5 



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- 114 -- 

mais ce sont là des débris sans importance : le sol a 
produit tout ce qu'il pouvait donner, le hasard n'a plus 
rien à y voir. 

Avant de quitter cet endroit, désormais célèbre et 
acquis à la science, permettez*moi de rappeler un sou- 
venir personnel. 

On connaissait déjà depuis longtemps les sépultures 
de Caranda et de Sablonnière, 

A Caranda on avait trouvé, il y a bien cinquante 
ans, un cercueil de pierre en labourant la terre. Plus 
tard on trouva un autre cercueil et Ton ne s'en émut 
pas plus pour cela. 

Enfin, il y a dix ans environ, à la suite de nouvelles 
exhumations, M. Laurendeau s'occupa de Caranda, 
puis la Société archéologique de Château-Thierry en- 
voya plusieurs de ses membres pour y faire des 
fouilles. Deux ouvriers donnèrent deux ou trois coups 
de bêche au hasard. On mit à jour quelques objets 
peu importants. 

Nous assistions à ces premières fouilles et nous 
avons ramassé des silex taillés, semblables à ceux 
trouvés à Cœuvres. 

Cet essai de fouilles ne fut pas continué , et 
Caranda fut abandonné jusqu'au jour où M. Moreau, 
qui assistait également aux recherches de la Société 
de Château-Thierry, acquit le terrain et fit personnel- 
lement les recherches. 

C'est donc à lui seul qu'en revient l'honneur, car on 
peut aisément assurer que sans lui les trésors de Ca- 
randa dormiraient encore paisiblement dans leur sé- 
pulture. 

La Sablonnière était aussi connue depuis longtemps. 
Les propriétaires des terrains de temps en temps trou- 
vaient un cercueil en pierre. 

Quelques années avant la guerre de 1870, on fit le 
chemin du calvaire. En creusant la terre pour le nivel- 



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— 115 - 

lement on trouva quatre cercueils de pierre, plusieurs 
vases et une hachette en fer. La hachette et iin des 
vases, malheureusement incomplet, sont en ma pos- 
session. 

Alors il nous a semblé que des fouilles faites en cet 
endroit devraient amener des découvertes fort curieuses 
et nous nous empressâmes de publier nos impressions 
dans le Progrès de V Aisne, en 1869. 

Depuis cette époque, on ne s'est occupé de rien, à 
la Sablonnière comme à Caranda, jusqu'au jour où M. 
Moreau prit la direction des fouilles et en sut tirer un 
si splendide résultat. 

Nous remontons en voiture et retournons à Fère, où 
nous visitons Téglise si coquète et si bien ornée. 

C'est un beau monument du xvi» siècle, consacré à 
sainte Macre. Elle est très-propre, fort bien entretenue, 
possède de superbes vitraux de couleurs, un grand 
nombre de tableaux, offerts en grande partie par M. 
Frédéric Moreau et par MM. Adolphe Moreau père et 
fils. L'un des tableaux est de Ducomet, né sans bras. 

Un banc-d'œuvre, admirablement sculpté., attire 
aussi l'attention. 

En quittant l'église nous revenons vers la grande 
place, entourée de maisons blanches et gaies, parmi 
lesquelles se fait remarquer l'habitation de M. Adolphe 
Moreau, château moderne gracieux, réunissant ,avec 
le confortable de nos jours, des meubles anciens et des 
tableaux de maîtres. Madame Moreau, fille du célèbre 
docteur Nélaton, manie le pinceau avec une rare ha- 
bileté. 

Nous allons ensuite jeter un coup d'œil vers la 
grande halle, bâtie au xvi* siècle. C'est une très-cu- 
rieuse construction dont la charpente est remarquable. 

Je vous ai, dans le4«vol. 2« série, donné connaissance 
d'une charte concernant cette halle qui a aussi son 
histoire particulière. 



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— 116 — 

Puis, après avoir remercié notre excellent amphy- 
trion, qui fit gracieusement don de silex taillés à pres- 
que tous les membres de notre Société, nous reprenons 
notre véhicule et revenons à Soissons, en rendant 
une dernière visite au vieux château d'Anne de Mont- 
morency. 

Ce curieux édifice est composé de deux parties : 

L'une comprenant une enceinte défendue par neuf 
tours, au sommet d'un monticule isolé, revêtu d'un 
glacis de grès, a été construite par Robert de Dreux, 
au commencement du xui« siècle. 

La seconde partie, comprend la belle galerie reliant 
les tours avec la colline voisine ; elle est supportée 
par cinq arcades à plein cintre dont la plus haute a 20 
mètres de hauteur. La porte d'entrée montre encore de 
belles sculptures que l'on attribuait à l'habile ciseau 
de Jean Goujon. Cette partie est du xvi^ siècle. 

Anne de Montmorency fit construire cette galerie 
en 1539, pour remplacer le pont-levis qui, alors, joi- 
gnait la forteresse au jardin. 

Les tours ont été démantelées en 1776, et depuis, le 
temps a continué son œuvre de destruction lente, mais 
sûre, et aujourd'hui la destruction en serait à peu près 
complète, si M. Roques Salvaza (1), qui en était pro- 
priétaire, n'eût fait faire à ces ruines importantes 
d'utiles travaux de préservation. 

Le temps s'est maintenu, et, au retour, nous nous 
rappelons avec plaisir cette journée si bien employée, 
et l'accueil si plein de cordialité de M. Frédéric Mo 
reau se conservera toujours dans le souvenir des mem- 
bres de notre Société, qui ont eu le bonheur de pren- 
dre part à cette excursion intéressante. 



(I) M. Roques Salvaza, ancien conseiller général du canton de Fère, 
corooiandant d'artillerie à SoissoDS^ est dérédé l'année dernière. 



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-. 117 - 

M. Piette lit, au nom de M. Lothe, non présent à la 
séance, une description d'une dizaine de médailles, 
trouvées à Caranda et faisant partie de la collection 
de M. Frédéric Moreau, qu'il avait pu examiner dan® 
l'excursion de Fère. 

DeseifHption de quelques médailles ra>naines provenant 
des fouilles faites par M. Moreau, à Caranda et à 
la Sablonnière^ près de Fère-en-Tardenois, déposées 
dans ses vitrines, 

lo Moyen bronze à Vefflgie de Jules César. — 
Frappé à Lyon, sous le règne d'Auguste, vers Tan de 
Rome 750 (3 ans avant J.-C), en commémoration de 
Jules César. 

Légende: PONTifex MAXimus C^ESAR, tête de Jules 
César laurée. 

R. Autel de Lyon, surmonté de deux victoires por- 
tant des couronnes. Exergue : ROMaeET AVGusto. 

Autel votif élevé à Lyon, au confluent du Rhône et 
de la Saône, à la mémoire de Rome et d'Auguste, 
par soixante peuples gaulois. 

2<» Moyen bronze de Néron. — Frappé de 54 à 68, 
sous son règne. 

Légende : IMPerator NERO.CiESAR. AVGustus Pon- 
tifex MAXimus TRibunitia Potestate Pater Patrice, 
tête laurée. R. Sans légende. Victoire passant tenant 
un bouclier sur lequel on lit : Senatus Populus Que 
Romanus, dans le champ Senatus Consulte. 

3® Moyen bronze de Domitien. — Légendes effacées. 

— Monnaie frappée en 76 de J.-C, sous Titus, pendant 

le 5« Consulat de Domitien, avant son avènement à 

l'Empire : 

La légende doit être restituée ainsi qu'il suit : 

Titi CiESARIS, AVGusti Frates DOMITIANVS, COSul 



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~ 118 - 

V. Tête laurée. R. L'Espérance passant, tenant nne 
fleur dans la main droite et relevant sa robe, dans le 
champ Sénatus Consulte. 

4« Moyen bronze de Traj an. — En médiocre état. 
Monnaie frappée en Tan 100 de J.-C, sous le 3* con- 
sulat de Trajan. 

La légende doit être restituée ainsi qu'il suit : 

IMPerator C^SSAR, NERVA. TRAIANus AVGustus 
GERManicus Pontifex Maximus. Tête laurée. 

R. TRibunitia POTestate COSul III. Pater Patriœ. 

Victoire passant, tenant un bouclier sur lequel on 
lit : Senatus Populus Que Romanus, dans le champ 
Senatus Consulte. 

5^ Grand bronze d'Hadrien. — Fleur de coin. — 
Frappé sous le 3« consulat d'Hadrien, de 119 à 138 de 
J,.C. Légende IMPerator C^ESAR. TRAIANVS. AVGus- 
tus. Tête laurée. 

R. PONTifex MAXimus TRibunitia POTestate 
COSul ni. 

Jupiter assis appuyé sur la haste, portant une petite 
Victoire sur là main droite. 

6° Moyen bronze d'Hadrien. — Fruste , impossible 
de rétablir les légendes. 

7" Moyen bronze d'Antonin-le-pieux, en médiocre 
état. — Monnaie frappée sous le 4* consulat d'Anto- 
nin, de 145 à 161 de J.-C. 

La légende doit être restituée ainsi qu'il suit : 

ANTONINVS. AVGustus PIVS. Pater Patriœ. Tête 
laurée. 

R. TRibunitia POTestate COS. IIII. 

La Piété debout, tenant la haste et une patère, dans 
le champ, Senatus Consulte. 

8« Grand bronze de Marc-Aurèle. — Fruste. Mon- 



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- 119 — 

naie frappée sous le 3« consulat de Marc-Aurèle, de 
161 à 180. 

La légende, côté de la tête, doit être restituée ainsi 
qu'il suit : 

Marcus AVRELius ANTONINIVS. ARMENIACVS. 
Tête laurée. 

R. Légendes effacées. 

L'Empereur debout entre quatre enseignes mili- 
taires. 

9*> Moyen bronze de Crispine, femme de Commode. 

— Fruste. — Monnaie frappée de 177 à 183 de J.-C. 
Impossible de rétablir les légendes. 

10» Petit bronze de Tétricus père, en médiocre état. 

— Frappé de 267 à 272, sous le règne de Tétricus, un 
des trente tyrans. 

Restitution de la légende de face :* 
IMPerator. TETRICVS Plus Félix AVGustus. Tête 
radiée. 

R. Impossible de décrire le revers. 

11<> Petit bronze de Tétricus père, — passable. — 
Frappée vers la même époque, sous le règne de Tétri- 
cus père. Légende, Caius PIVs TETRICVS. CiESar. 
Tête radiée. 

R. SPES. AVGG (Augustorum). L'Espérance pas- 
sant, tenant une fleur et soulevant sa robe. 

12« Petit bronze de Gratien, — très-beau — Mé- 
daille frappée de 375 à 383, sous son règne. 

Légende : Dominus Noster GRATIANVS Plus Félix 
AVGustus. Tête ceinte du bandeau de perles. 

R. SECVRITAS REIPVBLIC^. 

Victoire passant, tenant une couronne et une palme. 

Nous avons remarqué en outre, dans les procès-ver- 
baux des fouilles, un fac-similé d'un moyen bronze de 



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-. 120 - 

Vespasien, avec le revers Jtcdœ Capta, frappé ea 
commémoration de la prise de Jérusalem par Titus, en 
70 de J.-C.; et un autre d'un moyen bronze que nous 
croyons être de Julia Maesa, aïeule d'Elagabale, 
frappé vers 218 à 222, ainsi que plusieurs autres dont 
nous n'avons pu prendre note. 

La séance est levée à 5 heures. 

Le Président, De la Prairie. 
Le Secrétaire, Tabbé Pécheur. 



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BULLETIN 



DK LA 

SOCIÉTÉ ARCHEOLOGIQUE 

HISTORIQUE ET SCIENTIFIQUE 

DE SOISSONS. 



HUITIÈME SÉANCE. 

LOBAI V A«âl isie. 

Présidence de M. DE LA PRAIRIE. 

'««>dK>«)^*!) 

Le procès-yerbal de la dernière séance est la «t 
adopté. 

OUVRAaRS OFFERTS ET DBPOSis. 

l^' Bulletin de V Académie royale des sciences de 
Belgique, t. 38, 1874, » 1875 et 40* id. 

2» Annuaire id., 1875, 41« année 1876, 42* année, 
74 notices biographiques. 

3« Bulletin de la Sodélé des Antiquaires de Picar- 
die, 1876, n« 1«. 

16 



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4^ Annales de l'académie de Màcon, t. 13, 1874- 
1875* 

b^ Amiales de la Société histofiqu/e de Château- 
Thierry, 1874. 

6» Btdletin de la Société d'açriciUture, sciaices et 
arts de la Sarthe, 1875. 

7» Société littéraire de Lyon, 1876. 

8« Revue des Sociétés savantes, 6» série, t. 2, sep- 
tembre et décembre 1875. 

9* Qazfitte archéologique, 2* année, 3« et 4» livrai- 
son. 

10<> Revue des Société savantes, 6* série, t. 3, jan- 
vier-février 1876. 

il» Société linnéenne du Nord de la Franc€î, bulletin 
mensuel, n® 49, juillet, août et septembre 1876. 

CORRESPONDANCE. 

M. le président donne lecture d'une lettre de M le 
ministre de l'instruction publique, du 29 juillet 1876, 
par laquelle il l'informe qu'il a alloué à la Société une 
somme de 300 francs. La Société vote des remercie- 
ments à M le ministre. 

M. Watelet, Tun des délégués de la compagnie à la 
réunion des Sociétés savantes, donne quelques ren- 
seignements sur des communications qu'il a faites à 
la Sorbonne sur divers fossiles trouvés dans le dépar- 
tement de l'Aisne, notamment sur un humérus très- 
considérable de Lophiodon. M. Watelet se propose de 
publier in extenso son travail qui a été l'objet d'un 
rapport inséré dans le journal la Naojfire (n® 164, 22 
juiUet 1876, p. 116). 



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- 183 - 



ooifiamicATiONS et travaux. 



M. Branche de Flavigny lit une courte notice sur 
une cloche de Meillant, près de Bourges, baptisée par 
M. de Brichanteau» évêque de Laon. 

« Etant allé visiter le magnifique château de Meillant, 
situé près de Bourges et qui est classé au nombre 
des monuments historiques, je voulus visiter l'église. 
Une cloche neuve se trouvait sous le porche devant 
être baptisée quelques jours après: par M^ de Latour 
d'Auvergne , archevêque de Bourges. Cette cloche 
qui était du poids de 1750 kilos avait été donnée et bap- 
tisée en 1650, avec trois autres plus petites par M^ 
Philibert de Brichanteau, évêque et duc de Laon, 
parent du propriétaire du château et nommée Phili- 
berte. Ayant été cassée en 1875, elle venait d'être 
refondue ; les parrain et marraine étaient les arrières 
petits enfants du propriétaire du château, parents 
par conséquent du donateur primitif et, comme le nom 
de Victumien est de tradition dans la famille et porté 
par le parrain, la cloche a été nommée Philiherte 
Vtctumienne. Ms' de Brichanteau est inhumé dans la 
chapelle du château de Meillant. Je trouve dans l'his- 
toire du diocèse de Laon par j domLelong: « Beojamin 
de Brichanteau, évêque de Laon, mourut le 13 juillet 
1620. Louis Séerniei*! doyen delà cathédrale de Paris, 
lui fut désigné pour successeur ; mais ayant cédé cette 
place à Pierre de BéruUe qui la refusa par humilité, 
Philibert de Brichanteau, frère de Benjamin la remplit 
à l'âge de 30 ans, après avoir été créé chevalier de 
Malte, en 1594 et abbé de St-Yincent de Laon en 1612. 
Il reçut les ordres des mains de l'archevêque de 
Bourges et fut sacré en 1620 par son parent le cardi- 
nal de la Rochefoucaud. » 

Il mourut le 21 décembre 1652, hors de son diocèse, 



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- i«4 - 

épuisé de vieillesse, d*austérités et de travaux, ayant 
été exilé pour avoir soutenu les droits de son église, 
et ensuite rendu aux vœux de son peuple qu'il gou- 
verna plus de trente ans. 

J'ai pensé. Messieurs, que ces renseignements 
pourraient avoir quelque intérêt pour vous, puisque 
c'est un fait d'histoire presque locale. » 

La séance est levée à 5 heures. 



Le Président, Db la Prairib. 
Le Secrétaire^ l'abbé Péchbur. 



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BULLETIN 



DB LA 

SOCIÉTÉ ARCHÉOLOGIQUE 
HISTORIQUE ET SCIEITIFIQUE 
DE SOISSONS. • 

i I ■ sas 

NEUVIÈME SÉANCE. 

I.an«il S 0«Mkre 18M. 

Présidence de M. DE LA PRAIRIE. 

■ oo p poo 

Le procès-verbal de la dernière séance est lu et 
adopté. 

OUVRAGES OFFERTS ET DEPOSES. 

1^ Un épisode de la chute des Carlovingiens, par 
M. E. Fleury. 

2" Bulletin historique de la Société des antiquaires 
de la Morinie^ 2A'' année, 98* livi'aison, avril-juin 
1876. 

3» La Thiérache, t. 3. 

4» Société des sciences^ agriculture de la Basse- 
Alsace, bulletin trimest., !•» trim. t. 10, 1876. 



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- 1» - 

6^ Balletin de la Société cPagricuUure^ sciences de 
Poligniy (Jura), 17* année, n^ 7, 1876, juin et juillet. 

6« Mémoires de la Société Dunherquoise, 1873-1874, 
18* vol. 

7« Mémoires de t Académie du Qard, 1874. 

8« Ronumia, juillet 1876. 

9^ Bulletin de la Société scientifique de Dragui- 
gnan, t. 10, 1874-1875. 

10> Travaux de V Académie nationale de Reims, t. 
52, 53 et 58. 

11* Bulletin de la iSoce^^^ archéologique et historié 
que de l'Orléanais, t. 6, n« 89, 2* trim. 1876. 

12« Mémoires de la Société d! archéologie du Midi 
de la France, séances du 23 novembre 1875 au 14 
mars 1876 inclusivement. 

13<> Mémoires de la Commission des antiquités de la 
Côte^i'Or, t. 9, » Uvraison, 1874-1875. 

NOMINATION DB MEMBRBS. 

M. Morillon, membre de la Société de THistoire de 
Paris et de rile de France etc., est nommé membre 
correspondant. 

OORRESPONDANCB. 

Lettre du 29 septembre 1876 par laquelle Monsieur 
le Sous-Préfet de Soissons donne avis à la Société que 
le Conseil général, en sa séance du 22 août lui a alloué 
une somme de 200 fr. La Société vote des remerciments 
au Conseil général. 

Lettre du 11 s^tembre 1876 par laquelle M. le 
Président de la Société archéologique de la Haute- 
Garonne demande un écliange de publication. Adopté. 



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- 181 ^ 

COlfIfUmGATIOllS BT TEAVAUK. 

M. Branche de Flavigny ofTre à la Société pour le 
Musée un pavé de grès, brisé en deux morceaux pro. 
Tenant du pavage de sa cour et présentant sur chacun 
une impression végétale de fougère regardée comme 
rare. 

M. le Président donne lecture d'un compte-rendu 
de la Revue des Sociétés savantes par M. E. de Mo- 
fras, concernant V Etude sur P Arquebuse de Soissans, 
par M. Biscuit et un Mémoire de M. de La Prairie, 
sur les passages des Commentaires de César relatifs à 
la Civitas Suessionum insérés au t. 4 de la 2* série du 
Bulletin de la Société. Le savant rapporteur dit du 
mémoire de M. de La Prairie que ce « travail fait le 
plus grand honneur à son érudition > (Revue 6* série, 
t. 3, janvier-février 1876.) 

Cette mention de V Etude sur V Arquebuse dans un 
recueil aussi important que celui des Sociétés savantes 
fournit à la C!ompagnie une occasion' qu'elle saisit avec 
empressement de payer un tribut de regret à la mé- 
moire de M. Biscuit, décédé le 25 juin dernier. Â peine 
admis dans son sein, il avait voulu payer sa bienvenue 
par ce travail intéressant. Il venait d'en terminer un 
autre sur l'ancienne corporation des Bouchers de Sois- 
sons et il se proposait d'entreprendre encore d'autres 
recherches sur les antiquités soissonnaises lorsque la 
mort est venue l'enlever, à la fleur de l'âge, à ses nom. 
breux amis et à la Société qui avait trouvé en lui un 
actif et sérieux travailleur. 

M. Piette lit un extrait du Recueil des InscriptiOM 



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- i» - 

de la France, par M. de Guilhermy, concernant Jean 
Racine, qui se TOit dans l'Eglise de Saint-Etienne-du- 
Mont à Paris, et Simon de Matiflàs, évêque de Paris, 
né à Bucy en Soissonnais. 

En parcourant dernièrement le recueil des inscrip- 
tions de la France, publié sous les auspices de M. le 
Ministre de llnstruction publique, par M. de Guilhermy, 
Membre du comité des travaux historiques et des 
sociétés savantes, j'ai remarqué,dans le premier volume 
qui est consacré aux inscriptions de l'ancien diocèse 
de Paris, une épitaphe qui intéresse à un haut d^ré 
le département de l'Aisne, c'est celle qui ornait le 
tombeau du grand poète qui illustra non-seulement le 
lieu de sa naissance, mais aussi la France toute entière, 
celle de Jean Racine : j'ai pensé que vous en enten- 
driez volontiers la lecture et que peui-être même 
vous seriez désireux de la reproduire dans vos bulletins 
afin de compléter les renseignements qu'ils contiennent 
déjà sur Jean Racine. Voici donc cette inscription qui 
est due à Nicolas Boileau, ami du grand poète et qui 
décore aujourd'hui l'élise de St-Etienne du Mont. 

D. 0. M. 

Hic jacet nobilia yir Joannes Racine Franci» 
Thesauris prœfectus Régi à aecretis atque 
A cabiculo, (1) nec non vnua e qaadrajinta 
Gallican» academiœ viria, qui post quam profana 
Tragediarum argumenta diù cum ingenti 
Hominum admiratione tractasset, musas tandem 
Suas uni Deo consecravit, omnem que ingenii vim 
In eo laudando contulit. qui solus laude 
Dignus. Cum eum vitœ negotiorumque rationes 
Multis nominibus aulœ tenerent addictuçi, tamen 



(f ) Trésorier de Franee, Secrétaire da Roi, GentiUiomme ordiaeire de 
la Chambre. 



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In frequenti hominum consortio omnia pietatis 
Hac reli^onis officia coluit. A christianissimo rege 
Ludovico magno selectus. una cum familiari 
Ipiius amico (1) fuerai, (pii res, eo régnante, prœclare 
Ac mirabiliter gestas prescriberet, huic intentus 
Operi repente in gravem œque et diutumum 
Morbom implicitus est : tandem que ab hac sede 
Miseriarum, in meliuss (2) domieilium translatas, 
Anno œtatis suœ LIX, qui mortem longiori adhuc 
Intervalle remotam valde horruerat, ejusdem 
Prœ sentis aspectum placide f rente sustinuit, 
Obiit que, spe multo magis et pifl in deum fiducie 
Ercctus, quam fractus metu : ea jactura omnes 
lUius amicos, e quibus non nulli inter regni 
Primores eminebant, acerbissimo dolore perculit. 
llanavit etiam ad ipsum regem tanti viri 
Desiderium. Fecit modestia ejus singularis, et 
Prœcipua in hanc portûs regii domum benevolentia, 
Ut in isto cœmeterio pie magis quam magnifiée 
Sepeliri Tellet, adeo que testamento carit, ut 
Corpus suum juxta piorura hominum, qtd hic 
Jacent, corpora humaretur. 

Tuvero qui cumque es, quem in hune (3) domum pietas 
Adduoit, tuœ ipse mortalitaiis, ad hune aspectum, 
Recordate, et darissimam tanli liri memoriam 
Precibus potius quam elogiis prosequere. 

Pierre, Hauteur l^SO largeur Ofil. 

M. de Guilhermy accompagne cette épitaphe des 
observations suivantes: 

» Une inscription sur marbre noir fixée près de la 
porte de la maison n* 21, de la rue du Marais St-Ger- 
main , (aujourd'hui rue Visconti) , rappelle que Jean 



(f) Nomm6 historiographe de France avec Boilean en ie77,le maonsc r 
de Bacine périt dans on mcendie en 1726. 

(2) Sic. 

(3) Sic. 

VI 



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Racme y est mort le 22 avril 1699. Il voulut être 
inhomé à Port Royal des Champs, au milieu de ses 
maîtres et de ses amis (1). Boileau lui composa une 
épitaphe qui fut gravée sur une dalle de pierre dont 
la seule décoration consistait en cet écusson, blasonné 
d-un cygne que la postérité aurait dû décerner au 
poète par excellence de la grâce et de l'harmonie, 
s'il ne l'avait trouvé dans l'héritage de sa famille. 

» Lorsque Port-Royal eût succombé, (2) l'édifice 
aussi bien que la doctrine, on transféra les cercueils 
des plus célèbres solitaires , et celui de Racine à St- 
Etienne du Mont, dans le caveau de la chapelle de 
St-Jean-Baptiste, l'épitaphe de Racine laissée à Port- 
Royal, fût employée,comme la plupart des inscriptions 
funéraires de l'abbaye, au dallage de la petite église 
de Magny l'Essart. C'est là qu'elle se retrouva en 1808, 
an pied d'un pillier près du maître autel. Dix années 
s'écoulèrent avant qu'elle fût remise en honneur. 
Enfin le 21 avril 1818, une cérémonie funèbre eut lieu 
à St-Etietme du Mont, pour le rétablissement des 
épitaphes de Pascal et de Racine, en présence d'une 
députation de l'Académie française et de quelques 
membres des familles des deux illustres défunts. 
L'officiant était un académicien, l'abbé Sicard, qui 
s'est fait un nom par ses écrits et par son dévouement 
à l'éducation des sourds- muets. Les inscriptions furent 
alors placées de chaque côté de l'entrée de la chapelle 
de la Vierge, un peu au-dessus du caveau qui renferme 
les deux cercueils. On les en retira bientôt pour lais- 



(1) Dans le cimetière intérieur, aux pieds de Jean Hamon, qui avait 
abandonné en i^SO la profession de médecin pour se reUrer k Port- 
Royal et qoi moorut en f687. 

(2) Suppression dn monastère, bulle du pape Clément XI, 1708. Ois- 

Ersion des religieuses f709. Ordre donné pour la démolition des 
timents et pour rexbnmatioo des corps. 1710. 



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^ iSl - 

8er le champ libre à une dëooration vulgaire. Nons les 
avons vues depuis, tantôt dans le collatéral du chevet, 
tantôt sur le mur occidental de la nef» auprès d'une 
porte de l'élise, tantôt dans le petit cloître où personne 
n'aurait imaginé de les aller chercher. Nous avons 
réclamé en leur faveur, auprès du préfet de la Seine. 
Elles se trouvât maintenant appliquées' aux pieds 
droits de la première chapelle du chœur, au sud. 
L*épitaphe de Racine est fracturée, on en a rajusté les 
morceaux sur une dalle, l'écusson en forme de car- 
touche, gravé an-dessus du texte, sommé d'un casque 
à lambrequins et accompagné de deux palmes, présente 
\m cygne au naturel tourné à dextre. 

€ Ce monument si simple, exécuté par une main mal 
exercée, révèle mieux qu'on ne pourrait dire l'austérité 
des rudes chrétiens de Port-Royal. 

« Nous avons publié cette épitaphe avec toutes les 
incorrections du texte original. 

« Nous placerons ici entièrement, les quelques lignes 
tracées sur marbre noir qui consacrent le souvenir de 
la translation de Radine à St*Etienne du Mont. 



Epitaphium, quod Nicolaus Boileau, ad 
Amici memoriam recolendam, monumento ejas 
In Portûs regii ecdesia inscrip&erat ex 
liarum œdium ruderibus, anno MDGGGVIII 
Effosum. G. J. G. Cornes Chabrol de Vol vie 
Frœfectiis nrbi. Heic ubi summi viri reliquiœ 
Denno depositœ sunt, instauratum transferri 
Et looari curavit. A. R. S. MDGCCXVIII. 

(Extrait des inscriptions de la France T. l*» p. i^.) 

Le même recueil contient aussi Tinscription qui 
ornait le tombeau de Matiffits , évêque de Paris, né à 
Bucy-le-Long ; nous la reproduisons également avec la 
note qui l'accompagne et qui fait connaître la part 



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— 182 — 

que prit ce prélat dans la constniction de la cathédrale 
de Paris. 



Ci est leymage de bonne mémoire Simô Matiffas 
De Buci de le eveche de Soissons jadis esvesques de Paris 
Par qi forent fundôes premièrement ces trois chapeles 
Où il ^8t l'an de grâce M. CC. IIII^x et XYI at puis 
Là fit toutes les autres eavirù le oeur de oeste esglise 
Priés pour lui 



« Simon Matiffas, 83* évêque, occupa le siège de Paris 
pendant 15 ans, de 1289 à 1304, il avait auparavant 
exercé les fonctions de professeur en droit canon, 
d*archidiacre de Reims et de chanoine de Paris. Il 
mourut le 10 des calendes de juillet (22 juin) 1304. 

€ A son titre d'évêque de Paris, Tobituairede Notre 
Dame ajoute celui de Conseiller du Roi, ce document 
énumère longuement les dons considérables que le 
prélat fît à son église et à divers établissements reli- 
gieux ou hospitaliers de son diocèse, en argent, do- 
maines et ornements sacrés. Nous y trouvons aussi 
réloge de son zèle pour l'entretien et pour la recons- 
truction des édifices épiscopaux, soit à Paris, soit 
dans les terres de Tévêché. 

€ C'est lui qui entreprit la dernière série des travaux 
qui ont donné à la cathédrale de Paris . sa forme 
définitive, Jean de Chelles avait commencé en 1257 la 
réédification des façades du transept et celle de Ten- 
veloppe extérieure du chevet. L'œuvre demeura sans 
doute longtemps interrompue ; la précieuse inscription 
qui précède, nous apprend en efi^ct, que 39 ans plus 
tard, en 1296, Simon Matiffas élevait les trois chapelles 
du rond-point et qu'on acheva ensuite la ceinture des 
chapelles qui environnent le chœur. 

« L'inscription à laquelle nous devons ce renseigne- 
ment étaitplacée en dehors de la chapelle de St-Nicaise, 



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— 188 - 

sur une colonne de pierre polygone dont elle suit le 
contour, serrant de base à une statue du prélat fonda- 
teur. Cette pierre recueillie au musée des monuments 
français, puis transportée dans les magasins de régUse 
Si-Denis, n*est rentrée à Notre Dame qu*au mois de 
juin 1868, après une absence de trois quarts de siècle. 
Elle a repris la place qui lui appartenait ; la statue qui 
la surmontait a malheureusement disparu sous les 
coups des briseurs d'images. 

» Â quelques pas de cette effigie, à l'intérieur delà 
chapelle de St-Nicaise, l'évêque Simon reposait sous 
un riche tombeau de marbre noir et blanc, abrité par 
un ajustement d'architecture qui encadrait une grande 
fresque d'une exécution remarquable. En 1791 le clergé 
constitutionnel récemment établi à Notre Dame fit 
enlever le tombeau dont la saillie mettait obstacle à 
la pose d'un confessional ; la statue fut reléguée dans 
la cave de la grande sacristie, où elle est restée igno- 
rée pendant plus de 50 ans ; c'est là d'ailleurs ce qui 
Ta sauvée. Cette figure en marbre blanc, restaurée 
avec soin, est maintenant replacée sur un cénotaphe 
en pierre dans le bas côté de l'abside, en arrière de la 
travée qui forme le fond du sanctuaire. La fresque 
dégagée du badigeon qui couvrait les parois de la 
chapelle de St-Nicaise est aussi remise en honneur ; la 
restauration a été habilement exécutée par M. Violet- 
Leduc. La vierge assise sur un tronc, portant un lys 
en la main gauche et tenant de la droite l'Enfant-Jésus, 
sourit avec grâce aux prières que lui adressent, en 
faveur du prélat défunt, St-Denis l'apôtre de Paris, sa 
tête à la main et St-Nicaise, patron de la chapelle, 
plus haut deux anges portent au ciel, sur une nappe 
d'une étoffe brillanie, l'âme mitrée de Simon Matiflfas. 
Si cette œuvre de haut style se rencontrait dans un 
cloître de Florence ou dans une basilique de Rome, 
elle aurait sa réputation faite à légal des excellentes 



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- 184 - 

madones du Oioito» ^e se tronve à Notre Dame de 
Paris, BOUS nos yeux et quelques rares archéologues, 
sont à peu près les seuls à s'arrôter uu moment devant 
elle. 

La séance est levée à 5 heures. 

Le Président, De la Prairie. 
Le Secrétaire, l'abbé Pécheur. 



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BULLETIH 



DE LA 

SOCIÉTÉ ARCHÉOLOGIQUE 
HISTORIQUE ET SCIERTIFigUE 

DE SOISSONS 



DIXIÈME SÉANCE. 
Présidence de M. DE LA PRAIRIE. 



Le procès-verbal de la dernière séance est lu et 
adopté. 

OUVRAGES OFFERTS BT népOSÉS. 

V Société industrielle de Saint-Quentin et de l'Aisne. 
Bnlletin n» 12, août 1876. 

2f^ Bulletin de la Société d'agriculture^ sciences et 
arts de la Sarthe, 2* série, t. 16, 24* de la collection, 
1" et 2* trim. de 1876. 

39 InsHtiU des. provinces. — Annuaire de Sociétés 
savantes de France et des Congrès scientifiques ; 4« 



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- 186 — 

série, 6« vol. 28«de la collection; 1876, 2« partie et 
Bulletin trimestriel n* 4, octobre 1876, 14« réunion des 
délégués des Sociétés savantes à la Sorbonne à Pa- 
ris, du 19 au 23 avril 1876. 

4«» U Investigateur, 42« année, mai-juin 1876. 

5° Société Linnéenne, n» 53, 1®' novembre 1876, 6» 
année, t. 2. 

CORRBSPONDANCB. 

M. l'abbé Pécheur dépose sur le bureau une médaille 
romaine en argent d'une belle conservation que M. 
Bâillon a découverte dans son jardin à côté de la 
Croix du Trie, à Bucy-le-Long, et qu'il le charge de 
donner au Musée en son nom. 

COMMUNICATIONS BT TRAVAUX. 

M. Michaux donne lecture d'une dissertation sur ce 
qu'on est convenu d'appeler la disgrâce de Racine, le 
poëte aimé de Louis XIV. n s'efforce de prouver que 
cette disgrâce n'a pas existé, en s'appuyant notamment 
sur la lettre même du poëte à Madame de Maintenon 
que les historiens et les critiques ont apporté en 
preuve de cette particularité si intéressante de la vie 
de Racine. La Société après s'être livrée à une assez 
longue discussion où elle ne paraît pas s'être rangée 
du côté de M: Michaux a demandé à l'honorable mem- 
bre un nouvel examen de la question qui ne pourra 
manquer de renforcer sa dissertation. 

M. de La Prairie donne la description détaillée d'une 
tapisserie provenant de la fabrique de la Sainte-Tri- 
nité à Paris et qui fait partie de VEœposition de VU- 



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- 137 — 

nion centrale. Cette tapisserie du temps de Louis XIII 
a été commandée par la corporation des Cordonniers 
de Paris et représente le martyre de Saint-Crépin et 
Saint-Crépinien ses patrons avec accompagnement d'ins- 
criptions ou légendes telles qu'on en voit généralement 
en ce genre d*ouvrages. Elle appartient maintenant 
au Musée des Gobelins. 

NOTE sur une tapisserie appartenant au Musée de 
la Manufacture des Gobelins à Paris, par M. de 
LA Prairie. 

St-Crépin etSKlrépinien sont les premiers apôtres du 
pays de Soissons. Pendant de longs siècles ils furent 
honorés avec beaucoup de dévotion par les habitants 
de Soissons qui avaient une grande confiance dans leur 
protection et qui ne manquaient pas de les invoquer 
dans les calamités publiques « Nemini dubium erit 
swmmo in honore apud Stcessionenses perpeiùo fuisse 
SS, martyres Crispinum tt Crispianum magnaqice eos 
cum fiducia ad illorum praesidium confugisse in 
pubhcis prœdpue necessitaiibus (Pascase Radbert). 

En 1133, pendant la peste qu'on appela le feu sacré 
ou divin ils reçurent les supplications des Soisson- 
nais. 

En 1421, on fit des prières publiques pour la paix 
et pour obtenir le retour du roi à la santé. A cette 
occasion la chasse des saints martyrs fut portée de St- 
Crépin le Grand à la Cathédrale, etc., etc. 

En lisant la vie des deux saints dans les BoUandistes 
j'ai été assez étonné de voir qu'ils avaient été honorés 
d'un culte très-fervent, par un personnage que l'on ne 
s'attendait pas à trouver ici : je veux parler d'Henri V, 
roi d'Angleterre. La bataille d'Azincourt ayant eu lieu 
le 25 octobre 1415, Henri V attribua sa victoire à la 

18 



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- 188 - 

protection de St-Crépin et de St-Crépinien. Et par là 
suite on en fît mémoire à toutes les messes où le roi 
assistait. 

Mais ce qui montre de la manière la plus évidente 
l'amour que les habitants de Soissons avaient pour 
les premiers confesseurs de la foi, dans leur pays, ce 
furent les monuments ou plutôt les abbayes qui furent 
élevés en leur honneur. Il y eu en même temps à 
Soissons: St-Crépin. le Petit, St-Crépin le Grand etSt- 
Crépin-en-Chaye. Que reste-t-il deces établissements ? 
Du premier absolument rien, des deux autres des 
bâtiments encore considérables, mais d'une construc- 
tion trop peu ancienne pour présenter de Tintérêt. 

Les guerres et les révolutions ont fait disparaître 
les chasses très-riches, qui, à diverses époques, ont 
contenu les reliques des saints. 

Les cordonniers de notre ville s'étaient formés en 
confréries, sous l'invocation de St-Crépin et de St- 
Crépinien ; quels souvenirs nous ont-ils laissé de leur 
dévotion à leurs saints patrons? deux statuettes en 
bois du xvi** siècle (?) qui n'ont pas un grand mérite, 
données au Musée de la ville par un vieux cordonnier, 
lequel a dit qu'elles étaient avant la Révolution, 
portées dans les processions. 

Le Musée ne possède que ces deux objets et la 
Cathédrale elle-même ne possède absolument rien. 

Cet oubli d'un peuple pour des hommes longtemps 
aimés et honorés, a quelque chose de triste; ici il est 
fâcheux, parceque leur vie a été liée à l'histoire de 
notre pays et que tout ce qui vient apporter de la 
lumière sur les premiers temps de cette histoire, pré- 
sente un grand intérêt. 

J'arrive à l'objet de ma note qui ne présente pas 
un grand intérêt, mais qui est motivée par la pauvreté 
de notre ville en souvenirs de St-Crépin et de St-Crépi- 
nien. 



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- i89 - 

L'exposition der Canton centrale ouverte àParis depuis 
trois mois, présente aux yeux des connaisseurs, la plus 
belle et la plus complète collection de tapisseries 
anciennes et modernes qu'il y aura peut-être jamais. 
En me promenant dans ces immenses galeries, mes 
regards s'arrêtèrent sur une grande tapisserie que le 
livret désignait ainsi : 

€ Tapisserie de Paris ;Règne de Louis XIII, atelier de 
la Trinité, légende des Sts-Crépin et Crépinien. Musée 
des Gobelins. » 

Cette tapisserie porte quatre inscriptions, une en 
haut et trois en bas. 

P Inscription du haut; » Régnant Lo vis le Juste 
« XIII» de ce nom roy de France et de Navarre, Ces 
« quatres piecsses de tapisserie représentant la vie et 
« le martyr des Sts-Crepin et Crepinian ont esté faict 
« es années 1634 é 35 des bienfaits des maistres cor- 
« donniers pour servir é décorer leur chapelle fondée 
€ en réglize N. D. de Paris. 

2« l"^» inscription du bas. « St-Crépin et Saint-Crepi- 
« nian enfans d'un Sénateur Romain après avoir vêdu 
« et distribué leurs biens aux pauvres viennent en 
€ France 

30 £• Inscription du bas : « Arrivez qu'ils sont à 
« Soissonsla nécessité les contraint déployer le travail 
« de leurs mains é d'apprendre d'eux mesme à faire 
€ des souUiers. » 

4** 3« inscription du bas : « Les Epêreurs entendant 
< qu'ils etaiet cretiens les donnes au provost qui les 
« fait pouUier par dessous les escelles et fovetter 
« cruellement. » 

La première scène à gauche les représente faisant 
l'aumône à un pauvre. Â la seconde, on voit l'un des 
deux saints travaillant du métier de cordonnier qu'il 
vient d'apprendre et derrière, deux personnages, qu 



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- i40 - 

paraissent venir Tarrêter. Au-dessus les saints sont 
encore représentés occupés à faire des souliers. 

Au centre deux empereurs portant sur la tête une 
couronne radiée sont assis sous un dais» orné de 
draperies : plus bas, sans doute le provost, est égale- 
ment assis. Les saints comparaissent devant les 
empereurs. Derrière un personnage portant un turban 
et vêtu d'une robe rouge parait à genoux. 

En dessus on voit dans de plus petites dimensions 
les empereurs toigours sous un dais et vis à vis une 
potence à laquelle deux personnages paraissent 
suspendus. Enfin au-dessous on voit les deux 
saints dont il est difficile de déterminer Faction. 

Toujours les deux saints sont représentés comme de 
très jeunes-hommes. 

Je termine en reproduisant le renseignement suivant 
dont je ne me rappelle pa^i l'origine : « Histoire de 
€ St-Crépin et St-Crépinien. Pièce d'une suite de quatre 
« tapisseries divisées chacune en trois parties dont le 
« sujet est inscrit au bas de chaque compartiment. 
« Trois de ces tapisseries ont été détruites en 1871. 
€ Une d'elles indiquait que les tapisseries sortaient 
< de la fabrique de la Trinité. » 

La séance est levée à 5 heures. 



Le Président, De la Pbairib. 
Le Secrétaire, l'abbé Pbchbur. 



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BULLETIN 



OK LA 

SOCIÉTÉ ARCHÉOLOG'IQUE 

HISTORigUE ET SCIEITIFIQIE 

DE SOISSONS. 



ONZIÈME SËANCE. 

Lvadl « DéMHAre isvs. 

Présidence de M. DE LA PRAIRIE. 



Le procès-verbal de la dernière séance est lu et 
adopté. 

NOMINATION DB MEMBRES. 

Monseigneur Odon Thibaudier, Evêque de Soissons 
et Laon et M. le Vicomte Femand de Montesquieu, 
conseiller d'Etat, propriétaire à Longpont, sont nom- 
més Membres titulaires de la Société. 

OUVRAGES OFFERTS ET DEPOSES. 

lo Le Thiérache, Bulletin de la Société archéolo- 
gique de Vervins, 1876. 



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- 14S - 

2« Vlnoestigateur, 42* année, jnilleiraoût 1876. 

Z^ Mémoires de la Société d*archéol(^e et d'histoire 
de ChâlonsHSur-Saône 

4« Table générale de la Société archéologique et his- 
torique du Limousin, \^ série, t. 22», 1843-1873. 

5<» Les forts détachés au Moyenràge, leur existence à 
Nesle du IX — XV^ siècle par M. Charles Duhamel, 
Décéjean, 1876. 

6<> Bulletin de la Société des sciences de TYonne, 
année 1876, 13 vol. (16' de la 2« série). 

7'' Bulletin de la Société des Antiquaires de Picar- 
die, 1876, n« 2. 

ff* Procès-Verbal de la Société des Lettres, Sciences 
et Arts de rAveyron, 10 vol. du 1«' juillet 1874, au 
P' juillet 1876. 

9^ Société des sciences, agriculture et arts, de la 
Basse- Alsace, Bulletin trimestriel de la Société et de la 
Section agronomique, 2* et 3» trimestre, t- 10. 

10» Chronique de V Abbaye de Saint-Pierrele Vif 
de Sens. 

11» L'abbaye noble de Sainte-Gertrude, de Louvain 
par M. Alph. J. — L. Jacobs. 

CORRESPONDANCE. 

Lettre du mois de novembre 1876, par laquelle M. le 
président de la Société belge de Géographie, demande 
un échange de publication. Adopté. 

Lettre du 8 novembre 1876, par laquelle M. le Se- 
crétaire de la Société des Lettres, Sciences et Arts de 
TAveyron demande également un échange de publica- 
tions. Adopté. 



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- U8 - 



OOMMUmCATIONS BT TRAVAUX. 

M. Piette lit un mémoire sur les dalles tumulaires 
des églises de Ghaudun et Vierzy (cantou d*Oulchy). 

II fait précéder ce travail, accompagné de dessins 
d'une parfaite exactitude, d'observations générales sur 
la destruction et la mutilation de ces pierres qui sont 
des monuments si précieux au point de vue historique 
archéologique, artistique, religieux et épigraphique. 

Il rend aussi pleine justice aux Sociétés savantes et 
à celle de Soissons en particulier, pour le zèle qu'elles 
ont mis à signaler ces monuments, à les arracher à 
des actes de vandalisme trop fréquents même en ce 
siècle, à les faire conserver dans les édifices religieux 
où elles se trouvent et à les collectionner dans leurs mu 
sées, lorsqu'on ne peut employer d'autfes moyens de 
les préserver de leur ruine. 



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- 144 - 



LES PIERRES TUMULAIRES 

DES ÉGLISES DE CHAUDUN ET DE VIERZY. 



Oa voyait autrefois, dans la plupart des églises du 
Soissonnais, de nombreuses dalles tumulaires qui il- 
lustraient en quelque sorte le pavé de leur enceinte. 

Là le haut et puissant seigneur, le pasteur de la 
paroisse, le marguillier, le laboureur, le modeste fonc- 
tionnaire et souvent le simple artisan, dormaient 
pour ainsi dire côte à côte, dans le silence de la tombe, 
sous la pierre qui retraçait leur image et redisait leurs 
noms, leurs qualités, leurs titres, leurs vertus et 
quelquefois leurs bienfaits. 

C'était comme un livre toujours ouvert, dont chaque 
page rappelait une date , un souvenir qui reliaient le 
passé au temp^ présent et perpétuaient des traditions 
toujours utiles. 

Malheureusement ces monuments épigraphiques 
placés, pour les mettre plus en vue, dans la partie 
la plus apparente soit du chœur, soit des chapel- 
les ou de la nef, éprouvèrent de bonne heure les 
dégradations résultant du frottement incessant des 
pieds des fidèles, qui dans un temps donné, devaient 
faire disparaître fatalement leurs effigies et leurs 
inscriptions. Mais ce ne fût pas là le seul danger dont 
ils eurent à souffrir. Les guerres du xvs du xvi* et 
du xvn« siècle en firent disparaître un grand nom- 
bre; les réparations et les appropriations trop souvent 
maladroites que nos églises éprouvèrent, à dif- 
férentes époques, particulièrement sous le règne de 



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— 145 -. 

Louis XV.leur forent aussi très-souvent nuisibles. Pour 
mettre ces édifices en harmonie avec le goût du 
temps, les inscriptions funèbres placées sur {les mu- 
railles disparurent sous les couches du badigeon ou 
sous l'épaisseur des boiseries, les grandes dalles his- 
toriées du chœur et des chapelles quand elles ne furent 
pas brisées furent déplacées et reléguées dans Tombre 
pour faire place à un nouveau dallage, espèce de 
marqueterie régulière soit en marbre^ soit en pierres 
dures, imitée de nos salles à manger. La pose d'un 
meuble, d'une grille, d'une marche, d'un autel devin- 
rent aussi, dans le même temps, une cause fréquente 
de destruction pour le pavé historié de nos églises. 

La Révolution de 93, qui vint à son tour, fût pour 
eux un temps désastreux. Ce fut surtout dans les 
villes et dans les abbayes que les briseurs d'images 
exercèrent leurs ravages, toutes les églises, ainsi 
que les monastères, sauf quelques édifices privilégiés 
conmie les cathédrales de Noyon et de Laon virent 
périr ce qui restait de leur dallage historique. 

Dans les églises de campagne les ravages furent 
moins complets»grâce au respect instinctif que,malgré 
la surexcitation des esprits, l'homme des champs avait 
conservé pour le temple témoin des principaux événe- 
ments de sa vie. Ces modestes édifices eurent aussi 
sans aucun doute des pertes sensibles à enregistrer, 
mais si quelques-unes de leurs dalles funéraires furent 
brisées, si quelques-unes furent martelées en totalité 
ou en partie, un certain nombre traversa l'orage sans 
en être atteint et arrivèrent jusqu'à notre âge pour 
courir de nouveaux dangers, car, pour ces sortes de 
monuments, les travaux de la paix sont aussi à re- 
douter que les ravages de la guerre et des révolu- 
tions. 

Dans les premières années du xix- siècle, les églises 
longtemps abandonnées furent rendues au culte, dans 

10 



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- 146 — 

Un état voisin de la ruine. Sous TEmpire et sous la 
Restauration, elles furent réparées avec plus d'empres- 
sement que d*intelligence et trop souvent avec plus de 
zèle que de goût. Livrées à des architectes, à des 
entrepreneurs, à des maçons, peu soucieux comme 
tout le monde alors, de l'art, de l'histoire et des 
monuments, elles subirent, sous les yeux mêmes des 
autorités inattentives et des populations indifférentes, 
de nombreuses mutilations qui, comme sous le règne 
de Louis XV, furent surtout fatales à leurs pavés 
artistiques plus peut-être que la révolution. 

Si des renseignements nombreux et toujours concor- 
dants n'établissaient pas la certitude des dégradations 
qu'éprouvèrent les pierres tumulaires dans de nom 
breuses circonstances, tout-à-fait indépendantes des 
temps révolutionnaires, et qui malheureusement ne se 
sont que trop souvent reproduites de nos jours ; on la 
trouverait dans le soin, la régularité, la méthode, 
avec lesquels les pierres tumulaires ont été débitées 
pour être appropriées à un nouvel usage ; la révolution 
a brisé et renversé avec violence, mais elle a laissé les 
débris sur le sol pour témoigner de sa puissance. Il a 
fallu, au contraire, le calme, la réflexion, le calcul et 
surtout la prévision de l'emploi qu'on leur destinait 
pour avoir taillé et scié les tombes dont nous retrou- 
vons aujourd'hui les fragments sur tous les points de 
nos églises et jusqu'aux pieds des autels, sans que les 
lignes de leurs effigies et les caractères de leurs 
légendes, aient été altérés. 

C'était aux Sociétés savante^? des provinces que devait 
incomber le soin de mettre un terme à cette dévasta^ 
tion et de préserver de la ruine ceux de ces monu- 
ments conservés jusqu'à nous. Elles ne firent pas défaut 
à leur mission, grâce à leur intervention , beaucoup 
furent sauvés. Et si leur protection éclairée n'eût pas 
partout et toujours le succès qu'elles étaient en droit 



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- 147 - 

d'espérer, elles purent au moins relever, dessiner et 
décrire les monuments prêts de disparaître et les pages 
qui leur ont été consacrées ne sont point les moins 
intéressantes de leurs annales. 

La Société de Soissons n'est pas restée étrangère à 
ce mouvement, ses effoi"ts ont toujours tendu à ré- 
pandre, autour d'elle, des idées et des conseils utiles 
pour la conservation des monuments et particulière- 
ment des pierres tumulaires , déjà aussi , elle a 
recueilli un certain nombre d'inscriptions qui tiennent 
une place honorable dans ses buDetins. Malheureu- 
sement, on ne les a considérés jusqu'alors, que sous le 
rapport historique, sans tenir compte des détails artis- 
tiques qui les accompagnent ; quelques-unes n'ont été 
indiquées que d'une manière sommaire ou incomplète 
et le plus grand nombre est encore resté dans l'oubli. 
Il y a là dans les travaux de la Société de Soissons un 
vide qu'il importe de combler. Je n'ai pas la prétention 
de vouloir remplir cette lacune, en eussai-je le désir, 
mon grand âge, mes yeux qui s'affaiblissent, ma main 
qui commence à trembler ne m'en laisseraient pas la 
faculté. Si je viens aujourd'hui vous communiquer sur 
ce sujet quelques notes recueillies à la hâte, dans mes 
fréquentes périgrinations à travers le soissonnais, si 
je fais passer sous vos yeux quelques dessins défec- 
tueux mais qui cependant, mieux que mes descriptions, 
vous donneront une idée exacte des monumentls dont 
je vais vous entretenir, c'est que je désire vous faire 
connaître Tétat de dégradation et de ruine dans lequel 
ils sont tombés et vous inspirer la pensée de vous en 
occuper sans retard soit en les décrivant, soit en les 
reproduisant par la gravure ou la lithographie, car 
pour peu que l'on tarde, ces monuments dont la 
conservation est réclamée, non-seulement par l'art et 
l'histoire, mais aussi par un intérêt moral et religieux 



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- 148 - 

no seront bientôt plus pour nous qu*un souvenir et 
qu'un regret. 

Je commence donc aujourd'hui par vous entretenir 
des églises de Chaudun et de Vierzy qui, sous le 
rapport des inscriptions présentent un certain intérêt. 



ÉGLISE DE CHAUDUN. 



L'église de Chaudun est un petit édifice remanié 
dont ses parties principales et les plus anciennes, ne 
remontent pas au-delà de la fin du xv' siècle. Au-des- 
sus de la porte d'entrée figure le millésime de 1564 ; 
elle faisait autrefois partie du doyenné de la chrétienté, 
sous le patronage de St-Georges et formait un bénéfice 
à la nomination de l'abbaye de St-Jean des Vignes qui 
y entretenait un de ses religieux, sous le titr^ de 
prieur. 

La première inscription qu'elle offre à nos regards 
est placée sur la muraille extérieure, à droite du 
portail et à une hauteur de 2 m. 50 c. environ, elle est 
en caractères gothiques et comprend huit lignes, où 
plutôt huit vers, ou bouts rimes dont l'usage était 
assez fréquent au xvi« siècle. Malheureusement le 
salpêtre qui a rongé la partie centrale de la pierre a 
fait presque entièrement disparaître deux lignes dont 



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riLS DE KOBEKT M MîSVlLlETlS 



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- 149 ~ 

il est devenu trd(9-difflcile de rétablir le sens. Void 
l'inscriptionteUe qu'on peut la lire aujourd'hui. 



3e qui nourris mr0 ûm à Siainclt 1ia}ft%ùnit 
octoj^tnaire viM à 0i)au2>ati^ it et monbt 
nn iimanc\)t partis^ vitij^tthiu iour it Mai 

(Mil) cinq rme Jatimnap 

pour fairr 

don àvxi vtnine à TÙien^ Bon rorpd à pouriturr. 
U0tt0 qni en ce temple entte) 0oir tl matin 
prie) ponr moi qui fut ti)oma0 0ertin. (1) 



Quand on pénètre dans l'église on est surpris de la 
grande quantité de fragments de tombes qui parsèment 
le pavé de la nef et qui semblent, par le caractère de 
leur ornementation, appartenir au xvii* siècle, mais ce 
qui frappe surtout, c'est une série de cinq ou six 
dalles placées à la suite les unes des autres et occu- 
pant l'allée centrale, depuis la porte jusqu'à l'entrée 
du chœur, il n'est pas difficile de comprendre qu'elles 
se trouvent là dans des conditions de conservation les 
plus défavorables, aussi plusieurs d'entre elles subis- 
sent-elles déjà de nombreuses oblitérations qui laissent 
prévoir le moment prochain où elles deviendront 
illisibles. 

La première, de 1 m. 80 c. de hauteur sur 80 c. de 
largeur, représente un personnage jeune encore, 
debout, les mains jointes sur la poitrine, la tète nue 



(I) Bien que cetfe inscription ait déjà été publiée dans le Bulletin de 
la Soctéié de Soissons, Je la reproduis ici ponr présenter nn ensemlile 
complet des inscriptions de Chaudnn. 



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— 150 - 

avec la barbe entière, mais peu fournie. Son cou est 
entouré d'une fraise haute et plissée, dernier souvenir 
du temps de Henry IV ; il est vêtu d'une culotte serrée 
au-dessous des genoux par des nœuds de rubans, d'une 
veste ou juste-au corps terminée en pointe et d'un 
petit manteau entrouvert par-devant qui descend 
seulement jusqu'au milieu des cuisses, ses souliers -sont 
ronds et ornés de cordons ou rubans. C'est là le 
costume type du laboureur ou du censier, c'est-à-dire 
du cultivateur aisé de nos campagnes, au xvn* siècle. 
Nous le retrouvrons, à quelques variations près, pres- 
que toujours le même, dans un grand nombre de nos 
églises. L'effigie n'a pas d'autre encadrement que la 
bordure de la pierre qui porte entre deux fllets, 
l'inscription suivante: 



CT GIST LE CORPS DE JEAN DE MESVILLBRS, AGE DE 22 ANS 

NATIF DE CŒUVE, FILS DE ROBERT DE MESVJLLERS ET DE 

MARGUBRITTE CARRIERE LEQUEL TRESPASSA LE 27 DE NOV. 

1627. PRIEZ POUR SON AME. 



À la suite de cette pierre, nous en trouvons une 
de 1 m. 12 c. de hauteur sur 0,61 c. de largeur, dont 
l'ornementation consiste dans un socle ou piédestal 
carré qui occupe les deux tiers de sa surface et se 
termine par deux moulures et une corniche dont la 
tranche présente un enroulement de feuillage, sur la 
corniche est posé un médaillon de forme ovale soutenu 
par des rinceaux et des palmettes feuillagées, le défunt 
est représenté en buste raccourci, sans bras, les 
cheveux légèrement pendants. Son vêtement paraît 
fermé par une double rangée de boutons, un large 
col plat s*étend sur sa poitrine et sur ses épaules. 



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V£6lSt HONtr»» Pf)lS»MN& 

nm 0!PONcnfucri]!UKnu: 
usitAMon u^m tvr ^um 



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~- 151 - 

L'inscription qui occupe toute la hauteur du piédestal 
est ainsi conçue : 



CY GIST HONNESTK PERSONNE 

JEAN ODONCEL NATIF DE NULLY 

SAINT FRONT FERMIER DE M' 

DESMARETS , LEQUEL EST DECEDE 

LE 30 SEPTEMBRE 1668 

AGE DE ANS 

PRIEZ DIES POUR LE REPOS DE 

SON AME. 



L'ornementation pleine de sobriété et de bon goût 
de cette dalle est évidemment l'œuvre d'un burin 
habile et la finesse des traits de Tet&gie ne permet 
pas de douter que son auteur n'a pas voulu représenter 
une figure banale, mais qu'il nous a donné le véri- 
table portrait de Jean Odoncel. 

La dalle qui vient ensuite nous représente paie- 
ment le portrait du défunt dans un médaillon circu- 
laire. Cette fois, le médaillon placé au centre de la 
dalle est suivi immédiatement de sa légende, ils ont 
tous deux, pour encadrement un portique composé de 
deux colonnes sur lesquelles sont figurés deux longs 
cierges allumés, les chapitaux carrés des deux colonnes 
supportent un entablement au-dessus duquel s'élève 
un tympan triangulaire dont les deux côtés supérieurs 
se recourbent en volutes pour faire place à un écusson 
orné de ses lambrequins et sur lequel on ne peut plus 
reconnaître qu'un cœur posé en chef. Une bordure 
semée de larmes complète l'ornementation. 



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- 152 - 

La flgare qui occupe le médaillon est posée de face, 
les mains jointes sur la poitrine, elle a pour coifliire 
une espèce de bonnet qu'on pourrait prendre pour une 
toque de magistrat, un lai^ col plat couvre la partie 
supérieure de son vêtement, dont il n'est plus possible 
de déterminer la forme, mais qui pourrait être une 
robe. 

L'inscription ne nous éclairera pas plus sur le nom 
du personnage que sur ses titres et sa qualité, on n'y 
distingue plus que les mots qui suivent : 



CT 01 HÔHB 

NICOLAS 

1661. 

AOÂ DB 40 ANS. PBIBZ DIBU 
POUR SON AMB. 



Cette dalle, travaillée comme la première avec une 
grande fermeté de burin, ne lui est antérieure que de 
sept années, il est vraisemblable qu'elle nous montre 
également un portrait et qu'il est dû au même artiste 
que nous regrettons de ne pas avoir vu signer son 
œuvre. 

La tombe la plus rapprochée du chœur nous offre 
un sujet de décoration tout différent. Sous une large 
arcade surbaisée, on voit le christ en croix, à sa 
droite sont deux hommes à genoux, le père et le fils, 
vêtus de la culotte et du manteau court, à gauche se 
trouvent la mère et la fille, très-simplement habillées. 
Ces quatre personnages ont les mains jointes dans 



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— 158 ^ 

l'attitude de la prière, un chapelet pend aux mains 
des deux femmes. Au-<iessous ont lit: 



CI DEVANT aiSSBNT LES CORPS DE M" ROBERT 
DE MESUILERS FERMIER DE LA GRANDE MAISON DE 
CHAVDVN NATIF DE VAVBERON ET DE MARGUERITTB 
CARRIERE SA FEMME NATIVE DE CCSUVE LESQUELS SONT 
DECEDEZ LE DIT MESUILERS LE 15 FEVRIER 1646 ET 
LA DICTE CARRIÈRE LE 17 JANVIER 1642 ET ONT FÔDÉ 
EN CESTE EGLISE 4 OBITS A PERPETVITE POVR CHACVN 
AN LE JO' DE LEVES TREPAS TANT PO' LE REPOS DE 
LEURS AMES Q CELVI DE JEAN ET DE MARGUERITTB DE 
MESUILÈBS LEVES ENFANTS LESQUEI^ SONS INHVMES 
EN CE MEME LIEU ET CB SUR DEVX PIECES DE TERRE 
LVNE SISE A LA VALLEE LUSSERON L*AUTRE PRES 
DV BOIS DE CHAZELLES CÔME IL EST DECLARE PLVS 
BMPLEMENT ANT PAR TESTAMENT Q PAR CONTRATS 
PASSEZ PAR DEVANT GOSSET ET FOVCART NOT'» ROYAUX 
ASOISSONS. A LA CHARGE d'VNE MESSE HAVLTE ET VNG 
LIBERA PO' CHACVN OBIT AVEC RECOMMANDISES 

Priez Dieu pour leurs âmes 



Une tête d'ange ailée planant au-dessus d'une 
draperie étendue et soutenue par deux anneaux, 
complète Tornementation de la tombe de Robert de 
Mesvillers et de sa femme. Nous avons décrit plus 
haut la tombe de Jean de Mesvillers, leur fils, mort 
à l'âge de 27 ans, dix ans avant son père. 

La dernière sépulture qui nous reste à signaler 
dans l'église de Chaudun est aussi la plus ancienne, 
c'est une dalle de 1 m. 30 c. de hauteur sur m. 70 c. 
de largeur, elle porte l'effigie d'une femme debout 



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— 154 — 

les mains jointes, la tête ornée d'une coîflfure plate 
v?ont les bandes descendent derrière les épaules, elle 
est couverte d'un ample manteau qui descend jusqu'aux 
genoux, laissant entrevoir une robe montante et serrée 
à la taille. 

A ses pieds sont également debout et les mains 
jointes, ses deux enfants, à droite un garçon et à 
gauche une petite fille. L'arcade à plein ceintre, qui 
forme l'encadrement, ornée de rinceaux à son som- 
met, s'appuie par ses extrémités sur la plate bande 
qui porte pour inscription en lettres gothiques : 



(ti) 0i6t Bvisannt. . . brrtte . . . î»c {) tcrrr tDf nr lie . 
Mît mari laboureur à la cen^r du ct)nnm laquelle 
tre6pad0a le 10 Ire mard Van 1S7S. 



ÉGLISE DE VIERZY. 



Le village de Vierzy ressortissait anciennement du 
doyenné de Chacrise, et sa cure, sous le patronnage de 
St-Rufln et de St-Valère, était à la nomination du 
chapitre de la cathédrale. 

L'église, comme celle de Chaudun,ne paraît pas avoir 
précédé de beaucoup le commencement du xvr siècle, 
elle ne nous offre guerre d'intéressant dans son 
architecture que son chœur polygone, percé de fenêtres 
prismatiques, ornées d'oves flamboyants de la dernière 
époque. Ce qui la recommande pariiculièrement, ce 



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— 155 — 

sont neuf pierres tumulaires qu'on trouve disséminées 
sur différents points de la nef et des chapelles. 

Mais avant de les décrire, nous signalerons, sur la 
muraille latérale . gauche de la nef , l'inscription 
suivante en beaux caractères gothiques parfaitement 
conservés : 



Ci 0i6t l)onfdt pttêàne 
loid (trrdpin tu 00 vivat 

lahovLxenv à Dûnt) 

Uqurl treepaeda U XXII' 

tour Vawil M. D' 0Otfantf 

rt lrcjr-l)uit7 prie; Wien 

pour son ame 

3.ntl)Qinf DiUart. 



Cette inscription de 50 centimètres de hauteur sur 
30 de largeur, longtemps masquée sous le badigeon, 
n'a été découverte qu'en 1874, lors des réparations 
faites à l'église. Elle est entourée d'un simple fllet et 
n'a pour ornement à sa base que deux mains jointes 
sortant de deux nuages. Il est probable que les mots 
Anthoine Villart qui la terminent nous indiquent le 
nom de l'artiste qui l'a gravée ou celui du parent ou 
de l'ami qui Ta fait exécuter. 

Sur les neuf pierres tumulaires conservées dans 
l'église de Vierzy, deux sont tellement oblitérées qu'il 
n'est plus possible d'y rien déchiffrer, deux autres 
sont aussi fort détériorées, mais elles laissent encore 
lire néanmoins une partie de leurs inscriptions et 
distinguer quelques traits des effigies dont elles étaient 
ornées. Ces deux dalles, placées dans le haut de la nef 



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— 156 - 

près de rentrée du chœur, se trouvent, suivant toute 
apparence dans leur position primitive et couvrent 
les restas de deux curés de la paroisse dont elles nous 
montrent l'image revêtue de ranqien costume ecclé» 
siastique, c'est-à-dire de la tunique ou dalmatique 
descendant en pointe par-devant et d'une longue robe 
flottante, dont les plis onduleux retombent gracieuse- 
ment sur les pieds, costume qui rappelle celui des 
évêques et des abbés du xm« et du xiv* siècles tels que 
les sceaux de cette époque nous les font connaître. 

Les bancs à demeure fixe qui couvrent la portion 
supérieure de ces deux dalles ne nous ont pas permis 
de connaître les noms des personnages qu'elles abritent 
on ne peut lire aujourd'hui sur la première, placée 
du côté de l'évangile, que ces mots en caractères 
gothiques : 



Ja^id cuvé ie Ceatid 

leqvLti tvtspawa le VHP \onx ic juillrt 
MK ID^ XXIX • . pricj 5Hrn pour. . . 



Sur la seconde qui occupe le côté de Fépitre, on 
lit: 



Curr dr Crans lequd est iiciié U 

XVI* jour bu mis U juilUt M.D^ rt VIII.,. 

Un jour le déplacement des bancs permettra sans 
doute de voir la partie supérieure de ces deux dalles 
qu'on retrouvera peut être intactes, mais alors leurs 
parties inférieures auront disparues entièrement, elles 
resteront par conséquent toujours incomplètes. 



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lUAW'd-UX a^TTtnCaftSKnuTifl 



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- 157 - 



Entre ces deux tombes on en remarque une autre 
parfaitement conservée et placée transversallement 
à Taxe de l'église, indice certain d'un déplacement 
antérieur, elle porte en légende : 



CI GIST HONORABLE PERSONNE CHARLES DANRE 

VIVANT BECEPVEUR DE LONGPONT EN PARTIE 

LABOUREUR DES FERMES DE MOREMBEUF 

LEQUEL DÉCÉDA LE 26® JOUR DE DECEMBRE 1624 

PRIEZ DIEU POUR SON AME. 

Charles Danré dont la famille était connue à Sois- 
sons, dès la fin du xvi" siècle et qui compte encore 
aujourd'hui d'honorables représentants dans la haute 
culture du Soissoimais, est figuré debout, la tête 
découverte, les mains jointes, sa lèvre supérieure est 
ornée de fines moustaches et son menton garni d'une 
barbiche taillée en pointe ; il est revêtu du costume 
traditionnel, manteau court et plissé ouvert par-devant 
laissant entrevoir des culottes serrées aux gonoux et 
un juste au corps, arrondi avec deux larges poches 
sur les côtés. L'ornementation est complétée par une 
arcade à plein ceintre qui encadre la tête et repose sur 
deux consoles appliquées contre les plates bandes de 
l'inscription. Tandis que des rinceaux de feuillages et 
de fruits remplissent le vide laissé entre elle et les 
angles supérieurs de la dalle. 

Une sépulture du môme genre, moins ornée cepen- 
dant, se remarque dans le haut de la nef, elle lous 
montre encore TeflAgiedun laboureur, debout, la tête 
nue et les mains joiutas. Son vêtement consiste en une 
large houppelande descendant jusqu'à mi-jambes, avec 
des manches pondantes et un vaste collet rabattu 
qui couvre les épaules. Elle n'a pas d'autre encadre- 



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- 158 ~ 

ment que sa bordure en lettres gothiques sur laquelle 
on lit : 

CI GIST HONNÊTE PERSONNE JEAN CREPIN EN SON 

VIVANT LABOUREUR A VIERZY LEQUEL TRESPASSA 

LE 18« JOUR DE JUIN 1526 

PRIEZ DIEU POUR SON AME. 

Un peu plus bas, du même côté de l'église, vis-à-vis 
de la petite porte latérale qui ouvre sur le nord, c'est 
la pierre sépulcrale d'un ecclésiastique qui frappe les 
regards, elle mesure 1 m. 90 c. de hauteur sur une 
largeur de 30 centimètres, enlevée de sa position pri- 
mitive pour être employée à des usages profanes, elle 
a subi de grandes mutilations avant de revenir occu- 
per la place où nous la voyons aujourd'hui, la bordure 
de droite portant une partie de l'inscription a été sciée 
dans toute sa longeur et une large échancrure a été 
pratiquée dans sa partie centrale. Malgré ces mutila- 
tions elle présente encore un certain intérêt. Son enca- 
drement, tout entier de la renaissance, se compose de 
deux pilastres carrés semés de lozanges et de quatre 
feuilles, celui de droite chargé eu outre d'un calice. 
L'entablement à trois faces porte ces mots respire fineni, 
il est surmonté d'un ornement en forme de coquille 
couronné d'un large fleuron et acosté de deux vases 
d'où s'échappent des flammes, des enroulements de 
feuillages remplissent les angles. Le défunt est revêtu 
à peu près du même costume que ceux que nous avons 
décrits tout à l'heure, seulement il porte au bras gauche 
le manipule dont on voit les extrémités frangées au- 
dessous de l'échancrure de la pierre et sa tunique est 
bordée d'un galon sur la devanture, ses mains,si on 
en juge par la position du bras droit, devaient soute- 
nir, non le calice, symbole de ses fonctions que nous 
voyons sur le pied droit dé la tombe, mais très pro- 



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-^AOTA lOl-UgN^A.!! V^SYA^lUX 






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- 159 — 

bablemeat le livre des évangiles. On lit sur les trois 
tranches conservées de Tinscription : 

CY GIST HONORABLE PERSONNE 

TRÉPASSA LE VENDREDI 1«' JOUR DE lUING 
M De IIII" VU. PRIEZ DIEU POUR SON AME. 

Dans la partie opposée de la nef, du côté du midi, 
nous trouvons une dalle à double personnage dont 
rinscription suivante en lettres gothiques bien con- 
servées nous donne les noms et la profession : 

CI GISSENT HONRABLE PERSÔNE ANTOINE CAHIFR 

ET GNE ARCHIN, VIVANT CENSIER A MOREMBEUF 

LEQUEL CAfflER MOURUT LE 18 OCTuBRE 1568 

ET LADITE ARCHIN LE 9 OCTOBRE 1557 

PRIEZ DIEU POUR LEURS AMES 

Les quatres angles de cette inscription sont ornés 
de médaillons effacés sur l'un desquels on voit encore 
un ange soutenant une banderoUe. Archin est repré- 
senté la tête nue et les mains jointes, le corps, enveloppé 
d'un long vêlement dont les extrémités inférieures se 
relèvent légèrement pour laisser entrevoir, une. dou- 
blure d'hermine et qui par sa forme, sauf les .manches 
larges et pendantes, ressemble beaucoui) à nos * robes 
de chambre modernes. 

Sa femme porte le simple costume des femmes de 
la campagne, un bonnet à bandes plates flottantes, 
un jupon et une camisole serrée à la taille dont les 
basques retombent sur les hanches. 

Ces deux figures sont encadrées par des,colonettes 
à Chapiteaux ioniques, soutenant une plate bande sur 
laquelle est posé un médaillon de forme elliptique ayant 
pour supports deux anges aux ailes éployées posant un 
genoux en terre. 



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- 160 - 

Le capucin vêtu de sa robe de bure et de son capu- 
chon qui occupe le champ du médaillon peut faire con- 
sidérer cette ornementation moins comme un emblème 
héraldique que comme une fantaisie, une allusion au 
nom patronimique d'Antoine Cahier. 

C'est aussi dans cette partie de l'élise que se 
trouve la tombe la plus remarquable que nous ayons à 
signaler dans l'église de Vierzy. Cette tombe qui se 
distingue moins par la richesse de son ornementation 
que par l'importance de la personne en la mi^moire de 
laquelle elle a été érigée, est celle de Catherine de 
Bourbon, fille aînée de Jacques de Bourbon, bâtard de 
Vendôme (1) et de Jeanne de Rubempré qui épousa 
Jean Destrées, capitaine des gardes du roi, à qui elle 
fut, dit-on, accordée, en récompense du service qu'il 
avait rendu à Jacques de Bourbon en lui sauvant la 
vie dans un combat. 

Jean Destrées, était alors Seigneur de Coauvres et 
de Vierzy, c'est en cette dernière qualité qu'il est dé- 
signé dans les lettres patentes, datées de St-Germain- 
en-Laye, le l®"^ juin 1547, par lesquelles le roi Henri II, 
le charge de fortifier Monthulin pour la sûreté des 
frontières de Picardie. Ce fut un des plus habiles et des 
plus expérimentés capitaines de son temps et les ser- 
vices signalés qu'il rendit dans les armées sous les 
rois François I®', Henri II, lui valurent les charges de 
grand maître de l'artillerie de France et de gouver- 
neur de Bo'ilonnois. Il fit de longs séjours à Vierzy 
avec sa femme Catherine de Vendôme et il n'y aurait 
peut-être pas de témérité à les regarder tous deux 

(f) Jacques de Bourbon comte de Vendôme, seigneur de Ligny, et de 
Bonnevalles, êlait conseiller et chambellan du roi, gouverneur du Valois 
et du Vandomois, capitaine d^Arcet Bailly du Vermandois. Ou lit dans 
la chronique de Longpont, qu'il fit don à co.tle abbaye d'un ornement en 
soye brodé de fleur t de Ivs d'or. l\ mourut le I" octobre 1326 et fut en- 
terié dans la chapelle de la vierge de Longpont. sous une tombe élevée de 
terre. Sa femme qui lui survécut plusieurs années fut inhumée au 
même lieu. 



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^^9(u;cmoo ^\ "A niauoui ii3U(OiT?n5^i!lf^ 



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- 161 — 

oomme les restaurateurs du château qui nous montre 
encore aujourd'hui avec les restes de construction du 
XIV* siècle, les plus beaux spécimens de l'architecture 
de la renaissance. 

C'est dans ce château que mourut Catherine de Ven- 
dôme, le 30 mai 1538, dans un âge peu avancé. Lais- 
sant à son mari deux enfants, Françoise, mariée à 
Philippe de Longueval et Antoine qui fut le père de 
Gabrielle d'Estrées. 

Jean d'Estrées, pour conserver la mémoire de sa 
femme, fit, suivant l'usage du temps , graver son 
image sur une large dalle destinée à couvrir sa tombe 
et dans la pensée, sans doute, de se réunir un jour à 
elle dans la même sépulture, il fit aussi graver son 
portrait sur la même dalle. Ses intentions sous ce 
rapport ne se réalisèrent pas. Jean d'Estrées mourut 
au château de Cœuvre le 23 octobre 1571, à l'âge de 
85 ans, ayant survécu 33 ans à sa femme. Soit à 
cause des guerres civiles et étrangères qui sévissaient 
alors, soit à cause de la religion réformée qu'il avait 
embrassée par suite de son intimité avec le roi de Na- 
varre, son corps ne fut pas transporté à Vierzy, il fut 
inhumé dans l'église de Cœuvre et Catherine de 
Bourbon demeura seule dans le tombeau qui avait été 
prépai*é pour elle et son mari. 

La dalle funèbre reléguée aujourd'hui dans un coin 
de la chapelle méridionale de l'église occupait sans 
doute autrefois une place plus honorable. Elle en fut 
enlevée à une époque inconnue et à sa place on enchâssa 
une pierre sur laquelle était écrit ces mots : 

CI GIST 

CATHERINE DB VBNDOMB 

BARONBSSE DE VIERZY 

QUI TRESPASSA LE 30 MAY 

1538, PRIEZ DIBU POUR SON AME. 

2« 



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— 162 - 

Relevons en passant une erreur dans cette inscrip- 
tion, jamais la terre de Vierzy n'a possédé le titre de 
baronie, c'est baronne de Doiidanville, dame de Vierzy 
qu'il aurait fallu écrire. Cette pierre a été enlevée à 
son tour et après avoir été pendant longtemps déposée 
sous la chaire du prédicateur elle est aujourd'hui con- 
servée dans la sacristie, de sorte qu'il n'est plus pos- 
sible de reconnaître la place où a été inhumé le corps 
de Catherine de Vendôme, à moins de se livrer à des 
recherches qui très-probablement seront faites un jour 
avec succès. 

La belle dalle qui couvrait autrefois cette tombe, 
oubliée aujourd'hui dans un coin obscur,est une grande 
pierre blanche d'un grain irès-dur, comportant en 
hauteur 2» 33 sur une largeur de 1« 22, sa décoration 
se compose d'un double dais à trois faces, percées 
chacune de quatre fenêtres et surmontées d'une galerie 
à jour, de légers clochetons ou pinacles garnis de 
feuilles au lieu de crochets, séparent chacune des fa- 
ces, dont les arceaux, en forme d'accolades prolongent 
leurs pointes jusqu'au-dessus de la galerie où 'elles 
sont couronnées par des arcades fleuronnées entre les- 
quelles s'élèvent les pointes des pinacles. Cette orne- 
mentation qui n'est pas dénuée d'élégance dans sa 
simplicité, repose de chaque côté sur une colonnette 
en torsade, et elle est soutenue au centre par une co- 
lonne élégante destinée à séparer les deux effigies. Le 
tout est encadré par la plate bande qui contient l'ins- 
cription et porte à ses angles des écussons aux armes 
des d'Estrées et des Vendôme. (1) 

Jean d'Estrées est représenté en armure du temps de 
Henri II, recouverte d'une cotte qui laisse les bras 



(I) La famille cTEAtrées avait ses armes freltées d'argent et de sable aa 
chef d'or chargé de 3 mcrIcUes de sable. Les Bour Mas- Vendôme por- 
taient d« France, à la bande de goeules chargée de 3 lionceaux d'argent. 



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— 163 — 

libres ; il a Tépée au côté et autour du cou un collier 
qui descend sur sa poitrine ; son casque est déposé à 
ses pieds. Ses mains sont jointes, sa tête est découverte, 
son front dénudé est traversé de quelques rides, ses 
trait :^ sont fortement accentués et une barbe longue et 
épaisse garnit le bas de sa figure. C'est bien là le vieux 
routier de guerre dont Brantôme nous parle dans ses 
mémoires, qui toujours monté sur sa vieille haquenée 
allezanne, sans souci du canon et des arquebusades, 
ne baissait jamais la tête au milieu des plus grands 
dangers. 

Catherine de Vendôme porte une robe à collet rabattu 
et ouvert sur le devant ; elle descend en longs plis 
sur ses pieds et ses manches, largement ouverte , 
retombent en flottant à partir du coude, laissant ses 
brr-^s et ses mains, ornés de manchettes ouvrées, venir 
se joindre sur la poitrine. 

Ses cheveux, lissés en bandeaux sur son front, sont 
couronnés d'une espèce de diadème. 

Un collier de perles brille autour de son cou et une 
longue chaîne ou cordelière entoure ses épaules et des- 
cend jusqu'à ses genoux» 

L'inscription qui devait compléter l'ensemble de cette 
tombe n'existe pas du côté où est figuré Jean d'Estrées, 
la place qu'elle devait occuper est resiée vide, puis- 
qu'il n'a pas, comme je viens de vous le dire, été 
enterré à Vierzy. On ne la voit que du côté de sa 
femme, elle est en caractères gothiques et conçue en 
ces termes : 



Ci d^idl Catl)rnne it Denàomc Bavont^Bc 'àe 
ViDixiamxiie^ damr ie Duni)^ îrr (Kau(l)if it tUallira, 

nanUuil u6i|Uf qui trrspaeea IcXXX^br Biap 

1553 vvit} IDiru pour 0Ott &m^. 



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- 164 - 

Telle est, Messieurs, la situation des monuments 
funèbres dont je viens de vous entretenir dans les 
églises de Chaudun et de Vierzy. S'il n'est guère per- 
mis d'espérer qu'à Chaudun ils puissent être prochai- 
nement l'objet de mesures conservatrices, il n'en est pas 
de même à Vierzy, déjà lors des réparations pratiquées 
en 1874, on avait résolu de remanier le pavé de 
l'Eglise, et de profiter de cette occasion pour relever 
les tombes et les placer contre les murailles à l'abri 
de toute cause destructive, malheureusement les fonds 
manquèrent et l'opération fut ajournée, espérons que 
lors de la reprise des travaux, l'autorité municipale et 
l'autorité ecclésiastique s'entendront de nouveau pour 
aviser à la conservation de ces monuments qui, dis- 
posés avec soin, peuvent encore devenir une des cu- 
riosités les plus intéressantes de leur église. 



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- 166 - 

M. l'abbë Pécheur dépose son Mémoire sur la Cité 
des Suessions. 



MÉMOIRE 
SUR LA CITÉ DES SUESSIONS. 

Sa sitnntion, ses limitas et celle de ses pagi , aux temps celti- 
ques, gaJlo-romains et mérovingiens, précédé de disserta- 
tions sur les divisions de la Gaule et les moyens de les 
reconnaître. 

«. Nec tnemet itnque ipsum prœiio 
errorum Hnmunem. Hadrîani, Valestt 
NoUtia GaUiarum.{ptm{, p. xxiv) 



La topographie de la Gaule a été l'objet de travaux 
aussi importants que consciencieux; la topographie 
particulière de chacune de ses provinces et cités n'a 
pas été moins fortement étudiée. Sous ce rapport la 
Ctvttas Suessionum n'a rien à envier, ce semble, à ses 
voisines. Toutefois, il nous a paru qu'il ne serait ni 
sans intérêt, ni sans utilité de résumer les savantes 
recherches qui ont été faites sur cette contrée célèbre 
pour en fixer d'une manière plus explicite et plus pré • 
cise encore la situation, l'étendue et les divisions aux 
époques les plus reculées des temps historiques, et 
d'ajouter aux données anciennes celles que nous au- 
raient fournies de nouvelles investigations. 

Mais comme les auteurs latins, et surtout César, les 
seuls à peu près dont on puisse invoquer l'autorité, ne 
nous ont laissé sur la Cité des Suessions que quelques 
échappées de lumière, nous avons cru indispensable de 
compléter notre travail, par un examen sérieux des ren- 



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— 166 — 

seignements identiques que l'on trouve dans leurs ite- 
cits sur les autres cités de la Gaule, et surtout de la 
Belgique dont les Suessions faisaient partie. Ces ren- 
seignements d'ailleurs nous ont paru indispensables 
pour rintelligence du système géographique que nous 
appliquons à la Cité des Suessions. 

Notre mémoire se composora donc !• d'une disser - 
tation sur les divisions de la Gaule, sur les subdivi- 
sions de celles-ci en cités ou nations et le fractionne- 
ment des cités en pagiy districts ou cantons ; 2^ d'une 
dissertation traitant des moyens fournis par l'érudi- 
tion pour retrouver ces diverses portions de territoire, 
et fixer, au moins d'une manière approximative et vrai- 
semblable, leurs limites respectives ; 3* enfin, viendra 
notre mémoire proprement ilit qui ne sera que l'appli- 
cation des principes résultants de ces investigations, 
à la Civitas Suessionvm^ dont nous indiquerons les 
frontières, dont nous rechercherons les pagi et leurs 
limites, leurs oppides et chefs lieux. 

Nous espérons arriver ainsi, non pas à dire le der- 
nier mot sur un sujet si rempli d'obscurités et dont 
plusieurs points sont et seront encore, nous le crai- 
gnons, longtemps problématiques, mais à fixer quel- 
ques nouveaux jalons qui pourront peut-être guider de 
plus habiles ou de plus heureux dans la voie de pré- 
cieuses découvertes. En tout état de cause, l'impor- 
tance qu'à prise, en ces derniers temps, la géographie 
historique et le rang qu'elle occupe dans les études et 
les travaux des Sociétés savantes, seront la justification 
d'une tentative qu'on pourra peut être taxer de té- 
mérité. 

Ne pouvant citer à chaque ligne tous les auteurs 
que nous avons suivis ou consultés, et dont ce mé- 
moire n'est souvent qu'un résumé succinct, nous de- 
vons mentionner ici les noms dos principaux, tous 
connus des savants. Ce sont, outre les anciens, tels 



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- 167 - 

que Adrien Valois et Danville « nos grands géogra- 
phes » comme les appellent les auteurs d'une excel- 
lente étude topographique sur Uxellodunum (1) ; tels 
encore que Sanson, Cluvier, Duchesne, Casùni, ce sont 
disons-nous, Messieurs Walkenaer, Guérard, Jacobs, 
Creuly, A. etE. de Barthélémy, Desnoyers, Deloches, E. 
Desjardins, Longnon, Houzé, Bertrand, Chéruel, Bour- 
quelot, Alfred Maury, Pardessus, qui font aujourd'hui 
l'honneur de l'érudition française. 

PREMIÈRE DISSERTATION 

DIVISIONS DE LA GAULE AVANT CESAR 

Sans nous préoccuper des peuples divers qui, dans 
les temps les plus éloignés, vinrent des contrées orien- 
tales habiter la Gaule, nous dirons que cette belle 
partie de l'Europe sur laquelle des peuplades germa- 
niques étendirent, en dernier lieu , leurs vigoureuses 
ramijQications, et que l'on comprend sous les noms de 
Celtes ou de Gaulois que nous croyons, d'après les 
meilleurs critiques, avoir été identiques et employés si- 
multanément parles anciens, avait pour encadrement 
naturel à l'occident l'Océan, au midi les Pyrénées et 
la mer Méditerranée, à l'orient les Alpes et le Rhin, 
au septentrion la mer Britannique et le Rhin inférieur 

(2). 

César à son arrivée (l'an 58 avant J.-C.) trouva la 
Gaule partagée en trois grandes régions, la Belgique au 
nord, l'Aquitaine au midi et la Celtique, ou Gaule pro- 
prement dite, entre les deux premières, auxquelles il 
faut ajouter la partie déjà conquise par les romains et 
comprenant, sous le nom de Province rœnaine {Pro- 

{\) MM. Jacobs et Greuly. (Balletindes Sociétés savaoUs t. 8. 2* ié- 
rie, «860, p. 183. 
(S) Stral)on, t. i des Historiens des Gaules, par D. Bouqaet. 



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— 468 — 

vincià), la Proveace ou Narbonnaise (1). Celle^i s'ap- 
pelait braeoata (portant des vêtements appelés braies), 
par opposition à la Gaule Cisalpine appelée togata 
(portant la toge romaine), et les trois autres Gallia 
comata (Gaule chevelue), à cause des cheveux longs 
que portaient les Gaulois. Néanmoins, ces dernières 
étaient, dit Thistorien de la conquête. « toutes trois 
différentes par la langue, les lois et les institutions » (2) . 
La Belgique, celle qui nous intéresse particulièrement, 
était séparée de la Celtique par la Marne et par la 
Seine. Elle s'étendait jusqu'au Rhin supérieur d'une 
part, et de l'autre jusqu'à l'Océan. Une longue bande 
forestière du nom d'Ardenne {Arduenna) protégait ses 
parties septentrionales. Elle tirait son nom du Belgium 
proprement dit, lequel ne comprenait guère originaire- 
ment que les Âtrébates, les Ambiens, les Bellovaques 
et, quelques-uns disent les Silvanectes et les Suessions 



I. 
LA CIVITAS CELTIQUE. 

Les trois grandes régions de la Gaule étaient eUes- 
mêmes divisées en trois ou quatre cents peuples ou 
peuplades que César nomme nationes, génies, civitates 
ou pagi, selon leur importance, mais ces derniers 
étaient plutôt des fractions du territoire de la civitas, 
dont les peuplades étaient clientes de la peuplade do- 
minante ou principale (3). Ces cités ou nations, en 
grand nombre (Plutarque dit que ce général prit plus 
de quatre-vingt-dix oppides et soumit 300 nations) 



(f) Ibid. 

(2) Histor. des Gaules t. «•' p. SOS et p. 4d8. 

(3) Cœ$ar, De Bello Gallîco. Lib. I. 



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— 169 — 

par conséquent une administration souveraine, des 
chefs, rois ou magistrats. Aussi, chez les auteurs la- 
tins tels que César, Tacite, Pline, la dénomination 
de civitas signifiait une nation, un peuple et tout son 
territoire avec ses cantons ou subdivisions, plus rare- 
ment son chef lieu : Civitas uEduorum, civitas Bituri- 
gum, cimtas Suessionum , civitas Reynorwriy etc., 
c'est-à-dire les Eduens, les Bituriges, les Suessions, 
les Rémois, etc. Oivitas est employé probablement dans 
le sens de ville lorsque César dit : « multis viris for- 
tibus Tolosaj Carcasone et Narbone, quœ simt civitates 
Gallise Provinciso finitimx^ evocatiSy in Sotianum eœer- 
citum duxil ». (1) Il faut aussi remarquer que le mot 
civitas lorsqu'il est pris pour territoire est remplacé 
quelquefois par ceux de finis^ regiOy ager, surtout 
comme dans ces passages : AyvumHelvetiicm — agrwtn 
Sequanorum et jEduorum — in agro CavarumValentia 

— Segusiani liberi in quorum agro colonia Lugdunum 

— in Treverico Galliœ agro. (2). 

Les cités n'étaient pas sans liens politiques entre 
elles ; souvent on les voit former des alliances et des 
coalitions quand surtout un intérêt général Texigeait. 
Toute la Belgique s'unit contre César, l'ennemi com- 
mun, et mit à la tête de ses troupes Galba, roi des 
Suessions. Des cités, pour doubler leur force, s'alliaient 
avec des cités voisines. Ainsi les Arvernes s'étaient 
attachés aux Séquanes ; les Rémois et les Suessions ne 
faisaient, pour ainsi dire, qu'un seul peuple ; mêmes 
ooutumes, même gouvernement, mêmes magistrats. 
Certaines cités avaient fini par acquérir sur d'autres 
une véritable prépondérance, soit par le nombre, soit 
par la valeur ou l'habileté de leurs habitants ou l'éten- 
due de leur territoire. Celles-ci formaient aux premières 



{i) De bello GaUico, L. III. (2) SoU, paya à l'entour d'Aire oa de 
Lectonre. 

2» 



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- 110 ^ 

une clientèle; le récit de César ne peut laisser aucun 
doute à cet égard. Il parle en plusieurs emdroits des 
Eduens et de leurs clients (1) ; il indique même le 
nombre de soldats que ceux-ci durent fournir à l'armée 
gauloise qui marcha au secours d'Alesia: « Imper ant 
jEduis atque corum clienlibus Segtisianis.Ainbibaretis, 
Aulereis^ Brannoviis millia XXV > ; et ajoute, en 
pariant des Arvernes : « parem numerum ArvemiSy 
adjunotis Eleutlieriis, Cadurcis, Oabalis, Velatmis 
qui sub imper io Arvernorum esse consueverant, » (2). 



II 

LE PAGUS CELTIQUE. 

La cité gauloise, avons nous dit, était divisée en pagi 
occupés par des tribus ou peuplades soumises à la peu- 
plade dominante. Cette section mérite d'autant plus d'at- 
tention, dit M. Jacobs, qu'elle se présente souvent sous 
un jour fort obscur dans sa situation et dans ses limi- 
tes, quoi qu'elle ait laissé sur le sol une empreinte non 
encore efiEstcée. Le terme même de pagus paraît avoir 
été, selon le même auteur, détourné du sens que lui 
donnaient les latins. Chez eux, il signifiait le der- 
nier terme des divisions administratives de la Répu- 
blique et de l'Empire, un véritable district, tandis qu'il 
est appliqué par César, et, après lui par Tacite et 
Ammien Marcellin, pour désigner des peuplades cel- 
tiques secondaires, des fractions de peuple occupant 
des terroirs qui faisaient partie de la cité. C'est ce 

H) Voyez ee» passages dans César Lib. I, c. II et e X. -- Dans 
PUneJaist. nat. Lib. II, e. CVll, Lib. Ill, c. IV, XII e. XIV. XVIII. 
Ub. il. c. XLIX. 

m. De Bello Gallico, L. I. 



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- ni - 

qui a produit, dans la suite, ajoute-t-il, une extrême 
confusion dans l'emploi de ce terme, lequel ne répondit 
plus qu'au mot vague de pays signifiant tantôt une 
vaste région, tantôt un mince territoire. D*un autre 
côté, M. Deloche pense que le terme qui. chez les 
Gaulois, servait à exprimer les divisions inférieures 
d*une cité, devait se rapprocher beaucoup de pays qui 
se reproduit, à peine modifié, dit-il, dans les anciens et 
divers dialectes de la Gaule, tels que lo pey. Ion poi\ 
le pé, lesquels durent avoir une origine celtique (1). 
C'est auivsi l'avis de M. de Pétigny dans ses Etudes 
historiques sur les Institutions mérovingiennes. 

Quoiqu'il en soit, les Germains et les Suèves (la 
Souabe) eurent leurs i^a^rt comme leurs cités. Les pre- 
miers avaient des chetis de régions et de pagi {prin- 
cipes regionum pagorumque) , (2) et Tacite dit des se- 
conds qu'ils élisaient des chefs < qui jura per pagos 
vieos que reddantp (3). Pline constate qu'une portion 
de la Scandinavie était habitée par la nation des Hel- 
viens, répandue dans cinq cents pagi, et Sulpice 
Alexandre qu*Arbogaste ravagea le pays des Bruc- 
tères, voisins de la rive du Rhin, et même le pagus 
qu'habitaient les Chamavi (4). 

Les Gaulois venus des extrémités de la Germanie, 
apportèrent naturellement avec eux le même système de 
division territoriale des c^ï^^ qui embrassa tout le pays 
qu'ils occupèrent, et peut-être le trouvèrent-ils déjà 
établi par les peuples anciens dont ils prirent la place. 
César ne laisse sur ce point rien à désirer Après avoir 
parlé du pagus Tigurinus, lequel avait tué L. Cassius 



(I) Deloche, itém. des Savants, 2* série, i. 4, p.TÏ (Acad. des iràcrip.) 

<S) César L. IV. 

(S) Ibid. et Tacite ■ De Moribns GennaBoniiii. » 

(4) Ibid. L. I. LesSnéves avaieot 100 pagi et les Trévires racontèrent 
à César que ces cent jKipl s'étaient établis sur le Rhin {fienivm pagoê 
5ii#twntM ad ripas ÉhêU emuediue). ' 



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{hic pagns L. Cassiuminterfecerat), il ajoute : €nam 
omnis civitas Helvetia in quatuor pagos divisa est » 
et ses habitants il les appelle Tigurini (1). 

Les peuplades les moins importantes formèrent 
avec leur territoire des pagi simples ou une dté sans 
divisions, tandis que les peuples les plus considérables, 
on vient d'en voir des exemples, étaient toujours di- 
visés en pagi. Ainsi le Gabalicus pagus (le Gévaudan) 
est la même chose que la cité des Gabales. Le pagus 
Gcssoriacics équivalait sans doute à la cité des Morins 
qui avait deux capitales, Teruennam et Gessoriacvm 
(Térouanne et Boulogne) (2). 

C'est aussi à cet ordre de classification topogra- 
phique que se rapporte la distinction des pagi en pagi 
majores correspondant aux cités formant des peuples ou 
nations, et en pagi minores sujets, tributaires, clients 
ou alliés, formant les subdivisions des premiers ; Ou, 
si Ton Veut, les grands pa^t étaient la province même 
comprenant toute la nation avec son territoire, les mi- 
neurs étaient des portions du territoire de la cité ou 
grand pagus. Mais, il faut l'avouer, cette distinction, 
toute conventionnelle, est plus ingénieuse que solide, 
car elle suppose une administration très régulière qui 
put exister sous les romains, mais jamais ni sous les 
Gaulois, ni plus tard sous les Mérovingiens ou les Car- 
lovingiens. Du reste les cités et pagi variaient en éten- 
due au point de vue du territoire et de la population, 
des cités n'ayant pas de pagi et d'autres ayant un 
nombre plus ou moins grand de ces districts. 

Ces observations nous paraissent d'autant plus fon- 
dées en raison, quant aux temps celtiques, qu'alors le 
pagus eût une autonomie relative, comme la cité eut 



(1) César, ibO,, L. I. 

(2) Hadriani Valesii Noi. Gall. prxfat, p. 



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— 173 - 

la sienne quoique bien plus accentuée. En effet, non 
seulement il eût aussi ses chefs particuliers, mais 
même son contingent à fournir en temps de guerre : 
« Inpace^ dit César, commtmis est magistraux \ sed 
frincipes regiotium pagorum que inter suos judicant » 
(1). Vercingétorix, dit-il encore, « Gabales, proximos 
que pagos Arvemorum^ in Helvios mitiit » (2). Il 
avait raconté au livre 1«' de ses Commentaires que le 
pagus Urbigenus (le pays d'Orbe), l'un des quatre de 
l'Helvttie, quitta le camp des Helvétiens, au nombre de 
6.000 hommes qu'il a?ait fournis à cette cité dont il 
faisait partie, et se retira vers le Rhin (3). 

Enfin on voit dans son livre IV qu'il fit marcher le 
reste de son armée contre les Ménapiens, et contre 
lespagt des Môrins qui ne lui avaient pas envoyé des 
députés: « in Menapios atque in eos pagos Morinoruniy 
abquibusadeum legati non vénérant ^ » (4) texte qui im- 
piique,commeles précédents,pour lesjo^^z,une existence 
propre quoique dépendante, en certaines circonstances, 
de la cité, et qui fait voir que par le mot pagus il faut 
entendre aussi bien la peuplade que le territoire 
même qu'elle occupait. 

Sur le territoire des civitates et des pagi il y avait 
des oppida, des viciy des wdificia. Les oppides étaient 
des places fortes situées dans. des plis de. rivière, sur 
des hauteurs, toujours dans des lieux que la nature 
rendait propres à la défense. Les châteaux étalent 
des forteresses moins considérables; les vies des ag- 



(!) César L. VI. 

(2) Ibid. L, VU. 

(3) « ... Circiter millîa VI ejiis p<if(i, qui Urbigeans appellatur... ex 
castris Helveliorum egressi ad Rhenum fines qae Gerroanorum conte:;(!c 
runi « ibid. L. 1. 

(4) L. IV, c. 22. 



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- 474- 

^lomérations de maidoiiiB, véritables botirgs et villages 
ouverts, les édMoes des habitations éparses et isolées 
(1). Les oppides étaient même souvent de grandes 
villes telles que Bibracte, Avarieum, À lesta. César 
appelle la première : oppidum jSdtiorum maanmum et 
copiosissimum (2) ; il dit de Vesontitcm qu'elle est : op- 
pidum maximum Seqiuinorum (3), d'Avc^ctem qu'elle 
est : oppidwn mtmitissimum in finibus Biturigum. 
Et lorsque les Gaulois décident de mettre le feu à 
leur propre pays pour affamer Tarmée romaine, les 
Bituriges demandent grâce pour Avaricnm et con- 
jurent qu'on né les oblige pas à la brûler: « nepulcher^ 
rimam prope totius Galliœ urbem^ quse prab^dio et 
omœTiento sit oivitati, suis manibus succcndere coge- 
rentur (4). Cet oppide ne renfermait pas moins de 
40,000 habitants.. 

On voit aussi par ce texte et par beaucoup d'autres 
que les mots oppidum et tirbs sont identiques, qu'ils 
s'employaient indifféremment par César et les auteurs 
latins, mais le mot oppidum revient plus souvent sous 
leur plume, et il semble qu't<r6^ signiflaituneville plus 
considérable. Les habitants des oppides s'appelaient o/>- 
pidani. C'est dans ces forteresses et dans les châteaux 
qu'en temps de guerre et d'invasion, ceux des campa* 
gnes amenaient leurs troupeaux et leurs effets. Dans 
ce cas on choisissait un ou plusieurs oppides des plus 



(1) Avant de partir pour aller s'établir an centre de la Gaule, les Hel- 
vètes brûlent oppida «va ùmfUa, nwnero dttodêcimy tieoi ad 
fvadraoifUa, reliqua privata mdifMa » (César, L. I) — D'antres 
textes distinguent clairement les oppida, les rici, les castella, les sedi- 
lUia, «... vUoi atqut œdificia hœendi oporiere » (L. VII). 

(2) Ibid. L. II. 
(8) IM. L. VII. 
(4) Ibid. L. VII. 



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- «6- 

forts pour servir de refuge général et on brûlait tout 
le reste ( 1) 

Ici s'impose une question importante. Les oppide^ 
étaient ils les chefs lieux ou capitales des cités et des 
pagi celtiques? n serait assez difficile de répondre d'une 
manière absolue Toutefois, on remarquera d'abord 
que les oppidesn'étaient pas nombreux. LesSoissonnais 
n'en avaient que douze, et les Bituriges par exemple, 
quoique puissants, n'en avaient qu'un certain nombre 
(qui cum UUos fine^ et compltira oppida haberent^ unius 
legionis hibemis nonpoterant continetij (2). On remar- 
quera ensuite que la plupart des oppides que réduisit 
César, ou qu'il mentionne dans son récit, reparais- 
sait comme villes dominantes des t»Y(^^ on pagi gallo- 
romains, soit avec leurs noms primitifs, soit avec des 
noms nouveaux. Labienus se rend à Lutèce, oppide 
des Parisiens, situé dans une île de la Seine ; or 
Lutàce, sous le nom de Paris, devint capitale du Pa- 
risis (3). Melun, oppide des Sénones, dans une situa- 
tion identique, resta capitale du pagus Melodimensis, 
(4) et Sens celle de la f-ité Sénonaise ; Novtodunum 
rendu, la cité entière est soumise ; il était donc la 
capitale des Stcessioiis, et plus tard il conserve ce titre 
soviSlenomd'AugiuiiaStiessionnm ; Durocortorum Re- 
momm devient sous le nom de Reims, chef lieu de 
cette cité et métropole de la deuxième Belgique. 



(1) « . . CducUs oppidis, caiteUis que deseriit, sua omnit in nna. 
oppidum egregie nUnra muniiiim eoninterunt » {^id L II) - « ... 
Ubiu imperat ut pecora deducaot, tut que omoia ex agris io oppido 
conférant - {iàid. L. VI) -> «< ... Vices atque «dificia incendi oportere 
qu» non munition eet loci natura ab omni sint periculo tu ta. > — 
«t Uno die aroplius XX urbes Biturigum incendnntur. Hoc idem in re- 
liqoisciviUtibns... » (/M. L. VII). 

(2) César, L. VIII, c. I. 

(3) m Ubienus proAciscitor Lutetiaro, id est oppidum Parisiornm po- 
situm in insula fluminis Sequana • (César, L. Vil). 

(4) « ... Halodnnum pervemt, id est oppidum Senonom » {iàid,). 



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— 176 - 

Void un exemple non moins décisif que celui de 
Noviodunum^Césav songe d'abord à s'emparerd' Arori- 
cum (Bourges) < quod eo oppido recepto, dit-il, civita- 
tem Bituricam se in potestateni redactyrum confide- 
bat » (1). 

Ces textes ne prouveraient-ils pas assez clairement 
que ces oppides étaient les chefs lieux de leurs cités 
celtiques comme elles le furent de leurs cités gallo-ro- 
maines ? Il suffit du reste pour s'en convaincre de 
jeter les yeux sur quelques passages de Ptolémée qui 
indiquent Lutetia comme ville principale des Parisiens, 
Augitstobona comme ville principale des Tricasses ; 
Cœsaromagus comme ville principale des Bellovaques 
eiSa/narobriva comme ville principale des Ambiens etc. 
(2). D'ailleurs ces oppides chefs-lieux occupés succes- 
sivement par les romains et par les francs n'ont- 
ils pas presque toujours survécu avec leur territoire 
dans des villes, des bourgs ou villages encore sub- 
sistants? N'ont-ils pas laissé des noms et des débris 
historiques assez reconnaissables ? On ne risque même 
rien d'affirmer que les pagi et comtés du moyen-àge 
représentaient encore, en partie du moins, les cimtates, 
les pagi celtiques avec leurs capitales. 

Si nous n'étions pas dominés par la crainte de trop 
donner à la conjecture et à l'induction en une matière 
assez peu éclaircie, nous pourrions encore avancer que 
le pagus lui-même subissait quelque fois certaines 
divisions. Nous nous contenterons de citer à cet égard 
un ou deux textes de César, toujours notre guide le 
plus sûr et le plus autorisé. Parlant des mœurs 



(I). L. vil. 

(2) Voici, selon Plolemée, ces cités gallo-romaines avec lears capitales. 
Parisii et urbs Parisiorum Lueotatia. -- Tricassi et corum eiviUu Au- 
guttoàona — BellovotH quorum civiUu Cxsaromagus, Imbiani et eO' 
rum civitas SamaroMva, etc. (Uislor. des Gaules, t. I. p 74). 



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- 177 - 

des Germains et des Gaulois il dit : < Non solum in 
omnibm civitatibus, (Uque in omnibus pagis pariibus 
guey sedpene in omnibus domibus f actionnes sunt (i). 
il emploie ailleurs le terme partes dans le même 
sens (2). Faudrait-il voir dans ces portions, ces parties 
du territoire des régions, cités ou pagi , de ces frac- 
tions que Ton retrouvera plus tard, une sorte de pagi 
inférieurs? c'est ce que nous n'oserions avancer faute 
de renseignements plus précis. 



DIVISIONS DE LA QAVLE 

APRÈS CÉSAR 



César n'apporta pas de grandes modifications dans 
la division territoriale et politique de la Gaule après 
la conquête, mais il la réduisit en province romaine, 
laissant seulement à certaines cités, qui avait bien 
mérité du peuple romain, leur autonomie et leur attri- 
buant même quelque fois des cités voisines qui s'étaient 
signalées par leur résistance à l'envahisseur. « Omnem 
Galliam^ dit Suétone, prœter socias et bene méritas 
civitates, in provinctœ formant redegit. » CeUe de 
Soissons, on le verra, fut attribuée aux Rèmes. Vou- 
lant au contraire reconnaître les services que lui avait 
rendus Commius, César conserva à sa cité ( celle des 
Atrebates) ses immunités, ses lois, lui rendit ses droits 
et lui attribua la cité des Morins (3). 

Auguste maintint aussi l'ancienne division géné- 
rale, sauf que la Celtique devint la Lyonnaise et lapro- 

(1) César, L. VI. 

(8| /M. 

(S) César : « . . . pro qfnibiis meritis civiUtom ejas (Commii) immo- 
iiem essehissera, Jara l^esqae r«ddiderat, aiqve ipsis Morinos attribue- 
rat (L. ni.) 

29 



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— 178 

vince romaine ou Provence la Narbonnaise Quant aux 
limites de la Belgique, de la Celtique et de FAqui* 
taine telles quelles existaient du temps de César, elles 
furent profondément modifiées, afin de rompre les an- 
ciennes habitudes et d'accélérer la fusion. Ainsi la 
Belgique, qui était séparée de la Celtique parla Marne 
la Seine, vit les siennes s'allonger vers l'Océan et 
vers la Loire. Pour égaliser à peu près ces quatre 
grandes provinces, il attribua quatorze nations à 
l'Aquitaine, et ajouta à la Belgique les Séquanes et 
même les Helvètes (1). En efiét, Pomponius Mêlas et 
Pline le jeune ne parlent pas de la Marne comme sé- 
parant la Belgique de la Celtique, et ils placent les 
Belges entre la Seine et le Rhin (2). 

Après Auguste, la Gaule éprouva de nouvelles et plus 
profondes modifications dans la distribution générale 
de son territoire. La Belgique avait empiété sur la Cel- 
tique ; toutes deux rentrèrent dans leurs anciennes 
limites, mais la première, bornée de nouveau par la 
Seine, conserva les Séquanes et les Helvètes et conquit 
les Lingons qui avaient été attribués à "la Lyonnaise. 
Enfin elle fut elle même, sous Othon ou Néron, divisée 
en trois parties, la Belgique proprement dite, la Ger- 
manie inférieure et la Germanie supérieure. Dioclé- 
tien à son tour bouleversa tout, créa quatre grandes 
divisions ou gouvernements et tailla dans les pro- 
vinces que Lucius Csecil lus lui reproche d'avoir dé- 
piécées (... provincia quaque in friista concisœ.) On 
attribue à Dioclétien l'tTection d'une 2' Belgique et de 
la Lyonnaise. Constantin et ses successeurs opérèrent 
de nouveaux morcellements. Il j avait sous Dioclétien 
11 provinces, 13 sous Constantin. Selon Ammien Mar- 



(1) Ex. Pline et Ptolômée. — Strabon, Da Gallis, L. IV. (IJîstor. des 
Gaales, t. 1, p. 4) — Pomponius Mêlas, I>e Gallia {Ibid. p. :»2^. 

(2) Méin. de M. Valentio Smitt. {Hevue des Sociétés savant. ^ : vrie, 
t, f, mai-juin 18^9. 



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— 179 - 

cellin, la 'Gaule proprement dite avait, en 354, 12 pro- 
vinces et selon Sextus Rufus 14, en 469. Le Concile 
d'Aquilée en présente 15. Sous Honorius et sous le pape 
Zozime on avait porté ce nombre à 17 comprenant 115 
peuples ou cités (1). 

A la tête de Tadministration des Gaules il y avait, un 
préfet du prétoire, ayant sous lui un comte, un maître 
de la cavalerie,un vicaire des sept provinces ayant sous 
lui des consulaires dont un dans la i^ Belgique. Celle- 
ci était régie par un duc et un consulaire, un maître 
des offices préposé aux fabriques d'armes qui étaient 
au nombre de huit dans les Gaules, dont trois à Sois- 
sons {Suessionensis scutariay balistaria et clibanaria,) 
— Venaient ensuite un comte des largesses sacrées 
{cornes sarranim largiiionum), des prévôts des trésors, 
des procureurs de la monnaie, le procureur des chasses 
dont un de la 2« Belgique à Reims; un des étoffes de 
laine {lanifkii) ; un des étoffes de laine et de soie, 
des prévôts des tapis ouvragés d'hommes et d'ani- 
maux, aux fils d'or et d'argent, dont un aussi à Reims ; 
un prévôt des chars ou des transports (prasposittis bas- 
tagœ^ un comte des affaires privées {jrervm privata- 
rum] ayant sous lui des procureurs des comptes, des 
transports privés. Des provinces avaient des duoes 
commandant à d'autres officiers militaires. Le duc de 
la i^ Belgique par exemple avait sous sa dépendance un 
prœfecttcs classis Sambricsp, in locoQiiartensisiveHor- 
nensi^ un tribun des soldats (2). 



(1) Selon Cédar, ce conquërani aurait soumis S8 natioas (ou cités) dans 
la Gaule. Plutarque en compte 30<», Josèphe 306, Appien 400. Ptolémée 
réduit ce nombre à 00 et Tacite se rapproche de ce chiffre, mais il doit 
désigner ici les 60 naUons on cités telles qu'Auguste les avait or- 
ganisées. 

(2) HoiiiAa dXgndUktiwm imperH. (Histor. des Gaules, I. I> p. 185. 
Cette notice parait dater du règne de Valentinien III. 



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- 180 - 



LA CITE GALLO-ROMAINE. 

Le système de la division des provinces en cités ou 
grands pagi, et de celles-ci en pagi inférieurs modelés 
à peu près sur les cités et pagi celtiques, subsista jus- 
qu'à la fin de l'empire. Une loi du Digeste enjoignait 
de désigner les biens ruraux sur les registres des cens 
par leurs noms, celui delà cité et àxipagiis où ils étaient 
situés {Forma censtcali caveatur ut agri sic in censum 
referentur : nomen fundi cujusque et in qua civiiate 
et quopago et quos duos vidnos proximos habeat) (1). 
Les premières continuèrent donc d'embrasser l'en- 
semble des peuplades groupées autour d'une peuplade 
principale, et les seconds se dessinèrent sur le terri- 
toire de chacune de ces peuplades secondaires formant 
la cité. En sorte que les subdivisions administratives 
des Romains correspondirent, dans un sens, aux an- 
ciennes divisions politiques des Gaulois. Nous disons 
dans un sens, parceque ni les cités, ni les pagi 
ne furent à labri des remaniements territoriaux 
qui modifièrent si souvent et si profondément les 
provinces. Us subirent des absorptions, des sup- 
pressions, des réductions ou des additions, le fond, 
le noyau restant le même. Des cités, des pagi dis- 
parurent donc complètement, mais d'autres conser- 
vèrent au moins leur nom avec une partie de leur ter- 
ritoire ; et même il se créa de nouvelles cités, de nou- 
veaux pagi, 

(t) Digeste, De cefMib^u, t. XV, L. I. 



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- 181 — 

Pour mieux rompre les liens qui existaient entre les 
grandes fractions de la Gaule, Auguste avait com- 
mencé le morcellement en réduisant à 60 le nombre des 
nations ou cités de 80 qu'elles étaient selon César, ou 
de 99 selon Pline. Les noms de ces 60 peuples furent 
gravés sur l'autel du temple d'Auguste à Lyon et eux- 
mêmes y furent représentés par autant de statues. 
Selon Ptoléméc la Belgique contint à elle seule 19 (niés. 
Sur les 80 peuples de toute la Gaule nommés par César, 
il y en a 35, paraît-il, dont on ne trouve plus guère 
de traces. Auguste conserva à dix cités le titre de 
libercBy entre autres à celles de Soissons et de Senlis, 
et à quatre celui de fœderatœ, dont la cité de Reims. 
Quoiqu'il en soit,la civiias reconstitué conserva, sous 
la période gallo-romaine, son individualité, son rang 
dans la hiérarchie, formant une grande administra- 
tion municipale ayant sous elle les municipalités se- 
condaires de sa circonscription et surveillée par les 
agents du pouvoir impérial. 



IL 



LE PAGUS GALLaROMAIN. 

L'ancien régime des pagt celtiques eut le même 
sort que celui des cités. Les uns s'effacèrent, les autres 
s'aggrandirent, d'autres se virent partager; mais il yen 
eût qui furent élevés au rang de cités y tels que lepagus 
Noviomen^s (Noyonnais le Vadisus (le Valois). Toute- 
fois, de même que la civitas signifie encore un peuple, 
au ui^ siècle,dans les auteurs latins, de même le paçus 
continua de marquer, comme aux temps celtiques,uno 
subdivision de la civitas. H y a ici une particularité 



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- 182 -^ 

fort remarquable à sif naler, c'est que si la civiio^ 
gallotromaino survécut dans le diocèse, les modifioa^ 
tioas que subit le pagus ne purent jamais non plus 
si bien détruire toutes les traces imprimées sur son 
territoire par la peuplade qui . l'occupa jadis, qu'on 
n'en puisse retrouver quelques linéaments. 

L'existence despagi, sous la période gallo-romaine, 
est indéniable. Tite-Live parle des Insubres qu'il attri- 
bue à la cité des Eduens (JEldiiorîim pagum (1). Pline 
mentionne trois pagi, lepagtis Gcssoriaczis (Boulogne), 
le pagics Verlacomilnrttm (Vercors) {2\ le pagtcs Ga- 
baliciis (le G-évaudan); Tacite ceux des Séquanes 
(Seqtdanorion pages JE^duis conta^minos, sociosqtœ in 
annù) Quoique plusieurs de ces subdivisions de la 
cité gallo-romaine ne répondissent plus régulièrement 
aux anciens districts occupés par les petites peuplades 
celtiques, il n'en est pas moins vrai quelles jouissaient 
d'une certaine indépendance relative, comme les cités 
qui s'administraient elles-mêmes sous le contrôle du 
pouvoir central représenté par le gouverneur de la 
province. Il y avait, d'après* les auteurs latins confir- 
més par les découvertes épigraphiques modernes, un 
magister pagorum, qu'on désigna plus tard sous le 
nom de prcepositus, de prœfscttts, ayant un conseil 
composé de pagani, pour l'assister, des édiles, des 
primates, des patrons, un genius pagi^ dénomina- 
tions qui indiquent un reste de l'autonomie dont jouis- 
saient lespagi celtiques. Les vid ou bourgs répandus 
sur les pagi gallo-romains avaient leurs administra- 
teurs nommés pa^roni t?tco9*tim,qui cumulaient diTerses 
fonctions, perceptioa des impôts, surveillance des che- 
mins vicinaux, fourniture» aux. fonctionnaires et aux 



(1) L. V. c. \U: 

(2) «^ YerUcomiooros, Voeratiomm, faodie que pigom » HHd, L. IV. 



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^ 488 - 

troupes de passage. Cependant il est bon d'observer 
que les met étaient presque entièrement assimilés 'aux 
paçi ou du moins en étaient les chefs lieux (1). 

Appliquant leur système politique de fusion et d'ef- 
facement aux villes mêmes, les romains, non contents 
de les rebâtir, changèrent leurs noms gaulois en noms 
latins ou gallo-romains, et firent souvent entrer nans 
leur composition les noms de César et d'Auguste : 
Cœsarodunum Turœmm ; Csesaro-magus Bellmaco- 
rum ; Àugusto-dwiwn jEduorum ; Augitsto-magus St/l- 
vanectorwn ; Augtcsta Siiessionum; Julio-Magno ^di-^ 
cavormn; Julio bona Calet07^um, eic. Celles nés villes 
auxquelles on conserva ou on donna le titre de capi- 
tales des dtés, reçurent surtout de grands embellisse- 
memts que Suétone attribue à Jules César : « Divus Ju- 
Ihts Cœsar^ dit-il, lêaliœ Calbarum que et Hispanior- 
rtmi potentisstmas urbes prœcipuis opéribas ornon 
visse » (2) / et, au rapport de Dion Cassius, Auguste 
envoya en Gaule et en Ibérie de nombreuses colonies 
pour affermir la conquête, modifier les mœurs des 
peuples et bâlir de nouvelles villes. A Tinstar de Rome 
ces capitales ou villes principales des dtés eurent cha- 
cune un ou plusieurs palais à Tusage des officiers de 
l'empire, des thermes, des amphitéâtres, des temples, 
des basiliques, des ateliers monétaires, des fabriques 
d'armes, un champ de Mars, un panthéon, etc. Dans 
certaines villes, et, sans doute dans les seules capi- 
tales des cités, la partie intérieure, celle qui était close 
de murailles romaines autour desquelles s'étendaient 
les faubourgs, retint plus particulièrement le titre de 
cité, de petite cité. C'était à proprement parler la ville 
par excellence, ceîle où doivent avoir résidé les auto- 
rités romaines, les préfets, îes gouverneurs, et où fu- 



(1) Deloche, ubi-iupra, p. 579. 
(J) L. LiV. 



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- 184 - 

rent ensuite le siège de l'évêque, V Église-Hère^ la 
Grande Eglise du diocèse. Les villes inférieures, les 
bourgs, les œdificia subirent aussi d'heureuses trans- 
formations. Les romains durent conserver surtout et 
embellir les lieux où les Gaulois se réfugiaient pendant 
les chaleurs de Tété, près des bois, sur les bords des 
eaux, et faire de quelques uns d'oppulentes villas (1). 



DIVISIONS DE LA OAULE 

APRàS l'invasion DBS BARBARES. 



Les invasions successives des barbares apportèrent 
nécessairement, non pas seulement de profondes mo- 
difications dans les dernières divisions gallo-romaines, 
mais elles y jetèrent une inextricable confusion. Celles 
qu'on leur substitua sous les noms de Neustrie, d'Aus- 
trasie, de Burgondie, d'Aquitaine, ne furent jamais que 
des frontières vagues, incertaines, flottantes et subis- 
sant de continuels remaniements. Les territoires se 
divisaient , se subdivisaient, se morcelaient à chaque 
changement de règne, à la suite de chaque querelle 
des princes entre eux. Les noms des lieux eux-mêmes, 
ce qu'on appelle aujourd'hui la terminologie géogra- 
phique et topographique, deviennent incertain, vagues, 
incohérents. Déjà corrompus, dit M. Jacobs, parles pa- 
tois gallo-romains, ils se sont de nouveaux transformés, 
modifiés dans la langue des barbares, Goths, Francs» 
Bourguignons, etc. Il faut donc s'attendre à marcher 
désormais à travers les plus épaisses ténèbres. 



(<) Hadriani Valesii NotU. Gall. prafatio. 



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- 185 - 



I. 



LA CIVITAS MEROVINGIENNE ET CARLOVIN- 
GIENNE. 

Sous les Gaulois la cimtas était une région habitée 
par un peuple, uue nation distincte composée elle- 
même de diverses peuplades. Sous les romains, elle 
formait une division administrative. Vers la fin du 
IV* siècle, et sous les Mérovingiens, elle continua de 
subsister, mais * moins comme circonscription civile 
que comme division ecclésiastique [parœcia, diœcesis). 
En effet, tandis que le mot civitas, qui s'efface de plus 
en plus, se voit remplacer par les termes synonimes, 
mais vagues 4© pagus, de provincia, regio, patria, so- 
lum, /undus (1), l'expression d'évêque de telle cité 
pour désigner le premier pasteur du diocèse, demeu- 
re en usage et devait plus tard aider puissamment à 
retrouver les anciennes limites de celle-ci aux temps 
gallo-romains, et aider même à la réconstituer aux 
époques plus reculées encore. 

Une des causes principales de la confusion intro- 
duite dans la topographie des citésy sous les mérovin- 
giens, vient surtout de ce que ceux-ci employaient 
' assez indifféremment les mots civitas, urbs (ville ca- 
pitale), oppidum (forteresse) pour signifier une ville 
avec son territoire, quoique la civitas conservée par 
le diocèse signifiât le plus souvent un territoire, ou 
au moins, ainsi qxx'urbs, le chef lieu d'un diocèse. En 
voici quelques exemples . Quand, par le pacte d'An- 



(I) An Ueu de civitoê on distit, par exemple solum TricasUnum^ 
pagut Trieassinui, pagus BUorinvs^ l'ancienne cité, le diocèse des 
TréeasieSj des Biiurigei, 

24 



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- 186 — 

delot, la cité de Paris est partagée en trois lots, selon 
Grégoire de Tours, il est question certainement, du 
territoire de l'ancienne cUé des Parisiens et non de la 
ville même de Paris : (tertiom partem de Parisiensi 
civitate) (1). Lorsque Chilpèric donne à sa femme cer- 
taines cités, cela veut dire des villes avec leur territoire 
ou leurs anciennes limites. Au contraire lorsque Gré- 
goire de Tours dit : Aurelianeasis civitas, Aurelianen" 
sis urbs, Aurelianensis oppidum, il peut entendre par 
là soit la ville d'Orléans seule , soit la ville d'Orléans 
avec son territoire, ce qui dans ce dernier cas équivaut 
à civitas ou à pagus. 

Une autre remarque à faire ici, c'est que si les dé- 
nominations de diœcesis, de par'ochia représentent le 
diocèse ou territoire épiscopal, l'ancienne cité gallo- 
romaine, elles s'employaient aussi, dans Grégoire de 
Tours, pour signifier une simple paroisse. Ainsi, quand 
cet historien dit : « Papolics diœcesis Camotinœ episco- 
pus (2); Cautinus episcopus in Brivaterisem diœcesim 
adiré dispostwrat (3) ; Sellense castrum quod in Picta^ 
va habetur diœcesi (4) ; Tornodorensis pagus in pa- 
rochia Lingonensi » (5), voilà bien les diocèses ou an- 
ciennes cités de Privas, de Poitiers, de Langres ; mais 
quand il raconte que « l'Eglise de Poitiers recouvra ses 
diocèses p {diœceses suas Ecclcsia Pictava recepit), il 
s'agit bien ici de paroisses proprement dites. Et lors- 
que, par un diplôme de 627, Théodèle donne à Saint- 
Denis « villam MalriuSj quœ est in oppido CameliOr 
ce>ise, cum domibus^ mancip \^s, vineis, » (6) on doit évi- 



(1) Grég.-Turon L HI. c. 6. Paclum pacis inier Guntrammim, etc., 
apud Pardessus t. i. p. 157. 
(2)/6W. L. VII, c. 17. 

(3) Ibid, L. IV, c. 78. 

(4) Ibid. Ubi supra 

(5; Gloria Confessorum^ êjusd. c. 87. 
(6) Pardessus, t. I, Diplom. p. 227. 



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- 187 - 

demment entendre ici le terroir de Chambly ou du 
Tpagus Cameliacensis. 

IL 
LES PAGUS MÉROVINGIEN ET CARLOVINGIEN. 

Le pagus celtique était un territoire déterminé, 
ayant sa tribu ou peuplade secondaire, sa physiono- 
mie propre, quoique faisant partie d'une nation ou cité; 
lé pagus gallo-romain était une division administrative 
de la dvltas. Le pagus mérovingien paraît représenter 
le premier et avoir survécu au second, en sorte que 
cette antique division géographique n'aurait jamais 
entièrement perdu sa signification. Sans doute ses li- 
mites étaient indécises, mais elle n'en subsista pas 
moins, non-seulement sous les Mérovingiens où elle 
reparaît sans cesse, mais encore sous les Garlovin- 
giens où elle porte de nouveau le caractère d'une vé- 
ritable division administrative. On peut même dire que 
si elle ne se présente pas avec ce caractère sous la pre- 
mière race, cela tient sans doute à un défaut de rensei- 
gnements positifs ; car il paraît que les pagi eurent 
alors leurs chefs lieux et leurs comtes successeurs des 
comtes romains ; et, en tout cas , il n'est pas ad- 
missible qu'ils aient réapparu ainsi subitement après 
une si longue période d'oubli. Leur rôle fut donc im- 
portant sous les deux races, mais il se dessina, davan- 
tage sous la seconde par le système des missi ou com- 
missaires que les Carlovingiens envoyaient sur la 
surface de leurs états, pour en surveiller la justice et 
l'administration. 

Quoiqu'il en soit, le terme de pagiis ayant été sou- 
vent détourné de son sens primitif par les historiens 
de cette époque, il importe d'ensuivre les diverses va^ 



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— 188 - 

riations, si on veut éviter bien des erreurs. Ils l'appli- 
quent tantôt à une cité entière, tantôt à une étendue 
de pays moins grande que œlle d'une cité y tantôt à 
une contrée vague, sans limites déterminées, tantôt 
au territoire d'une ville, et tantôt enfin à des bourgs, 
à des villages, à de simples habitations. Mais quand il 
signifie une ^rtaine étendue de pays moins grande 
que celle d'u le cité entière, il rappelle le pagits cel- 
tique ; s'il s'applique à une cité entière, il équivaut à 
civitas, à diœcesis. 

Grégoire de Tours se sert en effet de pagtis et de 
civitas comme ayant la même signification, pour 
désigner une cité ou grand pagtis. Il s'exprime 
ainsi en parlant des Francs : « Francos juxta 
yagos vel civitates, reges crinitos super se créa- 
visse de prima et nobiliori, siiorum tamilia ». Le 
pagus dans ce sens est la cité ayant sous elle d'autres 
pagi En voici encore des exemples. Le pagus Bello- 
vactcs comprenait le pagus Vitmau ou Vhiemaous (le Vi- 
meux) le pagus Camiïiacensîs [le Chambliois) ; le pagus 
Stcessionicus comprenait les pagi Tardanensis (le Tar- 
denois) Urcisus (l'Ourçois) ; le pagus Re9nefisis compre- 
nais les pagi Dolomensis, Vo7igensis, CastricensiSy 
StadinensiSy Portiantcs, Mosomegensis, etc. (les pays 
de Dormois, de Vonc, de Castrice, de Stenay, de Por- 
cien, de Mouzon). 

On rencontre aussi dans certains monuments Vex- 
pression pagelltcs, diminutif de pa^i^. Elle servait à 
désigner, selon Ducange, un pagus de moindre éten- 
due, mais ne signifle-t-elle pas une division du pagus 
même, quand celui-ci est une cité, ou bien une division 
de peu d'étendue comme les nombreux pngi qui compo- 
saient une cité telle que celle de Reims ? On pourrait 
admettre l'un et l'autre sentiment. Ducange cite deux 
exemples deTemploi depagellus, l'un tiré d'une charte 
du roi Louis II, qui range au nombre de ses possessions 



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- 189 - 

« ct&rtim Turegvm inpago Turgaugense et pagel- 

lum Urania » (1) ; et l'autre d'un diplôme de Charles- 
-le-Chauve : « Depagellis qm suœ stmt parochiœ^ > de 
l'an 861 (2). 

On rencontre aussi l'expression pagenses civitatiSy 
qui signifie les habitants des pagi de la cité, ou sim- 
plement les habitants, les paysans de la cité. Pagus 
a produit pays et pagenses, paysans. C'est égale- 
ment de pagus que vint aux habitants des campagnes 
la dénomination de pagani, payens.parce que l'idolâ- 
trie se montra plus tenace parmi eux que parmi ceux 
des villes. 

Mais si le mot pagus fut employé, sous la première 
race , comme équivalant de civitas, on lui donna 
aussi d'autres désignations correspondantes. Dès Gré- 
goire de Tours les expressions de comitatus, territorium, 
ager, suburbium, et ruSy districtus, terminum, des- 
quels il faut rapprocher marchia, fines confiniayOnt 
la même valeur que pagvs et pagellus, mais non la 
même que ctvitas. Ainsi, lorsque les auteurs et les 
diplômes disent : Ambianum solum, Bellovaciim solmn^ 
Tricassinum soluniy ager Suessionicms, etc., ils n'en- 
tendent pas par là la cité d'Amiens, de Beauvais, de 
Troyes, de Soissons, mais le propre pa^w5 du chef-lieu 
de la cité. Ils en vinrent même à supprimer quelque- 
fois les mots pagus, et tous ses correspondants ager, 
solum, territorium, et à dire simplement Biturictim, 
Pictavum, Suessionicum, le Berry, le Poitou, le Sois- 
sonnais, expressions passées aujourd'hui en usage. 

11 n'en est pas moins utile de fixer, approximative- 
ment du moins, le sens de ces désignations diverses 
correspondant à celle de pagus ou s'en rapprochant sous 
quelques rapports, même éloignés, surtout en s'ap- 



(f) Apud GuiUimannam De rebut Helveticis, L. H. 
(2) Appendix capittU. n* 90, ana. 86. 



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- 190 — 

payant sur des textes qui les mentionnent. Ainsi, terri- 
torium équivaut kpagus et se confond avec lui. Par son 
testament saint Rémi donnait des biens situés in 
Portensi... in solo Portetisi.,. in tcrritor^io Portcnsi. 
Dans les diplômes et chartes de la collection Bréqui- 
gny-Pardessus on lit : « interritorio Autissiodorensi... 
simititer in eodem page — in pagis vel tcrritoriis 
Lugdîmensi» Viennensi » (1). Ager^ svburbium et ruS" 
représentent le territoire d'une ville, sa banlieue, sans 
doute aussi son pagi^ particulier et non celui d'une 
cité. Grégoire de Tours dit : « Adextremum Leiidastes^ 
pueros Mcrovechi. qui in pago egressi fuerunt gladto- 
trucidavit » (2). Saint Eloi construisit une église « in su- 
burbio Lemovicansi, in terra et fundo agri Solem nia-- 
censis et lui donna agrum Soletnniacensem cum omni 
termino intégra statu » (3). Selon Guérard, le subur^ 
bium, était souvent une division territoriale assez éten- 
due, comme on le voit par ce texte, puisque le suburbium 
Lemovicense comprend rager Solermnacensis (4). Ter- 
minus, et son correspondant fines, signifient les bor- 
nes, les limites d'un territoire, comme chez les romains 
fines, et aussi le territoire même qu'elles circonscri- 
vent ; César « tn fines Suessionum venit, » Grégoire de 
Tours dit : « infra terminum Turonicum pour intra 
terminum » (5). Marchia, confinia ont la même signifi- 
cation que les précédents. Childéric II concéda à l'ab- 
baye de Senones, « quod a nova œdificavit,per fines et 
marchias, terminas vel confinia, » diverses posses- 
sions. C'est de l'expression marchia que vint le territoire 
frontière Sii^pelé marquisat, de marcha ou marca (mar- 



(f) Diplamata t. 2 p. 37 et t. I, p. 6'. — Testament de saint Remy 
ibid. t. f, p. 85. 
(2 Greg. Turon. L. V, c. 14. 

(3) Dipldm. ibid,, t, 2, p. 11. 

(4) Ouérard, da Système teniîoriaU de la Gaule, p. 50. 
{6) Greg. Turon. ibid., c. 18. 



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- 191 -r 

che). On cite un lieu Elariacits où les expressions 
terminus, ager^ pagus sont employées pour signifier 
le territoire d'une simple villa. 



m 

LE PAGUS ET LE COMITATUS MÉROVINGIENS 
ET GARLOVINGIENS. 

Mais le correspondant du pagus qui mérite surtout 
de fixer l'attention est le comilatus avec ses divi- 
sions et subdivisions en comtés inférieurs, vicairies, 
centénies, etc. Le pagm reçut le nom de comitatm de 
Tofflce de comte et de la prépondérance que prit cet 
officier, sous les rois francs, dans la cité ou fraction 
de la cité qu'il était chargé de gouverner. Ce comte 
chef militaire et administrateur subordonné à la volonté 
du souverain, surveillé par ses missi, fut d'abord électif 
et révocable. 11 y en eut un dans chaque cité, de même 
qu'il y avait un évêque, en sorte que comme la charge 
de l'évêque avait engendré le diocèse, celle du comte 
produisit le comté. Ceci se prouve par des textes de 
Grégoire de Tours et de divers capitulaires : « Pax sit 
etconcordia viter episcoposet comités.^ — « Episcopus 
suo cômiti... adjuior sit et eœhortator existât. » — 
€ Similiter et cornes fadet contra suum episcopvm.,. 
qvaliter intra suant parochiam canonicum possit ex- 
pier e ministerium (1). » — « Volumus ut missi nostri 
per singulas civitates una cum episcopo et comité 
misses ,. eligant » (2). C'est sous les premiers Carlo- 
vingiens qu'apparaît le comté comme division territo- 
riale (3). 

(f) Capitul. Baloze, t. I^nol. 808 et 854. 
(2) Ibid. Lib. IV, col. 785 et pas^m. 
(8) Cmj^M' CaroU magni paMn, 



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-. 192 - 

Des auteurs pensent que le ditcatus a remplacé le 
pagus aussi bien que le comitatus et que ces expres- 
sions sont identiques ; ils apportent en preuve les textes 
suivants de Grégoire de Tours : « W^mtrio dux, a pa- 
gensibus suis ducatu caruit (1). » — « 17^ in ipso pago 
Cenomannico accipere debeant ducem », dit encore 
Childéric, dans un diplôme. Ils y ajoutent ces vers du 
poëte saxon dans le Gesta cœroli Magni : 

(c Sed variis divisa modis plebs omnU habet 
« Quot pagos toi duces (2). 

Mais ces textes ne nous ont pas paru prévaloir sur 
ceux que rapporte M. Deloche pour prouver que le 
ducatiis correspondant à l'office de dicx comprenait 
sous lui plusieurs comtés, ou cités épiscopales, sans 
toutefois correspondre aux provinces. Le comte d'Au- 
vergne, Nicetius, lit-on dans Grégoire de Tours, « du- 
catum a rege (Childeberto) eœpetiit, daiis ; ro eo im- 
mensis muneribus, et sic in urbe Arverna, Ra- 
venna atque Uoetia dtuv ordinatus est (3). » Euric, 
roi des Goths, établit Victorius en qualité de duc 
€ supei^ septem civitates » (4). On remarquera que le 
duché mérovingien variant arbitrairement en étendue, 
n'a pas laissé de traces comme division territoriale. 

La substitution du comitatics au pactes, ou plutôt 
l'emploi arbitraire de ces deux locutions, comme celui 
deparœcia pour diœcesis, se remarque surtout à pro- 
pos de la division des Gaules et de la Germanie par 
Louis-le-Débonnaire. C'est également alors que se font 
jour les subdivisions du pagus en vicairies, villes ou 
cités, villas, oppides, bourgs (5). Sous les deux pre- 

(\) Ex Larrey cité par M. Jacobs. 

(2) Mabillon, AnaiticiaX, 3, p. 221. 

(3) Lib. VIII, c. 18. Clermont, Rodez et Usez. 

(4) Gregor. Turon, Lib. 2, c. 20. 

(5) DucaDge cite à Tarticle r^pto de nombreux exemples de cette 
division. 



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- 193 - 

mières races, non -seulement les cités ou gvsnids pagt 
devinrent en général des comtés, mais elles furent 
même le plus souvent divisées en d'autres comtés dont 
la circonscription correspondait ordinairement aux pa^i 
inférieurs, et étaient régis par des comtes appelés 
comités rurales, comités pagorum, parigieni, pagisi, 
pour les distinguer du comes civitatis. En effet, on 
employait simultanément les mots depagus et de comi" 
tatus pour exprimer une rirconscription bien connue 
comme paguSy telle que le Perticus (le Pertois), le 
Toniodensis (le pays de Tonnerre), le Cmnliacensis 
(leChambliois), etc., etc. Une formule de 832 s'exprime 
ainsi : « Concessimus qiuzsdam res, in pago illo, in 
comitatu Ulo, in villa illa, illo vocabulOy hominibus 
ipsitis comiiatus (1). 

Il semblerait que, dès lors, le vicecomitatics dut 
être une subdivision du comttatus^ de même que le 
vicomte fut un lieutenant du comte ipost-com^s) ; mais 
outre que cette subdivision, en tant que géographique, 
n'apparaît que rarement et fort tard , il est impos- 
sible de lui assigner une circonscription. Cette dignité 
dut donc rester à l'état de simple office s'exerçant, 
jusqu'à la période féodale, en l'absence du comte ou 
par son ordre. Dans le Reciceil des chartes de Cltmy 
édité par MM. Bernard et Alexandre Bruel, il est ques- 
tion d'un vicecomitattis LugdunensiSy faisant partie du 
pagtcs Lugdimefisis i946) ; et d'un vicomte du Maçon- 
nais dans un procès qui eut lieu « ante presentiam 
domni Leotaldi comitis vel fidelibus suis, Vualterium 
vicecomitem et scabinorum » (951). Peut-être dans le 
nord de la France les vicomtes correspondirent-ils aux 



(1) Bévue Msioriqw du droit français, formuUs inédites, par 
H. Roiiêm, février 1858. 

25 



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vicaires et aux centeniers et rempla^aientrils les comtes 
dans les pagi inférieurs de la cité. 

Ainsi Tarrondissement de Tancienue cité romaine 
était toujours le pagus^ base persistante de toute cir- 
conscription territoriale dans la Gaule. Au grand 
pagus ou dlè succèdent le diocèse et le comté, et au 
pagus inférieur le comté inférieur. Le pagus devenu 
comitatus, tout en conservant, souvent sa dénomina- 
tion première de pagus, se subdivisa en vicairte et 
cefitenie, centainCy de même que le pagu^s s'était sub- 
divisé en actus et ager. 

Les vicaires et les centeniers, desquels on peut rap- 
procher les vicomtes, étaient des lieutenants du comte. 
Ces derniers commandant de petits détachements de 
cent hommes sur divers points du territoire, leurs 
ofllces finirent par donner lieu, sous les Carlovingiens, 
à des divisions géographiques du pagus ou comté 
appelées vicairies et centenies qui eurent pour ressorts 
les limites du territoire sur lequjel s'étendait l'autorité 
de leurs titulaires. C'est ce que prouvent jusqu'à l'évi- 
dence des diplômes de 716, 770 et 814 de Carloman et 
de Charlemagne, cités par M. Deloche (1). 

Il existait une distinction bien marquée entre le 
centenier et le vicaire, dès leur apparition, dans un 
diplôme de 496 du roi Clovis et dans an autre de 516 
du roi Clotaire pour le monastère de Réomé (2). Tous 
deux sont adressés aux évêques, abbés, vicaires, col- 
lecteurs centeniers {vicariis, grafionibus^ centenariis^ 
etc.) Grégoire de Tours parle d'un vicaire exerçant le 
pouvoir judiciaire dans le pagus Turonensis (585) ; 
Pépin, dans un diplôme qu'on croit remonter à 764, 
énonce plusieurs vicaires (3) sans parler de centeniers. 



(1) l^i supra pp. 185 et 186. fébr. 
(2)£H«(or. deFrancByX, A p« 616. 
(3) GaU, ChrM. t. i,lnstrum. HabiUon, Balnse. 



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- 195 -" 

Mais sous Louis-le-Débonnaire, lorsque le missus réu- 
nissait, par ordre de Tempereur, les principaux per- 
sonnages de sa missie, il était dit que le comte devait 
amener avec lui ses vicaires et centeniers (habeat untis- 
quis que oomes vicarios vel centenarios suos secum) (1). 
Énfln, dans le Recueil des chartes de Clunt/y on men- 
tionne, à la date du l»*^ février 814, un plaid où des jus- 
ticiers paraissent devant les « vicarios vel centenarios 
sive etiam ante missos dominicos » (2). Walafrid Stra- 
bon, auteur du ix« siècle, comparant les vicaires et cen- 
teniers aux prêtres des églises baptismales ou pleba- 
nes, distinguait aussi ces deux fonctionuaires : « Cen- 
tenarii vel (pour et) viearii quiper pagosstaluti sunt, 
presbyterisplebium.. conferri queunt » (3). L'interpré- 
tation que Ton donne à ce texte se soutient par celui 
d'un diplôme de 875, où vel équivatlt ket:€ prœci- 
piensvobis... comttibusvel vicariiSy judicibus, centena- 
rits... >En effet, l'on ne peut pas dire que dans ce texte 
on confond les comtes avec les vicaires et que ces der- 
niers ne sont pas bien distingués des centeniers. Aux 
passages affirmant la distinction de ces deux offi- 
ciers il suffira d'ajouter cette formule de Marculf : Du- 
cibuSy comitibi4S, vicariiset decanis [i). 

De même que le comte avait sous lui un vicomte, de 
même le vicaire avait sous lui un sifbvicarim ou ypo- 
vicarius chargé, en cas d'absence, de le suppléer dans 
sa vicairie. Le passage de Marculf semblerait faire 
croire qu'il y avait une circonscription formant une 
dernière subdivision du pagus appelé décanie ou 
diœainey administrée par un decanus, dizainier^ doyen, 
officier inférieur au vicaire, mais il est à croiï'e que 



(1) CapiUl. Ludùviei PH, L 4, G. S8. - Histor* de France, t. f*' 
p. T45. 

(2) Recuea,T. I**. p. 16, NoUUa pladU, \ fiftbr. 148. 

(3) Bibl. Palrum, t. 15, p. 198. 

(4) autor. de Frtmce, t. 4, p. 288. — ÀppemUm farmui. Mareulfi. 



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— 196 - 

le decanus ne fut qu'un fonctionnaire suppléant du 
comte ou vicaire, quoique ce point ne soit pas éclairci. 
La centaine {cente^ia, centina, centuria), administrée 
par un centenier, ne paraît pas plus devoir se con- 
fondre avec la vicairie que le vicaire avec le cen- 
tenier, ni être regardée comme une subdivision de 
celle-ci, pas plus que la décanie ne fut une subdivision 
de la centaine. L'une et l'autre, composées de la réu- 
nion de plusieui 3 vici, et administrées temporairement 
par un vicaire ou un centenier, sans subordination de 
l'une sur l'autre, signifièrent, depuis environ 542, 
selon D. Bouquet, et jusqu'au x« siècle, une fraction, un 
canton de l'ancien pagus. Du reste, l'identification du 
comitatics SLveclepagusy et ses subdivisions en vicairies 
jusque sous les Carlovingiens, est prouvée par une 
foule de textes, Adrien Valois cite en ce genre des 
titres des monastères de Saint-Ëparche d'Angoulème 
et de Beaulieu en Limousin, où l'on voit des lieux 
placés géographiquement dans cette subdivision, 
comme par exemple : In comitatui Lemovicino^ in vicor 
ria Exavdonense — in comitaiu Lemovicino^ in civitate 
Eœaudonense — m Comttatu Catwcino^ in vicaria 
Baciliacense Ces comtés, dans le même cartulaire, s'ap- 
pellent également : pagus Lemovicintis, parochia et 
parœcia Lemoviciensis, pagres Caturcinus et même orbis 
qui équivaut à comitatus, avec lequel il s'emploie 
indifféremment : in orbe CaturcinOy in vicaria Casilia" 
censoyin villa Aniciaco mansum — inorbe Lemovicino, 
in vicaria U^ercense, in loco Moniemediano — in 
orbe Lemovicino, in vicaria Usercensè^ in villa Sancli 
Maxentii, etc.^ Iç district, 16 cercle de Limoges, de 
Cahors, etc. 

Dans le centre de la Gaule se présente un terme 
géographique assez difficile à expliquer, soit comme 
circonscription, soit dans son étymologie ; c'est Vaïcis 
ou ards et aUium^ Yaïce ou aié^e. On croit que Vaire 



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-197- 



corrêspond à Fager ou finis des autres contrées ; et 
même qu'il est synonyme du pagus inférieur ou plutôt 
de la vicaria. On cite à l'appui de ce sentiment une 
charte du monastère de Brioude où on lit : in ipso aïce, 
seu in ipsa vicaria, et d'autres textes rapportés par 
Ducange. Mais, dit M. Deloche, ces expressions souf- 
frent un sens bien restreint et équivalent à une éten- 
due de terrain beaucoup moindre que la vicaria ; tout, 
ajoute-t-il, dépend du contexte. En effet, tantôt Taice 
paraît être une division du comté, supérieure à la 
vicairie, et tantôt il semble devoir se confondre avec 
celle-ci. Ainsi, dans le Rectml des Chartes de Cluny, 
on trouve ces textes : Inpago Alvemico, in comitatu 
Brivatense, m aïce Cantinalico, in vicaria de CantoiolCy 
in cuUura de villa quœ didtur Volamala majore 
(939); — in pago AlvernicOy in aïce Cantinalico, in 
vicaria Cantoiole, in villa Bislago (947) : — in pago 
Vivariense, in aïce Legernatense, in villa Triecis (948). 
Quoiqu'il en soit de ces dénominations obscures, la 
vicaria fut toujours la division la plus claire du pagus 
ou comitatus. Une des formules de Leudenbrog la dis- 
tingue très-bien en ce sens: « Dono mansum cum omni- 
bus appenditiiSy et in pago Carnotense, in vicaria Gane- 
giacense, in loco quœ didtur Sicherivilia. Dono eiiam 
in prœfîxo pago, vel (et) in eadem vicaria, in loco qui 
didtur Bùna villa.,. » (1). Un diplôme de 813, cité par 
Mabillon, nous fournit un rare exemple d'une vicairie 
plus rapprochée du Soissonuais, qui, jusqu'ici, n'en a 
fourni que deux, dont il sera fait mention à propos 
àxi pagus Otmensis (Otmois). Il s'agit, dans cette pièce, 
d'une donation inpago Meldico, in vicaria Copediense 
et Brodacense (dans la vicairie de Queude et de 
Broussy) (2). 

(1) HUtar. de France, t. 4. p. 555. 

(2) innaL ardin. bened, t. 8, p. 67f . Cette pièce est citée p«r Gné- 
rardet M. Deloche. 



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Après cette date et jusqu'à la fin du xr Biècle, la 
vicairie, qui n'apparaît guère dans le nord, continue 
de se montrer fréquemment ailleurs. Des formules 
portent : in pago illo, in vicaria illa, in villa illa 
(dans tel pagus, dans telle vicatrie^ dans tel village) 
[l). Le Recueil des chartes de Cluny en fournit de 
nombreux exemples, où Ton voit d'ailleurs la vicairie 
remplacée indifféremment par fims, ager^ centena 
même. En voici quelques-uns : Des biens donnés à 
Tabbaye sont situés in pago Matiscomense^ in vicaria 
Sidunense, in villa q^fe dicitur VoVis (953) — in paéria 
(pour popo) Arvemica, tn vicwria Ucionense, in cultura 
de Vinzella — in pago Lugdunense, in vicaria seu agro 
Tematense, in villa Madalico (938) — in pago LtigdU" 
nense, in fine Pistriacense, in villa Tarbonato (905) — 
in pago Matiscomense^ in fine Agenacense^ in villa 
Btes6iaco (949) — in pago Lucdunense, m agro Can- 
dicense, in fine VaWs^ vel fines Metonensis (949), — in 
pago Masticomense, in agro Marciagiacense, in villa 
Seines (906). — In pago Matiacomense, in agro Rufiu- 
censé, in villa Rufiaco (926) — in CTmitaûu Warasco- 
mm, in centena Neudentense, in villa Warnerio-fojitana 
(934). Il paraît que Vager aurait disparu à la fin du 
X® siècle et que le finis ne servit plus qu'à désigner un 
seul finage, comme le pagtis lui-même. 

Après la décanie apparaissent, dès la fin du viii« 
siècle, comme subdivisions des pagi et comitatus méro- 
vingiens, un certain nombre de termes géographiques 
qu'il importe de ne pas négliger, tels que la quinte 
ou quintenie {quinta, quintena), la septenie ou sep- 
taine (septefia ou defensoria), la dixaine {deci), le ban 
et la banlieue (bannum), le suburbicaire {siUntrbitim), 
usités jusque sous l'époque féodale. Ces termes em- 
ployés pour signifier la zone ou territoire environnant 

(8) Oeloche ubi supra, p. 171. 



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- 190 — 

la ville épiscopale, soumis à l'évêque ou à la juridic- 
tion municipale, indiquent la distance rayonnante au- 
tour de la ville de 5, de 7, de 10 lieues, sous^ntendu 
leuca^ comme si Ton disait : quinta leuca^ quintena 
leuca, etc. de même qu'on disait : qnintum miUiare 
(cinq milles;, in fra quintena civitatis. La quintaine a 
produit, dans certains lieux, des archidiaconnés, des 
achiprêtrés et doyennés dits de la quinte^ embrassant, 
comme au Mans, la ville épiscopale et sa qumtaine, 
et répondant aux grands archidiaconnés de certains 
diocèses, tels que ceux de Reims et de Soissons. Dans 
la suite, la quinte se rétrécit assez pour ne plus former 
qu'une simple banlieue ou distance du rayon d'une lieue 
autour delà ville. Il y avait à Troyes un archidiaconné 
de la banlieue : Archidiaconatus Banleucœ Trecensis. 
Le terme de banlieue, bannum, bannuml^ucœ ou 
leugse^ bafileuca ou banl**uga fut employé, non-seule- 
ment pour exprimer le territoire environnant une ville 
épiscopale, mais encore une ville ordinaire, un châ- 
teau, une bourgade, une église, et soumis à leur juri- 
diction respective. La banlieue de Laon {banleuca de 
Lauduno) comprenait ses faubourgs situés autour de la 
montagne, Ardon, Lœuilly, Semilly, Saint-Marcel, 
Saint Ladre, Champleu, Laneuville, et constituait au, 
XII» et XIII* siècles, le pays ou « la Paix de f.aoû » {Pax 
Laudunensis) (1). C'était, dit M. Matton, le territoire 
de la commune. Aussi vient-il de bannum, amende, et 
de leuca^ lieue, exprimant l'étendue d'une lieue sur 
laqueUe on pouvait l'imposer et qui en formait par 
conséquent le ressort. Le suburbanum, suburbium, 
suburbicanœ regiofies s'employait généralement, sous 
les Mérovingiens et après eux, pour signifier le fau- 
boui^ d'une cité, d'un castrum, ou le territoire de 
leur dépendance autour des murs, la banlieue même 

(I) Grand eartulain de l'é^/éché de Laon, chap. 8 et 8. 



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- 200 - 

dans un sens plus étendu, mais quelquefois aussi la 
civitas, le diocèse. On remarque que lorsque Grégoire 
de Tours l'emploie pour indiquer le faubourg d'une ville 
il ajoute l'expression murus; ainsi in suburbano mu- 
raruniy ou une autre qui ne laisse aucun doute, telle 
que la désignation d'une basilique, d'un monastère, 
d'un lieu : « Est apud urbem Treoericam, suburbano, 
Sanctus Maxinms, basilica Sancti Martini quse sita esse 
cognosciturinsuburbio Turonis cwitatis > (1), — « Coab- 
bas Berlandus de monasterio Sancti Vincentii in su- 
burbio Laicduni posito (2). — In suburbh basiUcœ, 
Sancti Medardi (3). » 

Quand on désignait, avec l'expression in suburbiOy 
un lieu assez éloigné de la ville épiscopale, celle-ci 
signifiait, croyons-nous, le pagm propre du chef-lieu 
de l'ancienne cwitas. Ainsi saint Eloi fonda une église 
« in suburbio Lemovicensis in terra et fvndio agri So- 
lemniacensis. » Or, Solignac se trouve à plus de 10 ki- 
lomètres de Limoges. Le mot suburbium représente 
donc ici une vaste banlieue, ou, si l'on veut, le pagus 
Lemovicensis proprement dit, dont faisait partie Yager 
Solemniacensts (4). Lors donc que les auteurs placent 
une localité in suburbio d'une ville dont elle est souvent 
assez éloignée, le doute n'estplus possible ; il s'agit 
du territoire, du pagics de la ville. A plus forte raison, 
ce qui est rare du reste, signifie-t-il la cité entière, 
lorsque le lieu est fort éloigné de la ville. Quand donc 
Mabillon dit , d'après un auteur contemporain, du 
vn« siècle, que sainte Galaberge fonda un monastère %n 



(1) nreg. Turon, passhn et apud. ffUtor. de France^ t. 9^ p. 509, 
Diplom. CaroU CaM. 

(2) Bi$i, de StrDénii, par FeléMen, preuv. p. 81, Diplama an 988. 

(3) Annal, du diocèse deSoitêotis^ t. f', p. 471. 

(4) Diplem. cart», Pardessus, t. 2, p. Il et GaU. Christ, t. II 
col. 185. 



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- 201 — 

suburMo Lingonicœ vrbis^ ea un lieu situé aux confins 
de TÂustrasie et voisin de la Boui^ogne, distant de 
Luxeuil de 40 milles, Luxeuil étant lui-même à près 
de 40 lieues de Langres, il ne peut être question 
que de la cité ou diocèse de Langres dans toute 
son extension (1), M. Deloche ajoute que quant aux 
comtatus suburbani d'un capitulaire cité par Du- 
cange, il faut entendre par là non plus la banUeue 
de la ville, mais les comtés ou pagi majores devenus 
la citéy le diocèse, et il fait rentrer dans ce sens 
les suburbicariœ regiones, les régions, les pagi de la 
cité (2). 

Outre ces termes topographiques, on en rencontre 
encore d'autres plus difficiles à expliquer et que nous 
signalerons néanmoins. On trouve au-dessous des pa- 
gelli ou pagi inférieurs, de plus inférieurs encore en 
usage dans les contrées du centre de la Gaule. Ici c'est 
le castrvm ayant sous lui la villa ; là Yager et le finis 
qui peut être sont desimpies territoires de villa, ou 
bien des correspondants des vicairies et centenies ; là 
encore le finis et VactitSy et ailleurs, comme en Sois- 
sonnais, le finis à peu près seul. Nous avons cité 
Yaïcis ; M. Deloche ajoute à ces petites subdivisions 
territoriales du pagi^s le condeta ou condeda au-des- 
sous duquel serait la plebs ou paroisse, et Vara, Varnim 
qui n'est peut-être que Vaire et touche à villa, dernier 
terme de toutes ces divisions. M. Jacobs ne cite qu'un 
seul exemple de cette circonscription, qui serait moin- 
dre encore que le bannies, selon lui ; il est tiré d'un di- 
plôme mérovingien : « donamtis res inpago Constantino 
in condeda Qicas^iiacense. » Et encore M. Pardessus 



(t) kcia SS, ordin. Bened, sxcul. II, p. 122. 

(2) Deloche, ubi supra^ p. 477, t. 4 des Mém. de divers savants^ 
2* série. 

2G 



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petise qae eondéfia, q\Â apparaît surtout au ix* sîêele, 
serait à cette époque le synonime de c^ntena (1). 

De toutes ces divisionls et eubdivisiotis du pagus, 
aucuue ne survécut, <5oiiime division territoriale, au 
X* siècle. Elles (fisparitrent, cî^ât^n<35f , ceniemes, quinte- 
nies, au milieu des troubles qui prëparèrettt l'établisse- 
ment du régime féodal, lequel opéra un fractionnement 
infini sur la surface du territoire des Gaules. Le pagus 
seul persista avec ténadté. et si, au ix" siècle, le comi- 
tatus passa en usage et le remplaça comme division 
géographique, il ne le fit nullement oublia. Ce ne fut 
même qu'au milieu du siècle suivant qu'il disparut avec 
le comté lui-même, et encore réapparuWl , sous son 
nom antique, dans <ies désignations géographiques qui 
sont comn>e éternisées par T usage. Toujours on dira 
Boui^^n Bresse, Grépy en Valois, Chézy en Orceois, 
Fère en Tardenois, Mons en Laonnois, Chartres en 
Beauce, Meaux en Brie, etc. 

DEUXIÈME DISSERTATION 

MOYENS DB RECONNAITRE LES ANCIENNES DIVISIONS 
DE LA OAULE ET DE FIXEd LEURS UMITES. 

La première partie de notre travail n'était, ainsi 
que nous l'avons annoncé, qu'une sorte de préparation 
nécessaire à une étude plus circonscrite que nous 
avions surtout en vue, celle de la civitas et des pagi 
soissonnais. N'est-il pas évident que des investigations 
portées sur chaque citéy sur chaque pagu^ pourront 
seules produire une topographie complète et définitive 
de la Gaule ? « La délimitation des anciens pagi de la 
province ecclésiastique de Reims, écrivait en 185(j 
M. A. de Barthélémy, dans son intéressante notice sur 

(I) D^hmaia^eart. Pardessus, t. 2, p 450. 



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le Sormois (ie pagus Dulcomensés) . n*eat pits encore 
fixée, bien que cette question ait une grande impor- 
tance pour la géographie ancienne^ ainsi qne pour 
l'histoire locale. L'absence de notions certaines à cpt 
égard augmente les difflcultf's lorsqu'on veut se rendî*e 
complu des événements mentionnés par les annalistes 
de la province. » .... € J'ai pensé, ajoutait-il, qu'en 
coordonnant des notes recueillies à la suite de longues 
recherches je pourrais établir clairement les limites 
du pagus Dulcomensis et résoudre ainsi une question 
qui paraît avoir été jusquà ce jour comme insoluble.» 
Les vœux exprimés par le savaat critique, quant aux 
pagi rémois, ont été réalisa d^uis par un autre 
érudit. M. Longnon, que nous aurons aussi occasion 
de citer. Nous essayons, à notre tour, de combler une 
autre partie des lacunes signalées par M. de Barthélémy 
dans l'étude de la topographie de la province ré^ 
moise. 

Mats avant d'entrer au coeur de notre travail, nous 
avons cru qu'il ne serait pas inutile, pour nous d'ar 
bord, et ensuite pour ceux de nos coUègues qui vou* 
draiait aussi entrer dans cette v(He, de résumer les 
moyens généraux fournis par la critique et l'érudition 
pour reconnaître les cités et les pd^i, et même pour 
en fixer les limites. Ces moyens sont nombreux, et, 
employés simultanément, ne peuvent que produire les 
plus heureux résultats. 

L 

Outre les documents fournis par les anciennes in- 
vestigations, ceux surtout des grands érudits des deux 
derniers siècles, < ces explorateurs si sagaces de 
notre passé historique, » dit excellemment M. Ernest 
Desjardins, il y a pour la solution des difficiles problè- 
mes agités par eux, des sources nouvelles. Tout chez 



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— 204 — 

eux se bornait, ajoute-t-il, peut-être avec moins 
de raison, à la rechjerche des identités des villes et des 
lieux célèbres de l'époque moderne, et à la fixation du 
tracé des anciennes voies de communication. Mais la 
limite des Etats, leur régime politique et administra- 
tif, leurs nationalités détruites ou subalternisées, leur 
sol enfin, dans sa constitution et ses aspects succès- 
sifs, ils ne s'en étaient guère occupés. Aux décou- 
vertes anciennes on joindra celles opérées par la 
science moderne, qui dispose aujourd'hui de moyens 
à eux inconnus. Aux écrivains classiques et aux rares 
monuments étudiés alors par l'archéologie naissante 
qu'ils ont seuls à peu près connus, se sont ajoutées 
des sources abondantes et nouvelles d'investiga- 
tions » (1). 

L'étude de la topographie ancienne exige, ce nous 
semble, plusieurs opérations. 1^ première consiste à 
reconnaître authentiquement l'existence des cités et 
des pagt dont on veut s'occuper ; la seconde à récher- 
cher leur origine et leur étymologie ; la troisième, à 
fixer leur situation, leur étendue et leurs limites et à 
les suivre à travers leurs vicissitudes historiques. 
C'est ici surtout qu'il faut en tout obéir à la science, 
sous peine de s'égarer et de faire une œuvre de pure 
imagination. 

César le premier et après lui plusieurs auteurs grecs 
et latins, on l'a déjà vu, nous ont révélé l'existence 
d'un grand nombre de ces divisions et subdivisions de 
la Gaule. On les consultera les premiers. Après eux 
viendront les historiens plus récents,l6S hagiographes, 
les chroniqueurs, surtout la diplomatique des deux 
premières races, les missies de la seconde, les dénom- 
brements, les cartulaires, etc. L'immense collection 

(I) Géographie historique et eulmitUslradve de la Gaule romaine, par 
M. Ernest Desjardins, 1*' volume paru (lUcheUe, 1877.) 



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- 205 - 

des inscriptions sera aussi parcourue avec soin. On y 
verra mentionnés de nombreux pagi romains à l'aide 
desquels on pourra, par induction, par analogie, re- 
constituer bien des pagi gaulois. On sait de combien de 
découvertes en ce genre M. Léon Rénier, le célèbre 
épigraphiste. a enrichi le monde savant. La Table 
alimentaire de Velleia, inscription de Parme qui date 
du règne de Trajan, fournit à elle seule une série de 
trente-sept pagi, dont M. Ernest Desjardins a désigné 
la position dans son livre De tabulis alimentariis pu- 
blié en 1854 (1). L'étude des médailles gauloises et 
mérovingiennes révélera aussi bien des noms de pagi 
et de localités, ainsi que les découvertes iirchéolo- 
giques qui abondent sur tous les points de la France. 
Pour ce qui est de Torigine et de Tétymologie des 
dénominations des cités et des pagi, elles viennent de 
sources si variées qu'on ne négligera rien pour s'en 
rendre compte. Les cités ou grands pagi tirent leur 
nom du peuple ou peuplade la plus éminente de la 
circonscription, le Se^ionicus, le Carnotimcs, le Sues- 
sionioiis, le Remensis ; les autres de leur capitale ou 
oppide. principal, ou des villes les plus distinguées de 
leur territoire : le pagus Aurelianensis, le pagus Ro- 
thomagensis, Cameracensis ; les moindres également 
de villes, oppides ou forteresses qui en étaient les 
chefs-lieux : le Portianus pagus, le Mehidintnsis pa- 
gus ; les plus petits encore de localités devenues obs- 
cures : le Vongensis (pays de Vonc , le Camelit/censis 
(le pays de Chambly). Quelques pagi doivent leur ori- 
gine à leur situation sur des fleuves des rivières : le 
Blcsensis, de la Bleise (Blisa), le Mosanus, Moselleft- 
sis (de la Meuse), le SambrensiSy de la Sambre, le Lœ- 
ticus de la Lœtia (la Lys), YUrcistis de YVrc, (FOurcq). 
La proximité et les défrichements des grandes forêts 

(1) RHvue des Sociétis sa vantes, t. 3, f857, p- 603 



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ont acqnis à eertaiûfi pagi le nom inÂme do la focêt : 
lepaffm ÂjrdHennensis (le pays des Ardennes), le 
pagus Tewacensis (le p^ys* de Thiérache) ; Pertécus 
saUus a produit le pagm PerVcus^ Perticnisis , le 
PenAe (1). 

Enfin la constitution physique du sol a aussi pro- 
duit le nom d'un assez grand nombre de pagi dont il 
faut citer quelques-uns. Ainsi rbumidité du sol jointe 
à des bois entrecoupés de lieux gras et marécageux a 
fait la Bresse {saltus Brixim); la Brie {saittis Brie- 
gius) ; le pays de Braie {saUus Braius). De vastes 
plaines ooit acquis le nom de Cmnpania aux contrées 
de Reims, Troyes et Chilons. Mais il importe d ère- 
marquer que les pagi improprement dits, qui ont suc- 
cédé à de vastes surfaces forestières, formèrent ordi- 
nairement des contrées naturelles ek non des circons- 
criptions administratives et furent découpées en pagi 
véritables. Dans la Brie par exemple nous trouvons les 
pagi Meldensis, Otme^i^is, Bagensonistcs, etc. (2). 

II. 

Après avoir bien établi l'existence d'une cité, d'un 
pagitSj leur origine^ on fixera la situation géographi- 
que et les limites de ces vieilles circonscriptious gau- 
loises et romaines. Pour obtenir cet important résul- 
tat, il faut recourir à divers moyens indiqués par les 
maîtres en ce genre. Après les sources d'informa- 
tions que nous avons déjà signalées, on consultera 
les anciens géographes, les cartes les plus estimées, 
celles de Cassini, du dépôt delà guerre, etc., par les- 

(0 « Abdilissimam toUtudiwm $av»qux Perticui dicUur » (icto B. 
LaunomarU) Àd. Vales M>r GaU. p. 449.)- Pbilippide, III - Aymoia. 
Le Perche éUit un papu du pays Ghartraîn (Perteosis CarnoteBUS 
pagas — Carnotenus pagas quem P crticem vocaot) mais uo pagui 
couvert de bois jusqu'au x* siècle. {Gloria confes$orum, 99). 

(2) Ad. VaUs. NoUUa GaU.. p. 96. - Annuaire hisL, p. 29. 



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quelles on verra ces circonscriptions aboatir à des 
voies antiques, à des forêts, à de vastes plaines, à de 
grands marais, à des cours d*eau, à des chaînes dé 
montagnes et de collines qui souvent leur servent de 
frontières. On cherchera dans cet espace de terrain 
les noms de localités qui peuvent se rattacher à là 
circonscription. En groupant ainsi ceux qui rappel- 
lent l'ancienne tribu et ont une physionomie identique 
on parviendra à reconnaître la surfade autrefois 
occupée par elle. C'est de cette manière que beau- 
coup de pagi celtiques du récit de €ésar peuvent être 
retrouvés et leurs limites retracées par Tinspection 
géographique et la nomenclature des lieux qu'on peut 
y renfermer. 

Mais c'est surtout dans les divisions ecdésiastiques, 
en général modelées sur les anciennes divisions civi- 
les, c'est-à-dire sur les cités gallo-romiaines, qu'on trou- 
vera des traces évidentes de ces dernières. Les comtés 
leur ont aussi succédé, mais ceux ci ont bea-ucoup 
varié dans leur étendue ; bénéfices temporaires et amo- 
vibles, ils étaient à la disposition des princes qui, en 
les Raccordant, les rétrécissaient ou les amplifiaient 
selon leur bon plaisir. Il en fut tout autrement des dio- 
cèses et de leurs divisions que sauvegardait la fixité 
des limites de la juridiction ecclésiastique. Ils ont 
donc pu nous transmettre, presque sans altération, 
les circonscriptions des dtés ou grands payl gallo- 
romains sur lesquels ils avaient été formés, survivant 
presque seuls à la révolution féodale qui ne laissa rien 
subsister de l'ancien régime administratif. A chaque 
métropole civile d'une province avait correspondu 
une métropole ecclésiastique, à chaque cité un diocèse 
et souvent aux divisions inférieures de la cité des di- 
visions inférieures diocésaines. 

Auiourdliui encore, c'est la coutume à Rome, 
croyons-nous, lorsqu'on crée un nouveau diocèse, 



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- 20B~ 

d'ériger d'abord son territoire en cité, non-sealement 
afin d'en relever la dignité, mais encore pour rappeler 
le mode de formation des anciennes églises épiscopa- 
les. Les divisions diocésaines offrent donc un moyen 
sûr pour remonter aux anciennes divisions politiques 
et administratives des romains. On observera même 
que quoique ces divisions soient loin quelquefois de 
correspondre aux régions gauloises, elles ne les firent 
jamais tout à fait oublier, puisqu'elles reparurent en 
partie sous les Carlovingiens et qu'aujourd'hui même 
elles ne sont pas encore effacées, tant elles avaient de 
racines sur le sol. D'ailleurs les Romains conservèrent 
le plus souvent la dénomination de la cité celtique et 
de la tribu principale et dominante qui l'occupait dont 
on fit la base de la. cité gallo-romaine, lui enlevant 
toutefois, nous l'avons vu, des pagi ou portions de pagi 
pour en former de nouvelles cités ou en fortifier d'au- 
tres trop peu considérables. 

Dans cet ordre de constatation, plusieurs monuments 
écrits seront d'un grand secours pour aider aux re- 
cherches et même leur servir de point de départ. C'est 
i^ la Notitia dignitatum omnium tam civilium qtiam 
militarivm per Gallias, qui paraît avoir été rédigée 
sous Valentinien III ; 2« La Notitia provinciarum et 
civitatum Qalliœ, qu'on fait remonter au règne d'Ho- 
norius (395-423), monument que les uns regardent 
comme politique et civil, d'autres comme ecclésiasti- 
que, tel que le P. Colombier dans un excellent article 
des Etudes religieuses^ philosophiques, historiques et 
littéraires (août 1817, n» 2) ; 3** enfin deux autres no- 
tices intitulées CapUulatio de nominibus regionum Gai- 
lice et Noniina regionum et civitatum Galliœ qui ne 
sont que des reproductions de la dernière, mais avec 
les modifications que le temps y avait introduites. 

Ici se pose une question importante et qu'il est utile 
de résoudre. Tandis que les diocèses correspondirent 



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- 209 - 

en général et sous beaucoup de rapports aux cités 
gallo-romaines, les subdivisions diocésaines corres- 
pondirent-elles aussi, dans un sens restreint, à celles 
des cités, les archidiaconnées aux pagi ou comtés in- 
férieurs, les archiprêtrés et doyennés ruraux aux 
vicairies ou vigueries et centenies, et les cures de leur 
ressort aux décanies ; en sorte que le diocèse repré- 
senterait la cité gallo-romaine, et par conséquent la 
partie principale et centrale conservée de la cité cel- 
tique, rarcbidiaconné les pagi les plus importants, les 
archiprêtrés et doyennés les pagi moindres, les cente- 
nies et vicairies ? 

Nous répondrons : ce sont là, même pour les cités, 
des bases générales, et non absolues, à cause des nom- 
breuses exceptions qu'on peut signaler dans cet ordre 
géographique. En effet, il y eut des cités gauloises 
qui se découpèrent en plusieurs diocèses ; celles des 
Eduens en produisit quatre, Autun, Châlon, Mâcon et 
Nevers, lesquels réunis représentent cette cité, la plus 
considérable, il est vrai, de toute la Gaule. Ensuite il 
y eut bien des limit^^s indécises pendant des siècles et 
disputées entre les diocèses limitrophes, ce qui indi- 
que certaines vicissitudes topographiques. Aussi, lors- 
qu'il s'agit des archidiaconnés et des doyennés ruraux 
a est impossible d'admettre, en principe, que ces cir- 
conscriptions ecclésiastiques furent ordinairement cal- 
quées sur les circonscriptions politiques. Tel pagus 
administratif, comme le Tardenois, ou telle région na- 
turelle, comme la Brie, est divisée entre plusieurs 
diocèses ; tel doyenné, comme celui d'Oulchy, formé 
du pagus Urcensis, est annexé à la portion du Tarde- 
nois englobée dans le diocèse de Soissons. Dans le 
même diocèse, trois archidiaconnés sur quatre rap- 
pellent les anciens pagi de Tardenois, de Brie et de 
Soissonnais. 

N'y eut-il pas en outre des archidiaconnés qui tiré- 

27 



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^ «lu- 
rent leur nom de leur situation sur une rivière, dans 
un pays montagneux, ou bien d'une ville, et n'eurent 
pas de chefs-lieux correspondant à ceux des anciens 
pagi ? Le diocèse de Beauvais sur neuf archidiaconnés 
n'en avait que deux correspondant ampagus Braiensis 
(le pays de Braye) et au Rossontensis (le Ressontois. 
Les autres étaient l'archidiaconné des Montagnes, 
dont on trouve l'analogue au diocèse de Reims, de 
Pont-Saint-Maxence, de Coudun, de création récente. 
Soissons avait son archidiaconné de la Rivière, ainsi 
nommé à cause de sa situation sur la rivière d'Aisne. 
Ainsi, non-seulement les archidiaconnés, les archiprê- 
trés et doyennés ruraux ne correspondirent pas tou- 
jours aux limites des pagi et de leurs divisions, mais 
souvent n'en représentèrent aucun (1). 

D'ailleurs il faut observer qu'il n'y avait encore aux 
V* et vi« siècles qu'un seul archiprêtre et un seul ar- 
chidiacre qui étaient à la tête des prêtres et des dia- 
cres et résidaient auprès de l'évêque. Ce n'est guère 
que sous les Carlovingieas, c'est à-dire au ix^ siècle, 
qu'apparaissent les divisions des diocèses en archidia- 
connés et archiprêtrés. « On objecte, il est vrai, ce texte 
d'une charte de Réolus, métropolitain de Reims, de 
686 : € Nos ima cum consensu fratrum meorum vel con- 
civium remensiuni, hoc est tam archidiaconibiiSy abba- 
tibusy prœsbyteris et diaconibtcSf etc. » (2). Il est bien 
ici question de plusieurs archidiacres, mais on ne voit 
pas qu'ils eussent des territoires distincts. 

Quant à la raison que l'on apporte de cette multi- 
plicité des archidiacres à Reims, que le métropolitain 
ayant dans sa dépendance plusieurs diocèses, devait 
par conséquent avoir plusieurs archidiacres, elle n'est 
pas recevable. Le métropolitain n'avait de droits ad- 

(f) Ga6rar<l, E^ai sur les divisions territoriale» de la Gaule, — Au- 
gu6te Le Pi'c\08t, etc. 
(2) Diplom, carix, t. 2, p. 2) 



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- 211 ^ 

ministratifs réels que sur son propre diocèse Enfin, on 
n'oubliera pas que la multiplication des prêtres et des 
diacres dans les bourgs, villages, hameaux et châ- 
teaux amena la création successive de plusieurs ar- 
chidiacres, archîprêtres et doyens, et que ce dernier 
titre était aussi donné au chef des prêtres et des clercs 
attachés à une église ayant une importance particu- 
lière, soit à raison d'un pèlerinage très-fréquenté, soit 
à cause de l'étendue de son ressort paroissial, et que 
des diacres gouvernaient même des églises, ayant sous 
eux des prêtres faisant les fonctions curiales (1). 

Walafrid Strabon, auteur du ix« siècle, semblerait 
donner à croire, par un texte que nous avons déjà cité, 
que, non-seulement les diocèses correspondaient aux 
cités et les archidiaconnés aux paçi, mais encore 
que les doyennés correspondaient aussi aux centenies 
et vicairies et les cures aux décanies. Il dit en effet 
que « de même que des comtes préposent aux popula- 
tions certains commissaires {missi) pour décider des 
causes mineures, se réservant les plus importantes, de 
même les évêques ont des co-évêques, (coepiscopi) qui 
s'occupent de certaines choses qui leur sont confiées ; 
que les centeniers ou centurions, ou vicaires établis dans 
lespaffi (perpagos statut!) , peixYent être comparés aux 
prêtres des paroisses (plebium) qui tiennent les égli- 
ses baptismales et président aux prêtres moindres, 
les décuri'jns ou doyens {decani, dizainiers) qui, sous 
les vicaires eux-mêmes exercent des offices subalter- 
nes, aux prêtres ayant des titres inférieurs. » (2) Il 
est inutile de faiie remarquer que si Ton peut tirer de 
ce texte des inductions ingénieuses en faveur de ces 
subdivisions diocésaines et par conséquent de celles 



(1) Desnoyera, ÀnntMire hUtorique, 1853 et 1859. 

(2) Walafrid Sirabon, De Relna ecclesiast. c. 31» apud Maxim, Bibl 
Palrum, p. 98. — Deloche vbi supra^ p. 384. 



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- 212 - 

des anciennes cités, il ne faut pas toutefois y attacher 
une trop grande importance. 

Quoiqu'il en soit, il ne résulte pas moins de nos ob- 
servations et de nos réserves que ce sera toujours 
avec un grand profit que pour remonter aux ancien- 
nes divisions de la Gaule, on interrogera les divisions 
et subdivisions ecclésiastiques et que, par conséquent, 
on examinera les états et pouillés des diocèses, ren- 
fermant le dénombrement des paroisses par archidia- 
connés, archiprêtrés ou doyennés dont plusieurs au 
moins sont les survivants ou les représentants d'un 
état de choses plus ancien. 

m. 

La persistance de ces divisions à travers tant de 
siècles ne vient pas seulement de ce qu'elles ont servi 
de modèles aux divisions ecclésiastiques, mais elle a 
aussi sa raison d'être dans l'aspect physique du sol, 
dans les mœurs et la langue, dialecte, patois ou ac- 
cent de leurs habitants. Si ces circonscriptions ont 
subsisté en dépit des révolutions, des invasions, des 
divisions nouvelles sans cesse réitérées qui devaient 
les faire à jamais disparaître et oublier, c'est suivant 
un critique éminent, M. Chéruel, parce que leurs déno- 
minations viennent de peuplades qui ont conservé 
leur physionomie propre, ou de l'aspect physique par- 
ticulier que présente le sol qu'elles occupent, dans le 
même genre de culture, de productions naturelles, que 
rien ne peut effacer, malgré les mutilations, les chan- 
gements qu'elles ont éprouvés. 

Sans doute, ajoute-t-il, on a pu se tromper peut être 
en attribuant ces régions naturelles à la constitution 
géologique intime des terrains qu'elles occupent, mais 
on est dans le vrai si, en tenant compte de cette cons- 
titution, on a surtout en vue les aspects qu'elle pro- 



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- 218 ^ 

duità la surface par la différence des terrains, de leur 
végétation, de leurs productions, des matériaux qu'ils 
ofib^ent à 1 industrie et même par la disposition des 
habitations isolées ou par groupes (1). 

Cette opinion aussi ingénieuse que fondée en raison 
n*est pas nouvelle, mais elle a été surtout mise en 
vogue dans ces derniers temps. 11 n'est pas extraordi- 
naire, dit M. Antoine Passy, de pouvoir constater 
l'identité des régions naturelles et géologiques avec 
les plus anciennes divisions territoriales ou pagi de la 
Gaule, surtout si on sait les rapporter plutôt à ces ré- 
gions naturelles qu'aux régions géologiques opnstituées 
par la différence des terrains (2). Le docte M. Des- 
noyers a aussi indiqué, dans sa Topographie ecclé" 
siastiqtie de la France de ces analogies qui sont incon- 
testables mais,en écrivain judicieux, il fait remarquer 
ailleurs : qu'il serait contraire à la vérité de faire de 
cette règle une application trop générale au point de 
vue géologique strictement envisagé; car c'est surtout, 
dit-il, et principalement au relief extérieur du sol, 
dont elles suivaient la configuration, bien plutôt qu'à 
la structure intérieure que les régions naturelles ont 
emprunté leur physionomie et ont été désignées sous 
des noms distinctifs par les plus anciens habitants (3). 

D'où l'on peut conclure que les divisions et les fron- 
tières des cités et même des pagi peuvent avoir pour 
bases générales l'aspect des terrains, leurs produits 
géologiques, leur configuration dessinée par des mas- 
ses boisées, des plaines découvertes, des collines, des 
montagnes, des vallées, des marais, les rives d'un 
fleuve, d'une rivière, d'un ruisseau même, leur mode 



(1) H. Ghéruel, IMiconri d'çuvertW0 eu comn de géogmphk i la 
faculté des leltrea à Paris. 185(i, p. •. 

(2) M. Antoine Passy, Compte-rendu de V Académie d€9 sciences, 

(3) Revue ddt Sodét & aavaatos, rapport aur les Mémoirei delà Sociélû 
d'agriculture, .scieoces, etc., dr l'Aube, par M. Deanoyers sur le t. 13 
de latSf, (4' séria, t. 5. février-mars 1867, p. 135). 



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— 214 - 

de culture, leur genre de production. Mais ici il a 
encore un écueil à éviter. Il faut se garder de confondre 
les contrées naturelles et administratives tout à la fois, 
avec les contrées purement naturelles embrassant dans 
dans un périmètre étendu plusieurs cités ou plusieurs 
pagi. 

Ainsi, pour donner des exemples de cette distinc- 
tion essentielle que nous avons déjà touchée, YUrcen- 
siSy le Tardinisus^ le Sicessioneasis proprement dit, 
sont des pagi administratifs et qui ont leur physiono- 
mie naturelle et distincte, tandis que la Brie aux terres 
grasses entrecoupées de bois, pays de la pierre meu- 
lière, et que la Champagne, aux plaines immenses, 
pays de la craie, sont des pagi purement naturels sur 
lesquels se sont formés de nombreux pagi adminis- 
tratifs. 

Ce ne sera pas non plus sans fruit que l'on étudiera 
les mœurs et surtout le langage pour reconnaître les 
grandes divisions territoriales, celle de la civitas qui a 
été habitée par un véritable peuple ayant sa nationa- 
lité , et même celles des pagi , ses subdivisions, 
occupées par des tribus ayant aussi leur caractère 
propre et formant, dit M. Deloche, des types persis- 
tants ayant chacun ses intérêts, sa langue, ses 
moeurs, etc. « Rien, dit à son tour Ozanam, n'est plus 
tenace, plus persistant qu'une langue, qu'un dialecte 
même et un patois ; il y a des mots, des noms qui ré- 
sistent à toutes les fusions... Tandis que les langues 
paraissent changer, leur fond primitif se fait toujours 
sentir. Une langue est l'expression des idées, des sen- 
timents d'une race, de ses usages, de ses affections ; 
elle est le produit naturel du sol qui Ta vue sortir, du 
soleil qui éclaire sa naissance ; elle est l'image de la 
patrie. Le latin populaire, campagnard, qu'apportèrent 
en Gaule les Romains, par les camps, les colonies ar- 
mées, plein de barbarismes et de solécismes, se cor- 



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- 215 - 

rompit encore, par le mélange des races, avec les dia- 
lectes celtiques pour former des dialectes particuliers, 
mais rélément primitif domina toujours, laissant le 
véritable latin devenir la langue savante. » 

Cela est si vrai, qu'après tant de siècles écoulés, 
tant de révolutions, de bouleversements politiques, ad- 
ministratifs ; malgré le changement profond de nos 
mœurs, nos divisions territoriales multipliées, où Ton 
n'a tenu presqu'aucun compte des divisions primitives; 
malgré enfin la diffusion de Tinstruction, notamment 
de rinslruction primaire, le développement des moyens 
de communication, une centralisation poussée à Tex- 
trême, on n'est pas encore parvenu à détruire la lan - 
gue picarde, le patois normand ou flamand, l'accent 
champenois, ni même celui du Valois et de TOrceois. 
On peut donc être assuré que, d'ordinaire, là où chan- 
gent la langue, le dialecte, le patois, l'accent, là se 
trouve la limite d'une contrée, d'une peuplade primi- 
tive. C'est un fait dont chacun peut facilement s'as- 
surer par sa propre expérience. 

M. Bourquelot, dans son mémoire si savant et si 
intéressant sur Les foires de Champagne, émet la 
même opinion sous une autre forme. I e système des 
provinces, dit-il, quoique totalement détruit « est for- 
tement empreint dans toute notre histoire ; il a même 
laissé des traces assez profondes dans l'esprit, dans les 
habitudes et dans le langage de la France divisée par 
départements. » Longtemps encore, toujours peut-être, 
on distinguera la Provence, la Bourgogne, la Cham- 
pagne, la Gascogne, etc. « Et l'on se fait de l'in- 
fluence de race et du climat sur le caractère des popu- 
lations une idée telle, que le nom d'une province est 
resté le signe distinctif d'une certaine manière d'être, 
de parler et d'agir. Tout travail relatif à nos ancien- 
nes annales repose nécessairement sur la division 
provinciale ». 



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- 816 - 



LA CITE DES SUESSIONS. 



Cette troisième partie de notre Mémoire est comme 
le couronnement des deux autres, ou plutôt celles-ci 
étaient les moyens, celle-là était le but. L'atten- 
tion des savants s'est depuis longtemps portée sur 
la Civitas Suessionum mentionnée avec honneur dans 
le récit de César sur sa conquête des Gaules, et qui 
devait être plus tard le témoin de la ruine de la puis- 
sance romaine dans cette magnifique contrée. La si- 
tuation de la cité est incontestable, mais son étendue 
et ses limites sont restées inconnues. A l'exception de 
NoviodimuMy que tout porte à faire considérer comme 
sa capitale, ses autres oppides ne sont pas nommés 
dans les anciens récits. Rien non plus sur ses pagi, 
rien même sur l'emplacement du Nof)iodrmiim vers 
lequel César se dirigea à marches forcées après sa 
victoire sur les Belges à Berry-au-Bac, {et magno iti" 
nere confecto ad oppidum Noviodunum contendit)^ et 
qu'il ne put emporter d'assaut, comme il Tavait es- 
péré, propter latitudinem fossse muri quea Ititudinem 

A la faveur de ces obscurités et de ce silence de 
l'histoire, les érudits pouvaient se donner carrière ; ils 
le firent laidement. Noviodunum, d'abord, en tant 
que représenté par YAugusta Suessionum des Romains 
et le Soissons actuel, a été l'objet de vives attaques et 
de non moins vives défenses. Tour à tour on a proposé 
de le placer à Noyon, à Noyant, à Nouvion-le- Vineux 



(I) £et Foires de Chûnnpa^^ par H. Boaraaelot, Mém. des savasU, 
2* série, Antiquités de la France, t. V, Académie des inscriptions el 
belles- lettres. 



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— 217 — 

au MonWe-Soissons, au Mont-de-Noyon, à Coucy-le- 
Château, et même, le croirait-on, à Nogent-sous- 
Coucy, qu'on plaçait, pour lui faire jouer ce rôle, sur 
la montagne de Plein-Châtel , près de Pont-Saint- 
Mard. Tant d'infatigables recherches, tant d'essais 
plus ou moins heureux n'ont fait que raffermir l'an- 
cienne opinion qui plaçait Noviodimtcm à Soissons. 

Venant aux autres oppides, au nombre de onze, Le- 
beuf et, après lui, Carlier et Lemoine, leur cherchè- 
rent une situation géographique. Us en plaçaient un 
près de Verberie, dont la racine serait ver ou vern, 
grand, et bria, montagne, en un lieu appelé Mal- 
Assise^ où l'on a retrouvé des débris archéologiques 
(1). Le Tardenois, pays boisé, où se trouvent Fara et 
Daula (Fère et Daule), aurait eu un autre oppide, sans 
doute FarUy qui signifie selon Ducange et Adrien 
Valois i2), une réunion de familles au même lieu (3), 
Un troisième est réservé aux environs de Vailly et 
de Braine. Longpont, Ancienville, Muret où Ton 
voyait des vestiges de murailles, des élévations de 
terres, un camp de César, en un mot, auraient le même 
privilège qui pourrait échoir aussi à Montmélian, à 
Montépilois (diocèse de Senlis), à Montgé ou Montgré 
(diocèse de Meaux) et à plusieurs autres bourgs et 
villages du même diocèse (4). Enfin, Latanobriga (de 
Mon, marais, et briga, pont), que Carlier place à 
Pont-Saint-Maxence et Lebeuf sur la voie de Soissons 



(0 Lebeuf, Dissert, sur l^ancien Saisstmnais. — Carlier Bist. du 
Valois, 

(2) Notit. Gall.^p. 192. 

(3) Lebeaf, ibid. — Lemoine, t. \", 

(4) Lemoine {ubi supra). Le camp de Mnrel dut êlre un de ces lieux 
de reiuge, dont parie César, occupés par les Gaulois- Bel j^es, le^ Romains 
et même les Francs, témoins les objets d'art et d'industrie des différentes 
époques qu'on y a rencontrés, mais qui ne furent jamais des oppides. 
On peut citer en ce genre, avec le camp de Muret, ceux d'Ëpagny, du 
Mont-Ganelon, prés de Compiègne, du Mont-de-Noyon près de Ribé^ 
coart (Oise), etc. 

28 



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~ 2iè - 

à Amiens, à la ferme des Loges, où Ton a découvert 
des traces d'habitations et qui est proche de Nampcel, 
peut-être le Nemetocemia de César, pourrait bien être 
l'un des douze oppides Soissonnais. M. Léon Fallue a 
fait récemment la même supposition à l'égard de 
Champlieu, sur la voie de Soissons à Sentis, dans son 
Analyse des campagnes de César (1). 

D'autres auteurs, procédant avec plus de circons- 
pection, laissant de côté l'archéologie problématique, 
pour interroger l'histoire et tirer des textes des induc- 
tions naturelles et raisonnables, ont ouvert en ce 
genre des voies nouvelles et beaucoup plus sûres. En 
dehors de sept pagi Soissonnais, qu'il fait correspon- 
dre à autant d'oppides, D. Grenier déclare que le 
reste lui demeure inconnu, mais il indique lui aussi, 
sans plus de preuves, des lieux anciens tels que Pier- 
refonds. Cuise , Vic-sur-Aisne, comme pouvant avoir 
succédé à des villes gauloises. Toutefois, en donnant 
les oppides comme chefs-lieux des pagi, c'était peut- 
être faire un pas de plus vers la lumière. M. Guérard, 
savant du premier ordre , trouvant dans les missies 
des princes Carlovingiens des désignations de pagi. en 
cite cinq qui auraient formé la division de la cité des 
Suessions : le Siiessionicus , VOrcemis, le Tardinisus 
et VUrcisuSy qu'il distingue de VOrcensis, et, qui sont 
le même pagus. Un autre érudit, M. Desnoyers, 
ajoute à ceux-ci YOtmetisis, mais en l'attribuant plutôt 
à la cité de Châlons qu'à celle de Soissons. 

Enfin, des recherches ayant été provoquées officielle- 
ment pour la confection d'une carte des Gaules, la 
Société historique de Soissons a vu paraître, sous ses 
auspices, un ouvrage spécial, La Civitas Suessionwn 
par feu S. Prioux, l'un de ses membres. Dans ce mé- 
moire se trouve résumé tout ce qui avait été écrit de 

(4) Lebeur, ibid, p. 49. - Lemoine, ibid. Carlier, ibid. Léon FaUne, 
énalyse^ voir p. 223. 



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— 219 - 

plus scientifique sur le sujet qui nous occupe, et a mé- 
rité à son auteur l'approbation de plusieurs savants, 
entre autres de M. Houzé, si connu par ses traraux 
sur la géographie historique. Quant à nous, qui l'avons 
mis à profit, nous l'avouerons sincèrement, l'ouvrage 
de notre collègue et ami ne nous a pas entièrement 
satisfait, malgré sa valeur incontestable, en ce sens 
qu'on y remarque des lacunes importantes, que cer- 
tains textes n'ont peut être pas été assez mis en relief, 
ou même assez étudiés, et que l'auteur ne s'attachant 
qu*à la Cité gallo-romaine, représentée par l'ancien dio- 
cèse de Soissons, • a négligé la cité celtique et même 
des pagi qui devaient faire partie de l'une ou de 
l'autre ou de toutes deux. 

Dans l'espoir d'arriver à donner à la cité des Sues- 
sions, à ses pagi, à ses oppides une situation moins 
vague, tout en profitant des travaux de nos devan- 
ciers, nous soumettrons la question à une nouvelle 
révision, à un examen approfondi. Dans ce dessein, 
nous appliquerons scrupuleusement les principes gé- 
néraux qui ont été posés par les meilleurs critiques et 
que nous avons résumés dans nos deux dissertations» 
Ensuite, nous emparant d3s conjectures vagues de Le- 
beuf et de Cartier qui, par a:i3 sorte d'intuition, vont 
chercher les oppides Soissonnais jusque dans le Sen- 
lisien et le Mulcien, et surtout de celles plus précises 
et plus vraisemblables de Dormay, l'historien de Sois- 
sons, qui les place avec leurs pagl à Soissons, à 
Noyon, à Château-Thierry, Senlis, Compiègne et Laon, 
nous donnerons, avec l'auteur de Y Histoire de César, 
à la Civitas Siiessionu/n celtique la vaste extension 
qu'elle comporte, et nous essaierons d'y trouver place 
pour ses pagi et leurs oppides dont nous traiterons 
ensuite' isolément. 



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LA CITE CELTIQUE DES SUÉSSIONS. 

La Gaule Belgique, selon le récit de César, se com- 
posait des nations suivantes : Les Rémi, voisins de 
ceux de Sens qui appartenaient à la Celtique ; les 
Suessi(nies, voisins de ceux de Reims ; les Neroii\ 
les Atrebates, les Ainbiani, les Metiapii (Gueldre), les 
Caletes (Caux), les Velocasses (Vexin), les Veromandui 
(Vermand), les Bellovaci, les Adiiatuces (Namur), les 
Condruses (Coudrotz), les Ebvarmies (Tongres), les 
Cœresos (Namur), les Pomani (Pémont, territoire de 
Liège, incertain). 

Plusieurs de ces grandes tribus paraissent avoir 
appartenu au Belgium, portion considérable de terri- 
toire expressément mentionnée dans César et son con- 
tinuateur Hirtius, en ces termes : < Très {legiones) in 
Belgio collocavit — Quatuor legiones in Belgio collxh 
cavit. — € Cœsar cum in Belgis hiemaret, » — « Tre- 
honium cum legionibus quatucn^ in Belgio collocavit 
(1). » L'historien semble avoir compris dans cette 
contrée, selon M. Desnoyers, les cités des Belle va- 
ques, des Ambiens, probablement des Atrebates, peut- 
être des Suessions et des Silvanectes, et, selon N. 
Sanson, des Veromandues. On remarque, en effet, 
que César cantonne trois à quatre légions dans le 
Belgium et qu'il distribue le reste de ses troupes dans 
les autres cités de la Belgique, nommément chez les 
Trévires, les Morins, les Nerviens, les Rèmes, etc. (i), 
Cluvier parait trop restreindre le Belgium en Tattri- 

(1) César, L. V., c. 24. c, 46, 49 et c. 54. 

(2) Ibid, c. 24. 



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— 281 — 

buant aux seuls Bellovaques. Cette cité, ajoute M. Des- 
noyers, pouvait être le centre ou la cité dominante 
du Belgium par son étendue et sa puissance et avoir 
formé avec ses voisines une antique confédération 
qui fit étendre le nom de Belgium à toute la Gaule- 
Belgique. Ce sentiment, du reste, adopté en premier 
lieu par Cellarius et Adrien Valois, développé surtout 
par Tabbé Carlier, a été suivi aussi par Walltenaër et 
d'autres auteurs modernes d'un grand poids (I). 

Le plus puissant parmi les peuples de la Belgique 
était en effet le peuple Bellovaque. Il pouvait armer 
100 mille hommes et en avait promis 60 mille à la 
ligue des Belges. On s'explique ce nombreux contin- 
gent, puisque son territoire, borné à l'Orient par les 
Veromandues et les Suessions, s'étendait au Nord jus- 
qu'aux Ambiens , au Midi jusqu'aux Parisiens et à 
l'Occident jusqu'aux Calètes et aux Vélocasses (2). Le 
peuple Suession en offrait 50 mille et les Ner viens au- 
tant; les Vélocasses et les Veromandues ensemble 
10 mille seulement ; les autres chacun un nombre in* 
férieur à celui des Suessions et des Nerviens et ne 
dépassaient pas quarante mille hommes 

Il serait aussi difficile que superflu de rechercher 
l'origine de la nation suessione, son histoire présumée, 
sa marche progressive dans la civilisation gauloise, 
mais on peut dire qu'elle était une des plus nom- 
breuses et des plus puissantes de la Belgique. Si elle 
fournissait un contingent de 50 mille guerriers, comme 
les Bellovaques elle pouvait sans doute en mettre 
sous les armes un nombre plus élevé. Ce contingent 



(1) Btllovaci '• civilas magna et inler Belgas auctoritale et homiouni 
muUitudine prœsUbal. » (César L. 2.) « Inter Belgas prœstarc aiimt 
BeUovarosac serundum hos Saesiiones. « (Straboa L. 4, p. 29, Histor, 
de France, t. I".) 

(2) Carlier. Vistertation sur le Belgium (Amiens, 1753). — Walkc- 
na«r, biographie awienne des Gaules, t. 1, p. 42i. — Desnoyers, To- 
pographie eccl. de la Frant'f, Anonaire de 1862, p 493. 



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suppose déjà une population de 200 mille individus, 
dont 800 par lieue carrée, et fait un quart de toute 
la population. 

Cette évaluation peut s'établir d'après César lui- 
même, lequel portant à 369 mille le nombre des Hel- 
vètes qui avaient gagné les rives de la Charente, 
compte parmi eux 92 mille guerriers, environ un sur 
quatre individus (1). 

Malgré de puissantes masses forestières qui cou- 
vraient encore une partie de leur territoire les Suessions 
possédaient de très-vastes et très-fertiles campagnes 
{latissimos et feracissimos agros). Formant un peuple 
autonome, une véritable dté, ils étaient, comme les 
iVïA*o6ri<7^5 (Agenais), régis par une monarchie, tandis 
que les autres avaient pour chefs des d ces, des prin- 
cipes, les premiers, chefs militaires, et les seconds, ma- 
gistrats rendant la justice {principes qui jura per pa- 
gos vicos que reddant) (2). On se souvenait de leur roi 
Divitiac, € le plus puissant prince de toute la Gaule, 
lequel avait régné sur la majeure partie de ces régions 
et même de la Bretagne. » La partie maritime de 
cette île qui regarde les côtes de la Gaule, conquise 
par les Belges, conservait du temps. de César des souve- 
nirs de cette invasion. Presque toutes les cités où ils 
s'étaient établis portaient les noms de celles qu'ils 
avaient quittées dans leur pays. Voici le texte cu- 
rieux qui contient cette particularité : € Maritima 
pars ab his qui prœdœ ac bclli infere'ndi catisa, ex 
Belgis iransierant ; qui omnes fere iis nominibus dvi- 
tatwn appellantuTy quibus orti ex civitatibus eo peroe- 
nerunt, et bello illato ibi remœnserunt atque agros colère 
cœperunt. » (3). Il serait intéressant de rechercher si la 
colonie des Suessions de Divitiac a laissé des traces 

(f) César L 2. — Prioax, Civitas Sueuitmum, 
(2) Tacite De morUnu Oermanorum^ C. xi. 
(8) De Bello gallico, L. 5, c. 12. 



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- 228 - 

encore subsistantes de son émigration et de sa domi- 
nation dans quelques lieux de la Grande-Bretagne ou 
quelque médaiUe antique par exemple. 

Au moment de l'invasion romaine dans les Gaules, 
le roi des Suessions était Galba, « à qui sa justice et 
sa prudence avaient fait déférer la conduite de toute 
cette guerre, d'un consentement unanime (1). » Des 
monnaies frappées sous les règnes des deux princes 
soat parvenues jusqu'à nous. On en a trouvé de brooze 
de Divitiac dans la Seine, depuis 1850. Serait-ce une 
preuve que le prince Suession aurait dominé jusque 
sur le Parisis ? Elles indiqueraient au moins la proxi- 
mité des deux cités où ces monnaies avaient cours. 
Ces pièces portent les variantes suivantes qui répon- 
dent au latin Diviacuset Divitiacus: Deovitiaéoc, Deiov^ 
tia, DeivicOy Deiovitti^ Deiviias ou Deimcoc, Une autre 
pièce rare en argent porte le nom de Nooiod, M. de 
Saulcy, un maître en ce genre, croit qu'elle a été 
frappée à Noviodunum Suessionum, 

Du texte de César, où les Rémois disent des Soisson- 
nais < fratres consangwneos que suos, qui eodetn jure, 
iisdem qiœ legibusutantur, imum imperiwn, imiim que 
magistratum cum ipsis habeant » (2), plusieurs ont 
conclu que les deux cités n'en faisaient qu'une ; c'est 
une erreur évidente qui vient de ce que l'on confond 
la subordination avec la confédération ; il ne s'agit ici 
que d'unité de race ou d'origine, d'alliance intime 
sans aucune altération de l'indépendance réciproque 
des deux peuples. Ne voit-on pas les Soissonnais se 
séparer des Rémois pour combattre César à la tête des 
Belges, et les Rémois, au contraire , aller au-devant 
de lui ? 

La cité de Soissons avait douze oppides pour sa dé- 



fi) César L. I. 

(2) Ibid, L. II, c. 3. 



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- 224 - 

fense, disaient encore les Rémois à César au moment de 
leur soumission à l'envahisseur, entre autres sans 
doute Noviodunum (l),sa capitale. Aussi,après la défaite 
des Belges à Berry-au-Bac, est-ce cette ville qu'il vint 
assiéger en toute hâte. Ne pouvant la prendre d'assaut 
à cause de la hauteur de ses murailles et de la pro- 
fondeur de ses fossés, il dut l'assiéger dans les formes 
et l'obliger à une capitulation qui mit entre ses mains 
les principaux de la cité, qui s'y étaient réfugiés avec 
la multitude des Suessions (2). Naoiodunwn était un 
nom de ville assez répandu dans les Gaules ; on le 
distinguait en y ajoutant le nom du peuple chez 
lequel elle était située : Noviodunum des Suessions, 
Noviodunum des Bituriges, Noviodunum des Sénones. 
On le trouve jusqu'en Scythie. Le martyrologe Hiéro- 
nimien rapporte les deux martyrs , Macrobius et Gor- 
dianus, à Noviodunum, et les trois autres, Zoticus, Lu- 
cianus et Hélias à Tomi, deux villes de cette province. 
La racine dunum, qui est gauloise, se retrouve dans 
un grand nombre d'autres villes : Melodunum (Melun), 
Uxellodunum^ Latcdunum, Lugdunum ; elle signifie un 
lieu élevé, ou au moins fortifié ; c'est sans doute à 
cause de la sitmition de la capitale des Suessions sur 
une sorte de dune et de la hauteur de ses remparts 
qu'elle a reçu le nom de Noviodunum. Quant au pré- 
fixe nomo, il paraît équivaloir à novwn. Ainsi Novio- 
dunum sigmûerait nouvelle forteresse, comme Neapolis, 
nouvelle ville, Novavilla, Neuville ou nouveau village. 
Si donc prenant la cité celtique des Suessions telle 
que le récit de César nous la dépeiùt, on donnait pour 
base de sa délimitation territoriale la cité gallo- 
romaine représentée par l'ancien diocèse de Soissons, 
comment pourrait-on concilier une population si nom- 



if) César, L. 2, c. 12. 
(2) Ibtd. 



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- 225 — 

breuse, une richesse agricole si grande, une puissance 
si prédominante, et surtout cet empire de Divitiac 
jusque sur une partie de la Bretagne, avec une étendue 
de pays aussi peu considérable et restreinte à d'aussi 
étroites limites ? Cela paraît impossible. C'est pourquoi 
on a dû chercher aux Suessions celtiques des frontiè- 
res bien plus éloignées et correspondantes à celles de 
leurs voisins nommés dans César. Sans doute, en pré- 
sence du silence des historiens, on est réduit à des 
inductions, à des conjectures, mais ces moyens en 
apparence si faibles, peuvent, réunis en faisceaux, 
conduire à une sorte de certitude. Voici donc les 
limites générales que nous assignons à cette cité cel- 
tique, en attendant que nous les particularisions lors- 
que nous traiterons de celles de chacun de s^s pagi. 
Les Suessions avaient pour voisins à l'Est les Rèmes, 
à rOuestles Véromandues et les Belle vaques, au Nord 
les Nerviens et au Sud les Parisiens. Les Rèmes 
dirent à César : € Suesstones suos esse finiiimos. » Le 
général romain vint de chez eux avec son armée sur 
les frontières du Soissonnais «... in fines Suessionum 
qui proximi Remis erant exercitum duxit; » (1) et il 
plaça son armée sur la rivière d'Aisne, qui coule à 
l'extrême frontière des Rèmes « f lumen Axonam quod 
est in extremis Rhemorum finibus transdùcere matu- 
ravit... » (2). Or, quelque sentiment qu'on adopte sur 
le camp de César en ces lieux, il faut toujours admet- 
tre que la limite des deux peuples était peu distante 
de Berry-au-Bac. D'un autre côté Fismes {Fines) (3) est 
certainement l'antique point de séparation entre le Ré^ 



(1) ^evuedes Sociétés savanteSy juillet 4S77, p. 240 

(2) De Bello gaUieo, L. 1*'. 

(3) Fines figure dans ritinéraire d'Antonin et y est employé fré- 
qneinineDt sur divers points de la Gaule. {Hisior, de France^ t. I", 
p. 167.) 

:9 



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- 226 - 

mois et le Soissonnais sur la Vesle (1) ; et Toppide 
de Bibrax, qu'on s'accorde aujourd'hui à placer au 
camp de Saint-Thomas était du Rémois (?). Cette 
ligne frontière du Rémois et du Soissonnais s'allon- 
geait au Nord jusqu'aux Ardennes et au Midi jusqu'à 
la Marne, laissant le Laonnois aux Suessions, ainsi 
q ue nous le prouverons lorsqu'il s'Agira de ce pagus. 
Du côté opposé, c'est-à-dire à l'Ouest, les Suassions 
étaient séparées des Véromandues et des Bellovaques 
par la rivière d'Oise, en partie, et par de grands bois 
dont il faut nécessairement tenir compte pour fixer 
aussi les autres frontières de la cité celtique, surtout 
du côté des Nerviens et des Parisiens (3). La Gaule Bel- 
gique était limitée au Nord par la forêt d^Arduenna^ 
dont rétymologie serait ar article, et den, dan ou 
dean forêt, la forêt par excellence. C'était en effet la 
plus vaste forêt de toute la Gaule. Elle s'étendait des 
bords du Rhin et du pays des Trévires, jusqu'à celui 
des Nerviens (le Hainaut et le Cambresis) sur une lon- 
gueur de plus de 500 milles et même, selon Brover jus- 
qu'aux Véromandues, s'allongeant vers les Rémois et 
les Catalaunes. Strabon conteste cette amplitude, mais 
le géographe grec paraît en cela moins bien renseigné 
que l'historien latin, qui l'avait parcourue plusieurs 
fois. C'est le sentiment exprimé par D. Bouquet. Les 
Nerviens, voisins des Ambiens, des Atrébates, des 
Véromandues et des Eburons (lesquels doivent se 
placer entre le Rhin et la Meuse), touchaient donc à 
l'extrémité de la forêt (4). La ligne des Ardennes se 
terminait par les bois de Thlérache et d'Arrouaise, 



{\)Jbid. L. 4, c. «2. 

(2) ibid. L. 2, c. 5. 

(3) César, ubi supra. 

(4) « Ardiienna ail va qa» est totii:8 Gai liai luaxima, atqne à ripis 
Rheni finibus que Trevirorum ad Nervios portinel mUtibus amplios D. 
la loDgiludiuem palet» (César, L. vu). — o Nervii «oram vAmbiaiio- 
ram)iiaes aitiDgebant » (IbidyJL. II). 



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— 227 - 

qu'elle lançait vers le midi et dont les défrichements 
donnèrent naissance Bixxxpaffi de Thiérache, de Faigne 
et d'Arrouaise (Teoracia, Fania, Aroisa), sur les con- 
fins du Cambrésis et du Vermandois, et connus seule- 
ment au vm' siècle. La Charbonnière (Carbonarià), 
autre partie des Ardennes, entre la Meuse et l'Escaut, 
s'étendait sur les Nervîens et autres pagi voisins et 
se divisait, dit Adrien Valois, en forêt de Mormal» de 
Ciran, de Soigne, etc. Elle tirait son nom, soit du 
charbon qu'on y faisait, soit de sa destruction en 
partie par le feu. D'après le même auteur, toute cette 
masse se nommait Hagelanden ou Hageland, contrée 
boisée ou sylvestre, et poussait jusque vers la Somme 
et l'Oise, se confondant avec la fç :êt de Thiérache. 
Ainsi, au Nord, la cité des Suessr ons confinait aux 
Nerviens et à la forêt des Ardenne» ^ dont les bois de 
Thiérache n'étaient qu'un prolongenent ; à l'Ouest, les 
Suessions étaient séparés des Véro nandues et des Bel- 
lo vaques, non-seulement par rOis« sur une partie de 
son parcours, mais encore par le grands bois qui 
couvraient et couvrent encore les • auteurs de sa rive 
droite et une partie de sa rive gauche. 

Les ramifications que l'on attribue aux grandes Ar- 
dennes, les forêts de Thiérache, de Mormal, etc., sou- 
daient à celles-là d'autres forêts de l'intérieur de la 
Gaule, surtout le Silvacum, qui, des marais du Pon- 
thieu, descendait particulièrement le long de l'Oise, 
jusqu'au Nord de Lutèce et touchait aux Meldes. Le 
nom de SUvacum, (de siha) donné par les Romains 
à cette grande ligne forestière, s'est conservé sur di- 
vers points de sa surface, tels que dans Servais en 
Laonnois, Selvais en Parisis, la Chapelle en Servais 
ou en Selvais, dans Senlis même et le pays des Silva- 
nectes, dans Ville-Serve ou Ville-Selve. Le Silvacum 
entamé de toutes parts par des défrichements succes- 
sifs, se découpa, comme les Ardennes, en un grand 



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nombre de bois qui sont nommés dans les vieux au- 
teurs et dans les capitulaires, et forment de vastes 
débris de cette immense ramification, qu'il importe 
de signaler ici dans l'intérêt de notre géographie 
locale : 

L'un des débris de l'anneau qui joignait la Charbon- 
nière aux Ardennes et aux Silvanectes, dit M. Alfred 
Maury, est la forêt de Voëse ou de Voas {silva Voegia 
ou Vedogia), par corruption, de Vosges {Vosagus silva) 
Peut-être faudrait-il, ajoute l'éminent érudit, rappro- 
cher de Voas, Wasda ou Waes (la forêt aux vastes 
prairies) qui s'étendait entre la Lys et l'Escaut (1). 
Les Belges, notamment les Suessions, éclaircirent ces 
grands bois et découvrirent d'immenses plaines. Les 
Romains, les Francs des deux premières races et sur- 
tout les moines ne cessèrent d'y porter la hache, la 
cognée et la charrue, et , en entamant ces masses fo- 
restières y opérèrent des divisions nouvelles et très 
multipliées. On a vu se détacher des Ardennes les 
bois de Thiérache, d'Arouaise et de Charbonnière ; du 
groupe de Voas se formèrent sur la rive droite de 
l'Oise, les forêts Bouvresse, de Prières, de Senlis, de 
Baine ; sur la rive gauche celles de Couty, de Saint- 
Gobain, de Prémontré, et même au-delà de Laon celle 
de Salmoucy (2). Le deuxième groupe du Silvacum est 
celui de Cuise, d'où sortirent la forêt de Cuise propre- 
ment dite sur la rive gauche de l'Oise, celles de Laigue, 
sur la rive droite, et de Retz, trop connues pour qu'on 
s'en occupe davantage. Le troisième enfin est celui des 

(') Dans la forêt de Voas se trouvent Sdint-Nicolas-au-Bois {de saltu 
ou in bosco) qu*Herinann de Laon signale ainsi : « Canobium sancli 
Nirolai in sylva Vosn^^o situm. » (« De miraculis sanctœ Marin Landun 
L 4, c. 3|. Prémonlré, que Barthélémy de Laon montre À saint Nor- 
bert. « Episcopus Barthoiomœus, dit le même auteur, Laudunum re- 
diens duxit eum in sylvam Vosagum, ostendit que ei (Norberto) in ipsa 
looum quemdam qui Pratrum-monstratum vocatur. » {Ibid. c. 6, et 
Adriani Valesii Not, QaU , p. 622.) 

(2) Voyez Les Forêts de la France^ par A. Maury, p. 35-37. 



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- 229 - 

Silvanectes qui se découpa en d'autres grands bois 
tels que ceux de Hallate, de Gamelle, de Coye, etc. 

La rivière de Marne paraît, avoir été au Midi la 
limite de la Gaule Belgique et de la cité des Suessions, 
mais la limite vraie devait être plutôt les bois de Brie, 
qui s'étendaient au-delà de la rive gauche de cette 
rivière et s'unissaient à l'extrémité du S/ toa(?wm, lequel, 
avons-nous dit, touchait aux Meldi et séparait les 
Suessions des Parisiens. Quant à ceux du Tardenois, 
qui de la Marne remontaient vers la Vesle sur Fère et 
Fismes et qui constituent les forêts de Riz, de Fère, 
et de Daule, ils formaient plutôt, comme ceux de Sal- 
moucy,un groupe intérieur dans la cité celtique qu'une 
bande limitative de cette cité à TEst (1). 

De ce coup d'œil général jeté sur nos contrées telles 
qu'elles ont dû existe:* du temps de César, il semble 
résulter que la cité celtique des Suessions était comme 
englobée au milieu de ces bois profonds ; au Nord par 
les Ardennes et la forêt de Thiérache traversée par 
tous les aflBuents de l'Oise, vers sa source, et s'avan- 
çant jusque sur les plaines de la Serre ; à l'Ouest par 
le SUvacum bordant les deux rives de l'Oise lorsqu'elle 

(\) Des maisons royales ayant été bâties dans un grand nombre de ces 
bois on sur leurs lisières, cela donna lieu de les mentionner dans les 
auteurs et dans les actes mérovingiens et carlovingiens. Dans le capitu- 
laire du titre 43 sont même énumérées la plupart de ces villas. On y 
trouve le bois de Kierzy {Kari$iacum foreste) dans le pagvs Suessionei^ 
sis'j le bois de Servais {Silvacum foreste), \à forêt de Cuise [Cau^in on 
Coiia sHva)'^ relie de Salmoucy en Laonnois {Salmotiacum), relie de 
Voas in des Vosges {\osagum fores fe), pour ne parler que rie celles qni 
intéressent notre sujet. Dans le capitalairo de Cnarles le-Chaave de ^77 
sont nommées les forêts de l'Escaut {Scaldehoi) ei de Làigue {lH^ga\. Ce 
prince, énumère aussi dans r«Me pièce datée de Kierz> les villas el les 
bois où son fils Louis ne devra ni séjourner, ni cbasser sans nécessité, 
tels que ceux de Kierzy et du Laonnois : • Gausiicus penitus cum fores- 
tibus », ceux de Servais : « Silvâcus cum toto I^udunenai. etc. 
(Baluze Divlomata. - D. Houquet, t. 1*% p. 704). Adrien Valoin 
{NoUt. GnlL, p. 5i5) croit que par Silvacum il faut entendre le Sauvoir 
près de Laon. ou mieux Ville Selve, mais le Sauvoir s'appelle en latin 
Snlvamentum, et Ville-Selve n'était pas du Laonnois, mais bien du Ver- 
mandois. Or, ccst dans le Laonnois qn*il faut chercher le représentam 
de Silvacum, le texte du capitulaire ne souffrant aucune autre interpré- 
tation : « Silvacum cum tolo Laudnnensi. « 



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- 230 - 

coule en descendant au Sud-Ouest, jusqu'à Senlis ; au 
Midi par les bois de Brie au-delà de la Marne, limite 
approximative de la Belgique ; à l'Ouest, en partie par 
les bois du Tardenois et les vastes plaines qui des hau- 
teurs du Laonnois forment la campagne de Reims, à 
rextrémité de laquelle se trouvait l'oppide rémois de 
Blbrax. Ainsi le Laonnois et la Thiérache, dans la 
direction septentrionale, se trouveraient faire une 
suite naturelle au pays des Suessions. 

Quant à la limite de la Marne, que César donne à la 
Gaule-Belgique au Sud, {Gallos.., à Belgis Matrona 
dividit)y ces expressions (nous croyons devoir insister 
sur ce point), ne peuvent pas être prises dans un 
sens absolu, mais général ; et l'on doit supposer que 
la cité celtique des Suessions dépassa assez fortement 
cette rivière à mesure surtout que la forêt de Brie, qui 
envahissait toute cette contrée, se défricha, car elle 
eut sur la rive gauche de la rivière des pagi qu'on 
signalera plus tard comme ayant fait partie de la 
cité gallo-romaine et sur lesquels se forma la Gal- 
levèse. 

Si du régime forestier tel qu'il paraît avoir existé 
dans les temps les plus anciens, tant sur les limites 
que dans l'intérieur de la cité celtique des Suessions, 
on passe à l'inspection orographique et hydrographi- 
que, on verra d'abord qu'elle était comme enveloppée 
au nord dans une longue chaîne de hauteurs qui, se 
détachant des Ardennes, contournent la Thiérache, 
descendent sur la rive droite de l'Oise, poussent jus- 
qu'au-dessus du Noyonnais et se replient de là vers le 
Beauvaisis. Cette chaîne est généralement recouverte 
par les bois de Thiérache et le Silvacum et forme 
avec eux une limite naturelle. L'occasion se représen- 
tera de développer cette observation que rend surtout 
sensible l'inspection des cartes en relief. Indépendam- 
ment de ces hauteurs, de l'Aisne, de la Marne et de 



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- 231 - 

l'Oise, qui souvent lui serveut de limites, la cité des 
Suessioûs était traversée par d'autres chaînes de col 
Unes et par plusieurs cours d'eau moins importants, 
tels que l'Ailette et la Serre, qui tombent dans l'Oise, 
formée elle-même, vers sa source, de plusieurs ruis- 
seaux; tels encore que la Vesle, la Crise, l'Ardre, qui 
tombent dans l'Aisne ; l'Ourcq qui reçoit la Savière, le 
Clignon et l'Alland et se. perd dans la Marne que 
viennent aussi rejoindre les deux Morins. Ces collines 
et ces cours d'eau sont d'un grand secours pour servir 
à la délimitation des divisions intérieures de la cité. 

C'est au milieu de ces vastes bois, sur les bords de 
ces rivières, qu'étaient venus s'établir la grande peu- 
plade des Suessions et ses diverses tribus. Du temps 
de la conquête elle possédait déjà ces < très-vastes 
et très-fertiles campagnes » que les Rémois vantaient 
à César, et ses divers pagi fortement établis sur sa sur- 
face obéissaient à un chef suprême. Ceux-ci peu nom- 
breux d'abord et de peu d'étendue «'augmentèrent et 
se multiplièrent sous l'action des défrichements. Sur 
remplacement des bois se formèrent même des pagi 
administratifs ou seulement naturels, tek que la Brie, 
la Thiérache, le Tardenois, ou au moins des petites 
contrées qui en prirent le nom : Beaumont en Baine 
(inbosco deBoy7ie), Beaulieu en Beine, la Neuville en 
Beine, dans la forêt de Beine ; Vaux en Arroise, Mon- 
tigny en Arroise, Gouy en Arroise, Estriîes on Ar- 
roise, Beauvoir en Arroise ou en Cambrésis, dans la 

orêtd' Arroise (Arroasta^Aridagamantta sUva/, Mareuil 
en Daule, Nesle en Daule {Daula silva) , forêt qui d'ail- 

eurs tirait son nom du lieu de Daule, comme la forêt 
de Cuise du lieu de Cuise, celle de Retz de Rhée ou 
Retz, etc (1). 

(I) Noas citerons aussi en ce genre Livry en Laïuay (Livriaeym in 
Ameto)j près de la forôt de Launav ou de Livry, qui a donné son nom 
au paguê ÀlnetensU en Parisis ; Clichy en Aunay {Clippiacwn inÀlneio)i 
Sa\ignv en Aunay (Sabinia in Àlneto) et aussi Saint- Germain-en-Laye, 
Roche&rt-en-lTeune, etc. 



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- 282 — 

Le système que nous proposons ici sur l'étendue de 
la cité celtique des Suessions n'est pas nouveau. Il a 
été indiqué par Sanson, et entrevu par Dormay, qui, 
recherchant les oppides Soissonnais, avons-nous dit, 
les place avec leurs pagië Soissons, Noyon, Château- 
Thierry, Senlis, Compiègne et Laon, et attribue par 
conséquent à la cité celtique des Suessions le Noyon- 
nais, la Brie, le Senlisien et le Laonnois. L'abbé Le- 
beuf, frappé de la puissance attribuée aux Suessions 
par César, pense aussi que leur territoire embrassait 
avant la conquête, une partie de celui des Caialatmiy 
des Laudunenses^ des Silvanectenses et des Meldi\ 
auxquels d'autres auteurs ajoutent les^ Noviomenses. 
Il est certain, en effet, que ces peuplades n'apparais- 
sant comme citéa qu'au moment de leur érection à ce 
titre par les Romains, on ne peut les considérer jus- 
que-là que comme de simples pagi celtiques ayant 
appartenu aux cités les plus voisines. D. Grenier se 
rapproche du sentiment de Lebeuf , lequel est suivi 
par le P. Wastelain, les historiens de Soissons, Le- 
moine, H. Martin et plus récemment par l'historien 
de César. Selon celui-ci, la cité gauloise des Suessions 
s'étendait des environs de Paris et de Meaux jusque 
vers les sources de la Sambre, au pays des Nerviens, 
comprenait les sources de l'Oise et le cours de cette 
rivière jusqu'à Vadencourt, près de Guise, laquelle 
ensuite se dirigeant vers Pontoise, faisait jusqu'à 
Compiègne la séparation des Suessions des Véroman- 
dues et des Belle vaques. Ajoutons enfin que la caite 
du Recueil des historiens des Gaules, dressée sur celles 
de Sanson, corrigée sur les remarques de D. Bouquet 
et d'après les dissertations de l'abbé Lebeuf, par 
Gobert, géographe du roi, renferme dans le pays des 
Suessions le Laonnois, la Thiérache, avec Vervins, 
lui donne l'Oise pour limite à l'Ouest, et lui fait dépas- 
ser la Marne au midi ; et pourtant cette carte ne donne 



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-- 233 - 

la circonscription des provinces de la Gaule qu'après 
la formation des deux Belgiques (1). 

Du reste ce système, appuyé de telles autorités, se 
trouvera encore fortifié de nouvelles preuves non moins 
décisives lorsque nous donnerons les délimitations de 
chacun des pagi que nous attribuons à la cité celtique 
des Suessions ; et nous prions ceux qui ne se range- 
raient pas encore à notre avis, de ne pas se prononcer 
tout à fait avant d'avoir soumis à un examen sérieux 
et impartial l'ensemble de notre travail. 

Nous avons dit que la cité primitive des Suessions 
était composée de plusieurs pagi ou cantons. Ces pagi 
correspondaient-ils aux douze oppides que leur attribue 
le récit de César ? D. Grenier serait porté à le croire, 
et nous admettrions d'autant mieux le sentiment du 
docte bénédictin que nous croyons avoir établi par des 
textes de l'historien latin, l'autonomie relative de cette 
division, autonomie qui semble emporter avec elle 
l'existence d'une capitale ou chef-lieu de second ordre, 
lequel pouvait être ou n'être pas un oppide ou ville 
fortifiée. Enefl'et, les oppides celtiques paraissent avoir 
été peu nombreux ; les Helvètes n'en avaient que douze 
quoiqu'ils comptassent 400 pagi, et les Suessions un 
pareil nombre, quoiqu'ils fussent très puissants. Ce 
que nous pourrons avancer dans le sens de D. Grenier 
devra donc n'être regardé que comme une simple pro- 
position. 

Jusqu'ici la plupart des auteurs, ne s'étant guère oc- 
cupés que des cités telles qu'elles furent constituées 
par les Romains, n'ont attribué aux anciens Soisson- 
nais d'autres pagi que ceux que renfermait leur cité 
gallo-romaine : le SuessionicuSy VOrcisiùs, le Vddtsics, 



(I) Voyez le P . Wastelain, Description de la Gaule Belgique; Lebenf, 
Diîsertaiion sur Vancien Scissannais -^ Henri Marlio, Bist, deSoissons] 
Lemoine, Antiquités de Soissuns : D. Grenier, Introduction à VHist^re 
de la Picardie, — La carie des Histor. dea Gaules, t. 1*^ 



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-. 234 - 

le Tardinism et le Bric gins. A ceux-ci on peut ajouter 
sans choquer la vraisemblance et, en attendant des 
preuves plus directes pour la cité celtique, VOime^uis 
et le Bagenso?iisKs^ le Multianus formés sur le Saltus 
Briegius, le SUvanectensi^, le NomometisiSy le Laa- 
dunensis et le Teoracensis, Et ainsi nous aurons la 
composition intérieure et Tarondissement de toute la 
cité avec ses antiques divisions. Devant conssîcrer à 
chacune d'elles une étude particulière, nous passons à 
la cité gallo-romaine. 



II 



LA CITE GALLO-ROMAINE DES SUESSIONS. 

La cité celtique des Suessions telle que nous venons 
de la dessiner sur la carte des Gaules, dut subir, après 
la conquête de grandes modiflcations, ou plutôt de 
profondes mutilations. Elle perdit plusieurs de ses 
pagi et Ton forma du reste une nouvelle cité, la cite 
gcUloroniaine. 

C'est une vérité historique reconnue que les Ro- 
mains, dans les divisions et subdivisions qu^ils opérè- 
rent en Gaule tinrent grand compte des dispositions 
que ses divers peuples, ses cités, avaient témoignées à 
leur égard, lors de la conquête par César. Les peuples 
ralliés et demeurés fidèles aux vainqueurs furent ré- 
compensés de leur défection par l'annexion de plu- 
sieurs ^a^." ou cités mêmes, leurs voisines, au détri- 
ment de ceux qui avaient fait résistance au vainqueur 
ou qui, après leur réduction, s'étaient mis eu insur- 
rection. 

Nous avons déjà cité Texemple des Morins à l'appui 



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de cette assertion. César ayant éprouvé la fidélité de 
Commius, chef des Atrébates, voulut que sa cité fut 
libre, lui conserva ses droits et ses lois et lui attribua 
les Morins (1). Les Rémois, qui étaient allés au-de- 
vant du vainqueur, l'avaient assez lâchement rensei- 
gné sur la ligue des Belges et lui étaient toujours 
restés fidèles, furent récompensés de leur défection par 
une augmentation de territoire. Leur cité devait se 
composer primitivement du Remensis, du Dulcomen- 
siSj du Stadonensis, du Porlianus, du Mosomagensis, 
de VArdennerms, du Vabreiisis ou Vaprensis, du Fow- 
genstSj du Castrensis^ du Montania (la Montagne), de 
Y \rQOMia; elle fut agrandie de toute la cité des Sues- 
sions qui avaient pris la tête de la défense nationale 
et ensuite fait des efforts pour recouvrer leur indépen- 
dance, Hirtius dit en effet de ceux-ci qu'ils furent 
attribués aux Rèmes {ftierunt Remis attributi) (2) 

Toutefois il ne faut pas se méprendre sdr le sens de 
ces expressions du continuateur de César. Il ne s'agit 
pas ici d'une annexion ou d'une subordination propre- 
ment dite, ainsi qu'on pourrait le croire, mais d'une 
attribution, d'une union forcée, ou si Ton veut de la 
suprématie passagère d'une population sur une autre. 
Ce qui le prouve jusqu'à l'évidence, c'est que la paci- 
fication des Gaules étant devenue générale, la cité des 
Suessions recouvra sa liberté, car Pline écrivant au plus 
tard cinquante ans après cette attribution, les appelle 
Suessiones liberi, expressions qui tranchent sans répli- 
que la question de la séparation des deux cités Rémoise 
et Soissonnaise et l'indépendance de celle-ci à l'égard 
de la première et même, relativement, à Tégard des 



(1) « GiviUten ejns immaoum esMjatsit (Cœsar), jura leges que rad- 
didit, atqueipsi Morioos attribait. » (Suite des Commentairu^ L. 8, 
n» 5.) 

(2) Pline. HUi. dss Gaule$^ t. I*% p. 56.— Desnoyers, Topogr* ecM» 
«n. 1859, p. 173. 



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- 286 - 

Romains. Néanmoins, on a voulu apporter une autre 
preuve en faveur de la permanence de la subordi- 
nation primitive des Suessions aux Rèmes, de ce que, 
lors de rétablissement du christianisme, les deux cités 
n'en faisaient qu'une. 

On a oublié sans doute que l'Evangile prêché d'abord 
à Reims, mais sans succès, par saint Sixte et saint 
Sinice, ceux-ci durent se rendre à Soissons, dont ils 
fondèrent l'évêché, qu'ils retournèrent ensuite à Reims 
dont Sixte devint évêque métropolitain, tandis que 
Sinice restait évêque de Soissons, et qu'enfin, après la 
mort de Sixte, Sinice le remplaça après avoir mis 
Divitien sur le siège de Soissons, particularités qui 
indiquent toujours une séparation des deux cités et 
une indépendance réciproque, (1). 

Cependant en recouvrant leur liberté, les Suessions 
éprouvèrent de grands changements dans la constitu- 
tion de leur nouvelle cité, changements qui du reste 
furent la conséquence de l'organisation du gouverne- 
ment des Gaules. La Belgique est partagée en deux 
métropoles civiles, la Belgique 1^ et la Belgique 2«; 
celle-là, séparée de celle-ci à l'Ouest par la Meuse, a 
Trêves pour chef-lieu métropolitain, et l'autre, Reims. 
Elles exercent leur suprématie administrative sur un 
certain nombre de cités dont les unes rappellent d'an- 
ciennes cités gauloises et dont les autres sont de nou- 
velle création. La Notitia Provinciarum en donne la 
nomenclature (2). La cité des Suessions occupe le 
premier rang après celle de Reims dans la 2* Belgi- 
que, mais elle est réduite et mutilée ; elle s'est vu re- 

|l) Voyez les actes <ie saint Gervais dans les Bollandistes et les Jti- 
nale& du diocèse de SoUionâ, t. i". 

(2) Provincia Belçica secunda (habet civitates) numéro m. — Me- 
tropolis, civitas Remorum — civUas Sues&ionum — civitas CatueUo 
dunum — civilas Veromanduorum — civitas Atrebatum — civitas Came- 
racensium — civitas Turnacensium — civitas Silvanectum — civitas 
Bellovacoram — civilas Ambianensium — civitas Morinorom (Th^rooane) 
— civitas Bononensium. » 



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- 887 — 

tirer le Laonnois et la Thiérache, qui restent au 
Rémois, avec une portion du Tardenois, le Mulcien et 
le Senlisien qui forment deux cit^s, celui-ci avec un 
coin du Valois, et une partie du Noyonnais qui va 
grossir le Vermandois. Il ne lui restait donc plus de 
ses anciens pagi que le Suessionictis, VUreisus, ^0^ 
mensis et le Bagensonibits dans la Brie, la maieure 
partie du Tardinisus^ une portion du Vadisus et du 
Noviomensis. 

L'ancienne capitale de la cité celtique, Toppide de 
Noviodumun^ garda son rang dans la. cité gallo- 
romaine sous le nom à!Augtista Suessûmum. Comment 
pourrait-on, en effet, trouver le nom celtique de celle-ci 
si elle n'était le Noviodunum de César ? La ville et la 
cité conservèrent, sous la domination romaine, une 
partie de leur importance. Soissons, au iv* siècle, pos- 
sédait des fabriques d'armes, des palais, un théâtre, 
des bains et tout ce qui constituait le luxe et l'aisance 
dang cette phase de la civilisation, et ftit le centre d'un 
réseau de voies romaines qui faisaient partie de voie 
solennelle conduisant de Rome à GessUrraoum (Boulo- 
gne), et avaient sans doute succédé à d'antiques che- 
mins gaulois. 

Il serait aussi difficile de fixer les limites de la cité 
gallo-romaine que celles de la cité celtique des Sues- 
sions sa devancière, si le diocèse modelé sur la pre- 
mière ne les avait conservées par les siennes. D'après 
ce principe dès longtemps, admis et renouvelé par la 
critique moderne, que les diocèses représentent à peu 
près ces cités^ donner les limites de ceux-ci telles 
qu'elles existaient avant la Révolution, c'est donner 
les limites des cités gallo-romrâies (1;. Or, voici 



(1) « Estai sur le système des divisioDS territorMles de la Gaule, par 
Gnérard. 



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- 288 — 

d*abord qu'elle était alors la situation topographique du 
diocèse de Soissons. 

Ce diocèse, le plus éminent parmi lous ceux de la 
province, fomant la partie sud-ouest de la 2« Belgi- 
que, était limité à l'Est par le diocèse de Reims ; au 
Sud-Est par le diocèse de Châlons ; au Nord-Est par 
celui de Laon. Il confinait au Nord-Ouest à celui de 
Noyon, et vers l'Ouest à ceux de Senlis et de Beau- 
vais. Ces diocèses entraient avec lui dans la circons- 
cription de la province romaine, puis ecclésiastique 
de la métropole, Reims devint la résidence d'un 
préfet romain et dans la suite d'un évêque métropolitain 
(1). Vers sa partie méridionale il touchait au diocèse de 
Meaux, suffragant de Sens, puis de Paris au xvu» 
siècle, et, dans sa partie Sud-Est, à celui de Troyes 
dépendant aussi de la métropole de Sens (2). 

Quant à la ligne de démarcation indiquée par les 
meilleures cartes générales et locales on peut la con- 
duire ainsi : Au Nord elle suit la petite rivière d'Ai- 
lette (Lette ou Delette, Aquila^ Lsela, Deletta) jusqu'à 
son confluent avec l'Oise, prenant Pargny, Filain, Cha- 
vignon, Guny et Pont-Saint-Mard ; elle descend sur la 
rive gauche de l'Oise depuis ce confluent jusqu'à 
Rhuis, près de Verberie, et sauf un petit cantoD de 
l'ancien Noyonnais qui dépasse la rivière. De Rhuys, 
qu'elle comprend, elle va rejoindre la vallée de l' An- 
tenne (Altonna, AtUumna), la suit, descend un peu 
au Sud, versDormoy-le-Davien, qu'elle comprend aussi, 
gagne l'Ourcq au ruisseau d'Alland et la traverse au- 
dessous de la Ferté-Milon ; à l'Est, suit le Clignon jus- 
qu'au nord de Gandelu, descend vers la Marne à Nan- 
teuil, laisse à droite Bussiares et Bertron, gagne, près 



(1) « Inter tsUs gentes Rhemt oobilittimi et aoram urbs primaria Da- 
rocortora maxime iacolitar et romanorom prœfectis hospitiam probet » 
(Straboo, 1. 4, p. 29, •'Histor. desGaules, « t. «•'J 

(1) Desnoyers, Annuaire, de 1859, p. 171. 



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- 289 - 

de Sablonnîères, le Petit-Morin (Moru), qu'elle suit 
jusqu'au sud de Montiuirail, et prenant ensuite le pays 
d'entre cette rivière et celle de Marne, elle laisse en 
dehors Fromentières et Montmaur, renferme Lucy- 
Sainte-Colombe, Damery, où elle passe la Marne, et, 
remontant vers le Nord-Est, va prendre Belval, 
Aiguisy, Vezilly, Coulonge, Cohan, Dravegny, Chéry- 
Chartreuve , le Mont-Saint-Martin , Villesavoye, et, 
longeant à peu près TArdre (Ârida) jusque près de 
Fimes, elle passe la Vesle {Vidula, Vetulaj, puis 
l'Aisne à Pontarcy, laissant Glenne et Merval, passe 
entre Ostel et Braye en Laonnois, où une borne sépa- 
rait les deux diocèses de Laon et de Soissons et vient 
rejoindre son point de départ à Pargny et Filain (1\ 
Le diocèse actuel de Soissons, modelé sur le départe- 
ment de l'Aisne, dont il comprend l'enclave, perdit 
une partie du Tardenois, des pagi de la Brie, recon- 
quit tout le Laonnois et la Thiérache et une partie 
considérable du Vermandois. Il semble représenter en 
quelque sorte la vaste étendue de la cité celtique des 
Suessions. 



III 



LA CITÉ MÉROVINGIENNE ET CARLOVINGIENNE 
DES SUESSIONS. 

Il y a peu de chose à ajouter ici à ce que nous avons 
dit en traitant des cilés et pagi mérovingiens et car- 
lovingiens en général, d'autant plus que chacun d'eux 



(I) Cartes de l'ancien diocèse de Soissons ; » Etatdn diocèse, par Houl- 
lier, <f Gall. Christ. », carte de la métropole de Reims. — Civitas 
Suessionnm, par S. Prioox. 



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— 240- 

sera l'objet d'une étude particulière. Lorsque les bar- 
bares se ruèrent sur la Gaule, la confusion y devint 
extrême, et ensuite lorsqu'ils s'y établirent, ils resser- 
rèrent de plus en plus le dernier lambeau de territoire 
qu'y possédaient les Romains et qui fut enfin réduit à 
peu près à la cité de Soissons. JSgidius et son fils Sia- 
grius, comtes de la 2* Belgique, y établirent leur rési- 
dence et ce dernier fit même de Soissons la capitale de 
ses Etats. Clovis ayant remporté sur lui une célèbre 
victoire, s'empara du pouvoir et à son tour, établit à 
SoissonSjOÙ étaitexpiréeladomination desdemiersempe- 
reurs romains dans les Gaules, le siège de son empire. 
Cette ville conserva encore longtemps le titre de capitale 
dans les divers partages que firent les rois mérovin- 
giens des conquêtes de Clovis. Mais la cité gallo- 
romaine des Suessions disparut avec toutes les autres 
cités de la Gaule, après l'invasion des barbares et 
l'installation définitive des Francs sur son terri- 
toire. 



LES PAGI DE LA CITE CELTIQUE, 

GALLO-ROMAINE ET MÉROVINGIENNE 
DES SUESSIONS. 

Ayant attribué à la cité celtique des Suessions une 
étendue beaucoup plus grande que celle de la cité 
gallo-romaine et mérovingienne représentée par l'an- 
cien diocèse de Soissons, il importe d'autant plus de 
consacrer un article spécial à chacun despagi de son en- 
clave, que celle-ci en a conservé quelques-uns en entier 
et des portions de plusieurs autres. Dans l'ordre que 
nous allons leur assigner, nous n'avons eu en vue au- 
cune idée de prééminence, nous avons seulement 
cherché à rapprocher l'un de l'autre ceux qui avaient. 



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- 241 - 

dans nos investigations, le plus de rapports entre eux. 
En voici la nomenclature telle que nous la propo- 
sons : 

1<> Le pagus Siiessioniciis, le Soissonnais propre- 
ment dit. 

2o Le pagus Urcisiis, l'Orceois ou pays de l'Ourcq. 

3« Le pagus Tardinisus, le Tardenois. 

40 Le pagus Otmetisis, TOtmois. 

5® Le pagus Bagensoyiisus, le Bainsonois. 

6° Le pagus Meldeyisis, le Mulcien. 

70 Lepagus Silvanecte)isiSy le Senlisien. 

8<> Ee pagus Vadisus, le Valois. 

9' Le pagus Noviomensis, le Noyonnais. 

10<> Le pagus Rossontensis , le Ressontois ou le 
pagus Calniacensis, le pays de Chauny. 

IP Lepagus Laudunoisis, le Laonnois. 

{2^ he pagus Teoracensis, la Thiérache. 



LJ£ PAGUS SUESSIONICUS. 

LE SOISSONNAIS 

Le pagus Suessionicus, ou Soissonnais proprement 
dit, était le plus éminent dans Tordre des pagi de la 
cité gauloise et de la cité gallo-romaine. Il avait pour 
chef-lieu la capitale même de la nation , Voppidum 
Noviodunum, origine de ÏAugusta Suessionum et du 
Soissons moderne. Il apparaît dans les Gesta Franco- 
rmn et dans la vie de saint Rémy sous le nom de 
pOrgus Suessionicus, quelquefois sous ceux de territo- 
riuni Sîiessicnium, d'Ager Suessionicus. Dans le missa- 
tieum de Charlemagne de'.Fan 796, où se* fait la pre- 
mière apparition historique de ce genre d'institution, 
il y est clairement distingué des autres pagi ses voi- 

31 



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- 242 - 

sins et surtout de ceux qui composaient encore la dtë 
ou diocèse, et de la cité elle-même. Wulfaire, succes- 
seur de Tilpin, archevêque de Reims, dit Flodoard, 
avait été avant son épiscopat rrUssus, ou commissaire, 
« super totam Campaniam; tn his qvjoque pagiSy Dolo 
mensi sciUcet, Oastricensi^ Stadonensi Catalaunefisi, 
Laudunensi, Porciano, Tardunensi^ Suessionensi (1), 
c'est à-dire dans les pays de Dormois, de Castrice, de 
Stenay (2), de Chàlons, d'Otmois, de Laonnois, de Va- 
lois, de Porcien, de Tardenois, de Soissonnais. Or, si 
on eut voulu entendre par pagtis Suessionensis, toute 
la cité ou le diocèse de Soissons, on n'eut pas spéci- 
ficié rotmois, le Tardenois, le Valois qui, au moins 
pour une bonne portion, en faisaient partie. D'autres 
missies confirment la même distinction. 

Elle se prouve encore par un passage d'Aymoin qui 
place Droisy, Trucia, où Frédégonde livra une fameuse 
bataille, in pago Suessionico (3) ; par un autre passage 
de la vie de saint Amoul, évêque de Soissons, qui met 
Juoiniaovm (Juvigny) in pago Suessionico (4) ; par un 
diplôme de Charles-le-Chauve de 857 où l'on cite Vas- 
liacvs (Vailly) in pago Suessionico (bj ; enfin par un 
autre diplôme du roi Eudes de 893 qui, en aidant avec 
les précédents à distinguer le pagics de la cité en fixe 
la limite à l'Ouest. On y place Fontenoy-sur- Aisne, 
en Soissonnais, Fonteneiwn in pago Suessionico^ tandis 
que les villages de Berny-Rivière, Bitry, etc., sont 



(1) « Bist, Eccl. R''mê)is. » t. 2, c. 18, «< Ilistor. de France. 

(2) Adrien Valois place le Stadonensis entre le Oastricensis et le Von- 
gensis(« Not. Gall. », p. 133). Ce doit être Stenay, le Stadinum et Sla- 
naciim des diplômes. 

(3) Aymoin, L. 3, c. 81 . 

(4)c€ Vita s. Ârnulfi, Bolland. 18 juillet. — « Histor. de France, « 
t. 3, p. 383 • 

(5) Diplômps de Charles-IeChauve, « Histor. de France, t. 8, p. 330 
et 594 où ou lit aussi « Vasli. » 



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- 243 - 

dits in pago Noviometisi par d'autres pièces du même 
genre (1). Nous apporterons encore oomm^ cotifirmatur 
une donation du comte Héric, abbé de Saint-Crépin-le- 
Grand de Soissons, en faveur de cette abbaye, dans 
trois villages peu éloignés de Soissons et placés m pago 
Suessionico, in fine villœ Montiniaco (Montigny-Len- 
grain)... in ipso pago vel {et) villa quœ vocattcr Sa- 
vincus{Sa,cjt)tn ipso pago et villa Alta/bntana {HaMte- 
Fontaine)... » (2) Flodoard parlant aussi de Montigny 
le caractérise en ces termes : « Castrum quoddam vo- 
cabulo Mantiniacum in pago Suessionico siiimi » (3). 
Ainsi le pagus finissait, d'après ces textes, à TOuest 
vers Fontenoy, Montigny et Haute-Fontaine ; à l'Est, 
du côté de Vailly; au Midi, au-delà de Droisy. 
Quant à le faire correspondre au pays situé entre le 
Porcien et l'Oroeois, comme le fait Adrien Valois, il 
n'y faut pas songer, au moins quant à son étendue (4). 
Sans doute le même diplôme du roi Eudes, de 893, en 
faveur de Saint-Médard-de-Soissons, met Fraxinum^ 
Fresne, et Bruerias, Bruyères, qui sont certainement 
du Tardenois, in pago Suessionico, mais il faut croire 
que par cette expression on entendait quelquefois tout 
le diocèse de Soissons ^^5); ce serait donc là une pure 
exception. 

Le pagvLs Suessionicus devint le comté de Soissons 
et le Grand- Archidiaconnédu diocèse qui le représentè- 



(1) Voyei ces diplômes cités dans les « Annales da diocèse de Sois- 
sons, » t. {•'^et Adrien Valois, » mt. Gall., p. 587. 

(2) « Ibid. « 

(3) Flod. « HUi. Eecl. Rem,, » e. 

(S) <c Noi, GaU. art. Pagus Snessionicus. » ' 
(5) « Annales, » t. t", p. 



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— 244 — 

rent approximativement dans son étendue , surtout le 
premier. Or, voici, diaprés Tabbé Lebeuf , quelles étaient 
ses limites. Au Nord, il était séparé du Laonnois et 
de la seigneurie de Coucy (Fancien pays de Mège), 
par TAilette qui coule au pied de ses derniers plateaux 
et forme de ce côté la ligne séparative des diocèses de 
Laon et de Soissons. La borne placée entre Ostel et 
Braye en Laonnois le limitait à TEst ; il s'avançait 
jusqu'à Fismes, qui était du Rémois, et contournait le 
comté de Braine depuis Braye jusqu'à Quincampoix. 
De là, la ligne de démarcation passait par Lesges, 
Cuiry, Arcy, Servenay, longeait TOrceois, atteignait 
Morenval, prenait une partie de la forêt de Retz et cô- 
toyait le Valois ; à TOuest il s'étendait jusqu'à la 
chaussée romaine de Vic-sur-Aisne à Noyon, vers Au- 
trêches, et était bordé par les forêts de Laigne et de 
Cuise. 

Il comprenait environ 60 bourgs et villages dans son 
domaine du ressort. Il se divisait en quatre vicomtes 
principales, celles de Buzancy, la plus ancienne, celles 
de Cœuvres, de Fromentel et d'Ostel. Il est impos- 
sible de dire, à cause de leur création relativement 
récente, si ces vicomtes eurent leur origine dans des 
vicairies ou autres subdivisions du comté. 

L'archidiaconné de Soissons, appelé aussi Grand- 
Archidiaconné , Major-Archidiaconatus , rappelle la 
prééminence du pagus qu'il a remplacé, sur les autres 
pagi de la cité. Il comptait les quatre doyennés de la 
chrétienté de Soissons, de Vailly, de Chacrise et de 
Viviers. L'archidiaconné de la Rivière qui ne repré- 
sente aucun pagus est peut-être un démembrement de 
celui de Soissons comprenant les doyennés de Vic-sur- 
Aisne et de Blérancourt. De cette sorte on rentrerait à 
peu près dans les limites du comté de Soissons qui 
aurait compris deux archidiaconnés. Quant aux autres 



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- 245 — 

doyennés de Tarchidiaconné de la Rivière, CoUioles et 
Béthisy, ils ont été évidemment tirés du pagus Vadisus 
ou Valois, comme on le verra en son lieu. 

hepagtis Suessioniciis embrassant dans ses limites 
de fraîches vallées, de vastes plaines limitées par des 
forêts, des rivières, des ruisseaux, représente éminem 
ment ces vastissimos et feracissimos agros dont les 
Retni faisaient la description à César. Dès le temps 
des Gaulois il produii*ait cette rein frumentariam des 
approvisionnements que le général Romain savait si 
bien trouver et diriger vers son armée. C'est aussi le 
pays de la pierre à bâtir d'où Ton a tiré tant de monu- 
ments superbes, tant de belles habitations. Les ha- 
meaux y sont relativement rares et les agglomérations 
nombreuses quoique peu importantes. Çà et là de gros- 
ses fermes sur les plateaux et les crêtes des collines à 
la tête des plaines de grande culture. C'est surtout au 
Nord et au Midi que le pagiis se distingue de ses voi- 
sins par l'aspect physique. Si, des versants de Pargny, 
de Chavignon, de Pinon, de Pont-Saint-Mard, de Guny 
baignés par l'Ailette, on jette les yeux devant soi, on 
découvre à ses pieds le vaste bassin marécageux du 
I^onnois, enveloppé de ses vertes collines. Si, quit- 
tant les vallées de l'Aisne et de la Crise pour arriver 
au sommet des hauteurs de Thau, Hartennes et 
Buzancy, on descend vers Oulchy, on sera frappé du 
changement des sites. Voilà les plaines accidentées de 
rOrceois, au terrain nu, onduleux, et dont la monotonie 
n'est rompue que par des monceaux de grès et de 
rares bouquets de bois 

Quant .1 la langue, elle est parlée assez incorrecte- 
ment dans les campagnes du pagus Suessionicus, mais 
ne forme pas de patois et n'a pas un accent bien ca- 
ractérisé comme rOrceois, dont le dialecte se fait 
sentir dès Hartennes et les villages voisins. Elle ne 



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- 246 - 

diflère de celle du Laonnois que par quelques ex- 
pressions et quelques nuances que distinguent facile- 
ment ceux qui fréquentent ces contrées. M. Fleury 
admet un patois différent dans les trois contrées admi- 
nistratives du Laonnois, du Soissonnais et du Tarde- 
nois, et il en cite des exemples auxquels on pourrait 
en ajouter beaucoup d'autres encore plus frappants (1). 

II • 

LE PAGUS URCISUS 

l'orceois. 

Le pagus Urcisus était placé au centre de la cité 
et de l'ancien diocèse de Soissons et tirait son origine 
de la rivière d'Ourcq,^surles bords duquel il s'étendait. 
Cette rivière, dont le nom celtique doit être Ur et 
Uic, qu'elle conserve dans quelques vieux écrits, s'ap- 
pelait en latin, Urcay Urctis, Ulcum (2). Elle a sa 
source à Courmont, dans le cœur du Tardenois, et 
traverse V Urcisus dans toute sa largeur, de l'Est à 
rOuest, puis faisant une courbe vers le Midi à La 
Ferté-Milon, après avoir reçu la Savière, se jette dans 
la Marne à Lisy, dans le Mulcien. Quant au pagus, il 
est appelé par les auteurs Urcisus^ Vrcensis^ Orceius, 
Orcensis, VOrceois, YOrœois, VOurceois, VChirquoi, 
VAî4Soù, VOrchoiSj VAussoys et VAuxois (3). Le docte 
Guérard distinguant à tort VOrcisus et YOrcensts a 
fait deux pagi d'un pagus unique. 



(1) «- Antiquités et monnmeiits dn département de l'Aisne. • 

(2) Flodoart, L 2, et Carlier ex Damiens Tcmpleux. 

(3) Lebeof, « Dissert, sur le Soissonnais, » p. 71 et 125. — Hist. dn 
Valois. Introduction. 



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^ Î47 - 

On a cru longtemps que Ulcum, Ulc/hium, Ulcheia, 
Uldactan, Dlceium et Urcitmi, variantes du nom 
latin d'Oulchy, Ouchy et Aulchy, avait été formé de 
celui del'Ourcq par l'adoucissement de Vr en /, mais il 
n*est pas non plus improbable qu'il ne vienne du mot 
ouchia, ouche, lieu sec et aride. On dit encore Cugnv 
les Ouches, ou lés Oulchy-le-Châtel. Dans tous les cas, 
ces origines seraient celtiques et le casêrum Ulciacum 
placé sur un promontoire dominant tout le pays d'a- 
lentour, pourrait, non sans probabilité, représenter 
l'un des douze oppides des Suessions et le chef -lieu du 
pagus celtique. 

On a cru aussi que Ulcwn, Ulcheium pouvait éma- 
ner des autres racines gauloises vchs et el, dont la 
première signifie hauteur et la seconde eau, ce qui 
voudrait dire un lieu élevé près d'un cours d'eau. Or, 
cette étymologie convient à l'endroit que nous assi- 
gnons à Foppide situé sur une altitude baignée par un 
ruisseau coulant dans un marais, et, en tout état de 
cause, peu éloigné de l'Ourcq, où ce ruisseau se jette. 

L'Orceois, région naturelle, apparaît historiquement 
sous la dénomination d'Urcisum^ dans une vie de saint 
Vulgis, disciple de saint Remy, solitaire à Troësne, 
lieu baigné par la rivière d'Ourcq (locum.. Orcisum vo- 
catur) (1) et sous celle de pagus Urcisus au viii« siècle. 
Garloman mourant à Salmoucy, donna, par un diplôme 
de T71, à l'Eglise de Reims la terre de Neuilly en 
Orçeois < villayn Noviliacum in pago Urtcnse sitam (2) 
laquelle ne s'appela Neuilly-Saint^Front qu'au xiv« 
siècle, « mllm Nulliaci Sancti Frontori'S » en 1343, 
lorsque les reliques de ce saint y furent apportées de 
Périgueux. Charles-le-Chauve, par un diplôme de 855, 

(\) Bolland. t. «» Octob. 
(S) MabUloD, De re iHplom, 



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^ 248 - 

donna au diacre Fulbert le bien de Confavreux, lieu 
situé près d'Oulchy et vers l'endroit où la voie ro- 
maine de Soissons à Château-Thierry passait TOurcq, 
au pont Berna et à peu de distance du village de 
Berni ou Breni qui ont pour racine commune ber ou 
bar, barrièie ou passage, pont, {Fabrorum ciirtis in 
pago Urcetisi super fliimum Urc), Par un autre di- 
plôme le même prince transmit Confavreux à Saint - 
Médard de Soissons et le désigne en ces termes : 
€ Fabrorum curtis in pago Urcetisi super flumwn 
Urc, » ou en ceux-ci : « Sujit que sitœ (ras) in pago 
Urcense super fluvium Urc » (1). 

Ne pouvant placer géographiquement Fabrorwn 
curtis, Confavreux, qui n'est plus aujourd'hui qu'une 
petite métairie, où Ton a découvert des tombes méro- 
vingiennes, faute de connaître des lieux si obscurs, 
Mabillon et D. Bouquet ont dénaturé, le premier, Ur- 
censi en Breensi et le second Urccnsi en Orne^isi, et 
ont placé ce pagus bien loin de TOiircq. Leur erreur 
est détruite par les textes mêmes, et le judicieux 
Carlier, qui connaissait mieux le pays, en a le premier 
fait justice. Du reste, le capitulaire de Servais fait 
figurer TOrceois comme objet d'une missie, parmi des 
pagi qui ne laissent subsister aucun doute sur sa 
situation : 4 Pardulfus eplscopv^ {Laudunensis) Alt ma- 
rus, Thfadaciijts, rnissi in Laudunesio, Portiano, Sues- 
sionico, Urciso et Vadiso » (2). 

Avant de tracer la ligne de circonscription de TOr- 
ceois, il convient de grouper toutes les localités dont 
la désignation indique qu'elles en faisaient partie. 



\\) « Histor. de France, » t. 3, p. 533. 

(2) » Gall, Christ. » t. 9, col. 39 el « Capitul. Baluze. 



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-249- 

Outre Confavreux, Neuilly et Troësnes, que les plus 
anciens documents placent dans ce pagus, il y a la 
Perte en Orceois, ainsi désignée dans un diplôme de 
Henri 1" de Tan 1040 : Firmitas quœ appellaittr TJrc 
(1), la Ferté-Milon depuis la construction du château 
par le seigneur Milon ; Marigny-en-Orceois, Dammard- 
en-Orceois, Chézy-en-Orceois, Vaux-en-Orceois, et sans 
doute Billy-sur-Ourcq. Il parait, d'après la situation de 
ces lieux, très-bien représenté par l'ancien comté et 
doyenné d'Oulchy. Le premier, administré par un 
comte romain auquel succéda un officier du même 
nom sous les deux premières races, ne perdit ce titre 
que lorsque les comtes de Meaux et de Troyes l'englo- 
bèrent, à la fin du x* siècle, dans leurs vastes domaines 
de la Brie et de la Champagne et n'entretinrent plus à 
Oulchy qu'un vicomte, leur lieutenant, successeur des 
anciens comtes d'Orceois dont le dernier , Olderik, 
vivait en 964. 

Quant au doyenné il subsista en entier jusqu'au 
XVIII* siècle où on le démembra pour former celui de 
Neuilly. Les localités de ces deux doyennés réunis, 
indiquées par les anciens pouillés et l'Etat du diocèse 
de Soissons, donnent donc à peu près l'ensemble du 
Pagus Urcensis (2). D'après cette base et la configura- 
tion naturelle du sol, il peut se limiter ainsi : Il s'é- 
tendait du Nord au Sud sur les plaines qui descendent 
en ondulant des hauteurs dUartennes jusqu'à l'Ourcq 
et remontent de l'Ourcq jusqu'au delà de Recourt vers 
Epieds et Lucy-le-Bocage, prenait Marigny-en-Orceois, 
suivait la rive droite du ruisseau de Marigny, puis 
celle du Clignon, jusqu'au bois de Montigny-rAllier, 
un peu au-dessus de Cerfroy, laissant au Mulcien tout 
ce qui est sur leur rive gauche, Gandelus et Vaux- 
if) Ce diplAme porte : « Teudo de Firmitate qua appellatur Urc. » 
(Hist. du Valois, pièces justifie, t. I*'. 
(2) Etat du diocèse de Soissons, par l*abbé Houliier. 

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^ 250 - 

sous-Coulombs. A l'Ouest, il devait confluer à la Sa- 
vière et à la forêt de Retz ; à VEst aux forêts de Ris 
et de Fère. 

En un mot la ligne de démarcation entre l'Orceois et 
le ragics SiiessionictiSy au Nord, passait en deçà d*Har- 
tennes, de Droisy et de Chaudun ; à l'Ouest la Savière 
et la forêt de Retz le séparaient du Valois, et TOurcq 
du Mulcien laissant à celui-ci, Montigny et Crouy- 
sur-Ourcq ; au Sud les hauteurs de Bézu le séparaient 
de la Brie et des pagi d'Otmois et de Bainsonois ; à 
TEst les bois de Ris et de Fère le sépamient du Tar- 
denois. Si Ton jetie les yeux sur une carte on verra 
que cette étendue de terrain formait le bassin de 
rOurcq dont l'aspect général, nous l'avons déjà fait 
remarquer, est celui de plaines onduleuses et fertiles 
dont la nudité monotone n'est interrompue que par 
quelques bois détachés de la forêt de Retz. 

L'Orceois est le pays du grès, du plâtre, du tuf et du 
moellon friable. Le premier s'y montre en monceaux 
énormes. On n'y trouve guère ces belles pierres de 
taille du Soissonnais et du Valois qui ont produit d'ad- 
mirables monuments civils et religieux. Le langage 
et l'accent y sont reinarquaUement caractérisés, quoi- 
qu'ils aient du rapport avec celui du Valois et du Tar- 
denois. 

On ne parle pas dans le Soissonnais, ni dans la 
Brie comme à Oulchy, Neuilly et La Ferté Milon. Si, en 
quittant la vallée de la Marne, on encre dans l'Orceois 
vers Bézu, Beuvarde, Brécy et Coincy, on sera sur- 
pris de trouver une différence aussi tranchée entre le 
patois de l'Orceois et celui qu'on entend dans la Brie. 
11 en sera de même si l'on vient du Soissonnais où le 
langage est beaucoup plus pur. 

UUrcisus était traversé dans toute sa longueur, du 
Nord au Sud, par une voie romaine, dont il reste de 
fortes traces, et qui conduisait de Soissons au-delà do 



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— 251 - 

Château-Thierry. Cette voie qui a pu être originaire- 
ment gauloise a été remplacée par une route nationale 
qui suit la mêmedirection. On y remarque aussi d'anti- 
ques chemins allant de Paris à Reims et appelées, sur 
plusieurs points, Chemins du sacre ; un autre condui- 
sant de Soissons à Neuilly-Saint-Front. 



m 

LE PAGUS TARDINISUS 

LE TARDENOIS. 

Cepogus, appelé indistinctement Tardanensis ou 
Tardœiensis , Tardunensis , Tadriniacus , Tardor 
nusy Tardanensium comiiatus^ est connu aujourd'hui 
sous lenomde TardenoisouTartenois (1). Il ne peut s'é- 
lever de difficultés sur sa position géographique entre 
la Marne et la Vesle. Il occupait la partie occidentale de 
la cité et du diocèse de Soissons et était limitrophe, au 
Nord, du Laonnois, à TOaest de TOrceois, au midi de 
rotmois et du Bainsonois,pagi de la Brie et, à TEst, du 
Rémois. Il y a tout lieu de croire que le Tardenois a 
été une contrée naturelle avant de devenir un pagus 
administratif. Il était à l'origine couvert de bois à 
l'Ouest surtout, et il a conservé des masses forestières 
assez importantes, telles que les bois de Ris, de Fère, 
de Coulonges, qui étaient autant de sections de la 
forêt de Daule. La dénomination de Kis parfldt se rap- 
procher de celle de Retz ; celle de Daule ou Dole vient 
du hameau de Dole, Dola ou Daula, situé au centre 
de cette forêt et dépendant de Mareuil-en-Daule. Col- 
liette cite une charte d'Héribert III, comte de Verman- 

(I) M Uistor. de France, t. 7, p. 616 et t. 9, p. 599. - Flodoard, 
L. 2, c. 18. — Vita S. Rigoberii apud Bollaod. 9 septemb. 



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- 252 - 

dois, donnant à l'église de Mont-Notre-Dame des biens 
dans la forêt de Daule : « Ecclesiœ de Para apvd Mon- 
tiffnies, absus très cum area, ecclesiœ Montis Noslrœ 
Dominœ huobam unam in foresta Daula » (1). 

Des savants prétendent que la racine de Tardeuois 
est tard, source, en celtique, ce qui indiquerait un 
pays de sources, un pays arrosé par de nombreux 
cours d'eau. D'autres étymologistes, qui se rapprochent 
de ce sentiment, disent que Tardinisus voudrait dire 
un pays tourbeux. L'aspect général du pagus est celui 
de plaines onduleuses entrecoupées de sources don- 
nant naissance à des ruisseaux qui se rendent, les 
uns dans l'Ourcq, les autres dans la Vesle et dans 
la Marne, l'Ardre, la Sémoigne, etc. Ce pagus était 
traversé par un ancien chemin, peut-être gauloie, 
dont on retrouve partout des traces. Partant de Sois- 
sons, il suivait les hauts plateaux du Mont de Sois- 
sons, descendait vers Arcy, gagnait Fère, Champ- 
voici, et se dirigeait vers la Marne, qu'il passait au 
Pont, aujourd'hui Port-à-Binson, chef-lieu du Bainso- 
nois. Il est appelé aggerera publicum dans, la bulle 
de confirmation du pape Urbain II des biens du prieuré 
cluniste de Coincy (2) et a conservé le nom de chaus- 
sée Brunehaut. 

Le Tardenois parsut avoir appartenu en entier à la 
cité celtique des Suessions ; une faible partie en fut 
détachée en faveur de la cité gallo-romaine des Ré- 
mois. Cette division a fait supposera plusieurs qu'il y 
avait eu deux pagi de Tardenois, mais n'est-il pas 
plus rationnel de dire que les cités gallo-romaines et 
les diocèses s'étendirent souvent sur des pagi gaulois 



(1) Mém. du Vetmand. par CoUieUe, t. I", pièces justifie, p. 693. 
Absus signifie une terre en friche, Area une place propre à i>atir et 
huba tantôt une terre cultivée et tantôt une t^^rre en bois. 

(2) Recueil de pièces sur Coinry. Bibl. nation. Manuscrits. — 
Revue arch., nouvelle série^ t. f9, ari. de M. Longnon sur le pagu\ 
Bajemmisus, 



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— 253 — 

à leur proximité, soit par voie d'accroissement, soit 
par suite d'une division régulière. C'est ce qui arriva 
pour le Tardenois. Aussi Adrien Valois attribue sans 
hésiter le Tardenois primitif au Soissonnais. Du reste, 
ce qui prouve cette attribution, c'est que la partie la 
plus considérable annexée à la cité gallo-romaine de 
Soissons, forme dans le dfocèse un archidiaconné.tân- 
dis que celle annexée au Rémois ne forme pas même 
un doyenné. 

Le Tardenois devint un comté dont le titulaire était, 
en 853, Bertrand, parent d'Hincmar, archevêque de 
Reims, et vers 860, un personnage nommé Other (1) ; 
mais il apparaît avant ces époques dans un capitulaire 
de Charlemagne de 795 que Ton va citer et dans le 
Livre des Miracles de saint Denis, composé avant Ton- 
née 800. Flodoard le nomme plusieurs fois dans les 
livres I et II de son Histoire de V Eglise de Reims (2). 

Si l'on devait tenir compte du rang que ce comté 
occupe dans les missies, il faudrait le placer entre le 
StwssionCcus et le Portianics, mais on sait que pour les 
composer on n'avait égard ni au rang, ni à la situation 
topographique respective des pagi ; on cherchait 
surtout leur proximité de la résidence du commissaire 
chargé de leur inspection. Il suffit pour s'en convaincre- 
de jeter de nouveau les yeux sur le missalicum assigné 
à Wulfaire, lequel s'étendait : * Super totam Campa- 
niam, in his quoquepagis Dolomense scilicety Laiidu- 
nense, Vadense,Portiano, Tardiounsc, Siœssiojienso 
L'archevêque était au centre de ces pagi. Quant au 
Porcien, il était bien éloigné du Valois et du Tarde- 
nois. M. A. de Barthélémy pense, s'il nous en sou- 



(1} " fieriranno illustri comiti Tardunensis pagi, propinqno sdo, pm 
sacramento régi a^^n'lo, qualiler regi fidelitateni jurare deberent qui i.» 
tpsios conoilatu coosistebant. ( Hitl, Eccl. Rem , L. 8 ) 

(2) Flod., A ibid., L. 2. 



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~ 254 - 

vient, que lo Vungensis confondu avec le Tardenois 
fut sans doute absorbé ensuite par le Laonnois, mais 
la chose paraîtra impossible si Ton remarque que le 
Tardenois ne dépassait guère la Vesle au Nord et que 
le pays de Vonc, représenté aujourd'hui par son chef- 
lieu Vonc, était situé au delà du Rémois, au Nord* 
Est de l'Aisne, et se trouvait même séparé du Tarde- 
nois par le Soissonnais et le Laonnois qui en formait 
la frontière septentrionale. 

Les auteurs, la tradition, les cartes géographiques, 
en indiquant un grand nombre de lieux sur divers 
points du Tardenois, tant dans la partie rémoise que 
dans la partie soissonnaise, permettent de reconstituer 
l'ancien pagus. Nous y placerons en premier lieu Crus- 
cmiacum et Faram, Cruny et Fère-en-Tardenois, que 
sainte Geneviève avait reçus de Clovis pour l'aider en 
ses voyages de Paris à Reims, et que saint Remy 
donna à son Eglise par son testament (1). Fara {in 
Tardanense, in Tardanesio) serait une dénomination 
celtique signifiant une réunion d'habitations occupées 
par des individus d'une même famille ou tribu. 
M. Desnoyers croit que cette petite ville, regardée 
généralement comme le lieu principal et même comme 
l'un des oppides Soissonnais, serait l'ancien Portus 
Tadriniactis, ce que ne justifie pas sa situation sur 
rOurcq, rivière qui n'est encore qu'un courant d'eau 
fort faible en cet endroit, quoique Tadriniacus indique 
bien un lieu du Tardenois (2). Observons toutefois que 
le Porcien, le Portensis du testament de saint Remy 
s'appelait aussi en latin Portus, et Chàteau-Porcien 
Castrum Portuense. Le Livre des miracles de saint Dé- 



fi) Flod. L. f, c. 18. — Outre Fère-en>Tardenois, il y a encore La 
Fère-en Thiérache, Fère-Champenoise, Fère eaBrie, en Briange, etc. ~ 
Brequigny Pardessus, Diplom,^ t. I*% p. 85. 

itj Annuaire <i0 1859, p, 183, note. 



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— 255 — 

nis place en ce canton Caviniaca, Savigny-sur-Ardre 
et AltaripUy qu'Adrien Valois traduit par Autreppes, 
village de la Thiérache bien éloigné du Tardenois, et 
qui est demeuré inconnu. Flodoard y place Chartreuve 
{villom Cartobram m pago Tardanensi); Acmiacum qui 
se rendrait bien par Acy, si cette localité n'était pas si 
rapprochée de Boissons, et qui est peut-être Arcyle- 
Ponsart. Dans l'édition de l'abbé Mîgne Aciniacum in 
pago Tardonensi est traduit par Arcini-en-Tardenois. 
Un autre passage du même historien semble rappro- 
cher ce lieu de Cruny et de Courville. Waratus, dit-il, 
donna ad ecclesiam Sanctœ Mariœ el sancti Remigii 
Remis Cncciniacum 'inoyitem^ Curbam-mllam cum Acci- 
niaco in pago Tardonens^i, sous l'épiscopat de saint 
Réol (1). 

L'Appendice à l'Histoire de l'Eglise de Reims attri- 
bue au Tardenois le Mônt-Notre-Dame, dans la convo- 
cation d'un concile en ce lieu {apud Montem S. Mariœ 
in pago Tarda?iensi) (2) ; Nigella, qui est. bien Nesle 
en Tardenois, ou en Daule,près de Fère ; Longavilla, 
Longeville près d'Arcy-le-Ponsart ; Corneclacus où sont 
donnés à la matricule de Saint-Remy de Reims, quel- 
ques biens en ces termes : ^a Ad malriculam sancti Re- 
migii res quasdam in pago Tardanensi, in villa Cor- 
neciaco constitutas. » M. Longnon déclare ignorer à 
quelle localité correspond Corneciacus et croit qu'il 
faut rejeter Crugny qui se disait en latin Crusciniacum 
et Crusniacum, lequel est d ailleurs déjà désigné avec 
Courville par Flodoard lorsqu'il dit que Tilpin, arche- 
vêque de Reims, obtint de Carloman un précepte < De 
his qui in Cmsciniaco, Curba villa vel {et) in omni 
pago Tardonensi (3). » 



(1) Flod. L. 2, c. I . 

(2) «Appendix ad BUi, Eccl, Rem, 

(3) Flod. L. 2, c. M. 



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-. 256 - 

Parmi les monuments qui peuvent encore être d'une 
grande utilité pour servir à retrouver d'autres locali- 
tés du Tardenois, se présente le Polyptique de Saint- 
Remy de Reims, ou dénombrement des manses, serfs 
et revenus de cette abbaye vers le milieu du ix« siècle 
(1). Ce monument ne fut pas inconnu d'Adrien Valois; 
il dit, en effet que le Juviniacum qu'il a vu dans un 
vieux livre des revenus et dîmes de Saiut-Remy, est 
Joygnes ou Jouaingnes, situé auprès du Mont-Notre- 
Dame en Tardenois. 

Le Polyptique de Saint-Remy a été édité, en 1853, 
par Guérard, cet homme si remarquable par sa science 
et son érudition, qui y a ajouté une nomenclature des 
lieux du Tardenois devant des décimes (dismes' à l'ab- 
baye de Saini-Timothée de Reims (2). Mais ce dernier 
document est plein de fautes, lesquelles se joignant au 
désordre qu'y avaient introduit les copistes, le ren- 
daient à peu près inintelligible. Ajoutons que Guérard, 
malgré son étonnante sagacité, commit lui-même di- 
verses erreurs dans la traduction de plusieurs noms 
de lieux, faute de bien connaître le pays. 

Mais, par un bonheur inespéré, le hasard en fit 
tomber entre les mainsde M. Houzé une seconde copie, 
laquelle, pleine elle-même d'erreurs d'un genre diffé- 
rent, mît toutefois ce géographe sur la voie de re- 
dresser celles de l'autre. Voici ce qui était arrivé : on 
avait mis en colonne, sur la première, ce qui devait 
être mis en ligne, c'est-à-dire qu'on avait placé au- 
dessous ce qui devait être écrit à côté. 

Nous allons reproduire, d'après cette pièce rectifiée 
par M. Houzé, la nomenclature des lieux placés en 
Tardenois. Ce sont les villages de Corchereio, Cucherv 



(1) Baluze et les bénédictins, dit D, Noël, font remonter cette ^ièce 
au temps d'JHMcmar, mais M. Longnon la croit plus récente d'un siècle 
ou deux {Notice sur ChatUhn^ p. 49.) 

(2) P. 28. 



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- 257 - 

au Nord-Est de ChâtilIon-sur-Marne, selon Guérard ; 
de Ponte-Salcidi, Sarcy-en-Tardenois, que .nous reje- 
tons. ouPontarcy, selon le même, et plutôt Pontsculd 
selon M. Houzé, selon nous le Pont-d'Ancy, près de 
Limé, sur la Vesle et à peu de distance du Mont- 
Notre-Dame en Tardenois ; de Antennayo , Anthenay 
à deux lieues au Nord de Châtillon-sur-Mame, d'après 
Guérard ; de Monte sancti Martiniy le Mont-Saint- 
Martin, non loin du Mont Notre-Dame et de Ghar- 
treuve-en-Tardenois ; de Awennaio, Aougny Marne), 
d'après M. Houzé ; ne serait-ce pas Avenay aux envi- 
rons de Reims ? de Paars, Pars, près de Braisne, mais 
au-delà du cours de la Vesle, quoique dans la vallée 
qu'arrose cette rivière ; de Lagereio^ Lagery, canton 
de Ville-en-Tardenois ; de Proviliaco, Prouilly, au 
Nord-Est de Jonchery, canton de Fismes, au-delà et 
dans un arrière-vallon de la Vesle, ce qui indiquerait 
un autre envahissement du Tardenois sur la rive 
droite de cette rivière. Nous remarquerons que la lec- 
ture du mot Proviliaco n'est pas absolument certaine, 
que Flodoart place ce lieu dans le Rémois {Proviliacum 
in eodempago Remensi); de BailL. Baslieu près Me- 
leroy (Aisne); de Casa-Heribaldi ou Heriboldi (in- 
connu ; de Cwmisel, Cramoiselles ? canton d'Oulchy 
(Aisne), à deux lieues Ouest de Fère, ou Courcelles, 
canton de Ville-en-Tardenois, selon M. Houzé^ et 
le même sans doute que Corcellum villam où saint 
Remy avait assigné 2 sous de rente pour être distri- 
bués à douze pauvres inscrits sur la matricule de 
l'église et qui attendent leur aumône devant les portes 
(au portail) (1); de Culmedis, qui doit être plutôt Cor- 
moyeux en Tardenoisjque Cramailles (canton d'Oulchy, 



(I) « Panperibns duodecim in matricula positîB, ante fores eeclesie 
ezpectanUbos stipem. duo solidi unde se reficiant inferentorf qoibos 
CorcaUum viUam dudnm desservire prœcepit. » (Fiod. L I^ c. 18, col. 
62, 6dit. Migne ) 



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- 468 - 

ou Cornières, canton d'Ailly (Marne), que nous avions 
accepté d'abord faute de mieux ; de Villcia, Villette 
près de Ste-Euphrasie, canton de Ville-en Tardenois ; 
de Nantoïlo, Nanteuil-la-Fosse, qu'un pouillé rémois 
de 1305 place aussi en Tardenois {Parochia de Nan- 
tholio in Tardano) (1). 

C'est pour la même cause découverte par M. Houzé 
que le monument de Saint Timothée de Reims place 
dans le Remensis les localités suivantes qui appartien- 
nent au Tardenois, à moins que par le pagus Remoisis 
il ne faille entendre le Rémois en général ou diocèse 
de Reims comprenant une partie du Tardenois, ce qui 
est peu probable. Ces localités sont celles de &?oi*to, 
Ecueil (Marne), ou bien Cuile entre Meleroy et Anthe- 
nay; de Calmisiacn, Chaumftsy, autrefois Ohaumisi, 
près de Ville-en-Tardenois ; de Rodenais, Rosnay ou 
Rosny, à une lieue et demie au Sud de Muizon, en 
décade la Vesle ; de CersoUo, Cerseuil au Sud de cette 
rivière et de Braine ; de CurbavillUy Courville, à 
une lieue et demie au Sud de Fismes, et déjà 
signalé. 

Dans les diplômes relatifs à Saint-Corneille de Com- 
piègne, nous trouvons l'indication de plusieurs do- 
maines que le monastère possédait en Tardenois. On y 
mentionne Romigny-en-Tardenois, le prieuré de Ste- 
Marthe-en-Tardenois (le Mout-Notre-Dame\ Jouaignes 
en Tardenois, Sarcy-en-Tardenois, Cruny et Fave- 
rolles-en-Tardenois {in pago Tadriniaco] (2). Sarcy 
nous paraît être incontestablement le Saiariciaciis villa 
de Grégoire de Tours, où se tint, en 589, un synode 
provincial de la métropole de Reims pour juger Droc- 
tégisile, évêque de Soissons. Ce lieu qu'on a regardé 
longtemps comme inconnu, n'est donc ni Saureau 



(!) D. D. Noël, Notice sur CharUUmsur Marne, art. Nanteuil. 
(2) Grcg. Turon. L. 9, c. 37. 



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ou Sorel, lieu dit près de MontrNotre-Dame, ainsi que 
le pease Tabbé Carlier et avec lui S. Prioux (l) ; ni 
Soucy (canton de Villers Cotterêts), comme le croit 
M. Jacobs (2), mais Sorcy, Saurcy ou Sarcy en Tarde- 
nois, qui se trouvait dans la partie r<émoise du paffits 
Tardcmensis, et à portée de Soissons et de Reims. 

Nous sommes aussi d*avis que VAntiniacum donné 
en 877 à Saint-Corneille est Anthenay dans le Tarde- 
nois, où cette abbaye recevait Romigny et les autres 
lieux qu'on vient de nommer, et non Anthony près de 
Rumigny en Thiérache, aujourd'hui dans les Ardeu- 
nes. Ce dernier représenterait plutôt VAntennacum où, 
selon les Annales de Saint-Bertin, l'impératrice Ri- 
childe, fuyant devant l'invasion de Louis de Germa- 
nie, vint se réfugier, au mois d'octobre 876, et d'où 
Charles-le-Chauve, après l'y être venu trouver, se 
rendit à Douzy, maison royale de ces quartiers là, 
pour retourner de nouveau à Antheny (3). Ce senti- 
ment est contraire à celui de D. Noël qui, dans sa No- 
tice sur le canton de Châtaion-sur-Marne, voit, mais 
non sans quelque hésitation, à la suite de D. Bouquet 
et de l'abbé Lebeuf, dans Anthenay-en-Tardenois, 
VAntennacum des Annales (4). A une époque plus ré- 
cente, nous voyons figurer encore d'autres localités 
avec l'indication de leur situation dans le Tardenois. 
Ainsi, au cartulaire de saint Jean-des-Vignes, c'est Ma- 
reuil-en-Tardenois, Villers-en-Tardenois. ou Villiers-en- 
Tardenois, en celui d'Igny (1218) ; dans d'autres titres 
c'est Coulonges-en- Tardenois (1359) ; Cergy-en-Tarde- 
nois, Espiera-en-Tardinays ou en-Brie (1342 et 1344). 
Le Fouillé ou Livre rouge de l'évêché de Soissons 
nomme,en 1573, Lacroix-en-Tardenois, quoique ce vil- 



(1) HUi, du Valois, t. <•', p. 122. S. Prioux. Civiias Sueuîcnum , 

(2) Géographie de Grégoire de Tours, p. 391 . 

(3) Ilislor. des Gaules. 

(4^ Notice hUiorique sur ChaUllon, p. 14. 



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lage, placé entre Oulchy et Neuilly, soit assurément 
de l'Oroerâi^ mais de rarchidiaconné de Tardenois (1). 

Lorsque le pagus Bagensonisus (le Bainsonolsj, 
situé au Sud du Tardenois, disparut, la plupart des 
localités de la rive droite de la Marne, telles que 
VillersHSOUS-ChâtiUon, Passy, Grigny, Bainson, Orqui- 
gny, Vendières et autres qui en faisaient partie furent 
attribuées au Tardenois, mais alors ce pagus n'existait 
que comme contrée géographique n'ayant plus rien 
d'administratif, ni de bien délimité. Quant à attribuer 
ces localités au Bainsonnois parce qu'ils firent partie 
du doyenné de Châtillon, lequel était de l'archldia- 
conné de Brie, cette raison nous paraît de peu de 
valeur d'après ce qui a été dit des archidiaoonnés, 
qu'ils étaient dé création trop récente pour pouvoir 
fournir une base un peu solide aux délimitations an- 
ciennes. 

Ce serait également une erreur de regarder comme 
ayant fait partie du Tardenois les quatre doyennés de 
rarchidiaconné soissonuais de ce nomf, Oulchy et 
Neuilly, Bazoches et Fère, puisque le premier, avec 
son démembrement, Neuilly, était certainement de 
rOrceois, et que le second seul, avec Fère, devait 
entrer dans l'antique pagm TarJtnisus. 

De tout ce qui précède, il résulte, nous semble-t-il, 
que le Tardinisus s'étendait entre les vallées de la 
Marne et de la Vesle. Celle-ci lui formait au Nord une 
limite naturelle qui le séparait du Suesstonicus depuis 
Courcelles, Limé, Cerseuil et Bazoches jusqu'à la Mon- 
tagne de Reims, laquelle le séparait ensuite du Renien- 
sis. A l'Est il se terminait vers Mesnaux, Sacy, Ecueil, 
et plus bas au bois de la Montagne de Reims jusqu'à 
la Marne, près de Damery. Au Sud, il aboutissait à la 
vallée et aux arrières vallons de cette rivière, sur 

(6) BibI de Tévéch^e Soisnons. 



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- 261 - 

lesquels la Brie, c'est-à-^lire rotmois et le Bainso- 
nois avaient empiété. A l'Ouest, il paraît finir au pied 
du vaste plateau du Mont-de-Soissons au-delà de 
Jouaignes, du Mont-Notre-Dame et de Mareuil-en- 
Daule, où il touchait au Suessionicus, et était séparé 
ensuite de VOrcisus par les bois de Daule et de Fère, 
qu'il englobait jusque vers Bézu et Epieds. Le Tardenois 
rémois soissonnais représenté par les anciens doyennés 
de Bazoches et de Fère était séparé du Tardenois 
par une ligne qui longerait du Nord au Sud la rivière 
d'Ardre, le ruisseau d'Ovion, son tributaire, jusqu'au 
bois de Coulonges, laissant au Rémois Fismes, Cour- 
ville, Mont, Arcy-le-Ponsart, Igny, Ville-en-Tardenois, 
prendrait le bois d'Ormont, traverserait la Semoigne 
vers sa source, et renfermerait Aiguisy, Anthenay, 
le Neuville-aux-Larris , Cuchery, Belval, Arthy et 
Damery. 



LE SALTUS OU PAGUS BRIEGIUS 

LA BRIE. 

La Brie ne forma point une contrée administrative; 
ce ne fut jamais ni une cité, ni un diocèse, ni même à 
proprement parler un pagres dans le vrai sens du mot, 
mais une contrée naturelle qui devait son nom à la 
constitution géologique extérieure du sol. Elle ne figure 
ni dans les auteurs latins, ni même dans les missies, et 
si elle devint, au mo^en-àge, unvaste domaine avec la 
Champagne, ce domaine ne fut constitué que fort tard 
en comté féodal n'ayant aucun rapport avec les comtés 
des deux premières races. M. Bourquelot, dans son 
grand Ménoire aur les Foires de Champagne, dit que 
sur le territoire qui devint la Champagne habitèrent 
les Meldi, ainsi que les Rémi, les Catalauni, les Lin- 



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gones, les &nones, et que sur ce territoire figurent 
une foule de cités et depagi tels que le Rémois, le 
Pertois, le Sénonais, etc., auxquels il ajoute la Brie, 
la Haute-Brie, la Basse-Brie ou Brie pouilleuse. Il 
nous semble que la Brie fut originairement une contrée 
entièrement distiacte de la Champagne ayant sur sa 
surface ses peuplades et ses pagi propres. La Cham- 
pagne, en effet, considérée au point de vue géologique 
et physique, s'étend, ajoute-t-il, sur ua banc de craie; 
ses plaines immenses au sol aride, d*où vint le nom 
de Champagne pouilleuse, sauf sur les lisières de la 
province. Or, la Brie nous oflfre un aspect tout à fait 
différent. 

C'était un territoire couvert de taillis, de bois et de 
forêts très-étendues, et peu pourvu d'habitants ; aussi 
nous apparaît-elle d'abord sous la dénomination de 
saltiÂS et assez rarement sous celle de pagus. Mais sur 
sa surface, à la suite de vastes déboisements, se for- 
mèrent de vrais pa^t politiques, comme il s'en forma, 
dans des conditions identiques, dans l'Ârdenne, la 
Bresse, la Beauce, et, dans des conditions différentes, 
dans la Champagne et la Voivre, etc. Ainsi, dans la 
circonscription de la région physique de la Voivre, 
pour ne parler que de cette dernière, par rapproche- 
ment avec notre siyet, se formèrent les comitattcs Vir- 
dunensis, Scarponensis, Castricensis et Emduensis, 
cités par M. Houzé. Sur la vaste étendue de la Brie se 
découpèrent les pagi Otmensis, Bagensonùus^ Melden- 
sis, qu'on pourrait appeler la Brie soissonnaise, une 
partie des pagi Parisiactcs, MUidunensis, et le Vasti- 
nensis (le Gastînais), etc. 

Souvent les contrées naturelles ont survécu géogra- 
phiquement aux contrées administrativeîi ou véritables 
pagi et on les confond quelquefois, loi^squ'il s'agit d'y 
indiquer une localité quelconque ? Ainsi on écrivait 
indifféremment Resbacus in territorio Meldensi ou 



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-- «68 - 

intra Brigen^m saltum (Ij ; Dravemum iéi Brigeio (2) 
et ]>raoemum in Parisiaco (3); Linerolie inpago Mili- 
dunensi^ et Linerolœ in pago Brtgio(i), A ces exem- 
ples, M. Houzé en ajoute d'autres dont il suffira de 
citer le suivant relatif au pays de Voivre. On disait 
Nugaretum in pago Valrense et Nugarelwn in coini- 
taiu Scarponetise (5). 

L'étymologie de la Brie ne peut guère soulever de 
difficultés sérieuses. Brie y Braye^ Brive sont des dé- 
nominations identiques et fort communes en France. 
Outre le pays de Brie, il y a le pays de Bray (pagus 
Bnnensis) dans le Beauvaisis. On dit Brie ou Brie- 
comte Robert, non loin de Corbeil, dans Tarchidiaconné 
de Brie, du diocèse de Paris {Bria comitis Roberii). 
La Philippide appelle même ce lieu Terra Brida co^ 
mftis Roberti, Dans le pays de Braio il y a Houdans- 
en-Bray, Ville-en-Bray, Pisseux-en-Bray, Tour-de-Bray 
Osem-Bray, etc. Dans le Senlisien, il y a le bourg de 
Bray, dans le Soissonnais Bray-sous-Clamecy, Oultre- 
Bray (hameau d'Autrêches); dans le Laonnois on trouve 
Folembray, Bray-en-Laonnois. Ces mots Brie, Bray, 
viennent de Bria, Braïa, Braïtmi, expressions qui 
signifient boue, boueux, marécageux, et dont se rappro- 
chent briva, briga, rivière, passage de rivière (6), 
Briva Isarœ (Pontoise, Pont sur-Oise) (7). Cette inter- 



(1) Piinleasas, Diplôtn, cart., t. 2, p 33. 

(2) Ibid, p. 31. 

(3) Lebeuf, Oist.dudtoc, de Paris, t. 12, p. 39. 

(4)Gu6rard, « Polypt. d'Irminon, Mém des Antiq. de France, » 
t. 3, p. t<f9. 

(5) Pardessus, t. S, p 228 et D. Calmet, Hist, de Champ., i. 2, 
coL 209. 

(6) Givrave près de Fère-eo-Tardenois, comme Gray près de Falaise 
{Wlbraium) pea\ent aussi venir de Braia. 

(7) Uadriani Valeta, NoUt, Gall. Art. Bric. 



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- 264 - 

prétation est donnée clairement dans le Livre des 
Miracles de saint Bernard ; » Castrum Braïum quod 
lutum interpretatur » (Brai-sur-Seine dans le Séno 
nais). Elle est confirmée par la Chronique de S. Pierre- 
lO'Vifk propos du même château: « MunitionctUa... 
que Braiacus didtur in locis palustribus. » Du temps 
de Monstrelet on disait encore < des eatix et sources 
moult trayeuses. » Du mot Braïa se rapprocherait 
encore, selon Adrien Valois, le germain bruch ou 
broCy brod, brud^ qui a fait broces^ brottssailles, bois, 
forêts découpés en petits groupes. 

Or, si on examine les lieux portant les noms de Brie, 
Bray, Brives, on verra que tous sont situés dans des 
endroits bas, fangeux, près de cours d'eaux,ou qui ont 
été autrefoiSjOt sont même encore en partie aujourd'hui, 
couverts de forêts, de bois ou de broussailles. C'est 
sous cet aspect et avec cette physionomie que se 
présentent aux yeux de l'explorateur le pays de Bray 
et celui de la Brie qui se trouvent dans les mêmes 
conditions physiques. Le premier est un pays de 
grasses pâtures anciennement couvert, en partie, de 
bois dont il reste, près de Gournay, la forêt de Bray. 
Les plaines de la Brie, entrecoupées de vallées humides 
et composées de terres grasses sont aussi renommées 
pour leurs pâturages. Dans ces plaines, au bord des 
bois, au fond des vallées, au penchant des collines, 
sur les ruisseaux, on voit des villages, d'innombrables 
fermes, hameaux et maisons isolées, éparses çà et là. 
Les habitations bâties en moellons recouverts de 
plâtre se détachent par leur blancheur sur la verdure 
des arbres. Telle est l'humidité du sol que, pour le 
faire produire, il faut l'entrecouper de sillons profonds 
entre lesquels on le relève en l'exhaussant pour 
l'exposer au soleil.. 

Des auteurs tels qu'Adrien Valois, D. Toussaint, 
Duplessis et Carlier restreignent et localisent outre 



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- 265 - 

mesure l'étendue de la Brie primitive aussi bien que 
son étymologie. Selon le premier, ce pays a été, non- 
seulement plus petit qull ne le fut depuis, mais même 
il se distinguait du Meldicics et du Provinensis, dont 
les capitales Meaux et Provins en font partie aujour- 
d'hui. Ce qui l'induit à faire cette distinction, c'est 
qu'il trouve dans le Gesta Dagob^rti deux textes con- 
cernant une localité nommée Latiniacum donnée par 
ce prince à saint Denis et qui est placée par l'un, en 
Brie et l'autre en Mulcien [Latiniacum villam sitam in 
terri torio Meldico, — Latiniacum villam quœ sita est 
in Brieio,) dont il fait deux localités, quoiqu'elles lui 
soient inconnues. Latiniacum est Lagny, que l'on peut 
placer tantôt dans la Brie, tantôt dans le Mulcien qui 
en fait partie (1). 

Duplessis attribue l'origine du nom de Brie à un 
ancien pont jeté sur le Grand-Morin, se fondant en 
cela sur l'expression briva, qui signifie un pont, un 
passage. Ce nom, dit il, s'étendit d'abord à la contrée 
qui est entre cette rivière et l'Aubertin, et ce n'est que 
successivement qu'il gagna des portions des diocèses 
de Soissons, de Paris, de Sens, Meaux et Troyes, et 
dont plusieurs, tels que Soissons, Meaux et Paris eurent 
des archidiaconnés de Brie, et à mesure que les bois 
s'éclaircissaient. Carlier repousse avec raison ce sys- 
tème, mais pour retomber dans un autre qui n'est pas 
plus admissible. Il enlève l'origine du nom de Brie 
au pont du Petit-Morin pour l'attribuer au territoire 
de NanteuiUe-Haudouin appelé dans les vieux écrits 
Nant en Brie et où se trouvent des noms de lieux qui 
ont brie pour base : Lagombrie, Boissy lès Gombrie, 
Fresnoy lès Gombrie, Peroy lès Gombrie. Les Nanteuils, 
ajoute le prieur d'Ândresy, signifiaient aussi des lieux 



(t) BiU, de Meaux, t. I, p. 638. 

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-266- 

où il y a beaucoup de sources, de ruisseaux et d'étangs, 
ce qui convient parfaitement à Nanteuil et à ces loca- 
lités qui Tenvironnent. Cette ville aurait même été le 
chef-lieu de la forêt de Brie comprenant les deux 
Morins dans son étendue. 

Ce sont là, ce nous semble, de ces erreurs telles 
qu'il en échappe à des hommes judicieux, et qui, d'après 
ce que nous venons de dire, n'ont pas besoin de réfu- 
tation. Répétons et maintenons seulement que Brie 
vient de l'aspect général d'un vaste pays que couvraient 
des massifs boisés très considérables dont les défri- 
chements, en les découpant de plus en plus, ont mis 
à nû des terres fortes et marécageuses sur lesquelles se 
créèrent divers vagi et se formèrent par envahisse- 
ment les cités et diocèses qu'on vient de nommer. 

On a remarqué, non sans raison, que les forêts pri- 
mitives de la Brie se désignaient le plus souvent 
en latin sous le nom caractéristique de saltus qui 
veut dire bois espacés, bois présentant de nombreuses 
solutions de continuité et non sous celui de silva qui 
signifie une masse compacte et étendue telles que les 
Ardennes, les forêts de Cuise et de Retz. Dans la vie de 
S. Ouen,c*est sous le nom de Brigiensis silva qu'est dé- 
signée la forêt de Brie. 

Une foule de localités, sur quelque point delà Brie que 
Ton jette les yeux, portent ce nom comme indication 
de leur situation géographique dans ce pays : Castra 
in Bria ou Castra briegensi, Chartres-en-Brie (diocèse 
de Paris, archidiaconné de Brie) (1), Roissy-en Brie, 
Sucy ou Sou:-sy-en Brie, Lagny-en-Brie Latiniacitm 
qiiœ sila est in Brieiro]^ près de Meaux; Spinoleton 
n Brigio (Epinay-en-Brie), Vigneux (de vinrà) en 
Brie, sur 'a Seine. Dans la Brie, qu'on appellerait sois- 
sonnaise et qui peuvent, comme les locaUtés préeéden- 

(I) ^oUUa GaU., p. 403. 



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- 267 - 

tes, aider à fixer les limites du pagus naturel, nous 
trouvons les suivantes : Baulne-en-Brie , Condé-en- 
Brie, Celles en-Brie , la Chapelle-Monthodon ou en 
Brie (1225), Monlevon-en-Brie (1274) , Pargny-en- 
Brie, Pavant-en-Brie, Saint-Agnan-en-Brie (Sancttcs 
Anianus inpago Briacensi) (1110) (1), Rosoy-en-Brie 
{Rosiacwn in Bria), Rosoy-Bellevalle ou en-Brie (1386), 
Rosoy Gasteblé, Fossoy-en-Brie, Priez-en-Brie (2). 

Ce n'est qu'au vi* siècle que l'on commence à faire 
mention du salivis Briegiv^ et plus tard encore, lors- 
que ces bois se défrichent, qu'apparaît \q pagus Bri- 
geiîsisonBregius. Jonas, danslaviedes saints Colomban 
et Ëustase nomme le Brigensem saltum, et le solium 
pagvm que Bregium^ distinguant déjà le pagus des bois 
de la Brie, de même qu'on distingua le saltus et le 
pagus Perticus lie Perche) (3l; et le chroniqueur 
Âymoin, à propos de la fondation de - Rebais par 
S. Ouen, s'exprime ainsi : « Porro B. Auduenus /aàri- 
cavît monasterium intra Brige7isem saltum çuod 
Hierusalem ab eo quidem est nomhiatum^ sed ntmc à 
fluviolo stiper quem est situm Resbace dicitur cœno- 
bium » (4). 

Le vénérable Bède parle au contraire de la Brie en 
indiquant que le monastère que sainte Fare édifia à 
Eboracum ou Evoriaca^ y était situé en un lieu qui 
dicitur Brige (5). Dans le testament de cette sainte 
fondatrice de Faremontier, on nomme un moulin situé 
en Brie « farinariuM situm in Briegio super fluviolum 
AWai^ (6). Les Gesta Dagoberti nomment aussi la Brie, 



(f) ex Cartnl. de Fosaenx, p. 417. 
(2) CarUU, S. Johan, in Flndc. 

{ii Cette dénomination de Priex indiquerait que la Brie 8*éiendait an 
Nord de la Marne. 

(4) Adriani Vales. NoUi. GûlV 

(5) Vener. Beda, lib. 3, c. 8. - VAlba est TAnbetin. 

(6) Pardonna «M tupra^ t. %y p. 88. 



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— «68 — 

Brievm (l), appelée ailleurs Bria (2). Enfin c*est le plus 
souvent Brieffitcs pagtcs (775) (3) pagus Breensis 855 ) 
4) Brigensispagus, pagus Briacensis, Briensis pagus 
dans les chartes de Saint-Jean-des-Vignes, et dansla Vie 
de Louis-le-Gros, par Suger (5). 

La Brie, comme le Perche, se divisa en divers pagi 
que se partagèrent plusieurs cités et diocèses, en tout 
ou en partie. Sens, Troyes, Meaux, Paris et Soissons, 
et dans la suite en flaute-Brie ou Brie /ratiçaise, en 
Basse- Brie, et en Brie Galleicse ou Pouilleuse par cor- 
ruption de Gallevèse. Les seuls jxigi de la Brie qui 
rentrent dans le cadre de cette étude, comme ayant 
fait partie, au moins primitivement, de la cité des 
Suessions étant lepagics Meldeyisis et lospagi Ot/nensis 
et Bagensonisus auxquels, selon toute apparence, suc- 
céda la Gallevèse, ce sera aussi de ceux-là seulement 
que nous nous occuperons. Leurs frontières septentrio- 
nales seront celles de la Brie elle-même du coté du 
Valois, de TOrceois et du Tardenois. Le diocèse de 
Soissons eut, comme Paris et Meaux. son archidiaconné 
de Brie, qui prenait à peu près le quart de sa surface et 
se composait des doyennés primitifs d'Orbais, de Chà- 
tillon, de Chézy-l* Abbaye et de Château-Thierry. En 
1762 révêque François de Fitz-James créa le doyenné 
de Dormans, démembré de Châtillon, et celui de Mont- 
mirail, démembré de Chézy. Ces subdivisions ecclésias- 
tiques représentent bien la Brie soissonnaise dans sa 
plus grande extension. 



(1) GalL Christ, i. 8, Instrum. 

(2) Histor. de France, t. 2, p. 394. 

(3; Ex €testis Amhascensium dominorum [Histor. df France, t. 10, 
p. 239) Orderic Vital {Ibid, t. 2, p. 247). 
{i) Mabillon De re JJiplom. p. 497. 
(6) Cartul, S. Criipini Magni Voyez le Dlct. topog, de M, MattofL 



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- 269 — 

IV 

LE PAGUS OTMENSIS, 
l'otmois. 

L'existence du pagtis OtmensiSy qui n'a laissé que 
peu de traces, n'est pas contestable, mais sa position 
géographique a donné lieu à d'intéressantes contro- 
verses parmi les savants. Adrien Valois n'en fait pas 
mention ; Guérard le cite comme pagus et comitatus 
dans son Essai sur les divisions territoriales de la 
Gaule, et l'attribue à la cité de Soissons, sans autre 
désignation. Ailleurs, dans sa Liste des pagi de 
France (1), il change d'opinion et le décrit en ces 
termes .* « Otmensis pagus y peut-être le pays d'Otte : 
Champagne, Vincelles, canton de Dormans (Marne). » 

M. Desnoyers, héritant des hésitations de son érudit 
collègue, après avoir soutenu une sorte de thèse en 
faveur de l'attribution de l'Otmois à la cité de Sois- 
sons, la renverse et se prononce pour le pays d'Othe 
dans celle de Châlons-sur-Marne ; du moins regarde- 
t-il cette opinion « comme beaucoup plus vraisembla- 
ble » (2). Notre rôle est donc tout tracé : rét^iblir et 
même corroborer la thèse de M. Desnoyers et com- 
battre les objections qu'il y opposa, pour lui conserver 
toute sa force et sa valeur. Commençons par la citation 
des textes concernant le pagus Otmensis : 

Le plus ancien est celui de Flodoard où Y Otmensis 
figure dans une missie de Wulfaire, archevêque de 
Reims. 

Nous lisons dans le Cartulaire de Saint-Martin de 
Tours qu'une donation fut faite à ce monastère par le 

(\)-ViiaS. BereharH, MabilloD, ViUe SS. Ordin, bmed, 2* sœcul. 
p. 851. 
(2) Mabillon iàid. 1.3, p. G 8, Jnnal. Ordin. bened. 



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-278- 

comte Eudes « in poffo Olmense, in villa Novienio, 
in vicaria Otmensi^ villœ Nwientis cvem capellis dua- 
l^us » fl). 

En 886, Héric, comte-abbé de SainlrCrépin-le-Grand 
de Soissons, faisait à c^;t6 abbaye la donation sui- 
vante confirmée plus tard par Charles-le-Simple : < In 
pago SuessionicOy in fine villœ Montiniaco mansa duo, 

in ipso pago vel{et) villa qtcœ vocalur Saviniacus 

manstim unum, in ipso pago et in villa Altafofi- 

lana terra arabile etinaliopago^ Olmen&it in villa 

quœvocatur Vincella dioAdiummansuni^,. » (2). 

En 980, le comte de Vermandois et de Troyes, s'inti- 
tulant aussi Francorum cornes, Héribert II, concéda à 
l'abbaye de Der {monasterium Samti Pétri Dervense) 
€ alodiurn quod adjacet in villa cui Velcianas fiomen 
est » (3). 

On lit ce passage dans la vie de S. Berchaire : < Me- 
dietatem terrée quam hademus Ulcenias » lequel rap- 
pelle la donation faite en ce lieu par Héribert-le- Vieux 
à Tabbé de Moutiers-en-Der (4). D'autres titres vont 
fixer la situation de Velcenias ou Ulcenias. 

Dans un diplôme ainsi daté : < Actum Velcianis, 
villa publica » est signalé € in villa Velcianas nomine, 
in comitalu Otminse, mansum unwn cum appenditiis 
suis. » Et Lothaire confirmant, la même année, ce di- 
plôme, ajoute dans le sien : « Adjacet vero alodiurn in 
pago Otminse, infra fines villœ quœ Velcianas dici^ 
tur.... infra fines illius ojquœ decursum tibi Vêtus 
Materna nominatur » (4). 

En 988, un vassal, du nom d'Haderic, donnait, par 
le conseil d'Héribert III, comte de Vermandois, et de 



lui. d'£ 



Hémér^ Auçusta Vêromandwmim, p. 34. 

GolUette: Mëm. du Vermandois^ t. I«% pièces justifie, €X Car- 
_ d'Homblières. 

ti) Toxte cité par À. Valois, p. S90. — Flod. Biêl, Bmneiu. Eed. 
h f, col. '88, édit. de Migne. 
(4) Ann, hUt. delà Marne, deVkiMe, etc., p. 60 (année 1877). 



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^ 271 - 

sa femme Héresinde, à l'abbaye d'Homblières, près de 
Saint-Quentin; « Quemdamalodium incomitatu Oimensi, 
in villa quœ dicitvr Tedenacus (!}... Qui alodus suis 
finibus termhiatur de uno UUere via publicay de alio 
latere terra de potestate ejusdem viltie » (2). 

Ces textes ainsi groupés et juxtaposés, toute la 
question se réduit pour nous, comme pour M. Des- 
noyers, à se demander s'il n'y a pas dans la province 
soissonnaise quelques localités propres à représenter 
Novientum in pago Otmensi Vincella inpago Otmensi, 
Velciana in pago Otmefisi et enfin Vvdenacus in pago 
Olmensi, et à rechercher le cours d'eau appelé Vêtus 
Materna, puisque là où elles se rencontreront, là 
aussi sera le pagus et sa circonscription tels qu'ils 
étaient constitués au ix« et au x* siècle. Or, dans le 
Soissonnais et dans un espace assez restreint Ton trouve 
Nogent l'Artaud et Nogentel sur la rive gauche de la 
Marne, aux environs de Château-Thierry, qui repré- 
senteraient Novientum ; Vincelles, situé au Nord de 
cette rivière, près de Dormans, qui correspondrait à 
Vincella, plutôt qu'à Vincelles près de Château- 
Thierry ; Vauciennes à une lieue et demie au Sud de 
la Marne et de Damery, qu'il ne faut pas confondre 
avec Vauciennes sur la route de Villers-Cotterets à 
Paris, lequel est en plein Valois, s'adapterait à Vel- 
cianas ; Vinay, au Sud de Vauciennes en Brie, dans 
une clairière des forêts d'Epernay et de Boursault, 
près deSaint-Martin-d'Ablois, serait Vedenacus. On 
pourrait aussi rapprocher de Venedacus Vendières- 
sous-Montmirail et Vendières-sous-Châtillon, lequel va 
figurer aussi dans le Bainsonois ; mais ce dernier se 
disait plutôt en latin Venderœ. On rencontre en effet 
dans la vie de S. Thierry ce passage concernant une 

(f) IHé, ex archiv nai. p. 18 dn t. 19, cité pir M. LongBOa* 



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- 272 - 

donation de Thierry, fils de Clovis !•' : Venderas super 
fluvium Maternam reverendo patri Remigi ; Gaugia- 
cum (Gueux) in pago Remensi villam stiam^ sancto 
Theodorico conttdisse » (1). Quant à Vetiis MaLerna, 
la Vieille-Marne (le vieux lit de la Marne), elle passait 
au-dessous du château de Boursault, localité que D. 
Noël, bénédictin de Solesnes, n'hésite pas à placer en 
Otmois (2). M. Longnon cite d'ailleurs un titre de 1598 
reproduit par le savant religieux, où on lit : Item : 
€ J'ai en ma baronnie de Boursault une pièce de pré 
assise au-dessous dudit chastel contenant quatorze ar- 
pents ou environ, tenant d'une part à la Vieille-Marne 
et à la grande rivière de Marne, d'autre part au grand 
chemin... » 

Des concordances aussi frappantes n'ont pas man- 
qué de faire impression sur un esprit aussi sagace que 
celui de M. Desnoyers, lequel déclare en effet que, d'a- 
près elles, le pagus Olmensis aurait dépendu de la cité 
de Soissons et serait € une circonscription de la région 
naturelle appelée Brie. » 

Dans ce système, l'Otmois s'étendait le long de la 
vallée de la Marne, qu'il pouvait dépasser en plusieurs 
endroits au Nord, depuis Nogent-l* Artaud jusqu'aux 
environs de Vauciennes; qui n'était pas, comme le 
pense M. Desnoyers, au centre du pagus, mais à son 
extrémité orientale, ainsi que Vinay. 

Rien ne s'oppose à ce qu'il ait été approximative- 
ment resserré, dans les temps les plus anciens, entre 
la Marne, le Petit-Morin, le Surmelin et la d'Huis, et 
qu'il se soit même étendu au-delà de ces deux cours 

(f) Annuaire historique de la Marne, ubi supra, p. 60. 

(2) Melville dans son Dictionnaire historique de l'Aisne, dit qu'il est 
question de l'Otmois dans des chartes des 7, 8, 9 et 10* siècles dont il ne 
cite aucun texte. Il indique six localités comme lui appartenant : Bro- 
noilus, Boimeil; Novienium, Nogent ; Vincella, Vincelle, dépendance de 
Château-Thierry ; Vendenacus, Verdilly; Cheziacum, Chézy-en-Orceois ; 
Velciana^ Vauciennes. l\ est inutile de signaler les erreurs conteiiaes 
dans cet article. Elles se signalent elles-mêmes. 



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- «3 - 

d'eau jusqu'aux grands bois de Vassy,d'Eughieu et de 
Boursault, lui formant des barrières naturelles. Nous 
disons primitivement, parce que cette partie parait en 
avoir été détachée pour arrondir le Bainsonois. M. Lon- 
gnon et D. Noël lui donnent du Nord au Sud 
une dizaine de kilomètres, et de TEst à l'Ouest une 
vingtaine, le long de la rive gauche de la Marne, et 
le font terminer aux environs d'Epernay. Il serait 
selon eux représenté par le canton actuel de Dormans 
ou du moins à peu près, et aurait disparu, après une 
durée de sept siècles, dans les troubles du x«. Toute- 
fois, joutent-ils, il est encore indiqué dans un rôle de 
1252 des vassaux de la chatellenie d'Epernay. Nous 
croyons que ces savants restreignent outre mesure 
l'étendue que comportait l'Otmois. 

WOtmefisis fut l'objet d*un nmsalicum sous les 
Carlovingiens avec d'autresi>a^t.G'est toujours celui où, 
selon Flodoard. Y'ulfaire, métropolitain de Reims, fut 
nommé « missus super totam Campaniam. in hts quoque 
pagis Dolomense scilicet, Yongensi, Castrtcense, Sta- 
donense^ Catalatmensi^ Otmensi et Latuiunensiy Vo- 
densiy Portiano^ Tardunensi, Suessionensi^ pays qui 
se trouvaient à sa portée puisqu'ils touchaient au Ré- 
mois. L'Otmois, rapproché de Châlons et de Reims, 
formait donc une contrée administrative. Il eut aussi 
le titre de comté d'après le texte cité dans YAugxtëia 
Yeromanduorum où Héiibert est qualifié cornes ejus-^ 
dem lociy c'est à-dire comte de l'Otmois. 

Celui que rapporte D. Martène dans YAmplissima 
CollectiOy y signale une vicairie, vicaria Olinensis, ex- 
pression qui ressemble étonnamment à Otmensis. Ne 
peut-on pas supposer en effet qu'une lecture plus atten- 
tive du texte primitif pourrait amener à remplacer l'n 
par un m et donner Otmensis pour Otmensis ? Dans 
cette supposition, la vicaria O^in^nm comprendrait 
dans son territoire la villa Novientis ou Nogent-l'Ar- 

S5 



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taud, et ce serait dans une localité rapprochée Ae 
celui-ci qu'il faudrait chercher le correspondant d"Ot- 
mensis et par conséquent le titre du pagns. 

Ov, cette localité a jusqu'ici échappé à toutes nos 
recherches. On a bien désigné Essômes, lieu célèbre 
par son abbaye, mais pour en faire le chef-lieu de TOt- 
mois, il fallait dénaturer spn nom, qui, au x« siècle, 
était Sosma, Soma, Sosmensis villa, Sos7nensts ecelesia 
(1;, dont on avait fait Os^nensis mlla,0s7netisis ecclesia. 
Sans repousser absolument Essômes, serait-ce aller 
contre toute vraisemblance que de proposer Château- 
Thierry comme l'oppide principal de l'Otmois? Des 
monnaies gauloises trouvées aux environs de cette ville 
paraissent porter le mot Tideria...co qui est peut être 
son nom gaulois de Tideriacum. M. E. Fleury dit que 
l'attribution de Château-Thierry à un Thierry, prince 
mérovingien, « est légendaire, » maie qu'elle convient 
à un Tideriac qui laissa son nom à l'oppide dont il 
était brenn ou roi (2\ Ajoutons que Château-Thierry 
a dû, comme oppide, exister antérieurement à la cons- 
truction de la voie romaine qui, remplaçant quelque 
voie gauloise, allait de Soissons par Oulchy à Châlons 
et passait la Marne au pied du monticule où le château 
a été élevé du temps de Charles Martel, vers 720, et 
traversait la vallée et ses prairies sur une longue 
chaussée. 

Sans rejeter l'opinion qui place l'Otmois dans le dio- 
cèse de Soissons, M Desnoyers en adopte une autre, 
ainsi que nous rav( ns fait remarquer, selon laquelle 
le pogus Otmensis^i :dii\epays d'Otheen Champagne. 
Ce qui l'engage tout i'abordàla préférer à la première 
qu'il avait établie en véritable savant, c'est l'objection 
suivante qui lui paraît ressortir du texte de Flodoard 

(1) Cartvl. s, Medardi — Carlier, l. \, p. 150. — Saint- If édanl de 
Soissous avait une prévôté de St-Mard à fitabmes, non loin de l'abbaTe. 

(2) Antiquités monument cUesdvL département de l'Aisne, par B. Fleurj. 



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- 275 - 

relatif à la place qu'occupe VOtmensis parmi lespagi 
soumis à Tinspection de Wulfaire avant son élévation 
sur le siège de Reims. « On voit, dit-il, que celui-ci, 
placé entre les pays de Châlons et de Laon [Catalau- 
9iensi, Otmensi, Laudwienst), s'éloigne davantage de 
celui de Soissons. » Nous répondrons, pour n'y plus 
revenir, que ce texte même, dans son ensemble, prouve 
combien le placement des lieux dans les missi était 
arbitraire (1). 

Partant de là, M. Desnoyers signale dans la partie 
Sud-Orientale du diocèse de Troyes le pays d'Othe, en 
latin Utta ou Ottay Usta silva, région naturelle qui 
s'étend jusque sur le diocèse de Sens, laquelle n'a au- 
cun rapport, dit-il, avec le diocèse de Soissons, et n'en 
a d'autres, ajoute-t-il, avec YOtmoms qu'une ressem- 
blance apparente de nom. Il rejette même toute iden- 
tité entre le pagus Otmensis et le salttis Oita que Ni- 
thard place entre Sens et Troyes. Ensuite il raisonne 
ainsi : Lq pagus Otmensis aurait été, d'après tous les 
documents, placé à l'extrémité orientale du pagus et 
saltus Brlgius et de l'archidiaconné de Brie soisson- 
naise ; or, aucun texte n'indique qu'il en fût une dé- 
pendance. Il est signalé au contraire comme faisant 
partie du pagus Pertisus (le Pertois), ayant Perte pour 
capitale, région placée en Champagne Nord-rOrientale, 
au diocèse de Châlons, où il formait un archidiaconné, 
et qui se divisait en plusieurs pagelli tels que le Ble-^ 
sensis, le CamiziuSy etc., fort loin du diocèse de Sois- 
sons (2). 

Quoi qu'il en soit, l'Otmois une fois placé dans le 
Pertois, M. Desnoyers cherche et trouve en ce pagus 
des correspondants aux lieux indiqués inpago Otmensi. 
D'abord, selon lui, le correspondant dJOtmeiisis ou 



(f ) Topoqraphàê eedétUuUqm^ p. 178^ 



18». 



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- 276 - 

OlmensisBertÀt Omej (Orné) en Champagne, à quelques 
lieux de Châlons, au Sud-Est^ sur la rive droite de la 
Marne, vers rextrémité Nord du Pertois. Pour justifier 
le titre de chef-lieu du pagus donné à Omey, il s'efforce 
de jeter quelque lustre sur cette localité sans impor* 
tance et qui n'oflto aucun souvenir de ces temps éloi- 
gnés. Il y eût à Omey un prieuré de Tordre de Saint- 
Benoit, désigné dans un pouiilé de TEglise de Châlons, 
de 140S, sous les noms latins de Otmeyo, de Otmay, 
de Ulmeto, de Ormeio. Le Veldanœ ou Velcianas du 
diplôme de .980, serait, « avec la plus grande probabi- 
lité, » le village de Vaucîennes ou Vouciennes, vis-à- 
vis Omey, sur la rive gauche de la Marne et sur le 
bord d*un cours d*eau occupant presque le même lit, 
€ qui représenterait parfaitement Vettcs Materna ; > 
Vedenacus serait Vanney ou Vanault fle Fann^yttm ou 
Vanadium des pouillés). M. Desnoyers termine son ex- 
position en disant qu'il pourrait trouver d'autres ana- 
logies, mais que celles-là lui paraissent suffire (1). 
Disons tout d'abord qu'on ne trouve en ces quartiers 
aucun lieu correspondant aux autres localités placées 
dajisle pagiis Otm/msis, telles que Novientum, et Vin- 
cella, par les monuments précités. 

Cette opinion peut d'ailleuns être combattue par les 
raisons suivantes : Au ix« siècle les archidiaconnés ne 
faisaient que de naître ; il n'est donc pas étonnant 
qu'un pagus, qui disparut peu de temps après cette 
époque, n'ait pas été indiqué comme une dépendance 
de l'archidiaconné de Brie, qui n'existait peut-être pas. 
Aucun des pa^i cités dans les capitulaires ne porte 
l'attache à un archidiaconné quelconque. Quand il est 
question alors d'archidiacre, c'est toujours du seul 
archidiacre de tout le diocèse qu'il s'agit, archidia- 
contes. Lorsque, pendant la deuxième moitié du vi« siè- 

(I) md. 



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- 877 - 

cle, Droctégisile, évêque de Soissons, est attaqué d'accès 
de folie, c'est aux maléfices de l'archidiacre, qu'il avait 
destitué, qu'on attribua son mal (per emissionem ar- 
chidiaconi, quem ah honore repulerat). C'est dans le 
même sens que l'on doit entendre ces mots du privi- 
lège accordé par S. Drausin à Notre-Dame de Soissons 
en 666 : Nos^ vel archidiaconuSy etc. (1). 

Il ne nous reste plus qu'à examiner la correspon- 
dance que M. Desnoyers trouve entre les localités pla- 
cées en Otmois et qu'il rencontre dans le pays d'Othe. 
Non seulement Omey est. selon M. Houzé, le nom d'une 
localité dont l'église paraît dans les pouillés châlon- 
nais sous le nom de ecclesia de Omeiro ou Omero, mais, 
de plus, ce lieu n'a jamais possédé de prieuré. Celui 
qu'on lui attribue, de la dépendance de Saint-Bénigne 
de Dijon, était, non à Omey, mais à Ulmoy, hameau de 
Helltz-le-Maurupt, sur la Chée {Prioratus de Ulmeio 
ad moniales sancti Benigni Divionis) (2). Venderas 
ne peut non plus être représenté par Vanault-le-Chatel 
qui, au vni« siècle, et non au x«, s'appelait Vasnao et 
était situé dans le pagtcs Stadonensis, Quant à Vel- 
cianasj il pourrait être aussi bien à Vauciennes, près 
de Damery, qu'à Vouciennes sur l'Isson, puisque tous 
deux sont à peu de distance de la Marne. Disons plus : 
M. Desnoyers ne regarde la désignation de Velcenias 
sur la Vieille-Marne qu'il croit être l'Isson, comme dé- 
cisive en faveur du sentiment qui place l'Otmois près 
de Châlons, que parce qu'il ne connaissait pas le texte 
que nous avons cité, lequel indique la Vieille-Marne, 
près de Boursault. Llsson suit en effet la vallée de la 
Marne depuis les environs de Vitry, où il prend sa 
source aux étangs du Village d'Isson, et court jusque 



(0 V^yei nos Annales du diocèse de Soissons, t. 1". 
(2) Bd. de Birthélemy, Diocèse de Chéhni-ntr-Mame. 



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- i78 - 

vers Châlons, mais il forme un véritable ruisseau qui 
ne peut être l'ancien lit de la Marne. 

Nous croyons avoir suffisamment établi la thôse en 
faveur de l'attribution de VOtmensis à la cité de Sois- 
sons et avoir réfuté d'une manière assez péremptoire 
les objections apportées pour la combattre. Cette ques- 
tion du reste ne paraît plus faire aujourd'hui l'objet 
d'aucun doute parmi ceux qui s'occupent de géographie 
historique. 



PAGUS BAGENSONISUS 

LE BAINSONOIS. 

L'Otmois et le Bainsonois, qui,selon quelques-uns,ne 
formèrent primitivement qu'un même pagus, sont dé- 
signés séparément dans les missies et furent par con- 
séquent deux circonscriptions administratives. En effet, 
si, d'un côté, Wulfaire, on vient de le voir, a été nommé 
missus inpagis Catalaunensi, Otmmsi et Latidunensty 
etc , d'un autre côté le missaticum de 853 est donné 
dans l'ordre suivant : Catalawiicus, Vtrtudtstis, Bagen- 
sonisus, Tariinisus, etc , pagi qui se touchent. Aussi 
serait-il oisoux de rechercher par où passait le com 
missaire pour aller par exemple de l'Otmois dans le 
Laonnois, ou duSoissonnais dans l'Otmois. Il suffit que 
tous fussent accessibles à celui-ci. Wulfaire et ses col- 
lègues n'étaient sans doute pas tenus à des tournées 
continues, mais plutôt à une inspection générale et à 
des visites subordonnées aux circonstances. Quant à 
l'époque et pour quelles raisons les deux pagi enche- 
vêtrés l'un dans l'autre^ furent séparés, c'est une 



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- 279 -- 

question insoluble ; dire qu'ils s'absorbèrei.t réciproque- 
ment, ce n'est pas la faire avancer d'un pas. 

Quoi qu'il en soit, préoccupés du rang où le pagus 
Bagensonims est placé dans la missie du capituiaire de 
Kiersy de 853, où il apparaît pour la première fois, 
Adrien Valois et M. Houzé sont d'avis qu'il faudrait le 
mettre entre le Verludistim et le Tardinisum, puisqu'il 
est nommé dans Tordre suivant : Virtudiso^ Bagenso- 
niso, TardinisOy argument qui tire surtout sa valeur 
du groupement des trois contrées ensemble. Le pre- 
mier, toutefois, impressionné par le nom de Ragensch 
nisus, prétend que celui-ci correspond à Bagcmsone, 
Bezance, sur la rive gauche de la Vesle, ce qui est 
tout à fait inadmissible (1). Le second, considérant 
que si ce pagus s'appelait Bagensonisus, il s'appelait 
aussi Bansonie7isis et Bainscniiensis, qui ne sont que 
des variantes du même nom, dont la dernière surtout 
lui paraît fort caractéristique pour aider à trouver son 
emplacement, regarde comme certain qu'il avait pour 
origine étymologique et chef-lieu Baiiison, sur la 
Marne.Ce lieu qui est représenté aujourd'hui parle Port- 
à-Bainson et par la chapelle du prieuré de Bainson 
situés au-dessous de Châtillon, est le même que celui 
pour lequel Tilpin, archevêque de Reims, obtint de 
Charlemagne un précepte d'exemption de tonlieu sur 
le pont jeté sur la Marne en cet endroit {de ponte 
Besonensi) (1). Il en trouve la preuve dans le cartu- 
laire de Saint-Etienne de Châlons, dont un diplôme 
du roi Charles, de 868, désigne comme étant de 
ce pagus un village dont on retrouve le nom dans sa 
circonscription : villa Balliolis in page Bapisionensi 



(I) Âdriani VaUs. Nui. GalL, p. 73. 
(1) Flod. Bist. MemensU, L.I. e. T. 



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- 280 - 

qui doit être Bailleax-sous-Chatillon (1). D. Noël lui 
attribue aussi Vernoffiltts, Verneuil-sur-Mame. La dif- 
férence qui existe entre Bagensonisus et Bainsonien- 
sis s'explique très-bien, ajoute M. Houzé, par Fusage 
de nos ancêtres de placer un g euphonique entre deux 
voyelles. Ainsi ils disaient AUoïlus ou AUogilus (la pe- 
tite colline), Nantoïlus ou Nantogilus (la Valette) Ma- 
roilus ou Marogilus (la petite mare), et partant £aw- 
sonisus et Bagensonisus (le pays de Bainson). 

L'Otmois renfermait-il le Bainsonois dans les limites 
indiquées par D. Grenier et Guérard? On l'ignore. Le 
Bainsonois, qui dut comprendre surtout les doyennés 
de Dormans et de Ghatillon, disparut au x« siècle, 
comme TOtmois, avec son chef-lieu. Bainson ayant été 
ruiné par les guerres de cette époque si agitée, Ghatil- 
lon (Castellio) devint, vers 940, la forteresse et le lieu 
dominant de la contrée, sous les puissants seigneurs 
qui l'avaient fondé et qui en rendirent le nom célèbre. 
Le Bainsonois et TOtmois étaient mis en communica- 
tion avec Soissons par l'ancien chemin qui a été si- 
gnalé à propos du Tardenois et qui venant de cette 
ville, aboutit encore aujourd'hui au Port-à-Baiuson où 
l'on passe la Marne. Des monnaies gauloises et méro- 
vingiennes frappées à Bainson et à Vendières ont fait 
croire à l'existence en ces lieux d'ateliers monétaires (2). 

LA OALLEVèSE. 

Cependant l'emplacement que nous donnons à l'Ot- 
mois et au Bainsonois sur la rive gauche delà Marne, 

(\) B. de Barlhèltmy, Diocèse de ChM&ns, t. f •', p. 319. Le di- 
plôme de M8 est relatif à un échange qu'Erchanrade. èvéqoe de Chalons, 
fit à Baflieax-8oaa-Ghâtilloa. Le prélat cédait à un nommé Got- 
bert • villam quœ dicitur Balliolia in pago Bansionense. » (Céftal. de 
l'Eglise de Châlons, f iS, archiv. de la Marne, cité par D. Noël du» sa 
Notice sur Ghatillon. 

(2) D. Noël, Notice historique sur le canton de Dormant (1877). 



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— 2Ô1 — 

qu'ils franchissaient en plusieurs endroits, tant du côté 
derOrceois que du Tardenois, englobant ainsi Château- 
Thierry, soulève une question qu'il importe d'exposer. 
On se demande ce que l'on fera de la Qallevèse où 
l'on a voulu voir un pagus Oallivassinus. Nous répon- 
drons premièrement, que ce pagus n'est cité dans au- 
cun monument ancien; secondement, que son existence, 
non comme contrée administrative, mais seulement 
comme une certaine étendue de territoire, ne repose 
que sur une tradition récente et sur des étymologies 
problématiques, et que par conséquent la Galleoèse^ 
Brie Galleuse ou Pouilleuse, a très-bien pu succéder 
aux denx pagi Otmensis et Bagensonisus (l\ et faire 
place à son tour à la seigneurie et au duché moderne 
de Château-Thierry. Toutefois, pour ne rien avancer 
d'absolu en des matières si obscures, il importe de 
rapporter ici les opinions des critiques sur cette con- 
trée. 

Adrien Valois estime que le pagus GallivassinuSy 
habité par la peuplade des Oallevessans, est la Galle- 
vèse et qu'il eût pour capitale Tideriacumy nom pri- 
mitif de Château-Thierry, autour duquel il s'étendait. 
Il avait déjà émis cette opinion en traitant des Cata- 
launi. S'ingéniant à chercher la position géographique 
de cette peuplade dont il n'est question ni dans César, 
ni dans Strabon, ni dans Pline, ni dans Ptolémée, il 
imagina d'en faire une division des Vadicasses, dont 
parle le dernier en ces termes : « Meta Meldas, pros 
ten Belgiken Ouadicassioi k. poHs Noiomagos, » qu'il 
traduit ainsi en latin : « Ponuntur (in Gallia Lugdunensi) 
post Meldas prope Belgicam Vadicasses et urbs eorwn 
NoiomagicSf id est Noviomagus. p Ils faisaient partie 
des Vadicasses, de même que les Meldes, leurs voisins, 
faisaient partie du Parisis, lequel faisait lui-même 

(f) Notiee historique sur le canton de Châtillon 



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- «82 - 

partie des Senones. Or, dit-il, les Vadicassini, qui étaient 
de la Celtique ou Gaule Lyonnaise, lors du partage 
de celle-ci en !«* et 2« Lyonnaise et de la Belgique en 
1" et 2« Belgique, furent comme divisés en deux na- 
tions dont Tune, sous le nom de Catalauw, passa à la 
2* Belgique et l'autre, gardant le nom de Vadicassini, 
fut attribuée en partie aux Gliâlonnais, en partie aux 
Suessions et en pai ie aux Meldes. La partie soisson- 
naise appartient à 1 - 2« Ealgique, et celle attribuée au 
Mulcienà la !'• Ly >anai.e (1). 

Quant à la capit .e Nooiomagusy elle aurait pris le 
nom du peuple cata auniea et serait devenue Châlons. 
Ici les auteurs du Gc lia Christiana se séparent d'Adrien 
Valois et estiment ( ae c'est plutôt une autre ville plus 
ancienne, ou contei iporaine au moins, appelée en cel- 
tique Catelaon ou ( italaon qui aurait donné son nom 
au peuple, Laon, pi r exemple, n'est-il pas une expres- 
sion celtique à laquelle on a ajouté dun pour expri- 
mer sa situation sur une élévation? Laon-dun, par 
contraction Laodwi. Ainsi, de même que chez les 
Carnutes, il y eût deux villes principales, Autricimi et 
Qenabvm, de même il y en eût deux chez les Catalau* 
niens, Catalaunum et Nomomagiis; la première dispa- 
rut et la seconde survécut ; mais le peuple qui de la ville 
disparue avait été appelé Catalauni, se retira, peut on 
croire, à Noviomagus auquel il donna son nom. 

Ces hypothèses sont ingénieuses, mais ne sortent pas 
du rang des hypothèses, aussi bien cell3s d'Adrien 
Valois que celles du Gallia, Elles ont été inspirées au 
premier par la préoccupation où il était de trouver dans 
les Vadicassini la Gallevèsc, préoccupation qui lui a 
fait ajouter au texte de Ptolémée ces mots : in GnUin 
Lugdunensi et traduire meta Meldas par post Meldas 
(après les Meldes, à la suite des Meldes, au lieu de du 

(I) Adr. Vales. yotit. GaU, Art. Catalami. 



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- 288 - 

côté des Meldes. vers les Meldes), et proste Belgiken 
ipa,Tprope Belgicam {auprès delà Belgique, au lieu de 
dans la Belgique). Il est certain en effet que les Vadi- 
oassini ne peuvent se placer ailleurs que dans la Bel- 
gique et non dans la Lyonnaise, dont ne parle pas 
Ptolémée. Or, la 2^ Belgique comprenait, on le sait, les 
Ne/'viiy les Morini, les Atrebales, les Ambiant^ les 
Bellovacij les Veromandui, les Silvanectes, les Sues- 
siones, les Rémi y les Catalauni, C'est donc entre ceux- 
ci qu'il faut les chercher ; et, le seul correspondant 
des Vadicasses dans cette contrée est le Vadisus, Vor 
dens-is ou Valois placé entre Soissons et Senlis et an- 
annexé en partie à cette dernière cité. 

Une fois fixé sur Tattribution des Ouadicassioi de 
Ptolémée à la Gallevèse et à ses habitants, Adrien Va- 
lois démontre comment a pu se faire la transformation 
du nom grec de ce peuple. Il suffisait de changer le 
d en l pour tirer de Ouadicass^ioi, Vadicassesy Yadi" 
cassini ou Cadivassim, la Gallevesse, les Oallevessans. 
D. Toussaint Duplessis adopte ce sentiment, qui est 
suivi aussi par Cluvier (1), Lamartinière, etc. De Ké^• 
dicasses, dit Fauteur de THistoirede l'Eglise de Meaux, 
s'est formé Vadicassini, puis, par transposition des 
deux lettres V et C, on a fait Cadivassiniy et enfin par 
celle de d en l, Galivassini, de même que de Yadensis 
on a fait Valois, etc. 

L'autorité d'Adrien Valois est d'un si grand poids, 
que la plupart des géographes l'ont suivi, et qu'aujour- 
d'hui elle impressionne encore ceux qui s'occupent de 
ces matières. Néanmoins M. Houzé, dans sa carte de 
la Gaule au moment de la conquête de Jules César, 
place les Vadicasses entre les Suessions, au Nord et à 
l'Est ; les Silvanectes à l'Ouest, et les Meldes au Sud. 



(I) Clavier et d'autres géographes admettent ^e sentiment d*Adrien Va- 
lois, mais n'apportent aucune autre rais>>nqoe .es siennes (Philippi 01a- 
verti Introdactio in universam Geographiam Libri V) . 



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- 284 - 

Dans son autre carte de la Gaule romaine, sous Gra- 
tien, divisée en dix-sept provinces» c'est-à-dire 380 ans 
aprôs, il leur fait occuper la même position avec Nœ- 
magus, Noviomagus (le Noïomagos de Ptolémée) pour 
capitale; mais dans les cartes suivantes, il les re- 
place sur la Marne, ce qui semble trahir des hésita- 
tions. 

La Société archéologique de Château-Thierry, dont 
les travaux scientifiques doivent se porter natur^e- 
ment sur la province de Brie, ne pouvait manquer de 
s'occuper de la Gallevè se et de revendiquer pour elle 
l'honneur historique d'avoir succédé à l'antique peu- 
plade de Ouadicassioi. Elle a pour ainsi dire épuisé la 
question, concluant toujours en faveur de la Gallevèse. 
Mgr de Basilite, l'un de ses membres, non seulement 
se ramge du côté d'Adrien Valois et de D. Toussaint 
Duplessis, mais il les imite dans leur travail de trans- 
position de lettres sur le mot Vadicassini ; il renchérit 
même sur eux. Pour arriver, selon lui, de ce nom à 
celui de Oallevessans, il suffit de mettre la lettre v à 
la place de la lettre c et la lettre c à la place de la 
lettre v, ce qui produira Cadivassini. Que si l'on ob- 
jecte que Cadivassini fera Cadevessans et non Qalves- 
sans^ on répondra que cicada, par exemple, ne fait pas 
non plus cicade, mais cigale; ni cicuta cicue, mais 
ciguë ; que si Yadensis fait Yadois, on traduit pour 
tant ce mot par Valois. « Donc Yadicassini doit se 
traduire (aussi) rigoureusement par Gallevessans, et les 
Yadicassini de Ptolémée sont bien le peuple delà 
Gallevèse. » 

Un autre membre de la même Société, le docteur 
Corlieu, dans uq travail récent sur cette contrée, à 
laquelle il appartient, croyons-nous, par sa naissance, 
adoptant l'opinion d'Adrien Valois, voit aussi dans la 
Gallevèse les Vadicasses dont l'emplacement, dit-il avec 
raison, a été fort discuté parmi les savants, ainsi que 



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- 286 - 

celui de leur capitale Noviomaçus. U invoque le texte 
de Ptolémée et l'autorité des anciens géographes Or- 
telius, Bertius, Hardouin, celle plus récente de M. 
Houzé, pour corroborer cette opinion et repousser celle 
de Banville qui se prononce pour le Valois. Il y a en 
effet, dit-il, dans le texte du géographe grec là pré- 
position meta qui signifie après, et non uper, au-dessus 
de ; et ainsi les Vadicasses seraient placés après les 
Meldes et non au-dessus des Meldes, ce qui convient 
aux Gallevesans. Pour ce qui est de Noviomagtcs, nom 
commun à beaucoup de villes des Gaules telles que 
Lisieux, Spire, Nimègue, Nyon, Noyon, dont le radi- 
cal celtique latinisé est magus, marais, plaine, selon 
M. Quicherat, et, selon d'autres, l'équivalent de oppi- 
dum, ville forte, ce ne pourrait être Noyon qui est si- 
tué chez les Bellovaques et non chez les Vadicasses. 
Toutefois, le docteur Corlieu avoue que les distances 
diffèrent peu à la rigueur (quant au Valois et à la Gal- 
levèse) de celles que donnent les cartes de Peutinger. 
Et il ajoute, sous forme dubitative : • Si les Vadicasses 
habitaient les bords de la Marne après (meta) les Mel- 
dois ; si leur capitale était NovtomagtiSy nous ne voyons 
que la ville actuelle de Château-Thierry qui puisse 
avoir porté ce nom » au lieu de Tideriacimi. Le doc- 
teur Corlieu admet d'ailleurs que la GaUevèse a été 
habitée par les Suessions et les Meldes et qu'elle fit 
partie, sous Auguste, de la 2* Belgique. Pour complé- 
ter cette intéressante étude, il semble faire succéder la 
Brie, dont l'origine serait ôrta, dn^a,défrichement, cours 
d'eau, à la GaUevèse et donne à cette dernière pour^^a^i 
limitrophes VUrsisus au Nord, le Tardinoisîs au Nord- 
Est, VOtme)isiSj le Bagcnsonisus et le YJrtudefisis à 
l'Est, le Meldensis à l'Ouest, et le Senonicus, dont elle 
était séparée par la Seine, au Sud. 

[.es partisans du sentiment que l'on vient d'exposer 
sur l'attribution des Vadicasses aux Gallevesans, 



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- 286 - 

avouent que ceux-là disparurent, vers le v* siècle, lors 
de rapparition du saltus Brigiiis, pour ne plus repa- 
raître et qu'ils ne furent remplacés par aucune peu- 
plade dans une situation identique. Interrogé par eux 
sur cette particularité assez embarrassante, M. Houzé 
aurait répondu : « que le changement des noms de 
peuple est une chose très-obscure, que l'on peut bien 
retrouver les anciens noms de ceux qui existent, mais 
qu'on ne peut fixer l'époque des changements, » Et il 
aurait seulement ajouté : que Château-Thierry est très^ 
ancien et qu'il a perdu son nom, lors de la fondation 
du château, pour prendre celui de Château-Thierry, 
Cette disparition inexplicable des Gallevesans cédant la 
place au saltus Brighis, qu'ils auraient précédé, nous 
parait une raison grave que nous ajouterons, enson lieu, 
à plusieurs autres, pour prouver qu'il ne faut pas voir 
dans les Gallevesans les correspondants des Vadicasses, 
mais qu'il faut chercher ceux-ci dans le pagres Yadi- 
siis qui a survécu jusqu'aujourd'hui sous la dénomina- 
tion de Valois. 

On a épuisé la matière étymologique autour du nom 
de Gallevèse, appelée aussi Brie-Galieuse ou Pouil- 
leuse. M. Barbey ot son collègue, le docteur Corlieu, 
avouent que le nom de Gallevèse, transmis par une 
tradition dont on ne peut saisir Torigine, ne paraît 
dans aucun monument connu jusqu'au xvii® siècle, où 
on le trouve dans les écrits de quelques géographes 
modernes. Les uns le font venir de Gallia Vêtus (Gaule 
ancienne), les autres de- Gallia ou Gallus et de Vadum 
dont on aurait fait GalU-vassinus, qui aurait fait à son 
tour la Gallevèse. M. Barbey, dans une note où il s'ap- 
plique surtout à écarter les étymologies bizarres que 
l'on a donné à ce nom et qui ne reposent sur aucun 
fondement sérieux, s'arrête à cette dernière- Vaduni 
étant la traduction du gaulois vez qui signifie un gué, 
et la Marne qui séparait la Gaule proprement dite ou 



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~ 281 - 

Celtique, de la Belgique, selon le texte dos commen- 
taires, étant guéable en cet endroit, c'est-à-dire à Châ- 
teau-Thierry, c'est là qu'était le gué des Galls ou con- 
duisant au pays des Galls. Cette dénomination d'un 
fiflmple lieudit s'étendit à toute la contrée voisine qui 
devint ainsi la Galle vèse. Mais le nom de gué des Galls 
ayant été remplacé par celui d'un pont ou brige (brigio, 
brie, pont en celtique^ ce pont étant très-fréquenté et 
peut-être unique en ces contrées, le nom de Brie aurait 
fait oublier celui de Gallevèse absorbé par ce dernier. 
L'honorable archéologue, il faut le dire, n'a pas au- 
trement coaûaace en cette explication par trop ingé- 
nieuse. 

Un autre membre de la Société, Tévêque de Basi- 
lite, la 1 )pou3se en s'autorisant do MM. Arthur Ber- 
trand et Lecoq, archivistes de l'Ecole des chartes, les- 
quels pensent que Gallia s'étant contractée en Gaule, 
ne peut être la racine de Gall^ et prétend que vèse n'est 
qu'une terminaison, comme vace, vice y venant de la 
racine wys qui signifie homme, peuple, pays, cèdent 
il rapporte plusieurs exemples. Ainsi les Gallevesans, 
les anciens Vadicasses, seraient dans le sens primitif 
€ les hommes du gué, ou de l'eau, ou du fleuve, » vo- 
dvm signifiant gué et wys homme. 

Selon M. Corlieu, qui étudia spécialement ce sujet 
tout local, le nom de Gallevèse aurait une origine beau- 
coup plus simple. Gai signifiant B-rie, cette contrée ne 
serait qu'une division de la Brie dont on aurait fait la 
Brie Gallevèze ou Gallevoise, De Gallevèse corrompue 
en Galuèse par le changement du v en u, lettres qui 
s'emploient indifféremment dans les vieux auteurs, et 
Gallevèse ayant été écrit Galluèse en plaçant Vu avant 
Vey comme il arrivait dans neuf, dans cœur, qui s'écri- 
vaient 7iuefy cuer, on a pu facilement faire dégénérer 
Galluèse en Galleuse, ce qui a dû avoir lieu lors de la 
division de la France en gouvernements, sous François 



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- 888 - 

!•'. Reste l'épithète^ c non moins mal sonnante, de 
Pouilleuse > donnée à cette partie de la Brie, mais on 
Ta expliquée en la rapprochant de la première qui 
Taura engendrée. Qui sait toutefois si son origine n'est 
pas dans pa^tUtan, pabulosus^ lieu de pâturages, lieu 
plantureux? Cela n'a rien qui répugne. Mons-en-Puèle, 
en Feule, ne se disait-il pas en latin Mons in pascuis 
ou m pabulis et ne faisaitH pas partie du pagus Par 
bulensis, le pays de Povèle, Puèle ou Peule ? Nous en 
faisons juges nos doctes confrères de la Société acadé- 
mique de Château-Thierry, dont nous nous sommes 
efforcé, peut-être sans y avoir pleinement réussi, d'a- 
nalyser les opinions que nous avons le regret de ne pas 
partager entièrement et sur lesquelles nous reviendrons 
encore à propos du pagus Vadisua (1). 

VI 

PAGUS MELTIANUS 

LB MULaSN. 

Les Meldes ne sont pas mentionnés comme cité 
dans les commentaires de César. Ils y apparaissent 
néanmoins sous le nom de Meldi, ce qui a fait croire, 
non sans motif, à l'existence d'un pagxis Meldensis 
celtique. Voici le texte de César sur lequel s'appuie 
cette opinion. Le général romain s'étant rendu au 
port Iccius avec ses légions pour passer de là en Bre- 
tagne, y apprit que 40 navires qui avaient été faits 
chez les Meldi, rejetés par la tempête, n'avaient pu 

(t) Voyez le Bulletin de la Société archéoloaigue de Château-Thierry : 
Opinions de MM. Corlieu, Barber, l'abbé Wilbertet de Vertus, deTévè- 
qoe de Baailite. f873, p. '/f2. ~ Revne des Sociétés savantes, t. 5, 5* 
série, mars-avril f 87S, compte-rendu de l'histoire de Charly, par le doc- 
teur Corlieu. 



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tenir la mer et étaient retournés au lieu d'où ils étaient 
partis. « Cœsar ad poritcm Icciumciim leyioyiibvis per- 
venit : ibi que cognoscit XL navesj quœin Meldis factœ 
erant^ tempestate r éjectas tenere curstAm nofipotul^se, 
atqice eodem^ wide erant profectœ nlatas,., »(1) 

Au premier abord, dit Danville, la dénomination de 
Meldi fait songer au pagus Meldensis habité par les 
Meldi mentionnés par Straboa et Ptolémée. Cette 
première impression, qui était peut^tre la bonne, fut 
aussi celle de plusieurs savants critiques; néanmoins, 
il la rejette avec eux et croit qu'il doit être ici ques- 
tion d'un autre pays que du Mulcien et sans doute plus 
rapproché de la mer, attendu que César ne put faire 
venir des vaisseaux d'aussi loin et encore construits 
sur la Marne qui n*est qu'une .îvièro. « La navigation, 
ajoute le célèbre géographe, q li av lit été favorable au 
plus grand nombre des bâtiments co. i struits, selon toute 
vraisemblance, sur la Somme, TAuiie, la Canche, de- 
vait être au contraire dans une direction opposée et 
venant du Nord. » C'est là, on le voit, une pure sup- 
position. Danville n'en indique pas moins, comme de 
vaut correspondre aux Meldi de César, « un canton de 
la Flandre, voisin dé Bruges, dont le nom est Melp- 
feld^ qu'il rend par Meldicus crt»z/>w6,vuigairement 
Mal-deghcm vell, » prétendant qu'il nous a transmis le 
nom de Meldi € sans aucune altération. > Il rjoute que 
la rivière d'Iper avait autrefois plusieurs e abouchures 
par des bras différents et formait des ports, « à la hau* 
teur de Bruges précisément. » Ce sentiment lui paraît 
d'ailleurs plus recevable que l'idée d'effacé.* le nom de 
Meldi et de lui substituer celui de Unelli, cjmmele fait 
Nicolas Sanson (S). 



(I) Cesar L. V. C. V. 
(f) Dan^Ule, p. 45S 



37. 



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— 290 - 

M. de Saulcy se range à l'opinioa de Danville. « Oa 
commettrait, dit-il, une lourde erreur si Ton prétendait 
confondre les Meldes dont il s'agit avec ceux qui étaient 
voisins des Parisiens et des Senones, et dont le chef- 
lieu élait certainement où se trouve actuellement la 
ville de Meaux. » Il rectifie Torthographe des noms de 
la région indiquée par Danville, et qui s'appelle Melde 
Ghett, où se trouve le village de McUdi Ghem, et, à 5 ki- 
lomètres au Sud-Ouest d'Ostende, sur la côte, une 
autre localité du nom de Mildekerke, église des Maldes ; 
il y a là une petite baie qui s'ouvre à Ostende ; c'est 
là « très-probablement » celle où furent construits et 
où retournèrent les quarante navires (l). 

Cette théorie fut combattue, au point de vue phylo- 
logique, par M. Léon Fallue (2). Il répond à M. de 
Saulcy : qu'il ne croit pas que cesn oms rappellent celui 
des Meldœ, car Malde et Meld dérivent de mulde ou de 
mUde.en germain marécages, ghell couverts de roseaux; 
que midelkerkt veutdire église du jr.ilieUyqixe rédificesoit 
placé entre deux localités, ou bien au centre de terrains 
marécageux. En outre midel se retrouve dans Milde- 
bourg, « où M. de Saulcy ne s'avisera jamais de placer 
les Meldes » D'ailleurs, continue M. Fallue, comment 
César aurait-il pu faire construire des navires à quinze 
lieues au Nord d'Iccîus, « si près des Ménapiens tou- 
jours insoumis ? » Et puis les Morins et les Ménapiens 
n'étaient-ils pas, selon cet historien, voisins du côté de 
la mer ^Menapiis contermvii sunt ad mare Morini) ? Où 
donc placer les Meldes entre ces deux peuples ? Enfin, 
si l'on songe que la mer s'avançait vers Térouane 
et Ypres, jusqu'à Bruges etc., formant ainsi une large 
baie qui se prolongeait circulairement du promontoire 



(1) Campagnes de César dans les Gaules. Exp6diUoD de la Graode- 
Bretagne, p. 164. 

(2) ConquAte des Oaules, par L. Falloe, p. 153. 



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— sol- 
de Morins jusqu'à Dam et longeait ces villes, où placer 
les Meldes ? sous la mer, puisque les villages cités 
par M. de Saulcy ne datent que du xiii« siècle, ainsi 
que l'attestent des textes du Moyen-âge Ces réponses 
à M. de Saulcy et à Danville ne laissent pas que d'être 
très-graves. 

Néanmoins, M. E. Desjardins, dans son bel ouvrage 
de la Géographie de la Gaule, incline évidemment vers 
l'opinion de Danville, rectifiée par M. de Saulcy. Lui 
aussi rectifie les noms des localités cités plus haut. Il 
faut écrire Maldegem et non Meldeghem ; Middelkerke 
et non Mildekerhe, « et ce mot, dit-il, dont le sens 
est aussi clair que celui de Middelbourgy ne saurait 
rappeler par conséquent le nom des Meldi. Cependant 
la conjecture de notre savant confrère doit être, ajoute- 
t-il, géographiquement fondée (l) » Et il élimine le 
nom de la rivière de Meldich qui se jette dans l'Âa, 
près de Saint-Omer, indiquée par Henry, parce qu'il 
n'est pas dérivé de meldi (2). « Nous croyons,dit encore 
ailleurs M. Desjardins, avec M. de Saulcy, que les 
Meldi, qui reçurent ordre de construire quarante na- 
vires, étaient situés aux environs de Bruges et proba- 
blemenl sur les bords du golfe comblé auîourd'hui, qui 
pénétrait dans les terres jusqu'à Sithieuou Saint-Omer. 
C'étaient sans doute ces mêmes Meldi qui avaient 
fourni, l'année précédente, les dix-huit navires dont la 
navigation fut contrariée par les vents, etc. » Après 
avoir rapporté cette particularité, il avait déjà expri- 
mé, en effet, ce sentiment en ces termes : « On ne peut 
inférer qu'il ne s'agit pas ici des Meldi, peuple de l'in- 
térieur, sur les bords de la Marne, mais évidemment 
d'un peuple situé sur les côtes maritimes. M. de Saulcy 
a probablement raison de les placer aux environs de 

(I) Géographie de U Gaule romaine, t. I*% p. Ml. 



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- 292 - 

Bruges, où quelques noms modernes lui semblent être 
un souvenir de celui des Meldi (1). Enfin, dans sa Carte 
composée des côtes, depuis Dieppe jusqu'aux bouches 
du Rhin, Térudit géographe indique, au-dessus despa- 
ludes Mo7'iao7'nm, les Meldi avec un point d'interroga- 
tion, entre les Menapii et la mer, là où il marque sur 
la côte J^liadelkerke et melherke (2). 

En proseace d(* telles autorités, nous avons dû hé- 
siter à faire lioiv^ choix sur la position topographique 
des Meldi de Cé3.;r, et si nous nous sommes décidé 
à soutenir l'opinion contraire à la leur, c'est surtout 
en remarqU'int, dans l'exposé de M. Desjardins, cer- 
taines formas dubitatives. Nous ferons donc obsener 
que le trajet de Meaux à l'Océan par la Marne et la 
Seiae n'est pas aussi long qu'on le suppose ; que le 
uoiabre extrêmement considérable de bâtiments que 
César employa pour passer en Bretagne, la rapidité 
avec laquelle il en fit construire la majeure partie, en 
excluant toute idée de grandeur, indique qu'il s'agit 
ici de petits navires, ou plutôt de forts bateaux n'exi- 
geant qu'un faible tiran d'eau, destinés à faire un court 
trajet et qui en effet ne purent comme les autres tenir 
la mer. Ces navires des Meldes ne devaient pas diffé- 
rer de ceux que Labiénus avait réunis pour le .siège de 
melodunum (Melun) : {deprehe^isis circiter navibus L, 
celeriter g^ue ùonjunctis atque eomilitibus impositis.,.) 
et dont il se servit ensuite pour transporter sa cavale- 
rie vers Lutèce où les Gaulois attaquaient son camp. 
{Naves qiuzs a Meloduno deduxcrat singidas equitibus 
romanis attribuit,. ,) (1). 

Voici, d'ailleurs, un autre texte où l'on voit le nom- 
bre incroyable de navires que César employa pour cette 
expédition en Bretagne: « fmvibus circiter LXXXanera- 

(0 Ibid. 385. 

(2) Planche XV. Ibid 

l3) César L. 4, C. 58. 



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riiscoantis contractis que, quodsatis esse ad duos legi(h 
nés transportandaseœistimabat » (1) auxquels 80 il faut 
encore en ajouter 18 autres, et cela pour transporter 
deux légions seulement. Disons aussi que le Mulcien 
offrait par ses forets le bois nécessaire àl a construction 
de cette sorte de petits bâtiments de transport. Mais ce 
qui devrait faire surtout tomber Tobjection tirée de la 
difficulté d'organiser une flotte en Mulcien, c'est que 
les auteurs latins nous fournissent de nombreux exem- 
ples de ce genre de flottes sur les rivières et qui étaient 
cependant assez importantes j>our qu'on mit à leur tête 
des maitres comme il y en avait à la tête de la cava- 
lerie : la Notitia dignitatum imperii cite un magis- 
ter classis Sambricœ in loco Quartenst seu Homensi ; 
nnprœfecttis classis Anderecianorum Parisii^. lly avait 
d'autres préfets de la flotte du Rhône à Vienne ou à 
Arles (2) 

Ces raisons qui durent, ce semble, se présenter à 
l'esprit d'un homme aussi sagace qu'Adrien Valois, 
ne paraissent pas l'avoir touché, car il n'admet pas 
l'assimilation des nieldi qui fournirent des navires à 
César avec les nieldi de la Brie, quoique cette idée des 
deux noms doive frapper tout d'abord ; toutefois, il 
n'invoque aucun motif pour la repousser. Il n'en est 
pas de même de M. Bourquelot qui l'admet carrément 
en plusieurs endroits de son excellent ouvrage sur les 
Foires de Champagne, Le territoire champenois, dit-il, 
avait pour habitants, à l'origine, les Remiy les Cata- 
launi, les Lingoni, les Senoncs et les Meldœ. Les Tri- 
casses paraissent avoir appartenu à la confédération 
des Senofies. Les Rémi étaient Belges ainsi que les 
Catalauniy les autres Celtes. Les Rémi, les Lingones^ 



(1) md C. 60. 

(2) Histor. de France,' t. f", p, 128. 



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-agi- 
les Senones^ les 7neldœ figurent dans la relation de la 
conquête des Gaules par César (1). 

Lors des modifications opérées par Auguste dans la 
Celtique dont il tira la Lyonnaise, les meldi, les Velto- 
casses (Vexin), les Caletes (Oaux), furent, d'après 
Ptolémée, compris dans celle-ci. Strabon mentionne 
expressément les Metdi et leur situation. Sur la Seine, 
dit-il, sont aussi les Parisii... tnsiUam habitantes in 
flumine et urbem iuteiiam (Lucototia) ; tum Meldœ 
(Meldoï), Lexobii (Lisieux), ht ad Oceanum; et le plus 
considérable de tous ces peuples sont les Rémi, avec 
leur capitale Durocortora, ville fort peuplée et rési- 
dence des gouverneurs romains (2). Pline parle des 
Rémi fœderati, des Meldi liberi, Strabon donne à ceax- 
ci pour ville principale latinum qui correspondrait à 
Festrimtm (3), En effet, d'après la distance de 16 
lieues où est /a/inum d'Augtcslomagus (Seulis), laquelle 
est égale à celle qui sépare Senlis de Meaux^ c'est-à- 
dire de 16 lieues gauloises, latinum est donc la même 
ville que Meaux. D'autre part, la continuation de la 
route par Calagum et Riobe, concourt à prouver que 
Festrinum ne peut être que la capitale des Meldi ou 
latinum qui a pris ensuite le nom du peuple et Melde, 
en passant par meltis, melcis et milicianus, termes 
latins du moyen-âge, a fait Meaux et le Mulcien (4). 

Dans la Nolitia provinciarum et civitatum Galliœ, 
le Mulcien figure sous le titre de civitas Meldomm, 
preuve sans réplique de l'érection du pagus Meldcnsis 
en cité et plus tard en évéché. Meaux sa capitale, l'an- 
cien latinum, s'étend sur les deux rives de la Marne, 



(l)Mém. de divers savants, Académie des Inscriptions, 2* série,» t. 5, 
p. 87. 

(2) Histor. de France, t. i*', p. 57, Strabon, L. 4. 

(8) ibid., p. 74. 

(4) Histor. de France, t. I\p. 875. «- Nithard, L. 4 et nne Viede S. 
Permin, citée par A. Valois, p. 885. 



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- 295 - 

qui était la limite de la Celtique au Nord, mais la 
partie la plus oonsidérable est sur la rive droite de 
cette rivière, en sorte, dit Adrien Valois, que si la 
Marne était la limite naturelle stricte des deux grandes 
provinces, elle serait plutôt de la Belgique que de la 
Celtique, depuis la Lyonnaise (1). Mais on n'ignore pas 
combien cette limite a dû varier et qu'il est très-pro- 
bable que le pagres celtique, comme la civitas gallo-ro- 
maine dut s'étendre au moins quelque peu au-delà de 
la rive gauche. Ce ne serait pas une raison, parce que 
la ville aurait été sur cette rive, de placer la civitas 
dans la Celtique ou Lyonnaise-Senonaise, plutôt que 
dans la Belgique. Du reste on sait que c'est Thibauld, 
comte de Champagne, qui ayant fait dériver la rivière 
au Sud de la ville, la plaça ainsi sur la rive droite, ce 
qui a induit en erreur plusieurs géographes. 

Nous avons attribué le pagus Meldensis celtique à la 
cité primitive des Suessions, parce qu'il semble, par sa 
position, s'y rattacher naturellement, surtout si l'on con- 
sidère, ainsi que nous espérons le prouver, qu'il s'éten- 
dait en grande partie au Nord de la Marne, du côté du 
Valois et de l'Orceois ses voisins. Les auteurs du Gallia 
Christiana^ dans l'incertitude où ils se trouvaient sur 
ce point, se sont contentés de dire : que pi les Me! des 
n'appartenaient pas aux Parisii, ils leur furent soumis 
quelquefois ou « quelque temps (2). » 

La cité de Meaux, peu considérable, devint le comté 
de Meaux, comitatus meldensis dont parle Grégoire de 
Tours, le terriiorium meldense des Gesta régis Dago- 
bertij le pagus meltianus des capitulaires et des di- 
plômes mérovingiens et carlovingiens et le mclticmis 
cité par Louis-le-Débonnaire dans le partage de ses 
états entre ses enfants. On remarquera que dans ces 



(') Adr Vales. Not. Gall. art. Meldensis. 
{t)QalL ChrUi., t. IX, Eccl. Meld. 



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- 2W- 

textes le Mulcien n'est pas désigné sohs le nom decwi- 
tas, laquelle en effet ne paraît pas avoir contenu d'au- 
tres pc^i que le Melcumus. Voici le texte de Gr^oire 
de Tours : 

« Gondobaldus comitatum Meldensem accipiens, in- 
« gressus que urbem, causarum actionem agere cœpit. 
« Exinde dum pagum urbis in hoc officie circumiret 
€ in quadam villa interficitur (1). » Dagobert I, dans 
un diplôme concernant l'abbaye de Rebais, s'exprime 
ainsi : « lUustris vir Dado, referendarius noster, ejus- 
« que germani adoct Rado monasterium Jérusalem... 
€ quod vulgo appoUatur Resbacis in Meldensi territo- 
€ rio situm construxerunt (2). » Rebais est aussi placé 
par une bulle de Jean IV, de 642 « in page qui diciiur 
Meldicics, > et par une autre de Martin I < m pago 
Meldensi (3), » Un diplôme du roi Thierry III, de 688, 
en faveur de Saint-Denis, mentionne Lagny-eti-Mul- 
cien « villa mmcupanti LaUniaco quœ ponïtur in pago 
meldico (4). » Pépia restituant à cette abbaye des 
biens qu'il lui avait enlevés, fait figurer, dans un acte 
de 751, diverses localités situées drns la Brie, le Mul- 
cien, le Beauvaisis et le Chambliois (5\ On attribue à 
saint Fiacre le défrichemeat de la partie de Tépaisse 
forêt de Brie où fut fondé le monastère de Jouarre, 
dont il resta, dit l'auteur des Forêts de la Gaule, les 
bois de Meaux et de Jouarre {Joranics salins). 

Lepagus tnelcianurS fit partie du 5* missaticum com- 
prenant les pagi suivants : Parisiacus, meldensis, Sil- 
vanectensts, Bellovacensis, F endoliencis et Velcassinus, 
confié à Louis, abbé de Saint-Denis, à l'évêque Irmen- 



(1) Greg. TuroD, C. 8. 

(2) Diplom. Pardessus, t. 2, p. 33. 

(3) /i'id.^p. 83. 

(4) Ihid., p. 404. 

(5) Ihid,, p. 419. 



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- 297 — 

froid, Ingelwin et Gotselme (1). Il figure dans le ca- 
pitulaire de Charles-le-Chauve, de 853, avec d'autres 
pagi dans cet ordre : pagi Bellovacensis, Silvanectensis^ 
Vetcassinics , Melcicmus et Panstactis, si toutefois on 
peut dire qu'on observait dans ces pièces quelqu'ordra 
géographique (2). Le comté de Meauz, dit Dan ville, 
remplissait donc l'intervalle qui sépare le Parisiacus du 
Milidimensis. Le nom actuel de Mulcien, ajoute-t-il, 
se borne à la partie qui est au Nord de la Marne, le 
reste étant compris dans le Brteginm. 

Nous regardons aussi cette partie comme ayant 
formé surtout le pagus celtique avant que, franchis- 
sant la Marne, il empiétât largement sur la Brie. Sur 
la rive droite il touchait aux Silvanectes, au Valois et 
à rOrceois. C'est de ce côté que se trouvent les loca- 
lités suivantes qui rappellent le nom des anciens Meldi : 
May-en-Mulcien, Assy en-Mulcien, Rhée ou Retz-en- 
Mulcien, Rosoy-en-Mulcien, Rouvres-en-Mulcien, lequel 
est peut-être le Rodomum d'un diplôme de Charles -le- 
Simple en faveur de l'abbaye de Moriènval (3), qui était 
situé en ces quartiers-là ; Isles-les-Meldeuses, nom d'un 
village situé sur la rive gauche de la Marne et qui vient 
des îles que l'on y voit dans cette rivière. 

Ces lieux, par leur position géographique, indique- 
raient que l'antique pagus était d'abord assez exigu. 
Borné au Nord par la vallée de la Grinette qui se jette 
dans l'Ourcq à Neufchelles, après avoir arrosé Maque- 
lines, Retz, Antilly et CoUinances, au-delà desquels 
sont Thury-en-Valois et Crépy-en-Valois, il traverse 
l'Ourcq et, suivant à peu près la vallée du Clignon, 
autre aflaïuent de cette rivière sur sa rive gauche, il 
remonte ce ruisseau en prenant Montigny-l'Allier, 

(1) Histor. de France, t. 6, p. 616, Capitul. de Servais. 

(2) CapitulaHa Baloze, t. 2, col. 69. 

(3) Annales du diocéte de Soisions, t. I. p. 550 

88 



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- 29Ô - 

Cerfroy, Brumetz, Gandelu, puis, descendant an Midi, 
il laisse Veuilly-la-Poterie, Marigny-en-Orceoîs, prend 
Germigny, d'Huisy, laisse Montreuil-aux- Lions dont il 
suit le ruisseau jusqu*à la Marne, au delà de Ste-Aulde. 
Ces limites furent celles de la cité gallo-romaine, au 
Nord. Ce n'est qu'après l'érection de celle-ci que le 
Mulden dut s'étendre foii; au Midi, entre la Marne et 
la Seine, et s'allongea jusqu'aux cités des Sénones et 
des Parisiens. On trouve auprès de Ville-Selve en Ver- 
mandois Flavy-le-Meldeux, et dans le Laonnois Chè- 
yresis-le-Meldeux^ mais nous ignorons quels rapports 
il peut y avoir entre ces localités et les Isles-Meldeuses 
qui rappellent si bien les anciens Meldes. 

Le géographe Abraham Ortelius, qui vivait vers 
1594, resserre encore davantage le Mulcien primitif. Il 
lui donne aussi pour frontières au Midi et à l'Est la 
Marne, à l'Ouest la rivière de Claye qui passe à Claye, à 
Thieux, etc., tombe dans la Marne au-dessus d'Anet et 
le sépare du Parisis* et de l'Aulnay, pagellus du Pari- 
sis. Entre le Valois et le Mulcien il trace une ligne 
allant du Nord-Ouest au Sud-Ouest en prenant Saint- 
Faron, Noyon, Montigny, Baron, etc. Ce Noyon est 
tout proche de Plessis-Boulancy qui est du Valois. Au- 
delà de la Marne, notre vieux géographe place la Brie 
proprement dite et Meaux sur sa rive droite ^1). 

La Goélle (Goella) paraît être le seul pagellus qu'ait 
eu le Mulcien. Elle s'étendait jusqu'aux sources de la 
Nonnette qui arrose Senlis, et dans l'angle formé par 
la rivière de Claye qui la sépare de l'Aulnay et un au- 
tre ruisseau son tributaire. La Goëlle entra dans la for- 
mation du comté de Dammartin qui s'appelle encore 
Dammartin en Goëlle. 

La civitas Meldensis forma le diocèse de Meaux le 
plus petit de la quatrième Lyonnaise. Il ne renferma 

{f) Théâtre dâ VUiUven^ par Abraham Ortelios. 



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-Mo- 
que deux archidiaconnés, rÂrchidiaconné de Meaux 
{Archidiaconatus Meldensis vel Major), au Nord delà 
Marne, et l'archidiaconné de Brie {Archidiacotiattis 
Briœ vel Briensis), au sud de la rivière. Le premier 
est formé du Mulcien proprement dit et comprend la 
Goelle ; le second comprend les lieux dits en Brie (1). 



vn 

LE PAGUS SILVANECTENSIS 

LB 8KNUSIEN OU SBRYÂIS. 

Un chanoine de Senlis, Jean Deslyons, auteur de Re- 
cherches sur ce diocèse, écrivait à Adrien Valois : 
Quœro originem Silvanectiy nec invenio inter opacas 
silvarum tenebras. « Je cherche l'origine de Senlis et 
je ne la trouve pas au milieu des forêts ténébreuses. » 
Nous essaierons d'être plus heureux que le docte cha- 
noine. 

La dénomination latine de cette contrée viendrait, 
selon le sentiment le plus commun, de ce que dans To- 
rigine elle était environnée de bois. De silva on au- 
rait fait Silvanecles, les habitants des bois. Aijgour- 
d'hui encore ce pays montueux est comme enveloppé 
de toutes parts par les forêts de Hallate, de Chantilly^ 
de Pontarmé, d'Hérivaux, de Dammartin, etc., qui 
formaient les extrémités du Silvacum, vers le Beau- 
vaisis, le Parisis et le Mulcien. Il s'appelait autrefois 
le Servais ou Servais pour le Selvois ou Selvats, qui 
correspondent rigoureusement à silva. Ne dit-on pas 
toujours Ville-Serve pour Ville-iielve^ village du Ver- 
mandois ; Servais pour Selvais en Laonnois ; la cha- 
pelle en Selvois, en Selvalt La capitale du pagus elle- 



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- 800 - 

même est située dans un demi-cercle de forêts. Ces rai- 
sons toutefois ne font pas impression sur l'esprit sagace 
d'Adrien Valois ; il croit que le nom de Silvanectes a 
plutôt une origine celtique que latine, mais on peut 
toujours dire que ce nom latinisé devait signifier 
forêt en langue gauloise (1). 

Si les Silvanectes ne sont pas indiqués dans César 
parmi les peuples de la Qaule-Belgique, on n'en doit 
pas conclure qu'ils n'existaient pas alors, mais qu'ils 
ne formaient qu'un simple pagus habité par une tribu 
inférieure, ainsi que le dit très-bien d'Anville. Ce peu- 
ple n'a pas surgi tout à coup au m criècle ; il était du 
nombre de ceux que César ne nomme pas, tels, par 
exemple, que les Catalaimi, et qui n'en remontent pas 
moins à l'époque celtique. On apporte en prouvée de son 
existence, dans ces temps éloignés, des monuments mé- 
galitiques, comme les pierres de Ruys, et des médailles 
gauloises trouvées sur son territoire (2). Toutefois si 
celles-ci sont attribuées justement aux celtes, les pre- 
mières pourraient l'être plutôt à la peuplade antérieure 
à l'établissement des Gaulois silvanectes , c'est-à-dire 
aux hommes des dolmens. 

Mais à laquelle des cités voisines faut-il attribuer le 
pagus celtique des Silvanectes ? C'est la question qui 
maintenant se présente. Sanson le fait dépendre plus 
probablement des Bellovaques, sans en apporter au- 
cune raison ; Adrien Valois paraît opposé à ce senti- 
ment ; M. Desnoyers regarde cette attribution comme 
€ incertaine » et croit que si elle a existé elle n'a pas 
été de longue durée. Un savant noyonnais, M. de Grat- 
tier, dans son Essai sur Noviodtmiwi, qu'il place à 
Soîssons, établit, d'après Sanson, Banville, Walkenaer 



(1) Adriani ValesiL.'Voe. Gall. 

(2) Mémoire snr Vorigine de la ville et du nom de Senlis (Comité ar- 
chéologiqne de Seaiis), anoée 1862-1869, par UT. Decaix de 9tilmoiir. 



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- 801 - 

et contrairement à l'opinion d'Adrien Valois, qu'il ap- 
partint primitivement aux Bellovaques et qu'il n'a pu 
leur rester annexé après la conquête, « la politique 
romaine ayant tendu à les aflEaiblir au lieu de les for- 
tifier, tandis qu'elle n'aurait au contraire trouvé aucun 
inconvénient à les laisser aux Suessions déjà annexés 
aux Rèmes et demeurés fidèles après la conquête (1). » 
Les Bellovaques et les Suessions se disputent donc 
seuls la possession de ce pagus celtique. 

Quant aux Bellovaques, il y a entre eux et les Sil- 
vanectes des limites naturelles, de grands bois et la 
rivière d'Oise qui devait les séparer aussi bien que des 
Suessions. On objecte que le diocèse de Beauvais fran- 
chit cette rivière depuis Verberie jusqu'à la Morlaye, 
mais on peut répondre que bien des remaniements ont 
dû avoir lieu depuis cette époque reculée et que l'é- 
vêque de Soissons revendiquait aussi plusieurs pa- 
roisses du Beauvaisis, de ce côté, preuve de l'incerti- 
tude qui régnait encore sur ces limites en deçà de 
l'Oise. Quant à nous, nous n'hésitons pas à voir dans 
le Senlisien un pagus celtique du Suession dont il était 
avec le Valois le dernier prolongement environné de 
bois et bordé par l'Oise. Du reste, les détails qui vont 
suivre pourront rendre au moins vraisemblable cette 
opinion que nous partageons avec d'autres critiques. 

Le yagus Silvanectensis revit encore sous la 2* race, 
n reparaît dans un capitiilaire du concile d'Attigny , de 
823, où on lui donne le titre de- coinitatiis ; dans le 
capilulaire de Charles-le-Chauve, donné à Kierzy en 
853. où il est clairement distingué du Vadisus, dxxMel- 
densis et autres pa^i voisins. Il faisait partie du mis- 
àaticum^ comprenant les pagi Remensis, CatalaunensiSy 
SuessionensiSj Sylvanecttis, Bellovacus et Lâtidunensis. 
Il est désigné dans la vie de S. Génulfe sous le nom do 

(1) Bulletin archéologique du Comité de No)oo, t. S, 1877. 



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- 302 - 

pagus Silvanectensis [l). On connaît un titulaire du 
comté de Senlis ; Bernar ius Silvanectensis cornes, le- 
quel prit et ruina, en 945, le château de Montigny-Len- 
grain, en Soissonnais (2). 

Un petit nombre de lieux sont placés par les titres 
anciens et les auteurs dans le Senlisien. Outre la cha- 
pelle en Servais, il y avait Fresnoy-la-Rivière, Bettan- 
court (Betton-Cortem), son voisin sur la rive gauche 
de l'Automne, AUemans (villa Alamanorum)^ cités dans 
un diplôme de Charles -le-Simple pour Morienval, où 
sont rappelées les donations de Charles-le Chauve à 
cette abbaye (870 et 920) (3) et le prieuré de Braye 
{in pago Silvanectetisi.,, villa quœ dicitur Braïco). Il 
faut donc pour retrouver les limites de la cité gallo- 
romaine des Silvanectes, recourir à la carte du dio- 
cèse de Senlis qui la représente. Or, le diocèse n'allait 
pas, au Nord, au-delà du cours, puis de la vallée de la 
petite rivière d'Automne, et des branches de cette val- 
lée qui remonte vers Morienval et Bonneuil. A l'Est il 
aboutissait à la forêt de Retz et s'arrêtait, vers le 
Sud, à la Faloise, où, comme dit M. Graves, com- 
mence la contrée naturelle du Mulcien, c'est-à-dire 
aux sables et grès couronnés par le travertin moyen. 
De ce côté il aboutissait à Plailly, (Plaitlayacum), 
près de Mortefontaine que le diplôme de Charles-le-Sîm- 
ple place en Mulcien. Il aboutissait,à l'Ouest, non pas à 
l'Oise, mais à la forêt deHallate qu'il embrassait dans 
son ensemble. Au Nord-Ouest, la partie qui s'étend en- 
tre la rivière et la forêt était encore en litige, l'an 
872, entre l'évêque de Soissons et celui de Beauvais. 
Cinq paroisses, du nombre desquelles était Villeneuve- 
sur- Verberie étant revendiquées par les deux prélats, 

(1) ViU s. Genulfi, L. 4, C. M. 

(2) Flod. Annal, an. 945. — An. da diocèse de SoUsons, l. I, p.OI. 
(8) Annales du diocèse de Soissons, t. i, p. 467 ei 551 . — Hittor. de 

France, t. 9, p, 546. 



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~ 308 - 

Charles-le-€hauve les assigna à révêcho de Beauvais 
quoiqu'il paraisse certain, ajoute le même auteur, que 
Villeneuve faisait partie du Suession (I.) 

En tout état de cause, il est certain que lepaçtasil- 
vanectis perdu au milieu d*une masse forestière, et de 
faible étendue, était, comme les Meldes, érigé en cité 
par les Romains au ii« siècle, puisqu'il apparaît avec 
cette qualité dans les auteurs latins postérieurs à César 
et qu'il forma ensuite un évêché au in«. 

Pline en effet mentionne les Silvanectes en ces ter- 
mes avec les Suessions et d'autres peuples de la Gaule : 
Nervii liberi, , Suesstones liberi, Ulbanectes liberi pour 
sulbanecies ou sulvanectes, qui sont aussi les corres. 
pondants de Sumanectoi on Subaneotoi, de Ptolémée (2). 
Il semble, d'après cette expression de liberi, que les 
Silvanectes et les Soissonnais eurent part aux mêmes 
avantages tandis que les Rémois sont appelés /'eipû^é'ra/i, 
comme ils avaient autrefois partagé la même infor- 
tune ; ou bien que les Silvanectes recouvrèrent leur 
autonomie par rapport aux Suessions, comme ceux-ci la 
leur par rapport aux Rémois, en un mot qu'ils furent 
détachés de Soissons, etSoissons de Heims. Dans la No- 
titia Dig7iiiatimt imperii, le Senlisien est placé dans la 
seconde Belgique, Silvaneotas Belgicœ sectoidœ, et 
dans la notitia provinciarum il est appelé civitas silva- 
neclitm ou silvanectensium et est aussi placé dans cette 
province. Le même monument nous apprend qu'il y 
avait même dans cette cité et dans celle de Reims un 
préfet des Lètes étrangers : « Prœfeclus Lœtorum gen- 
tilivm Remos et silvanectes Belgicœ secundœ {3). » 

Strabon indique la position géographique de la cité 



(1) Flod. Annal» an. - Graves, Notice archéologique sur le déptrte* 
ment de l'Oise. 

(2) Plin. Histur. naturaUi, L. à, C. 7. 

(3) Voyez ces monuments dans les historiens de France, t. f, p. ISS. 



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- 804 - 

de Senlis par rapport aux autres ciiés ses voisines et 
donne le nom ancien de sa capitale : « Sitb his (les 
Nerviens) svbanecti quorum civitas ab Oriente sequanœ 
fltwii Rotomagus (ou Rhotomagns) — sub quitus Fe- 
romandui quorum civitas Augusta Veromanduorum — 
sub lis suessiones quorttm civitas similiter ab Oriente 
sequanœ fluvii Augusta suessionum. Post quos juxta 
flwnwn Rhemi et eorum ctvitas Durocortorum (1). — 
Ptolémée, comme Strabon, nomme la capitale des Sil- 
vanectes Rotomagos (2) au lieu de Augustomagus in- 
diqué dans l'Itinéraire d'Antonin et à la Table théodo- 
sienne. 

Si cette exposition géographique de Strabon, qui a 
commis bien des erreurs, est loin d'avoir toute la 
précision et l'exactitude désirables, quant à la situation 
vraie du pays des Silvanectes, il ne faut pas la cher- 
cher ailleurs que parmi les peuples indiqués par ce 
texte, c'est-à-dire parmi les Nerviens, les Vermandois 
et les Rèmes. Or, dans ces quartiers de la Gaule-Bel- 
gique, les Senlisiens sont le seul peuple qui corres- 
ponde aux submiectioxx silvanectes de cet auteur. Adrien 
Valois n'en est pas moins d'avis, tout en admettant 
l'existence des Silvanectes et leur position géographi- 
que au lieu que nous indiquons, que les Ulmanectes 
ou Ulbanectes des diverses versions de Pline ne 
peuvent leur être appliqués, sans toutefois indiquer où 
ceux-ci devraient être cherchés. Le doyen Jean Des- 
lyons se range de son avis. On ne saura, dit de son 
côté D. Bouquet, si Rhotomagus est V Augustomagus 
des itinéraires et de la table de Peutinger que quand 
on sera certain que les Subanecti sont les mêmes que 
les Silvanectes. 

Cluvier, que le Gallia Christiana qualifie de doctissi- 

{\)Tbid., t. «,p. 770. 
(2)Ptolém6e, Lib. I. G. 25. 



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- 305 - 

mus geographicuSf le non moins érudit DanvUle, et 
Adrien Valois, croient que les anciens géographes, 
Pline et Ptolémée, se seraient trompés en appelant, 
par une altération de nom, la capitale des Silvanectes 
Ratomagus, Ce serait Augtistomagus {Augusti-magiis 
oxkAugustimansio), laquelle prit ensuite le nom de Sen- 
tis, corruption de celui du peuple de la cité des Silva- 
nectes. En ce cas Ratomagus pourrait être VAugusto^ 
magi4S altéré dans ses deux premières syllabes. Leur 
véritable capitale, dit en effet M. Desnoyers, est Au- 
gustomagus que désignent la Table de Peutinger et 
l'Itinéraire d'Antonin, et qui, du nom du peuple, devint 
incontestablement Senlis. D'autres savants ne se conten- 
tant pas de cette assertion toute conjecturale, ont cher- 
ché à découvrir une ville dont le nom correspondrait 
mieux au Ratomagus de Ptolémée et de Pline. Peut-être, 
dit l'un d'eux, faudrait-il dire qu'il y avait deux peu- 
plades dans cette contrée, dont l'une, plus favorisée, 
fut érigée en ctvitas, tandis que l'on retrouverait dans 
Ratomagus et Rossontensis le Ressontois, situé au-delà 
de l'Oise et au-dessous du Noyonnais,lequel demeurant 
dans son infériorité primitive, n'a trouvé que Grégoire 
de Tours pour le reconstituer. Cette opinion émise par 
M. Jacobs, dans sa première édition delà Géographie 
de l'historien de la conquête, mais rétractée par lui 
dans la seconde, n'en devait pas moins trouver place 
ici, puisqu'elle peut être un point de départ vers de 
nouvelles recherches. 

Une autre opinion s'est produite en faveur de l'exac- 
titude du nom donné par Ptolémée et Pline à la capi- 
tale des Silvanectes. Elle est soutenue entre autres par 
€ le savant chantre Rouyer, » chanoine de Senlis, en 
ses Mémoires manuscrits. Il prétend que cet oppide fut 
appelé d'abord Ratomagus^ puis Augustomagus,; nous 
serions assez de cet avis. Ratomagus, oppide ou cas- 
/rum celtique principal des Silvanectes, a puêtretrans- 



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formé ea Augustomagus^ capitale de la civitas gallo- 
romaine. Cette forme semi-latiDe semi-gauloiae, se re- 
trouTe dans Cœsaromagus (Beauvais), Naoiomagui 
(Noyon). Pline et Ptolémée oat très-bien pu employer 
randen nom au lieu du nouveau. Ces géographes ont 
même pu préférer le premier au second, employé 
dans les documents officiels. Il serait donc assez ra- 
tionnel de dire que le nom de la capitale celtique des 
Silvanectes, lors de son érection en cité, a été roma- 
niséen l'honneur d'Auguste, tout en conservant la ter- 
minaison ancienne magus, comme cela est arrivé pour 
beaucoup de cités. On sait du reste, ainsi que le fait 
remarquer le même auteur, M. Jacobs, que des villes 
conservèrent quelquefois leurs anciens noms qu'on em- 
ployait concurremment avec les nouveaux. Ainsi , Gré- 
goire de Tours désigne Autun, Angustodunvm, sous le 
nom de JEduorum civitas, dans son Histoire; et il ap- 
pelle encore Orléans Genabensis urbSf de l'ancien Gêna- 
bum, dans ses Vies des Pères (1). Reims n'a-t-il pas été 
souvent désigné sous son nom de Durocortorwnf 

On a élevé aussi des difficultés sur l'origine du nom 
moderne de Senlis. Adrien Valois affirme, contre le 
doyen Deslyons, que le nom âH Augustomagus disparut 
à son tour, quec et oppide s'appela castrumSilvanectes^ 
nom que lui donne Usuard, puis Silvanectas^ Stfoiocum, 
d'après Loup de Ferrières, Sanletensejn urbem, selon le 
livre de Vita S. Genulfiy toutes formes qui étaient un 
acheminement vers le Senlis d'aujourd'hui. Grégcùre de 
Tours est le premier auteur qui ait donné le nom de^7- 
vanectum à l'antique A ugustomagm. Ainsi la ville aurait 
pris peu à peu le nom du peuple silvaneote d'où est 
dérivé Senlis, comme cela est arrivé pour Reims, 
Soissons» Beauvais, Meaux, Amiens et tant d'autres 



(I) Jaoobs ubiéupra, p. tl6. 



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-807- 

Tilles (1). Le Gallia Christiana, Expilly, M. Desnoyer 
n'hésitent pas à adopter ce sentiment que repousse M. 
Caix de Saint-An; our dans son Mémoire sur r origine 
de Sentis, trouvant qu'il y a bien loin de la dénomi- 
nation Sitvanectes à Senlis auquel il donne une origine 
purement celtique (2). 

La situation d'AuçustomaguSy quoiqu'elle ne puisse 
donner lieu à beaucoup de difficultés, a été aussi l'ob- 
jet de quelques doutes. Il en est qui ont placé Senlis 
dans le Valois dont elle est très éloignée et en ont fait 
le cheMieu de cette contrée, qui est Grespy. Selon M. 
Peigné-Delacour, Toppide de Senlis n'occupait pas le 
même emplacement que la ville actuelle, mais un au- 
tre endroit de son territoire où l'on rencontre une voie 
gauloise, près du hameau de Villeoert, Ce n'est là du 
reste qu'une pure hypothèse qui ne rentre pas d'ail- 
leurs dans notre sujet. Confondant les oppides, véritar 
blés villes et places fortes, qui n'étaient pas nombreux, 
avec les lieux de refuge, les simples camps, le même 
auteur en découvre d'autres chez les Silvanectes, ceux 
de Rhuis, de Oouvieux, très-rapprochés entre eux et 
dont il fixe la position (3). Il place Varx ou oppidum 
de Rhuis sur un plateau situé au-dessous de ce village 
près de Verberie. Nous nous contenterons de détermi- 
ner géographiquement la situation d'Àuffustomagus^ 
le Senlis gallo-romain. 

L'Itinéraire d'Antonin le place entre Cœsaromagus 
(Beauvais), Siêessionas (Soissons), latinum, que la Table 
Théodosienne appelle improprement Fiœtrintmi (Meaux), 
ce qui doit faire cesser toute incertitude. Danville re- 
marque, il est vrai, que la distance XII de l'itinéraire 



(1) Had. Vtl. Not. QaU. 

W Mm. iwr VorifHiê de la HUe êi du nom 4ê SmOU, par M.Oaii d« 
laint- Amour. (Comité «rchéologiquo do Sonlis. Comptes reiidas oi m6- 
moim. Aiméo ltes.«86l). 

m ComiUdo SonUt. Gomptot rondut o( m4moifOs, 1802-1168. 



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— 308 — 

ne remplit pas Tespace qui sépare Augustomagiis de 
Suessionas, puisque cette distance est d'environ 29,000 
toises, en droite ligne, produisant 26 à 27 lieues gau- 
loise de mesure itinéraire, mais en reyanche la dis- 
tance de XVI lieues entre latinum et Àuffustomagus 
est inexacte (1). Inutile de dire que la situation du Senlis 
actuel répond parfaitement aux distances données à 
Augustomagus, par rapport à Cœsaromagus^ Augasta 
Sttessionum et Saniarobriva (Amiens), par l'Itinéraire 
et la Table Théodosienne. 

Cest au II* siècle que le pagtM Stlvaneclensi4 fut érigé 
en cité et que sa capitale devint, comme Reims, Sois- 
sons, Noyon,etc., une ville toute romaine, reliée à ses 
voisines par la grande voie de Rome à Gessoriacum et 
ses divers embranchements. On trouve la preuve de 
cette érection en ce qu'on ne lui connaît aucune divi* 
sion en pagi inférieurs. Pour former la nouvelle cité^ 
on annexa, paraît-il, à l'ancien ^a^uj la partie occiden- 
tale du Valois appartenant aux Suessions, lesquels, se- 
lon M. Desnoyers, auraient reçu une compensation de 
territoire au-delà de la Marne ; m|iis, il faut l'avouer, 
ce dernier point n'est justifié par aucune preuve. Cette 
annexion de la partie la plus considérable du Valois 
avec Crespy sa capitale, n'aggrandit pas beaucoup ni 
la dté^ ni le diocèse qui s'y forma au iii« siècle et qui 
n'occupèrent que le 8* rang dans la province ecclésias- 
tique comme dans la province civile de Reims* kugus- 
tomagus fut le cheMieu de l'évéché, comme il l'avait 
été de la civitas. 

Le diocèse de Senlis n'eût qu'un seul titre d'archi- 
diaconné qui suffisait à son peu d'étendue (Archidiato- 
nains S%lvaneetensis)y et primitivement que deux archi- 
prêtrés ou doyennés. L'un, le Doyenné de la Chrétienté 
de Senlis ( Decanatns Christianitatis Silvanectensù ), 

(f) DtiiTiUe, GéogrtphU, p. 176. 



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— 809 — 

représentait Tanden pays des Silvanectes ; Tautre, le 
doyenné de Crespy (de Crisptaco, de Crespeio)^ compre- 
nait la majeure partie du Valois. Un de ses titulaires 
figure, en 1270, dans une charte pour la collégiale de 
Sainir Albin de Senlis : Decanus Christianitatis de Cres- 
peio (1). Crespy devint même conune le second siège 
de l'évéché dont la maison épiscopale était à Bouillant, 
près de cette ville, particularités qui rappellent l'an- 
cien pagus Yadisus (2). Les autres doyennés ne datant 
que du xviii* siècle, ne peuvent fournir aucune indi- 
cation à la géographie historique. 

Malgré l'annexion d'une partie du Valois au Senli- 
sien pour former une civitas, les deux pagi n'en demeu- 
rèrent pas moins distincts. Sous les Mérovingiens ils 
continuèrent de former deux contrées administratives, 
deux comtés. Le pagus Silvanectensis reparaît dans 
Grégoire de Tours à l'occasion du traité d'Andelot, 
passé en 557. Par ce traité, il fut convenu que Childe- 
bert posséderait le Senlisien intégralement, et que 
quant au tiers de ce pagus qui était dû à Gontran, il 
serait compensé par le tiers de ce que Childebert possé- 
dait dans le Ressontois : « ( Ut Silvanectis dominus 
a Ohildebertus in integritate teneat, et quantum tertia 
« domini Guntchramni ex inde débita competiti de 
« tertia domini Ohildeberti quœ et in Rossontense» de 
€ Guntchramni partîbus comparetur) (3). » Selon le P. 
du Moulinet, bibliothécaire de Sainte-Geneviève, écri- 
vant à Deslyons sur le sujet qui nous occupe, ce texte 
indiquerait que le territoire du Senlisien devait être 
assez étendu, puisqu'il fut alors divisé en trois parts. 



(I) Carlier. HUt. àm Valois, t. S, p. 

(S) aBonaire historiq. de U Société de rHisloire de France. (Topog. 
ecd. IMS, par M. Desnoyers). 

\S) Greg. Taron. L. 9, G. SO. Ce chapitre est intitulé :« Ad divisio- 
nem SyWaneetensem > « Pars mea de uroe Siivanectensi,» {pour orbe on 
ciTitate.) 



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- 810 -« 

mais oe raisonnement ne prouve rien puisque rechange 
eut lieu contre une partie du petit pays de Ressontois 
dont nous ne tarderons pas à nous occuper. 

vm 

LE PAGUS VADISUS 

LB TALOIS 

De savants critiques ont émis des sentiments divers 
sur la position géographique des Yadicasses^ peuplade 
dont il n'est pas question dans César, mais qu'ont si- 
gnalée Pline etPtolémée et à laquelle ils donnent pour 
capitale Nœomagus (1). Les uns, tels que DanviUe, M. 
Houzé, etc., après un examen attentif des textes, les 
placent dans le Valois» entre les Silvanecteset les Sues 
sions; les autres, au contraire, les négligeant trop,ou, 
partant d'une interprétation fautive, les ont indiqués 
dans des contrées bien éloignées de celles fixés par 
eux. Ainsi Sanson et Briet les vont chercher dans le 
Nivernais, erreur qui leur fut inspirée par le nom de 
leur capitale Nœomagus que portait aussi Neversavant 
de prendre celui de Nevimum. Adrien Valois, sans les 
éloigner autant, les voit dans leChâlonnais et est suivi 
à peu près par Spruner dans sa Gavle au temps de 
César (2), et par Hardouin, d'après D. Bouquet, n se 
rapproche au moins beaucoup de la vérité. Nous croyons 
nécessaire de résumer ici ce que nous avons déjà dit 
fort au long de cette opinion en traitant de la Galle- 

It^yadicassesQViBodicasses.^i Valois^furent le nom 

(1) Guérard « omit le Valoîi dans m lifU des pa^ de U cit6 dei 
Saesftiojie et ne^le fait pu figurer ailleura. 
(I) Carte des Gaules au temps de César. 



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primitif des Catalauni et enrent pour ville Nomoma- 
gus. Pline et Ptolémée les indiquent dans la Gaule 
Lyonnaise et auprès des Meldes qui étaient, selon eux, 
de la Belgique ; mais comme ils étaient rapprochés de 
cette province, on pouvait facilement les lui attribuer. 
En effet, les Meldes, peuple de la Lyonnaise, sont sur 
la Marne comme les Catalauni et ont pour ville lati^ 
num. Poursuivant son Iiypothèse,il ajoute: que les Va- 
dicasses, nom primitif de leurs voisins le^; Catalatmi, 
auraient laissé ce nom à la Gallevèse, que Château- 
Thierry, l'ancien Tideriacum, aurait été la capitale de 
ce pagus Vadicassimis qu'on aurait partagé entre les 
Ghâlonnais, les Soissonnais et les Meldes jusqu'aux- 
quels ils s'étendaient, embrassant la Gallevèse. Cette 
opinion qui n'avait pas la moindre base solide, dit M. 
Desnoyers, n'a été adoptée par auciia des savants qui 
se sont occupés delà géographie ancienne de la Gaule, 
tels que Banville, Mannert et Walkenaër (1}. Récem- 
ment, le docteur Corlieu, on l'a vu précédemment, a 
fait néanmoins revivre l'opinion d'Adrien Valois et 
trouve dans les Vadicasses les habitants de la Galle- 
vèse. Nous avons exposé ses preuves ; on a pu en appré- 
cier la valeur. Nous ne mentionnons que pour mémoire 
le sentiment de ceux qui, trouvant les Bodicasses c\\é% 
dans Pline à la suite des Vadicasses, confondent ces 
peuples et les placent tous deux à Bayeux. Quelque peu 
d'ordre qu'observe cet écrivain latin dans la nomencla- 
ture des cités et des peuplades, on ne peut pas dire 
toutefois que les Yellocasses qu'il indique dans la 
Lyonnaise au milieu de peuples fort éloignés de la 
Belgique (Lugdunensis Gallia habet Leœovios, VellO' 
casses^ Calletos, Venetos^ etc.) soient les mêmes que 
les Vadicasses (2}. C'est aussi sans en apporter aucune 

(1) AnoMirede 1859, p. 909. 

(1) Plioe, L. 4, Histor. de France, t. !•% p. 58. 



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— su - 

preuve qae Jean de Paris prétend que, dès avant %0, 
le Valois s'appelait Valeitan et Valesium (1). 

Quant à nous, après un examen attentif et désinté- 
ressé du texte de Ptolémée» entraîné surtout par Fauto- 
rité de Danville, de Walkenanaôr et de MM. Desnoyers, 
Houzé, etc., nous avons cru pouvoir adopter l'opinion 
qui identifie les habitants du Valois à l'antique tribu 
des Vadicasses. Voici d'abord ce texte en grec et en 
latin : 

« Ton hai eirémenân anatolikéteroi Meldi hai polis 
Idtinon ». ^^ « Meta ous (Meldai) pros té Belgikê Otut" 
dthMsioi hai polis Noiomagos. » 

c Prœfatis orientaliores his {Meldœ) et civitas lati- 
num » — < Post quoi ad Belgicam Vadicasses et civi- 
tas Nœomagus » (2). 

D'après ces passages, il est clair qu'il faut chercher 
les Vadicassii auprès des Meldes ou après eux (meta^ 
post), vers la Belgique, du côté ou sur les confins de la 
Belgique (post, ad). Or, au Nord du Mulcien, dont la 
majeure partie devait appartenir à la Celtique ou Lyon- 
naise, à l'extrémité méridionale de la forêt de Retz et 
sur les frontières de la Belgique telles qu'elles se com- 
portaient du temps de Ptolémée, se trouve le Vadisus 
ou Vadensis des monuments carlovingiens. Outre qu'il 
y a une ressemblance frappante entre Vadicassii et 
Vadisus, Vadensis, sauf la terminaison, la situation du 
Valois convient très-bien, dit Danville, aux circons* 
tances de la position donnée aux Vadicasses de Pto- 
lémée ; d'un côté les Meldi en partie de la Celtique et 
d'un autre côté les Suessions de la Belgique (3) 

La grande difficulté serait de déterminer la situation 
de la ville de Nœomagus {Noiomagos) à laquelle ne 



(I) Mémorial hhtorique. 

(1) Àpud Uist. de France, t f**, p. 74 et 75. 

m Duville, p.M7. 



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— SIS ^ 

correspond aucune localité connue du Valois. C'est ee 
qui a induit Briet à assimiler Noviomagus au Novio- 
dunum des Eduens ou des Nivernais, Adrien Valois à 
croire qu'il était l'ancien nom de Châlons, et Cellier à 
n'oser se prononcer sur un point aussi obscur. Nous 
hasarderons néanmoins une solution plus ou moins 
vraisemblable et que nous donnerons comme telle. 

Noviomagus et ses similaires Noviomum, Noviodur 
num, ont pour racine novio avec un terminatif caracté- 
ristique d'un emplacement, d'une situation. Magus, selon 
le savant Quicherat, voudrait dire marais, plaine ma- 
récageuse. Or, posé que les Vadicass'i soient les Valaî- 
sans ou Valaisiens, le seul nom de ville correspondant 
au nom et à la situation de Noiom ^gus, est certaine- 
ment Noyon, toujours appelé NovUmagus aux temps 
les plus anciens. En admettant do ic que le Valois, 
comme le Noyonnais, ait fait partie de la cité de Sois- 
sons, que les pagiei cités ont subi ce nombreux chan- 
gements de circonscription, pourqn )i n'admettrait-on 
pas également que le Noyonnai ^ et 1 i Valois,qui ne sont 
séparés que par l'Aisne, aient pu faire un seul pagus 
avec Noviomagtis pour capitale, du temps de Pline et 
de Ptolémée, lesquels, vu l'état peu avancé de la géo- 
graphie, de leur temps, ont pu admettre bien des erreurs 
et donner même pour ville principale au Valois Nomo- 
magtisau lieu de Vadum ou Crespeium ? On remarquera 
enfin que le Valois proprement dit, à peu près couvert 
de forêts, n'eût guère pu à lui seul former primiti- 
vement un véritable pagiis. 

C'est l'opinion de Lemoine, de Dom Grenier et avant 
eux d'Adrien Valois, que le pagus Vadisus fut enlevé 
en partie à la cité de Soissons pour former celles de 
Senlis et de Meaux et ensuite les diocèses de ces cités ; 
et celle de Banville que les Vadicassii perdirent eux- 
mêmes le titre de cité. Leur territoire se trouva donc 
resserré dans d'étroites limites et partagé entre les 

40 



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-814- 

trois cités et diocèses. Ainsi,il avait, selon M. Graves (1)» 
pour voisins les Silvanectes dont il était séparé par la 
rivière de Launette, vers Ermenonville, Baron, Rully, 
etc.; vers le Sud les Meldes ; vers l'Est et le Nord le 
ptzgiùs Stiessionicus.ll était si bien delà cité de Soissons 
que Crespy, qui devint plus tard sa capitale, était en- 
core par habitude, sous le roi Robert, réputé du Sois- 
sonnais, puisque Helgaud, auteur de la Vie de ce prince, 
le place « Suessionico in territorio (2). » Sur la partie 
septentrionale et orientale du Valois, restée à la cité 
de Soissons, se formèrent surtout le doyenné de Vé 
{de VadOy Vedo, Vadolioj, ensuite de Collioles ; celui 
de Béthisy vers les limites des diocèses de Senlis et de 
Beauvais, et une partie de ceux de Viviers et de Vie- 
sur-Aisne. Vé, ancienne capitale du Valois, perdit 
donc aussi le titre de chef-lieu de doyenné (3). 

Le Valois, comme pagus administratif, demeura 
distinct du Mulcien, du Senlisien et du Soissonnais, ses 
voisins, quoiqu'il s'étendît sur les trois diocèses. Il re- 
paraît dans les capitulaires, dans les récits de Flodo- 
ard et dans des chartes de donations faites à l'abbaye 
de Morienval par Charles-le-Simple, de 907 et de 920. 
Le capitulaire de Servais, déjà cité, ne laisse aucun 
doute sur son autonomie lorsqu'il indique des missi m 
Laudimiso, Suessionico, Urciso,Yadiso. Que si Flodoard 
nomme le pagum Vadensem entre le Laudunensem et 
le Pordanum, nous le répétons, ce n'est nullement, 
comme paraît le croire Adrien Valois, une indication 
de sa position géographique que cet historien ne pou- 
vait ignorer (4). Le Valois fut changé en comté et il 



(1) Annuaire de TOise. 

(2) Lemoine, Antiquités de Soissons, t. 1, p. 40. 

(3) Desnoyers, AnntMttre 1859. 

(4) Hadr. Fales. NoUt, Gall, p. 580. - Fiod. Lib. Il, C. 18. BU. 
Eecl, Bemens. 



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- 815 — 

eù porte le titre ea 1047, Vadensis comitatus (Ij, avec 
Crespy ponr capitale, prérogative qui avait été enlevée 
à Vé. Dans la suite il prit une grande extension sous 
le titre de duché qui subsista jusqu'en 1789 et comprit 
tout rOurçois, l'ancien Valois et une partie du Sois- 
sonnais. Il suffit d'indiquer ici ces additions et d'ajou- 
ter que certains lieux, dits en Valois, c'est-à-dire dans 
le duché de Valois, ne peuvent pas aider à retrouver 
les bornes de Ydincienpaffiis. Nous signalerons toute- 
fois Bourgfontaine-Notre-Dame-en- Valois (Fons Beatœ 
Marifje in Valesio), et CoUioles-en-Valois. Passy-en- Va- 
lois, situé en pleinOrceois, était du duché de Valois. 

On s'est beaucoup occupé de rechercher l'étymologie 
du pactes Vadisus, VadensiSy mais les sentiments di- 
vers émis à ce propos sont également vraisemblables 
et ne paraissent pas au fond différer beaucoup. Selon 
Damiens Templeux, suivi par plusieurs savants, Va- 
disus viendrait de Vadum, Vedum, Vadoditim, Vé ou 
Vez, son chef-lieu, lequel conserve dans sa forme con- 
tractée le souvenir des Vadicassii ( Valêsiens ou Fato- 
sans). Cet auteur se fonde en cela sur un passage de la 
Translation de S. Amoul, ouvrage du x* siècle. L'abbé 
Carlier serait du même avis. Or, le nom de Vez, Vor 
duniy viendrait lui même des gués nombreux de la 
rivière d'Autonne qui coule au pied de la colline où 
ce lieu est situé et qui est remarquable par un château 
du xiv« siècle, successeur de l'ancienne forteresse. 
Selon d'autres, le nom de Vadisus viendrait d'une cause 
plus étendue, c'est-à-dire de l'ensemble des vallées et 
des collines agréables qui le composent. Bodin, dans 
sa République, tire le pagus Waldensem, le pays de 
Vaux en Suisse, du germain, wald ou toalt, forêt, mon- 
tagne boisée, à cause de ses épais ombrages. Autour 
du lac de Luceme, dit M. Alfred Maury dans ses Fo- 

(I) Dncheue, Script. Franc, t. 4. 



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— 816 — 

rets de la France, sont les WaldsMten ou états for^- 
tiers (1). Ne pourrait-on pas appliquer par analogie 
cette étymologie au Valois, laquelle ne serait pas non 
plus sans quelque rapport avec les montagnes boisées 
des Vosges et de Voas ? Le Valois était surtout, et est 
encore aujourd'hui, couvert par la forêt de Retz, une par- 
tie de celle de Cuise et par leurs divisions. Cette opi- 
nion plus simple et plus fondée en raison est celle que 
nous adoptons. 

Après s'être détachée du Silvacum, la forêt de Cuise, 
par suite de défrichements successife, produisit des 
groupes considérables tels que ceux de Béthisy, de 
Laigue, de Hez ou de la NeuvUle, de Hal ou Hallate et 
surtout de Retz; c'est celui-ci, le plus étendu, qui cou- 
vrit le Valois de sa grande masse et de ses divisions. 
Les éclairois qui se firent entre ces différentes branches 
produisirent les parties habitées du pagits Meldensis 
et du pagtAS Vadensis dont les limites peuvent se fixer 
ainsi : 

Au Midi il était séparé du Mulcien (en Brie) par la 
petite rivière de Grinette qui arrose Macquelines, Betz, 
Anthilly, le monastère de CoUinances et Neufchelles, 
où elle se iette dans l'Ourcq. En effet, plusieurs loca- 
lités, sur la rive droite de ce cours d'eau, portent le ter- 
minatif -Brie ou riudication de leur situation dans le 
Mulcien : Frenoy-les-Gom-brie,Assy-en-Mulcien,Rozoy- 
en-Mulcien, Rouvres-en-Mulcien, May-en-Mulcien, tsm- 
dis que d'autres s\- ppellent Crépy-en-Valois, Thury-en 
Valois ; à TEst il itait séparé de TOrceois par TOurcq 
et sa vallée à partir du confluent de la Grinette jusqu'à 
la Ferté-Milon, autrefois la Ferté-en-Orceois, et de la 
Ferté jusqu'à Troesnes placé dans TOrceois par la Vie 
de S. Vulgis. De ce lieu où l'Ourcq faisant un coude 



(I) Les Forets de la France, par M. Alfred Manry, Mëm. présentés 
par plusieurs savants à l'Académie des Inscriptions et Belles- Lettres, 
2« série, t. IV, I- partie, p. 162. 



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- sn - 

descend vers le Midi et reçoit le rû de Savières, 
cette petite rivière, qui arrose Corcy et Longpont, dut 
former la séparation des deuxpagi jusque vers Chau- 
dun et Vierzy. Au Nord on ne voit pas de limites na- 
turelles entre le pagus Stiessionicus et le pagics Vadi- 
sus, si ce n'est peut-être le rù de Parmailles, et la 
vallée de F Aisne. 



ES 

LE PAGUS NOVIOMENSIS 

LE NOYONNAIS. 

La distraction des Silvanectes du Soissonnais celti- 
que pour en former une cité gallo-romaine avec l'ad- 
dition d'une partie du Valois, nous conduit à recher- 
cher à laquelle des trois cités qui l'entouraient, celles 
des Bellovaquei, des Véromandues, et des Suassions, 
dut appartenir le Noyonnais celtique avant qu'il fut 
partagé entre ces deux dernières, et qu'il enlevât au 
diocèse de Vermandois son nom pour lui imposer le 
sien. Nous pensons que c'est aux Suessions qu'il faut 
l'attribuer et nous nous efforcerons de le prouver. 

La cité des Véromandues était, du temps de César, 
l'une des moindres de la Belgique, puisqu'elle n'avait 
pu fournir à la ligue des Belges qu'un contingent de 
10,000 hommes et encore conjointement avec les Vélo- 
casses {ceux du Vexin). Rien donc d'étonnant qu'on ait 
détaché des Suessions, dans le but d'affaiblir cette 
cité des plus insoumises, le Noyonnais, pour renforcer 
la cité inférieure des Véromandues, trop faible par 
elle-même. 

Outre les raisons générales que noas avons apportées 
pour expliquer ces diminutions de territoire infligées 



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- 318 - 

aux Suessions, et qui peuTeat s'appliquer plus spécia- 
lement au Noyonnais, en voici une autre qui rend sur- 
tout vraisemblable l'attribution que nous en faisons à 
la cité celtique de Soissons. De Noviodwium, capitale 
de cette dernière, César marche directement chez les 
Bellovaques, sans s'occuper ni des Noyonnais, ni des 
Silvanectes qui en effet n'étaient, dans notre système, 
que des paçfi soissonnais qu'il traverse pour entrer 
immédiatement sur le territoire de Bellovaques. C'est 
ce qu'admettent les partisans de l'opinion qui fait de 
Noyon le Noviodunum des Suessions, quoique cette 
ville s'appelât primitivement Noviomagust ce qui est 
tout différent. Il est si vrai, disent-ils, que Noyon et 
son^a^i^faisaient partie du Soissonnais que le sou- 
venir de cette annexion persévéra jusqu'au moyen- 
âge. Fortunat appelle encore cette oppide castHlum 
forteresse, {ca^tellum quod fertm* Noviomagur^,) dans 
sa Vie de S. Médatd; et un anonyme, chanoine de Laon, 
dit que c'est dans cette forteresse, qui avait été du 
Soissonnais, que S. Médard transféra son siège vers 
530-535 [sedem episcopalem ah urbe Yeromandttorum 
ad castrum Noviomum transkdit; fuerai autem cas- 
trum suessi07iense (1). Du reste personne n'ignore que 
Noyon avait été fortifié par les Romains et qu'il y existe 
encore, comme à Soissons, des restes de la muraille 
dont ils l'avaient entouré. C'est encore aujourd'hui 
assez l'usage de donner le nom de forteresse, qui équi- 
vaut à celui de ville forte, aux villes de guerre. Ainsi 
cette qualification n'enlève rien de sa dignité à Noyon 
qui est placé, dans la Vie de S. Eloi par S. Ouen de 
Rouen, au rang des villes de Tournai, de Gand, de 
Courtrai, lorsqu'il dit du peuple de ces villes : € Au- 
« rificem invitum, detunsum (Eligium) constituenint 

(1) " Beatut Hedardns veritaa iterandum paganorum irrapUonein, 
Noviomum sedem coastituit episcopalem • (Viia B. JManU). L^ano- 
nyme est cité dans Héméré, Àugtuta Veromand, p. 3S. 



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- 319 - 

fl custodem (episcopum) urbium seu municipiorum quo- 
« rum hdôc sunt vocabula, Viromandensis quae est 
€ urbs metropolis (le siège épiscopal' ; Tornaceasis 
€ quse quondamfoitregaliscivitas; Novlomeûsis, Flan- 
< drensis, Gandavensis atque Corturiacensis (1). » Au 
livre des Miracles de 8. Quentin, S. Eloi est appelé épis- 
copies \ iromandemiîim ac Noviomensium (2), souvenir 
écrit de la séparation du Noyonnais et du Verman- 
dois. 

L'abbé Lebeuf , recherchant remplacement des douze 
oppides des Suessions et trouvant que Novioniagus 
pouvait être l'un d'eux, conjecture qu'avant Auguste 
leNoyonaais faisait partie de leur cité dont il n'au- 
rait été distrait qu'au commencement du v® siècle, à 
l'époque de la translation du siège de Vermandois à 
Noyon. C'est aussi à peu près le sentiment émis par 
CoUiette dans ses Mémoires du Vermandois. Il est bien 
plus problable que la d straction a été antérieure et 
que c'est sous Auguste, ou l'un de ses successeurs, 
qu'elle a été opérée, au détriment des Soissonnais 
rebelles et pour augmenter la cité trop restreinte de 
leurs voisins. Il ne reste en effet dans l'histoire aucune 
trace du démembrement du diocèse de Soissons au v« 
siècle, et la translation môme du siège du Verman- 
dois à Noyon est une preuve qu'à cette époque il fai- 
sait déjà partie de cette cité. De plus, Fortunat, auteur 
de la plus ancienne Vie de S. Médard dont il était pres- 
que le contemporain, le fait naître àSalency en Ver- 
mandois {Sallentîacus in Wermandensi territorio .) Or, 
Salency était certainement du pagus Noviame^ms ; par 
conséquent, celui-ci était déjà annexé au territoire de 
la cité de Vermandois (3). Radbod, évêque de Noyon, 

(•) Spicileg. l. %, c. 6, Vita B.EUgii, t.... L. 2, c. 2. 

(2) ColUetle, t. I, p. 229, pièces jasliUcalives du livre I** où est cité 
«ussi le texte anonyme. 

(3) Vita S. Medardi auct. Fortunato {SpiciL t. 2, édit in f^). 



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- 3» - 

dans sa rie du même saint ne s'exprime pas autrement 
sur Salency qu'il dit situé dans Tévêché de Verman- 
dois dans le pays de Noyonnaîs, « in episcopaiu situm 
Yiroma/ideHsi, in regione autem Noviomensi (l). » En 
tout état de cause il ressort de ces textes concernant 
des événements du commencement du yV' siècle, que 
l'annexion était bien antérieure à 531 , année où avait 
eu lieu la translation du siège à Noyon, et pour la 
formation de la cité gallo-romaine des Véromandues, 
Du reste, la séparation primitive du Noyonnais et du 
Vermandois semble avoir survécu dans le titre que 
prenaient les évoques de cette cité, qui, au x« siècle, 
se qualifiaient : Epùcopus Vermandensis et Noviomensis 
Ecclesiœ, et, au siècle suivant; Vermandensis Episco- 
pus ou Novio}nensis Epii^copus,. 

On a vu précédemment qu'au milieu des morcelle- 
ments continuels des provinces de la Gaule, les Vadi- 
casses et les Noyonnais, tous deux du Soissonnais, 
avaient pu ne former, à un moment donné, qu'une seule 
cité gallo-romaine ayant pour chef-lieu Noïomagus qui 
représente bien Noviom^gus, le vrai nom de Noyon 
appelé à tort par les modernes Noviomum et même iVo- 
modimum (2). Cette dénomination seule de Novioma- 
ffi4s, où l'on retrouve le préfixe Novio comme dans 
d'autres noms d'oppides celtiques et qui a produit 
celle de pagus Noviomagensf's, Noviomensis^ Noviomi" 
sus, fait remonter cette ville aux temps celtiques. Elle 
la conserva sans altération sous la domination romaine 
où elle figure dans l'Itinéraire d' Antonin etdans la Notice 
des Provinces de l'Empire (3). Le premier donne comme 

(I) BoUand, t. 8 junii. HUtor* de France, t. 3, p. 454. 

{%) NoviomagHs, disent les auteurs du GalUa Christiana poarait bien 
venir des mots celtiques noa, sol couvert des eaux descendant des col- 
lines, et de magus qui signifie emporium^ réservoir. En effet, ajonlent- 
ils. la ville est arrosée par la Golle, la Marguerite et la Verse qui. aprte 
avoir reçu les deux premières, va se jeter dans l'Oise. 

(3) Itin. (Histor. de France, t. i, p. f05). 



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— 821 - 

échelonnés sur la voie de Reims à Amiens^ dont la 
construction remonte aux règnes de Septime Sévère 
et deCaracalla: Durocortoro^ Suessionas^Noviomago^ 
Ambianis. La Notice des Dignités de l'Empire l'at- 
tribue à la 2* Belgique et lui donne une certaine impor- 
tance, puisqu'elle en fait le lieu de résidence, le siège 
du préfet ou chef du poste des Lètes Bataves, établi à 
Contraginum, selon ce texte : « Lœtorum Batavorum 
Cùntraginensium Noviomago Belgicœ secundœ. (\) > 
Cofitraginum, dit Danville, d'accord en cela avec la 
plupart des géographes, est certainement Condren en 
Noyonnais, sur la route à^Augusta Suessionum k Au- 
gusta Veramanduorum, et où l'on passait l'Oise. 

Mais, s'il est question de Noyon aux temps gallo- 
romains, il n'en est pas ainsi de son pagus. Celui-ci 
n^apparidt qu'au vn* siècle» sous la désignation de 
pàgtÂS Noviommsis, dans un précepte de 662, de CIo- 
taire III, où est aussi mentionnée la cMtas Novio- 
mensis (2) On le voit reparaître quatre ans après dans 
un autre précepte de 666, par lequel le même Clotaire 
confirme un échange entre S Mommolin, évêque de 
Noyon, et S. Bertin, abbé de Sitieu, de biens situés 
tf tam in Copistantino quam in Noviomagense (3). » Tou- 
tefois, il faut observer qu'avant ces deux années le 
pagtis Noviamensis s'était produit sous le titre de 
comté. Il avait même pour comte, sous l'épiscopat de 
S. Eloi, c'est-à-dire de 640 à 659, Amalbert, le seul, 
connu, il est vrai, de ceux qui occupèrent cette dignité. 
D est désigné ainsi dans la vie du prélat par S. Ouen : 
« Amalberto^ viro illuttri^ comité scilicet Noviomagen^ 
si 9. L'auteur parle, dans le même ouvrage^ d'un cente- 
nier de la ville qui en était sans doute le gouverneur sous 



(I) Som. IHgnii. imper, (ibid.), p. 128. 

(S) BréquigOT, Pardassnt, Dij^amata, Cart.y ete., t. 2, p. ISA. 

(a) Spteil. Vita S. SligU and. Audoeno, t. 5. 



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son autorité : « Modelentis quidam, centenariuso ppidi 
Noviomeiisis, colonus ». Le comté de Noyon avait dû 
aussi entrer dans le territoire du duché de Dantelin, 
en 600, sous le roi Clotaire II, lequel englobait dans 
son ressort tout le pays compris entre la Seine, l'Oise 
et la mer, mais ce bénéfice n*eut point de durée, et, 
en outre, il ne présente rien dans sa constitution qui 
concerne le comt^ de Noyon. 

L'indécision sur les limites des diocèses de Noyon et 
de Soissons, après le partage qui s'était fait, entre les 
deux cités, dix pagtis Noviometisis, laquelle se prolongea 
jusqu'en 814, est peut-être la preuve la plus probante 
de l'annexion, aux temps celtiques, duNoyonnais à la 
cité de Soissons et de sa soustraction partielle, aux 
temps gallo-romains, à cette cité, pour en augmenter 
celle des Veromandues. Elle fut terminée enfin, cette 
année-là, dans un concile dont le jugement fournit la 
preuve que le payiis Noviomensis, de la cité des 
Suessions, avait, été pour la partie en deçà de l'Oise, 
sauf quelque exception, laissé à la cité gallo-romaine,et 
que l'autre au-delà de l'Oise avait été attribuée au 
Yermandois. La présence en cette assemblée de plu- 
sieurs comtes, indique assez qu'aux intérêts ecclésias- 
tiques s'en joignaient de civiles et de politiques, et 
qu'on avait à sauvegarder les uns et les autres en leur 
donnant une juste satisfaction. 

Voici, du reste, pour ne rien omettre en cette ma- 
tière, l'historique du concile de 814. Il se composa des 
évêques de la province de Reims, entre autres de Ro- 
thade, de Soissons, et de Wandelimar, de Noyon, et 
de quatre comtes. Il avait pour but de fixer les lieux 
d'au-delà de l'Oise et du Noyonnais < loca irons /în- 
vium Isaram in pago Noviome7ist » devant appartenir 
aux diocèses de ces deux prélats. Il y fut décidé que 
Varennes (Varinas), Ourscamp (UrbS'^ompus), Tracy 
(Trapiacum), Carlepont? {Jérusalem), St-Léger-aux- 



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— 8Î3 — 

Bois (Harbodianisva) et les lieox dépendant de ces 
paroisses appartiendraient au diocèse de Noyon. et tous 
les autres lieux du même pagus (in eodem pago) au 
diocèse de Soissons (1). Ces expressions in pago No- 
viomensi, in eodem pago indiquent parfaitement que 
l'anden Noyonnais s'étendait des deux côtés de TOise. 
Et en eflfèt on verra t)ientôt qu'il allait jusqu'au bord 
de la rive droite de l'Aisne, embrassant le plateau 
élevé qui sépare ces deux rivières avant leur jonction, 
avec toute la forêt de Laigue, quoique toute cette 
partie appartint au diocèse de Soissons. 

Au point de vue civil, le Noyonnais resta donc ce 
qu*il avait été autrefois et continua de former une cir- 
conscription administrative et un comté signalés dans 
lé missaticum donné à Servais en 854 par Charles-le- 
Chauve, en ces termes : « Missi in Noviomi^, Ver- 
mandiso, Advertiso, Flandra » (le Noyonnais, le Ver- 
mandois, l'Artois et la Flandre) (2). Dans celui de 853 
révêque Immon, de Noyon, et l'abbé Adalard avaient 
été nommés également « missi in Noviomiso^ Yerman- 
diso, » le Noyonnais est bien distingué du Vermandois. 

En formulant notre thèse, à savoir que le Noyonnais 
celtique dut faire partie de la cité des Suessions, nous 
n'avons pas eu la prétention de répondre aux objec- 
tions qu'on peut lui opposer et qui ont d'autant plus de 
force, ce semble, qu'elles émanent d'écrivains locaux 
qui doivent avoir étudié de près la question. Cepen- 
dant il s*en présente une qu'il importe de ne pas pas- 
ser sous silence. M. Léon Hazières, du comité archéo- 
logique de Noyon, se demande aussi à laquelle des 
trois cités, dont il est limitrophe, il faut attribuer le 
Noviomensis pendant la période gauloise. Est-ce aux 
Yeromandm, aux Bellovaci ou aux Suessionesl Pro- 



fit Flod. L. Il, c. 18. 

(2) Hadr. Valesii KoUt. GaU., p. m. 



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cédant par élimination» ce savant,, après avoir admis 
que les Silvanectes appartenaient aox Suessions, rejette 
cette cité et celle des Vermandois comme ayant com- 
pris dans leur enclave le Noyonnais celtique. Reste 
donc celle des Bellovaques. Toutefois, en critique im- 
partial et consciencieux, il ne lui attribue le Noyon- 
nais < qu'avec hésitation et avec une réserve que Ton 
comprendra, > dit-il, mais enfin il le lui attribue et il 
énumère les raisons de ce qu'il appelle « cette nouv^e 
attribution. » Toutefois, comme il ne l'a fait en somme 
reposer, ajoute-t-il, que « sur un mot écrit par César, > 
il ne se dissimule pas que cette base est bien fragile 
en présence de la vraisemblance qui milite si fort en 
faveur des Yeromandui. Ainsi l'auteur de la proposi*- 
tion n'a pas une entière confiance dans la preuve uni- 
que qui milite en sa faveur, et il ne s'en cache nulle- 
inent. La voici telle qu'il la présente : 

César, aptes la prise d'AlestUy place deux légions 
€ in Remis f ne quam à finitimis Bellovacts ccUamitatem 
accipiant. > M. Mazières raisonne ainsi sur ce texte : 
Les Rend et les Bellovad étaient donc limitrophes. Or, 
ils ne pouvaient l'être qu'autant que le Noviomisus 
aurait appartenu aux Bellovad et le Laudunisus aux 
Rémi; ces deux^^^t, Tun bellovaque, l'autre rémois, 
formaient le point de contact entre les deux cités, le 
reste de leurs territoires étant séparé par celle des 
Suessions. Pour ce qui est du Laonnois, qui faisait en- 
core partie, au v* siècle, de Tévêché de Reims, il a du 
nécessairement appartenir à la cité gallo-romaine^ et, 
partant aussi, à la cité eeltique des Rcmi^ cette der^ 
nière n'ayant pu être démembrée après la conquête. 
Nous croyons devoir arrêter un* instant ifci M. Mazières. 
De ce que le Laonnois faisait partie, au v« 8iède> de 
l'évêché de Reims et par conséquent de la cité gallo- 
romaine, ce qui est très-vrai, il ne s'en suit nullement 
qu'il avait été partie intégrante de la cité celtique de 



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— SJ5 — 

Reims, celle^d en effet ayant plutôt été augmentée que 
démembrée, d'après le système pratiqué par les Romains 
après la conquête, nous croyons ravoir démontré. 

Préoccupé, à juste titre, de l'eziguité du point de 
contact unissant les territoires des Rémi et des Bello- 
vaci par le Noyonnais et le Laonnois, lequel en effet 
ne pouvait guère s'étendre que du confluent de la Serre 
à LaFère, à celui deTÂilette à Manicamp avec l'Oise, 
l'espace de quatre lieues environ, M. Mazières se de- 
mande si, tenant compte de l'intimité qui estait ^tre 
les Rémois et lesSoissonnais leurs voisins, et regardant 
ces deux cités réunies comme ne formant encore qu'un 
seul peuple limitrophe des Bellovaques, le passage de 
César ne s'entendrait pas mieux? D'ailleurs, dit-il, cette 
union n'empêchait pas qu'ils ne formassent deux dtés 
distinctes, ce qui est vraisemblable. A cette observa* 
tion : qu'après la campagne des Belges les Soissonnais 
furent attribués aux Rémois (ii^m£f attributi) et qu'ainsi 
l'on peut dire que ceux-ci, par l'absorption du Soisson- 
nais, devinrent voisins des Bellovaques^ il répond que 
l'expression attributi n'a pas la force qu'on lui donne 
et qu'il s'agit ici d'une simple clientèle et non d'une 
annexion proprement dite, les attributi ne gardant pas 
moins l'autonomie de leur cité. Et en effet, ajoute-t-il, 
sur l'ii^onction des Gaulois les Suessions durent four- 
nir un contingent de 5,000 hommes pour le siège d'A- 
lesia^ei il n'en est pas moins question non plus de leurs 
frontières {fines Suessionum). 

Comme c'est ici le nœud de la difficulté, nous expo- 
serons d'abord le récit de César en ce qui touche à 
notre siget. Tandis que le général romain assiège 
Alesia^ les Gaulois se liguent de nouveau pour secou- 
rir cet oppide, et leur assemblée assigne à chaque 
peuple le contingent qu'il doit fournir. Ceux de Sois* 
sons, les Ambiens, les Messins, les Nerviens, les Mo- 



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- 826 - 

rîQS, etc. doivent fournir chacun 5,000 hommes (r. 
Les Bellovaques, après avoir voulu réserver leur liberté 
d'action contre les Romains, en envoient 2,000. Après 
la reddition de la place, César distribuant ses légions 
dans les quartiers d*hiver, « C. Fabivm et L. Minudum 
cum Illegionibus in Rhemis collocat^ ne quam a fini- 
timis Bellovacis calamiiatem accipiant..,> Les Sues- 
sions avaient sans doute fait une nouvelle soumission 
aux Romains, car bientôt l'ÂtrébateCommius et leBèl- 
lovaque Correus réunissent une nouvelle armée « ui in 
omni multUtidine in fines Suessiofium qui Rhetnis erant 
attribua, facerent impressimiem. » César, averti de ce 
qui se passait, vient au secours des Rémois et ordonne 
à C. Fabius « ut in fines Suessionum legiones II guas 
habebat adduceret, > et marchant contre les BeUova 
ques : « His copUs eoactis ad Bellovaces proficiscitw\.. 
castris que in eorum flnibus positis^ » il leur livre 
bataille. 

Rien de plus vague à vrai dire, au point de vue to- 
pograpbiquc, que ce passage d'Hirtius» bien inférieur 
du reste comme écrivain à son illustre devancier. Il ne 
cite aucun nom de lieu, pas même celui du combat. 
Tout ce qu'on sait, c'est qu'il se livra sur les confins 
des Soissonnais et des Bellovaques, dans un lieu par 
conséquent où leurs frontières étaient contiguës, et où 
Fabius amena à César les légions cantonnées en Ré- 
mois, pour empêcher les Bellovaques de tomber sur 
les Rèmes, c'est-à-dire aux environs des forêts de 
Laigue et de Cuise et sur la rivière d'Oise ou d* Aisne. 
Car, si on suppose que les Bellovaques, comprenant le 
Noyonnais, touchaient, au moyen decepa^u^, au Ré- 
mois par le Laonnois appartenant à ce dernier, U n'y 
avait pas lieu de faire venir les deux légions c in fines 
Suessionum^ » dans le pays des Suessions^ comme tra- 

(I) César, Uv. VIC, c. TS, 



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- 327 ~ 

duit M. deSaulcy. Dans l'autre hypothèse, au coatraire, 
c'est le Rémois menacé par une invasion des Bellova- 
ques en la personne des Soissonnais attribués aux Ré- 
mois qu'il faut défendre, et que César défend en effet, 
là où le Beauvaisis touchait au Soissonnais, dans les 
environs de Compiègne. 

M. Mazières, pour soutenir son système, s'applique 
à diminuer la force du mot attributi, et le fait équivaloir 
à clientes. Âinsi^ il supprime l'annexion momentanée 
des Suessions aux Rèmes et prétend que les Bellova- 
ques pouvaient être voisins de ceux-ci par le Laonnois. 
Nous croyons que, à la suite de leurs hostilités réitérées 
contre César, les Suessions ne furent pas seulement ren- 
dus clients des Rèmes, selon les anciennes formes celti- 
ques, et au sens que César donne constamment à cette 
expression, mais qu'ils leur furent soumis au point qu'a- 
près leur séparation des Rèmes, on les appela Stiessio- 
nés liberi. En effet, clientes veut dire des gens placés 
sous la sauvegarde et tutelle de quelqu'un, et clientela 
ne peut se rendre que par protection, patronage, dé- 
fense, etc. Atirtbuti Si une toute autre signification. 
D' Ablancour le traduit par annexés (1) . Voici des exem- 
ples qui démontrent la différence radicale des deux ex- 
pressions : Les Camutes employèrent l'entremise des 
Rèmes, sous la clientèle desquels ils étaient, pour ob- 
tenir leur grâce de César {Usi sunt deprecatoribus Rhe- 
mis quorum erant in clientela ) (2). Or, est-il possible 
de dire des Carnutes, si éloignés de Reims, qu'ils furent 
autre chose que les protégés des Rémois ? Aussi D'A- 
blancourt traduit-il clientela par protection (3). L'as- 
semblée des Belges commande aux Eduens « atqtie 
eorum clientibus Stgusianis, Ambibarcctis... » un con- 

(1) TraducUon de César, t. I, p. 239. 

(2) César, L. 6, C. 4. 

(S)Ibid. D'Ablancourt, t. 1% p. 299. 



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tingent de 96,000 hommes (1). Suterins occape « Vop- 
pidwn Umellodunum quod in clienteia /itérât ejus... 
suis et Drapetis cqpiis. » Dira-t-oû que clienteia est ici 
encore là même chose que attributit n 8*agit ioiqoars 
ieprotégés, de protection et non d^altriiués, d'annexés. 
M. Léon FallEe adopte carrément aussi cette interpré- 
tation : € Les Suessions, dit-il, furent annexés aux 
Rhômes par le conquérant (Rhemis eranl altributt) (2), 
probablement pour s'être alliés aux Belges lors de sa 
campagne sur FAisne, ou pour avoir envoyé au secours 
d'Âlesia (3). > M. de Saulçy dit à son tour : que les 
Oaulois se massèrent sur un seul point, afin de se jeter 
sur le territoire des Suessions qui avaient été concédés 
aux Rèmes. Ailleurs, il les dit attribués à ceux ci (4). 
Que si César^ après la prise d'Alesia^ connaissant l'hu- 
meur turbulente des Bellovaques^ place deux légions 
dies les Itèmes, de peur qu'il ne leur arrive quelque 
calamité de la part de ce peuple leur voisin lato sensu, 
ou même leur voisin immédiat, par Tannexion des 
Soissonnais {ne quam à Bellovacis calamitatem accL 
piani\ c'est que n'ayant rien à craindre ni de ceux-ci- 
ni des Vermandois, ils pouvaient facilement se leter 
par dessus la dté de Soissons sur le Rémois, d'où les 
l^ons qui y étaient cantonnées se porteraient de leur 
côté avec célérité sur les points menacés par les Bel- 
lovaques, à travers la dté de Soissons incorporée aux 
Rèmes. Enfin, deux textes décisifs, que nous avons 
déjà dtés viennent jeter un nouveau jour sur la question. 
César, < en récompense des services que lui avait ren- 
dus Cïommius, conserva à sa cité (celle des Atrébates) 
ses immunités, ses lois, lui rendit ses droits et lui at- 
tribua {attribuif) la cité des Morins. » D'une autre part, 

(1) Cétar, L. T, C. 74. 

(2) Campagmu de Céêar^ pir L. Fallae^ p. SIS. 
(8) L. Falloa, p. 818 «tCétar, L. 8. 

(4) Dt Saolcy, <M., p. 818 61886. 



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Suétone dit que César réduisit toute la Gaule en forme 
de province, excepté les cités alliées et qui avaient bien 
mérité du peuple romain (1). 

Les délimitations du Noyonnais, surtout du côté du 
Soissonnais, telles qu^les nous sont fournies par l'ins- 
pection des cartes, les anciens textes et la connais- 
sance du pays, pourront encore confirmer notre opi- 
nion sur ce point si controversé. Le pagus Notiomensis 
avait pour frontières au Midi le cours de l'Aisne qui le 
séparait du Soissonnais et du Valois ; à l'Est celui de 
l'Oise en partie et les marais de Manicamp qui le sépa- 
raient du Soissonnais et du Laonnois, au Nord les grands 
bois et les hauteurs de Prières, de Baine, de Bouvresse 
et leurs prolongements qui le séparaient du Yerman- 
dois, et> en descendant au Sud-Est, du Beauvaisis. Ainsi, 
indépendamment du bassin de l'Oise depuis les envi- 
rons de Travecy jusqu'à son confluent avec l'Aisne, le 
pagiis embrassait dans sa circonscription l'extrémité 
occidentale du haut plateau qui s'élève entre les val- 
lées de ces deux cours d'eau, et qui comprend la forêt 
de Laigue. 

Cette étendue donnée au pagus Nomomensis trouve 
sa confirmation dans la nomenclature des noms de 
lieux indiqués en Nôyonnais par les historiens les 
diplômes et les chartes. Sur ce terrain qu'il a si 
bien exploré, non-seulement nous nous trouverons 
d'accord avec M. Mazières, mais nous tirerons encore 
un grand secours de son travail sur le Nôyonnais. 

En première ligne paraît Contraginum, Condren, oc- 
cupé par des Lètes Bataves» dont le chef était à Navio- 
magus (Noyon), pendant la période gallo-romaine. Il 
faut ensuite gagner l'époque mérovingienne pour trou- 
ver la première localité placée en Nôyonnais. Les actes 



(I) Voyei ci-d6t8iii, p. 177; 



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— 830 - 

de S. Amand, mort en 679, disent que ce saint se 
rendant du prieuré de Barisis à Compiègne, dans l'es- 
pérance de trouver Dagobert II dans cette résidence, 
s'arrêta à Melineoium in pago Novtomensi, qui est Mé- 
licocq (1). Dans une charte de 708, relative à une vente 
faite à Tabbaye de St-Bertin ou Sitieu, sont mention- 
nés les villages suivants : « Saroaldsclusa super fluvio 
St4mna in pago Vermandensi; similiter et in ÀppU" 
liaco super fluvio Isara duos partes silos in pago No- 
viomense teu in Diva et Corbunaco duos paries.., 
(Apilly, Dives et... en Noyonnais (2). Les Annales bé- 
nédictines, sous Tan 753, placent in pago Noviomensi 
Britannicum seu Britannacum monasierium ad Isaram 
fluoium (Bretigny). On a vu par les actes du concile 
provincial de 814 que l'on plaçait in pago Noviomense^ 
Yarinœ (Varennes), Urbscampus (Ourscamp), Trapior 
cum (Tracy), Jérusalem (Cariepont?), Harbodianisva 
seu Sanctus Leodegarius in Bosco (St-Léger-aux-Bois), 
lieux situés sur la rive gauche de l'Oise (3). 

D'autres localités baignées par la rive droite de l'Aisne 
faisaient aussi partie du Noyonnais. Nous lisons dans 
un diplôme de 823, de Louis-le-Pieux, sur la donation 
de Berneuil faite à Saint-Médard de Soissons par 
Berthe , ÛUe de Gharlemagne , « Bemolium in pago 
Noviomensi super fluvium Aœona. » Clotaire III 
donnant Berny-Riviôre au même monastère, avait em- 
ployé les mêmes expressions pour exprimer la situa- 
tion de ce village : < Yiliam nomine Bernacam sitam 
in pago Noviomensi super fluvium Axond, » (4) Par 
un diplôme, du 2 août 827, de Louis-le-Pieux, on 
apprend celle de Choisy au bac : < Monasterium cujus 



(f) Acta Sanct. BolUod, f** février, d* 18. 
(3) Bréqaigoy-Pardessas, Diplôm. Cart,, etc. t. t, p. 277. 
(3) Dere Diplam. p. 1514. 

^4) Cartul. d'Abbayes^ MSS. de Dachetne, (D6camp. n* fOS, Biblio- 
thèque nation.) 



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- SSl - 

vocabulum est Cauciaeum in pago Nomomensi super 
flumum Àxonam. > (1) On troave montionné dans un 
autre diplôme de 862 c Yillam cognomento Bonam^ 
Mansianem in comitaiu Noviomensi super fiuvium Ac^ 
ctnœ sitam, » (2) Une localité du même nom est 
signalée dans le diplôme de 877 donné par Charles le 
Chauve pour la fondation de Saint-Corneille, de Com- 
piègne : < m 'pago Noviomensi villulam qust dicitur 
Bonas'hfansiones. (3) Bonne Maison devint le couvent, 
puis le château des Bons-Hommes, entre Bemeuil et 
Choisj. Du même côté et dans le Noyonnais se trouve 
selon un diplôme du roi Eudes de 893, en faveur de Saint 
Médard, le village de Bitry, < Bilerium in comitatu 
Noviomensi cum duabus ecclésiis. » (4) (Saint Sulpice et 
Saint Pierre ). Deux diplômes du commencement du 
x« siècle nous fournissent aussi des renseignements 
géographiques sur plusieurs autres lieux du Noyonnais. 
Le premier, donné en 917 par le roi Charles-le-Simple 
pour le rétablissement des titres incendiés de Saint 
Corneille, signale parmi les biens de l'abbaye, en 
Noyonnais : « in pago Noviomensi, in villa Sinesicurte 
de manso uno quem dédit eis prœpositus Wanilo, (Séni- 
court, près Chauny t) in eodem pago Mammaccas (Mau- 
maques) quem dédit Odo rex, Sancto Comelio ad lumi- 
naria. » (5) Le second indique un don fait par Oduiz 
avant 917 à Saint Eloi, de Noyon, < in Noviomensi pago 
et in villa Sachéricurte super Versam mansum unum. » 
(Siéricourt, commune de Muirencourt) (6). 
Quoique le régime féodal ait porté la perturbation 

dans les divisions territoriales anciennes, la persévé- 

« 

(I) Jieta. Ordin. bénéd. amuI. /F. paH. I«. 

(S| Cité par M, Maiièras, d'après Delafoni. RackereliM avr Noyon. 

(3) M>é rê diplam. p. 404. 

(4) /Md. €i Annal, du dioeètê d§ SoUitm. p. S. 

(5) md. p. 555. 

(6) ibid, p. m. 



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- 3Î8 - 

ranoe de celles-ci fut telle, avons nous dit» qu'elles 
restèrent comme empreintes sur le sol. Aussi, fidèle 
à notre plan, suivrons nous M. Mazières dans sa re- 
cherche des lieux attribués au Noyonnais durant cette 
période, n en trouve d'abord dans une déclaration des 
biens du chapitre de Noyon, donnée par Guy, son 
trésorier, qui mourut en 1029. Selon cette pièce étaient 
situés in pago Noviomensi, villam Canetonis-cyrtem 
( Canectancourt ), Betonis - curtem ( Béthencourt - en- 
YsL\ix),Spineiam villam (Epinoy, commune d*Evricourt), 
Villa qnœ dicitvr Lacenidus (Lassigny), Camberona 
( Gambronne ), Bizencort Bezancourt, commune de 
Sermaise). Mariscus (Marest - Dampcourt), Noveron 
( Nouvron-Vingré ) , Bucedeiwn ( Bussy ), Camiaoo 
(Quesmy), Moirencort (Muirencourt), (1). 

M, Mazières cite une charte de 1124 de Simon de 
Vermandois, Évoque de Noyon, laquelle place in pago 
Noviomensi une chapelle de Saint Amand à Mache- 
mont (2); et en effet, dans une charte d'Hériman, abbé 
de Saint-Martin de Tournai de 1127 à 1147, se trouve 
nommé Saint Amand de Machemont> en Noyonnais et 
près de Torote : « in pago Noviomemi^ prope castnan 
quod dicitur Torota ecclésiolam wiam in honore éancti 
Amandi constructam. » (3) Une autre charte de 1176, 
relative au partage des prébendes du chapitre de Noyon, 
nomme comme appartenant également au Noyonnais, 
la grange de Mali Demetam qu'un croit être Magni (près 
Guiscart); Drailencurth, (Drelinconrt); îïA^cîir^(Thies- 
court); C!an^tewc«r^ (Canectencourt); Divetam, (Di- 
vette); Epinetum, (Épinay, commune d'ÉvericouH); 
jipellyy (Appilly); Haironval, (Héronval, commune de 
Grand 'Ru); Mondescourt, lequel se retrouve aussi indi- 



(1) Cariai, do Chapitre de Noyon, (• S6, cité par M Macièret. 
{t) Cartul. d'Ouracamp, Ibéd. 

(3) NarraUù restauraUonii ahbati^ SaneU Martini TamaeentU, cit6 
par M. Macière. 



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--. 333 - 

que in Namomensi pago sous la dânomination de ManiS' 
curtem, dans une charte du cartulaire de Nogent sous 
Cîoucy; Vert, (Viri); Qvincurth, (Guyencourt); Begàin ? 
FlAvercourt, etc., villages dont plusieurs ont déjà 
figuré dans les pièces plus andenanes que nous avons 
citées. 

Diaprés la nomenclature de ces nombreuses loca- 
lités placées en Noyonnais,il devient facile de fixer les 
limites précises de Tancien pagus, en prenant celles 
qui sont les plus éloignées du centre et au-delà des 
quelles il y a d'autres localitées situées dans les pagi 
limitrophes. Il s'avançait au Nord jusque vers Fretoy, 
Muirencourt, Quiscart, Berlancourt, la Neuville-en- 
Beine, Frières-Faillouel au-delà desquels se trouve 
Fréniches qui, selon un diplôme de Robert II et de 
Hugues Capet en faveur de Notre Dame de Soissons, 
est en Yermandois [Freniscia in pago Yeromandta), 
Rumigny et Mennessis qu'un aufare diplôme de 950 
donnée par la reine Gerberge à Homblières place aussi 
dans le même pagus en ces termes : < quamdam 

terrant in pago P'ermandensi in vUla quœ dicitur 

Ruminiacus. » (1). 

Du côté du Laonnois et du Soissonnais, dont il était 
séparé par l'Oise, il prenait sur la rive droite de cette 
rivière, Travecy. Quessy, Famiers, Vouél, Viry, 
Condé, Chauny, Ognes, Abbécourt, Marest-Dancourt, 
Apilly ; et sur la rive gauche, Varennes, Pontoise, 
Sempigny, Carlepont, Tracy le- Val et Tracy-le-Mont, 
Moulin-sous-tous- Vents, Autrêches, Nouvron-Vingré, 
Saint-Christophe à Berry, Berny-Rivière et Vie sur- 
Aisne, excluant Kiersy qu'un diplôme de Philippe 1*', 
de 1070, en faveur de l'évêché de Noyon, indique en 
Soissonnais {inpago Siiessionnico situm)\ (2) et laissant 



(4) Bia, de N,'D, de Soissont, preuves. 

(2) Gartul. de TéTèché de Noyon, cité par M. Iftziéres. 



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— 884 — 

Fonteaoy qui était aussi in pago Suessiomco ou Sois- 
sonnais pi-oprement dit. 

Au Sud, le Noviomensis séparé du Soissonnais par 
l'Aisne, englobait sur la rive droite, Bitry, Attichy, Ber- 
neuil, Rethondes, les Bons-Hommes et Cholsy-ati-Bac. 
A rOuest, du côté daBeauyaisis et du Vermandois il 
s'étendait jusqu'au Plessis-Brion, Longueuil-sous-Tou- 
rotte,Thourotte, laisse^d Acuciacimiet Cosdunum {villas) 
sitas m pago BeUovacensi, d'après un diplôme de 
Dagobert en faveur de Saint-Denis, (1) Mélicocq, Mache- 
mont, Cambronne, Drelincourt, Cannectencourt, Thies- 
court, Plessis-de-Roi, Lassigny, Dive, Lagni, Candor, 
Ecuvilly et Beaulieu. Chevincourt, au-delà de Mélicocq, 
était du Beauvaisis. En effet, les actes de S. Riquier 
parlent d'un miracle arrivé, vers le x* siècle, à Cavini- 
cortis in pago Belvacensi (2). Mareuil, près de Plessis 
le Roi et de Thiescourt, et Élincourt Ste-Marguerite, 
étaient également du Beauvaisis, selon un précepte de 
924 en faveur de Saint Corneille de Compiègne : < in 
pago Behace^isi, villam Marogildi cum capella etaqtù- 
limeur tem cum capella S.-Margaritse (3). Ainsi, les 
vallées du Matz et du Mareuil où se trouvent ces 
localités, seraient de ce côté la limite précise qui 
séparait le Noyonnais du Beauvaisis- 

Enfin, au Nord-Ouest et au Nord la ligne séparative 
du Noyonnais et du Vermandois prenait, après Plessis 
le Roi, Lassigny, Candor, Ecuvilly, Beaulieu, le Fretoy, 
Muirenconrt, Guiscart, Berlancourt, la Neuville en 
Beine, Prières, Liez et Travecy. Au-delà de cette ligne 
et de la foret Bouvresse nous trouyons Amy, voisin de 



(f) Bréguigny-Pardeasut, diplém. cari. t. 2, p. f51. — GloUire III 

avrit coDurmê, en 6f7, i SaiDt>DeDit, das biens dans les villages • 

nuncupaiU kguciaco^ Coiduno^ MagninovaviUa (diplôme, ibid,) 

p, «07. 

(2) BoUand. avril, f 413, n« S. 

(3) Cartul, blanc de Si CameiUe. p. 19; ciUtion de M. Mazières. 



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- 835 — 

Lassigny et de Candor qu'une charte d'Hadulphe, 
evêquede Noyon de 955 à 977, en faveur de son cha- 
pitre place en Vermandois : m Viromandensi pago 
ecclesiam de Amedeio, Dans une autre charte de Guy, 
trésorier du même chapitre, pour le partage des 
piébendes entre les chanoines, est nommé Ercheu dans le 
mêmepa^w^, et Ercheu est près de Beaulieu : « Erceium 
habent xii canonici pro annona Véromaniense » (1), 

Le prolongement du Noyonnais jusque sur la rive 
droite de TAisne est rendu fort sensible par celui du 
patois et de Taccent qui y sont en usage et qui se 
rapprochent fortement du vrai picard. Il y a une 
différence frappante entre la langue qui se parle dans 
le Soissonnais au Sud de TAisne et celle qui se parle 
au Nord de cette rivière. On en peut faire facilement 
l'expérience. Que l'on quitte cette vallée à Fontenoy, 
Berny-Rivière,Vic-sur-Aisne, Attichy, Berneuil, et qu'on 
écoute le parler des gens de Nouvron, Morsain, Au- 
trêches,Tracy-le-Mont au Nord des premiers, la nuance 
se fera déjà sentir à l'observateur attentif. Que l'on 
descende ensuite dans la vallée de l'Oise à Cutz, Caisne, 
Carlepont, Bailly, Maumacques et Plessis-Brion, on 
entendra un véritable patois Noyonnais ; expressions, 
inflexions vocales, prononciation, tout y diffère du 
langage soissonnais. 

Mais faut-il attribuer cette diversité au repeuplement 
du pays, après les invasions du m* et iv* siècles, par 
l'établissement des Bataves tels que ceux de Condren, 
au séjour et au mélange de ces barbares avec les 
populations gallo-romaines? C'est là une question diffi- 
cile à résoudre. Sans doute, comme on le dit très-bien, 
des colonies étrangères furent établies sur les territoires 
des cités des Ambiens, des Nerviens. des Bellovaques, 
des Véromandues, et ce fait est justifié par ce passage 

(i; IHd. 



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- 886 - 

du panégyrique de Constance César où Eumènes 

s'écrie : « Maintenant^ par tes victoires, César 

invincible ! tout ce qui restait dépeuplé sur le sol des 
Ambiens, des Bellovaques, des Tricasses et des Lin- 
gons, refleurit so.us la culture des barbares... > (1). 
Mais, outre que ceci est une métaphore louangeuse, il 
ne faut pas oublier que si ces colonies ont pu modifier 
par l'importation d'un certain nombre d'expressions 
étrangères, la langue indigène, le fond a dû demeurer le 
même, 

Il nous reste peu de choses è dire sur le Noyonnais 
ecclésiastique. Il semble qu'il eût dû se diviser en deux 
^rchidiaconés, l'un du Vermandois et l'autre du Noyon- 
nais, correspondant à i es deux pagi ; et pourtant il n'y 
en eut qu'un seul dans ce diocèse, VArchidiaconatus 
Noviomefisis dont le titulaire était, en 950, Raoul, qui 
fut nommé évêque de Noyon < . ... Datur episcopatus 
Noviomensis dit Flodoard, Radulfo archidiaconatus 
ejusdem Ecclesiœ > (2). Le Noyonnais, strictement dit, 
fut représenté par le Doyenné de la Chrétienté de 
Noyon : Decanatus Christianitaiis Noviomensis, auquel 
s'ajouta le doyenné deChauny : Decanatus Calniacensis 
peut-être le survivant d'un ancien pagus formant une 
division du Noviomensis. Malgré l'addition du Noyon- 
nais à la cité de Vermandois ce diocèse, et celui de 
Senlis, malgré l'annexion d'une partie du Valois, res- 
tèrent les plus petits de la province de Reims. 



(1)« ... Naoc per victoriat tnas Ccftsar invineta qnidqaid iBfrMraeDf 
Àmbiano et Beliovaco et Tricai sino solo, Liogonico que resUbat, barba- 
rica caltura revirescit. . . n Panégyrique de Gonatance, par BamèBea. Hls- 
tor. de France t. !•'. • 

09 Flod. Aimai, aittio DCCCOI. 



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- 337 - 



LE PAGUS ROSSONTENSIS 
ET ILE PAGUS CALNIACENSIS. 

LBS PATS DB RBSSONS ET Dl CHAUNT. 

Ces denxpaçt ont été rangés dans le même article, 
et à la suite du Noyonnais, non-seulement parcequlls 
ont pu en faire partie, mais aussi parceque Tun et 
Tautre présentent bien des obscurités. 

P Lb PaQUS RoSSONTENSlS. 

Le pagus inférieur du Ressontois dont les diverses 
formes latines sont : Rossuntensis^ RossoniiS9€y Ris- 
santisse, Rossontile, Rossoniille^ Rossunium et Rosse- 
mum (1), est révélé pour la première fois au vi« siècle 
par Grégoire de Tours dans le pacte d'Andelau conclu* 
en 585, entre Gontran, Childebert et Brunehaut. Il 
parait certain, néanmoins, qu*il devait exister à une 
époque plus éloignée, aux temps gallo-romains ou 
mêmes celtiques. Il figure en effet, dans ce célèbre 
traité, au milieu des cités de Chartres, de Paris, des 
Silvanectes et de Meaux, et d*aulres pagi, ce qui sup- 
pose déjà une certaine importance, à propos d'un 
échange fait entre ces princes, d*une partie du Sen- 
lisien contre le Ressontois : « Convenu, dit le texte, ut 
Silvanectis do/nnus Childebertus in integritate teneat, 
et quantum ter tia pars domni Ountchramni exinde débita 
competit , de tertia domni Childeberti quœ est in Ros- 
tensiy domni Ountchramni partibus compensetur » (2). 

(f) Pardessus, diplam. eart., t. I'. p. 159. 

(2) Gregor. Turon. 1. 10, c. 20 : « Pactum inter Guntchranmum et 
Childebertum et BruneeMldUm reginam » et Pardessus, ibid. p. 157. 

43 



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- 338 - 

Ainsi, le tiers du Silvanectensis qui faisait partie des 
possessions de Gontran est échangé, selon la convention, 
par Childebert, contre le tiers de ce que celui-ci possé- 
dait dans le Rossentensis^ en sorte que ce dernier 
prince posséda désormais la cité de Senlis toute entière, 
et que le Kessontois pouvait à peu prés équivaloir 
en étendue à la cité de Senlis la plus petite de la Oaule 
Belgique, puisque le tiers du premier est donné en 
compensation du tiers du second. 

Quant à la situation du Rossentensis le pacte d'An- 
delau ne fournit aucun renseignement. Plusieurs loca- 
lités, dont le nom se rapproche plus ou moins de Ros- 
sentensiSy semblent revendiquer le titre de chef-lieu de 
ce pagus. Il y a Ràé^ en Mulcien, sur les lisières de la 
torètdeRetz; Ressens sur le Matz et Ressens sur 
TAronde, deux affluents de la rive droite de l'Oise 
au-dessous du Noyonnais; Ressons-le-Long, près de 
Yic-sur-Aisne et à trois lieues Ouest de Soissons. Il y 
a même un pagus RatiaUnsis dans la Loire-Inférieure. 
Auquel de ces lieux correspond le Rossontensis, voilà 
la question. 

Nous avons indiqué précédemment Thagiographie 
comme une des grandes ressources de la géographie 
historique ; voici en effet un texte de la Vie de saint 
Amand, personnage né en 591 et mort en 684, qui 
parait venir en aide à celui de Grégoire de Tours pour 
réclaircissement de la difflcultée proposée. S. Amand, 
évoque de Maëstrik, Tun des apôtres de la Gaule Belgique 
évangélisa jusqu'en Beauvaisis « inpago Betvacensi » et 
gagna un lieu nommé Ressens, sur TAronde « quetn 
dam locum cuivocabulum est Rossonto jtAXta Aronna » 
où il opéra un miracle (1), et qui devait être du Beau- 
vaisis ou près du Beauvaisis. 

Adrien Valois avoue bien que le passage de la vie 

(I) keia Sanei, Ordin. Benedict. 



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~ 839- 

de S. Amand se rapporte au territoire de Ressens sur 
le Matz en Beauvaisis, parce que le texte porte Rosson- 
tum seous Drondam fltwium nom d'une autre rivière 
peu éloignée de la première qui traversait les doyennés 
de Ressens et de Coudun; mais il soutient que celui 
de Grégoire de Tours correspond à Ressons-le-Long, 
au diocèse de Soissons, localité, dit-il, autrefois plus 
considérable qu'aujourd'hui. Sans relever la confusion 
que fait ici le savant géographe entre Ressens sur le 
Matz et Ressens sur l'Aronde, nous ajouterons : que 
Ressons-le-Long ( Rossontum, Rosontum^ Rosson ), 
village encore assez important, est situé à la bifurcation 
de la voie romaine de Soissons à Senlis et à Noyon, 
près de la station d'Arlaines, et qu'il possédait, au 
moyen âge, plusieurs flefs importants, ce qui aurait 
eu pour résultat de corroborer sa conviction sur ce 
point de critique géographique. On lui objecterait 
toutefois que Montigny-Lengrain et Haute-Fontaine 
qui sont à peu de distance et au-delà de Ressons-le 
Long, étsdenldvLpaff us Suessionict4sleq\jie\ par consé- 
quent englobait ce village (1). 

Guérard, dans son Essai survies divisions de la 
Gaule, se prononce pour Ressons-en-Beauvaisis et y 
place le R^sontois, mais, il faut l'avouer, sans donner 
plus de preuves en faveur de son sentiment qu'Adrien 
Valois en faveur du sien. Visiblement impressionné 
par une autorité aussi compétente, M. Desnoyers, 
rapprochant des deux textes précités la subdivision 
ecclésiastique du Decanati4S ruralis de Ressomum des 
plus anciens pouillés de Beauvais, conclut : « qu'on 
peut affirmer, avec un assez grand degré de certitude, 
que le Rossentensis du vi* siècle, le Rossontum du vu* 
et le Rossomtim des siècles suivants, où se trouvait 
en outre une chapelle du Vieil-Ressons, représentent 

(Sj Ad. Val. Nat. «al., p. 480. 



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— 340- 

UD seul et même territoire. » Il pense aussi que la 
réuaioQ des deux doyennés de Coudun (Çosdunum) et 
de Ressens formerait Tensemble du Ressontois et 
qu'on trouverait ainsi < un territoire plus comparable 
à celui de Senlis dont réchange fut conclu entre les 
rois francs en 587. » M. Desnoyers n'en flotte pas 
moins encore entre les deux sentiments que Ton vient 
d'exposer sur le Ressontois. < Ce territoire, dit-il, 
dépendait, soit du diocèse de Beauvais, soit rTwifis 
probablement du diocèse de Soissons, suivant qu'on 
adopte l'un des deux lieux anciens indiqués sous le 
noms de Ressens dans chacun de ces deux diocèses (1). 

M. Jacobs, procédant d'une autre manière, groupe 
Ressens sur-le-Matz et Ressons-sur-l'Aronde, Ressons- 
le-Long, Rethoude, et croit que ce territoire ou pagtis 
pouvait s'étendre au-delà de l'Oise, jusqu'en-deçà de 
l'Aisne, au Sud du Noyonnais, que par conséquent il 
était assez vaste, et qu'il était, ainsi que le Senlisien, 
partagé en trois portions. « Il est possible ajoute-t-il. 
que cette mention nous restitue le nom d'une petite 
peuplade celtique. Je n'insiste pas sur le rapport que 
j'attachais dans ma première édition (de la Géographie 
de Orégoire de Tours) au nom Rossonteyisis et Roto- 
magus de Ptolémée, parce qu'il est fort probable que 
celui-ci est simplement une mauvaise lecture de 
Augxistomagus (Senlisj » (2). 

D'après cette idée ingénieuse, le Ressontois aurait 
été dans l'origine un véritable pagiis Soissonnais tou- 
chant au Noyonnais ou en faisant partie, et dont une 
portion, celle de Ressons-le-Long, serait restée à la 
cité de Soissons, et une autre aurait été détachée 
pour être annexée au Beauvaisis, lorsque le Noviomen- 



(f) Ann. de 862, ubi supra, 

(2) Géographie Grégoire de Tours, art. RosswtensU. 



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- 841 — 

sis alla arrondir la cité des Veromandui. La portion 
annexée au diocèse de Beauvais lui donna le doyenné 
de Ressens, celle demeurée au diocèse de Soissons se 
perdit dans TÂrchidiaconné de la Rivière et dans celui 
de Soissons. Nous donnons, on le conçoit, ces diverses 
suppositions pour ce qu'elles valent, et nous n'ajoute- 
rons qu'un mot à propos du passage de la Vie de S. 
Amand. Sans doute il semble, parce texte, que Ressens- 
sur-l'Aronde était du Beauvaisis; mais on peut suppo- 
ser aussi qu'il n'en faisait pas partie, puisqu'il est dit que 
le saint évangélisa en cette cité et qu'il gagna un lieu 
nommé Ressens où il flt un miracle. Ne semble t-il pas 
même qu'il sortit du Beauvaisis pour aller à Ressons- 
sur-l'Aronde, et par conséquent dans le Ressontois ? 
Quoiqu'il en soit, nous laissons à d'autres le soin de 
mieux éclaircir un point si obscur et si controversé, 
pour passer au pagus Calniaccnsis, 

II. Le Pagus Calniacensis. 

Le Noviomensis, simple pagus ou circonscription 
inférieure de la cité celtique de Soissons, avant son 
annexion à la cité gallo-romaine des Vermandois, 
était-il subdivisé en pagi plus inférieurs encore ou 
pagellif C'est une autre question à laquelle l'examen 
de la situation du Ressontois ne nous a pas encore 
permis de trouver la véritable réponse. Nous ne serons 
pas plus heureux sans doute en traitant du pagus 
Calniacensis; mais comme le but que nous nous proposons 
d'atteindre ne nous permet pas de négliger aucun texte , 
aucune induction, aucune probabilité, nous exami- 
nerons donc si Chauny, qui a toujours fait partie du 
Noyonnais, n'a pas été le chef-lieu d'une de ses 
subdivisions, un pagelliis ayant pu avoir été ancien- 
nement un véritable pagus du Noyonnais et par con- 
séquent de la cité de Soissons. 



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- 84i - 

Si Ton interroge le Brève Pfoviomoisis, s m Or do 
officii divùv, du diocèse de Noyon, on voit que Fan- 
tique Noyonnais, pour la partie annexée autrefois au 
Vermandois, est partagée en deux doyennés, celui de 
Noyon, Decanatus Noviomensis, et celui de Chauny, 
Decaaalii6 Calniacencis, lesquels se trouvent renfermés 
à peu près dans la limite que nous avons assignée au 
pagics Noviomensis. Ce n'est que tardivement et au 
xu* siècle que nous rencontrons la mention du pagus 
Calniacencis, dont ne parle aucun ancien diplôme. 
En 1144, Raoul et Adélaïde de Vermandois donnèrent 
des biens à Longpont in pago Calniaconsi, tant à 
Crépigny, hameau de Caillouël, qu'à Héron val, Bel- 
vade, et à Chauny même, loc^ilités qui, par conséquent, 
en firent partie (1). Ce pagus avait aussi, dans sa 
circonscription, Condren, Contraginum, qu'AdrienValois 
regarde, sans en donner le motif, comme la première 
dénomination de Chauny. Cette ville est ainsi désignée 
dans Flodoard : Castellum super Isaram flumum 
nomine Calniacum (2), et dans Guibert de Nogent elle 
est appelée Castrum Calniacum (3). Dans la suite c*est 
tantôt Calniacum, tantôt Calni, surtout dans les car- 
tulaires (4\ Sa position sur plusieurs bras de l'Oise a 
permis de faire de Chauny une forteresse qui a peut- 
être succédé à un antique oppide. 

Le doyenné de Chauny, qui a dû se modeler sur le 
pagus, se composait des paroisses d'Abbécourt, de 
Bétancourt, de Caillouël, de Commenchon, de Fargnies, 
de Condren, de Prières, de Genlis, de Guyancourt, de 
Marest, de Mondescourt, de Neuflieu, de Neuville-en- 
Baine, d'Ognes, de Quessy, d'Ugny-le^ay, de Viry, 

(f) Chranie, Lonçip, par Maidrac. 
(S) Flod. Annales. 

(3) Guiberti Novigentit, ie fUa tua, 

(4) Cartol. de Noire-Dame de Soiiiont, de Prémontré, et GoUtette, t. X 
p. 995, 



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^ 348 - 

de Noreuil et de Vouêl, touted localitées situées entre 
la rivière d'Oise et la forêt de Baine, depuis Fargniers 
jusqu'à Mondescourt. Elles formaient donc l'ensemble 
dix pagus Calniaceyuls et l'extrémité Nord-Est du pactes 
Noviomensis. 



XI 

LE PAGUS LAUDUNENSIS. 

LE LÂONNOIS. 

Le Laonnois est trop connu pour que nous nous 
occupions ici beaucoup de celte contrée célèbre, si ce 
n'est pour en fixer l'origine et l'étendue géographique. 
Sa première apparition dans l'histoire se fait parla Vie 
de S. Remy dont l'auteur, Hincmar, avait travaillé sur 
d'anciens écrits et d'après de constantes traditions. 11 
y est nommé tantôt pagus, tantôt lomilaiiis Latidu" 
netisiSy avec Laudunum pour capitale. Du comté de 
Laon S. Remy forma un diocèse, et de Laon le siège 
de l'évêque {comitatus que Laudunemis eidem castra 
subjecit parochiam (1). On croit que le gallo-romain 
Emilitts, son père, fut, au v* siècle, comte du Laonnois, 
et l'on a recueilli les noms d'un certain nombre de 
comtes et de ducs préposés à ce pagus jusqu'au x% où 
comtés, duchés et pagi disparurent. Dans la Vie de 
S. Fursi est mentionné Bercharius dux Luffdunefitium 
(650) ; dans le diplôme de donation que fit S. Amand au 
prieuré de Barisis, on rencontre Fulcœto (661), avec la 
même qualité. Après eux viennent Gautsuin dont 
S^ Anstrude guérit la fille (688\ et Charibert dont 

(I) Flod. HUt. Rtmêfis, et Hincm. Vita S. RemiçU. 



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- 344 - 

Pépin le Bref épousa la fille appelée Berthe (760) (1). 
Il faut reculer jusqu'en 661 pour retrouver le Laudu- 
nensis dans ce diplôme recueilli par Aubert le Mire 
concernant Barisy qui y est situé : < Bariziacum in 
pago Laudunensi » (2) ; Nous reviendrons sur cette 
pièce, n suffira de dire pour le moment que le Laonnois 
s'appela aussi, dans les auteurs anciens, les diplômes 
et les capitulaires pagus Laudunensis, Latuiunensù 
paroohia, provincia, episcopatus (3). 

Le nom primitif de la capitale et oppide principal 
de ce pagus paraît avoir été Lugàunum, Laudtmum. 
L*expression celtique dunum, caractérise parfaitement 
sa situation sur une montagne isolée au centre d'une 
vaste plaine ; quant à celle de Clavatum ou Cloatum 
qui l'accompagne souvent, on n'a pu encore en donner 
une explication satisfaisante. Lug dunum, en passant 
par diverses formes telles que Leodwium, qui se trouve 
dans la relation de l'invention du corps de S.-Quentin, 
et Laudunum, a fini par aboutir à Loon et à Laan (4). 
De même qu'ailleurs il produisit, en subissant des 
transformations analogues, Lyon, Leyde, Loudun, etc. 
Laon deviût un municipe romain, mais ne figure pas 
dans la Notitia Civiiatum , et ne fut érigé en évêché 
que beaucoup plus tard. 

On a aussi donné à Laon, au moyen-âge, le nom de 
Bibrax, parceque la montagne où il est situé semble 
former deux bras autour d'un vallon appelé Ctœe de 
Saint- Vincent que dominait en effet l'abbaye de Saint* 
Vincent : « Latuiunum Clavatum quod Bibrax dici^ 



(0 knnal, Ordàn. bened t. f, 1. 15, nMf et ibd, 17 n*68.-- Marlot 
Hittor. Rem^n9,i, l',p. 157. 

(2) Auberti Mirœi, cUp{. Belg. — Vita S, Fursei. 

(3) Hincmari Remen^. Epist, ad ,\NicoUium papam (Histor. de France, 
t. 7, p. 528, et Vita S, RemigU, par le même. 

(4) Danville, Laoo. — Jacobs, Géographie de Grégoire de Tours, 
p. 460. 



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-â45 - 

tvT^ » lisons noas dans une vie du duc Guillaume (1). 
Guibert de Nogent appelle la vallée de Saint- Vincent : 
Convallem-B bracinam, et la chroniiue d'Origny s'ex- 
prime ainsi : « Laudtmum . .,quod anliquior œtas Bibrax 
nuncupari{ tnaluit. » Pour épuiser les vieux textes 
concernant cette ville, nous ajouter as aux précédents 
celui de la légende de S. Gobain q li parle aussi de 
Laon : « Latulimensem qui ab antiq- o sermone Bibrax 
nuncupatur, » (2) et cette stance de la prose de saint 
Vincent, patron du monastère qui domine la cuve : 

Vinaens sub Vincentio 
Ciijus Bibrax brackio 
Dexirum muni brachium (3). 

Ces écrivains se copient érîdemment les uns les 
autres ou obéissent aux dires d'une tradition ayant 
cours parmi les savants du pays. Néanmoins certains 
critiques ont prétendu que ce nom donné à Laon ne 
devait pas laisser subsister de doutes sur la position 
de Toppide Rémois assiégé par les Belges et secouru 
par César. Mais il s*agirait de savoir si Bibrax corres- 
pond à bis et à brachitmi, pour pouvoir admettre qu'il 
a été donné avec raison aux deux bras de la cuve, et 
s'il n'a pas été seulement emprunté à l'oppide Rémois 
pour caractériser, à l'aide d'une simple similitude, la 
configuration de la montagne de Laon. Et, n'est il pas 
constant d'ailleurs, que la distance qui, selon le récit 
de César, séparait l'Aisne de Bibrax ne s'accorde pas 
avec celle qui sépare Laon de cette rivière ? 

L'auteurd'un antique manuscrit avance que Macrobe, 
préteur romain, fonda cette ville i^ur une montagne 
élevée portant le nom de Bibrax et qu'il l'appela Lau' 

. (I) Vita WilMmi Ducis. Dudoo. 

(2) Bolland, t. 4, p. 2()5. 

(3) Histoire deLaon. — k. Mattoo, JHeiian. Topog. de VAUne, (latro- 
duction, p. fO). 

44 



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— 346- 

dunum {3j. H s'est sans doute autorisé du récit d'Hinc 
mar, archevêque de Reims, concernant l'érection de 
l'évêché de Laon et que nous rapporterons en sou lieu. 
Ce prélat, pour rabaisser Torgaeil de son neveu, évoque 
de Laon, qui déclinait l'autorité de son métropolitain, 
lui rappelle que cette ville, depuis sa fondation par 
Macrobe, ne fut jamais qu'un simple municipe de la 
province (IK Selon un autre texte, Macrobe ne bâtit 
pas Laon, mais il en fit une forteresse qu'il munit de 
murailles. En effet, un poète anonyme du xi« siècle 
s'exprime ainsi : « Macrobitcs prœéor, Bibrax, tua 
mœnia fecit. » On sait aujourd'hui qu'il ne faut pas 
attacher trop d'importance à ces données historiques 
que nous ne faisons, du reste, qu'effleurer pour ne 
pas nous égarer en de trop longues excursions en 
dehors de notre sujet. 

Nous avons avancé que le pagus Laudunensis cel- 
tique, avec Laudunum son oppide, faisait partie de la 
cité celtique de Suessions et non de celle des Rèmes, 
contrée d'aspect naturel si différent; nous n'avons fait, 
en cela, que suivre le système de l'abbé Lebeuf et des 
géographes qui l'ont adopté. En tout cas, il est infini- 
ment préférable à celui de Sanson lequel pense que, 
du temps de César, la cité de Soissons appartenait à 
celle de Reims avec tout ce qui composa depuis les 
diocèses de Reims, de Châlons et de Laon. En effet, dit 
Adrien Valois, < ces choses ne sont appuyées d'aucunes 
raisons; c'est pourquoi on doit les regarder comme de 
pures conjectures qui ne méritent même pas de réfu- 
tation. • On sait comment doit s'entendre le texte des 
commentaires sur la nature des rappo.^ts qui unissaient 

(I) aincmarl RemensU opéra, t. 2. p. 430. « Scire debneras, qiiod hi 
i is regîouibus nenno p«ne ignorât^ quia municipinm Laiiduni in quo 
o.dinatus es episco us, abezordio sui, post qnain à Macrobio, prœtore, 
ut produnl hisloria, conditum fuit, nunquain iater sedes provinriiles 
Reinorum^ in paganijmO) \el in Christ iaais»imo, noinen vel locum habuit 
donec Remigius n 



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— 847 — 

les Suessions et les Rèmes (1). Danville se jette, lui 
aussi dans d'autres hypothèses. Il admet que le diocèse 
de Laon a été, au moins en partie, compris dans le 
Rémois et dit seulement < qu'on n'est point assuré que 
le nouveau diocèse formé par S. Remy, qui jouissait 
d'un grand crédit et qui favorisa cette église au point 
de la doter de ses propres biens, n'ait été composé que 
du démembrement de celui de Reims et sans rien 
prendre des anciens territoires des Suessions et des 
Veroynandid dont les églises reconnoissoient ce prélat 
pour métropolitain. » Et il ajoute : < au reste, Sanson 
et ceux qui l'ont copié, ne sont point excusables d'avoir 
adjugé le diocèse de Laon, dans ses limites actuelles, 
aux Suessions en ôtant aux Rémi ce qu'on connoit 
indubitablement par César avoir été de leur dépen- 
dance. > 

Les hésitations de ces autorités géographiques 
viennent de ce que l'on n'a pas distingué assez nette- 
ment la cité celtique des Suessions de la cité gallo- 
romaine et tenu compte des réductions que la pre- 
mière a dû éprouver en faveur des Rèmes. Mais en pres- 
sentant ces remaniements de territoire,que nous pensons 
avoir clairement établis, elles viennent plutôt corroborer 
qu'ébranler notre thèse : que le pactes Laudunensis 
primitif, détaché de la cité celtique des Suessions, fut 
annexé à la cité gallo-romaine des Rèmes et en fut 
détaché de nouveau avec la Thiérache pour former 
l'arrondissement du diocèse de Laon. Pour ce qui est 
de supposer que S. Remy ait pu démembrer du diocèse 
de Soissons quelques lambeaux des anciens territoires 
des Suessions, cela nous paraît peu admissible au point 

(f ) Le texte de César ne peot laisser aucun doute sor l'indépendance 
f^es Saessions, « ...taofum essecorum omniam foorem (Belgarum) at ne 
Saessionn es guidera fratres coosanguineos que suos quieodem jure iisdem 
legibus utantnr, nuin imperium unumque magistrumeum ipsis halieant 
deterrere potuer'nt quin cura liis consentirent, i» (César, L. 1). 



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~ 348 - 

de vue de la juridiction ecclésiastique. S. Remy u*a pu 
céder que ce qui appartenait sans conteste à son 
diocèse. On comprend d'ailleurs qu'il en ait détaché 
une contrée qui, géographiquement et historiquement, 
ne lui avait appartenu que depuis la formation des 
cités gallo-romaines. Quoiqu*il en soit, pour nous, la 
preuve la plus forte que la cité celtique des Suessions 
comprenait le Laonnois et la Thiérache qui parait 
avoir toujours partagé ses destinées, ressort des Com- 
mentaires mêmes lorsqu'ils décrivent la campagne de 
César sur la rivière d'Aisne. 

Les Suessions sont à la tête de la confédération des 
peuples Belges contre l'ennemi commun avec lequel 
les Rémois ont pactisé. Où doit être le rendez- vous 
général des divers contingents si ce n'est chez eux, 
dans leur cité qui touche à celle de Reims que traverse 
César. En effet, c'est dansle^a^w^ du Laonnois, au 
centre de leur territoire que toutes les troupes se 
réunissent. César s'avance sur leurs frontières, ils 
s'avancent eux-mêmes sur les frontières Rémoises et, 
pour les entamer, ils assiègent l'oppide de Bibrax qu'ils 
pensaient emporter d'assaut chemin faisant; ils le 
manquent et ravagent le Rémois où ils sont entrés. 
Où vont-ils ensuite attendre César ? A peu de distance 
de l'Aisne qui coule sur leurs extrêmes frontières. Si 
au contraire le Laonnois avait fait partie du Rémois, 
il faudrait dire que les Belges réunirent leurs troupes 
dans cette cité, par conséquent en plein pays ennemi, 
pays déjà occupé en partie par les Romains. Or, quand 
a-t-on jamais vu opérer ainsi en cas de guerre? 
Lorsqu'un chef veut la porter dans un pays voisin, 
n'est-ce pas toujours sur les frontières de ses états qu'il 
réunit ses troupes pour tomber de là sur le territoire 
ennemi ? Et s'il s'agit de défendre ses états, n'est-ce 
pas toujours dans l'intérieur qu'il organise ses troupes 
pour se porter au plutôt à la frontière menacée par 



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-^ 349 - 

rennemi? La conclusion se tire d'elle-même : le 
Laonnois celtique appartenait à la cité celtique des 
Suessions, lors de la conquête de César, 

Si l'on cherche les limites naturelles de cepagvs, on 
verra qu'il ne devait guère dépasser, au Nord, la Serre 
qui coulait entre lui et lepagus Teoracensis\ à l'Ouest 
l'Oise qui le séparait du Vermandois et du Noyonnais ; 
au Midi, l'Ailette qui le séparait du Soissonnais Du 
côté de l'Est, il devait finir vers la naissance des 
grandes plaines où commence la Campagne ou Cham- 
pagne Rémoise, c'est-à-dire vers Nisy le-Comte, Lor, 
la Malmaison, point culminant, Amifontaine, Mau- 
champs, Berry-au-Bac, Gernicourt, Roucy, Meurival, 
Baslieux et Fisiues. On observera que cette frontière 
put être modifiée lors de l'annexion du Laudunensis 
au Rémois, et que le Soissonnais, qui devait s'avancer 
de ce côté sur les deux rives de l'Aisne, perdit cette 
portion deterritoire jusqu'aux limites de l'ancien diocèse 
telles que nous les avons fixées. 

A partir de Lor et de Nisy-le-Comte, le Laonnois et 
la Thiérache étaient limitrophes du Porcien, pagus 
Rémois qui fut plus t*d absorbé par le Rethelois Ce 
pagus situé entre le Vogensis et le Remensis, est 
représenté par plusieurs lieux anciens : Aoust-en-Porcien 
(Villam Augiistamt in pago Porcenû); Arches ou Arc^n- 
Porcien {Xrchias in pago Porcenis), près de Mézières, 
cités par Flodoard; Chauraont-en-Porcien, Novion-en- 
Porcien, au Nord-Est de Rethel, et Chàleau-Porcien, 
son chef-lieu. Le pagus Portensis, solum Portensey 
Porcinense, dont il est question dans le testament de 
S Remy, était une contrée des Ardennes dont Portus, 
bâti sur une voie romaine venant de Reims, s'appela 
Castrum Portense après la construction de son château. 
Il s'étendait de la rive droite de l'Aisne, jusqu'au 
dessus de Riimigny-en-Thiérache. Il longeait ainsi le 
Laonnois et la Thiérache. I.or, situé près de la voie de 



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- 350 - 

Reims à Beau vais, et à deux lieues au Sud de Nisy-le- 
Comte, était du Porcieii 

Du reste, nous allons indiquer parmi les localités 
placées en Laonnois par les auteurs anciens, celles 
surtout qui fixent le mieux ses limites à l'Est, où elles 
sont assez vagues. En premier lieu, on citera Ercli qui 
prit, au viir siècle, le nom deSaint-Erme(Sa?w?<i^^ J?rm?- 
nus) (1). vFrater quidam ex nostris, Liezo ?iu?ntne, 
villœ Ercli m pago Lauduneasi proposituram admi- 
nistràbat. » (2). Or, Saint-Erme est situé au-dessous du 
camp du Wié-Laon, dit aussi de Saint-Thomas ou de 
Berrieux. Selon la plupart des savants qui voient dans 
Berrieux, autrefois B brieux, une analogie frappante 
avec Bibrax, ce camp de César, qui domine les deux 
localit^'s, serait Toppide Rémois. Là donc était la fron- 
tière du Laonnois et du Riimois. Gernicourt était du 
Laonnois, selon une vie de S. Rigobert, archevêque de 
Reims, où il est dit que Pépin séjournait « in pago 
Lauduncnsi et loco qui dicitur Gei^nia-cvriis (3), Dans 
le même écrit et dans Flodoard, Bouconville est dési- 
gné comme faisant partie du Laonnois : (Begoni villa 
inpajo Laudwiensi) (4), ainsi que Raiisidus qui doit 
être Roucy (5). 

L'historien de l'Eglise de Reims nomme encore Vulfia- 
niis-^rivus in pago Laudunensi où il y avait un oratoire 
dédié à S. Rem y, et qu'il faut chercher auprès de 
Cormicy, puisque le roi Raoul poursuivant le comte 
Héribert et allant assiéger Reims, campe en ce lieu, 
tandis que ses troupes occupent les villages voisins et 
notamment Vulfianus rivus (Bouffignereux, près de 



(1) Acta Sanct, Ordin. Bened.y t. 2, p. 340. 

(2) Rolland, 22jun.,C. 82. 

(3) Rolland, Vita S. Rigoherii, i, 1, n- 2. 

(4) ibid. 

(5) Selon Flodoard, S. Rigobert donna ft son Eglise « res sitas in pago 
Lauduneasi in vico qui dicilur Rausidus, Raosidus. » 



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- 351 - 

Neu/châtel-sur-Aisne) (1). D'ailleurs S. Kigobert desti- 
nant des revenus, qu'il avait en ce lieu et en plusieurs 
autres, au rétablissement de quelques églises, nomme 
Wilfiacum rivum parmi ses voisins Gemiacam cortem, 
Mîisceiicm, Rosceium, Curcellas, qui sont Gernicourt, 
Moussy-sur-Aisne, Roucy et Courcelles, près de Reims 
(2). Le WarociKs inpago Latuiiinensi du même auteur, 
n'a pas encore trouvé de correspondance certaine. La 
villa royale de Corbeny ,Carbo}iacum), des temps méro- 
vingiens est à coup sûr la même que le château de ce 
nom que Flodoard met en Laonnois {Castrum Corbi- 
niacum m comitatu Laudunmsi.) Enfin un diplôme 
de Charles le Simple de 906 place Croona (Craonne) 
€ m comitaiti Laudimensi, » Ainsi ces lieux et les 
autres, nommés plus haut, formaieat la limite histo- 
rique des deuxjD^^^ Rémois et Laonnois. 

D'autres documents viennent confirmer les frontières 
naturelles que nous avons assignées au pigns Latcdu- 
dunensis, à savoir l'Oise, la Serre et l'Ailette II y a 
en premier lieu, une donation faite en 671 au monas- 
tère de Maroilles [A/aricolœj, par labbé Huinbert, qui 
mentionne Macerias (Maizières) « sita tu pago Laudu- 
nensi super fliivium Isaram » (3); et une autre de 
Beaudouin. chancelier du roi Henri 1% qui attribue à 
celui de Saint-Prix, « alodium qnemdam tn pago Lan- 
dunensi, in villa quœ dicUvr Senercei super fïuvium 
Isaram. » (Senercy, ferme près de Séry-Méziéres) (4). 
Mais il fait remarquer que ces lieux, qui étaient de la 
Thiérache, ne furent da Laonnois que pris dans son 
extension diocésaine. On désigne en ces termes Barisis 



(1) Flod. L ^ C. 20. 

(2) Fd, L. 2, C. II. 

(3) Pardessus. D\plom.^ t. 2., p. «55. 

<4) Mèm <hi Vermnnd. { \, pièces juslff. du L. 8. Les Annales Béné 
dicUnes plaienl a lorl Mézières dans le Vermandois (t. 4. Liv. 54n*46 
et l. 3 Liv. 42, n" 43) \ 



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~ 352 - 

dans une charte de Tabbaye de Saint-Amand relative au 
prieuré de ce village : « villam nwicupatam Barizicam 
in pago Laudunensi sUam ubi cœnobittm in loco Fave- 
ro'es in honore Pétri et Pauli apostoli... » (1). Le capi- 
tulâire de Kiersy de 877, exclut du nombre des palais 
où Charles le Chauve permet à son fils de chasser, 
« Servais, avec tout le Laonnois, » et Mabillon en cite 
un autre de 894 où Chèvregny, village sur l'Ailette, 
est dit du Laonnois : « Capriniacum in pago Laudu- 
nensi » (2), tandis que Pargny et Filain, sur la rive 
gauche de cette petite rivière, était du Soissonnaîs. 

Les autres localités les plus anciennement nommées 
par les monuments comme faisant partie du Laonnois, 
sont encore Brearie in pago Loudtmetisi (Bruyères) (3); 
Bospatium in pago Laudunensi (Beaurepaire , (4); Bisi- 
niacum in comitatu Laudunensi (Besny); Villa de Sal- 
neriis in pago Lauduneyisi (Gagnières, ferme près de 
Tupigny) (5); Fara et Fera (la Fère', nommé en 898 
dans la chronique de Sithieu, dans les Annales deSaint- 
Vaast, et e»^ 958 dans la Chronique de Flodoard ; No- 
vigentum in pago Laudunensi dans un titre de 1 100 (6). 
Au xm« siècle, bien d'autres lieux portent la désigna- 
tion géographique ta Laudunensi, tels que .• Anisia- 
cum (Anizy), i4/ôe?^n/acw^ (Aubigny), JBraiww(Braye), 
Chiviacum (Chivy) , Corlegis (Colligis) , Crispinum 
(Crépy), Martiniacum (Martigny), Montes (Mons), No- 
vavilla (Neuville), Ceimiaoum (Cemy). 

Le Laonnois, avec une grande partie de la Thié- 



(4) Pardessus,!. 2, p. 433. Diplom. 

(2) Dere iHplom., p. 460. 

(3) Diplôme de 855. 

(4) Diplôme de Charles le Chauve de 877, kcta. Ordin. bened. satcnl. 
8, p. 19. 

(5) Diplôme de 877, Histor. de Fraoce, t. 8, p. 6C«. 

(6) Diplôme pour Maroilles, ibid^ p. 550, t. 9. Voyez, pour un grand 
nombre ae lieux du Laonnois, le Dictionnaire Topograpnique de l'Aisne, 
par A. Matton. 



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- 35â- 

rache, fut érigé en cité et en diocèse par l'apôtre des 
Francs à la fin du v« siècle. Dans une lettre à son 
neveu Hincmar de Laon, Hincmar de Reims rappelle 
cette érection, mais comme le neveu voulait secouer 
le joug trop pesant de l'oncle, celui-ci, pour abattre 
ses prétentions, s'appliquait à rabaisser la valeur 
historique du siège de Laon « Après la fondation de 
Laon par le préteur Macrobe, d'après les histoires, 
jamais, dit l'Archevêque, jamais cette ville n'eut de 
nom ni de place parmi les sièges de la province de 
Reims, ni du temps du paganisme, ni du temps du 
christianisme, jusqu'à ce que S. Remy, xv* archevêque de 
Reims, pour plusieurs causes, y ordonna le premier un 
évêque, après avoir largement doté ce municipe des 
biens de la métropole de Reims, et lui assigna le comté 
même, tel qu'il se comporte, c'est-à-dire une partie du 
diocèse de Reims; mais il fut toujours un municipe de 
la province de Reims, comme il Test encore à présent, 
et demeurant, ainsi que les autres municipes du dio- 
cèse, à l'état de sujétion... » (1). Ce texte difière peu 
de celui de Flodoard relatif à cette fondation. S. Remy 
dit cet historien, emprunta pour former le district de ce 
diocèse, la circonscription du comté de Laon (parocAtam 
comitatus Laudtinensis), c'est à-dire du pcigus Laudu- 
nensis et du pagits Teoracensis (2). 

La ville de Laon, dont on ne peut guère contester 
l'origine celtique, quoiqu'on dise Hincmar de Reims, 
n'avait pas moins aussi une certaine importance aux 
temps gallo-romains, laquelle est justifiée par son 
érection même en chef lieu épiscopal Elle possédait 



(1) « MuDicipium Landunnm poslquam a llacrobio pretore cooditum 
fuit( Dunqoam interiedes Remornm provincia nomen vel locum habuisae 
donec Remic^ius, xv Remoram archiepiscopus, ibi ordina>it epis<u>pui]i et 
eidem municipio rebas Remensis ecclasiœ salis super que ditato ipsam 
eonitatam in quo coosistit, partem scilicet ex Remensi parochia delega- 
vit... » (Flod. L. C. n, EpM. Binemari). 

(2) Flod L. I C. 4. 

4o 



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- 354 - 

une basilique dédiée à Notre-Dame, que S. Remy en- 
richit de biens qu'il avait reçus de Clovis, et lui-même 
y avait été élevé, « Non modicamy dit Flodoard, neo- 
non earwidem partem rerum ecclesiœ sanctœ Mariœ 
Lauduni Clavati, Remensisparochiœ castri, obi nutrittu 

fuerat tradidit comitatus que LaudunenHs eidem 

Castro subjedt parochiam » (1). 

Le nouveau diocèse fut divisé eu deux archidiaconnés 
correspondant aux deux pagi du Laonnois et de la Thié- 
rache qui formaient le comté de Laon, et qui ont sub- 
sisté îusqu'en 1790. Toutefois, Tévêché de Laon n'eût 
à son origine, comme les autres sièges, qu*an seul 
archidiacre pour tout le dioccse. On rapporte en effet 
dans les actes du concile d'Orléans de 549, que Géne- 
baud, premier évêque de Laon nommé par S. Remy, 
y envoya l'archidiacre Médulfe pour le représenter, 
< Medulfus archidiaconus directus a domno Genebaudo^ 
episcopo Ecclesiœ Lugdunensis Clavatœ. » 

Cette érection de l'évêché de Laon, dit avec raison 
M. Desnoyers, est un des rares exemples de la déroga- 
tion aux prescriptions civiles et ecclésiastiques de ne 
pas modifier les anciens terroirs des cités, pas plus que 
de changer le siège des évêchés comme il est arrivé à 
Noyon. Ces mesures ne s'expliquent et ne se justifient 
"que par d'impérieuses nécessités (2). Le siège du Ver- 
mandois a été transféré à Noyon par suite de l'invasion 
des barbares, et si S. Remy a créé l'évêché de Laon, ce 
fut pour restreindre la trop grande étendue de celui 
de Reims. Que s'il a choisi cette partie du diocèse plu- 
tôt qu'une autre pour ^a diminuer, c'est qu'elle s'éloi- 
gnait davantage du centre de la cité de Reims et 
peut être parcequ'elle ne lui avait pas toujours appar- 
tenu. Quant au grand pouvoir qu'exerça S. Remy 

(1) Ibid. 

(2) Topogr. eoclés. de la France, Ana. historiq. deSSS. 



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- 865 - 

dans cette circoastance, il s'explique par la dignité 
qu'il avait acquise auprès des deux puissances ; il était 
légat du S. Siège et père spirituel de Clovis et de la 
nation des francs sur lesquels il exerçait une immense 
influence, qu'il faisait tourner au profit de l'église et de 
la civilisation. 

LA TERRE DE MÈGE 

ET LE PAGUS VENNECTES. 

Le Laonnois n'étant, comme le Noyonnais, qu'un 
simple pafftis, ne paraît pas avoir plus que celui-ci con- 
tenu de subdivision. Néanmoins nous mentionnerons 
pour mémoire le pat/s ou terre de Mège [Meige^ ou 
Mègre, Megiwn), donnée par S. Remy à son Eglise de 
Reims après l'avoir reçu de Clovis, et qui embrassait 
dans ses limites les environs de Coucy, sa capitale. 
{Terra quœ Megium didtur in qua est castellum Co- 
ciaci, dit l'historien Laonnois Leleu en ses mémoires 
manuscrits) (1). Coucy apparaît dès 550 dans le testa- 
ment de S. Remy. Ce prélat rappelle les circonstances 
de cette donation rapportée par Flodoard. Elle com- 
prenait entre autres Coucy et LeuîUy, (Quarum rerum 
simt Juliacus et Codidacus) (2). Le même historien 
qualifie Coucy de municipe {Codiciacum S* Remigii 
mtmicipitdm), et rapporte que l'archevêque de Reims 
Hérivée, y fit élever et fortifier un château en un lieu 
sûr {Mimitianem quoque apud Codiciacum tuto loco 
constittdt atque firmavit) vers 924 (3) C'est l'origine de 
la fameuse forteresse féodale rebâtie par la puissante 
maison de Coucy et qui a laissé de si grandioses 
ruines. Avant de devenir aussi célèbre qu'il le fût au 

(1) Mém. d€ Uku, t. f , f 2581., bibl. de Uoa. 
(S) Flod. h. I\ Col. » et n, Bdit. lligne. 
(3) ibid, t. 4, C. S. 



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— 356 - 

moyen ^e, Coucy reparaît sous le nom de Cotiaman 
dans la vie de S. Hubert de Bretigny, et sous celui de 
Chocis sur un denier frappé en ce lieu (1). Depuis lors 
c'est sous le nom de Codiciacum castrum qu'il est dési- 
gné, mais nulle part on ne rencontre de pagus Codir 
ciacus. Le pays de Mège n'était pas nommé dans la 
donation de Leuilly et de Coucy à S. Remy, mais il y a 
une charte de 1116 donnée par Barthélémy de Vir, 
évêquede Laon, en faveur de Saint-Remy de Reims qui 
place Coucy in Megio, dans le Mège. < Beatiis Retnigius 

te7*ram quœ Megium dicitur^ in qua ^st castellum 

Cociacum, à pHncipibus Franciœ adquisivit et in vita 
sua oblinuit... Ingelranus qui Cociacum obtinebat ceii- 
sum ecclesiœ diu abstulit^ imuper etiam homines qui in 
Megio habitahant percussit. • c2). 

Nous avons dit que les inscriptions étaient un des 
moyens féconds pour découvrir d'anciennes divisions 
territoriales, et que la critique moderne avait su en faire 
un merveilleux usage. Nos contrées ne nous offrent 
qu'un seul exemple en ce genre d'exploration. En 1851 
on découvrit à Nisy-le-Comte, village du Laonnois, au 
milieu de nombreuses antiquités gallo-romaines qui ont 
rendu ce lieu célèbre dans le monde savant, une ins- 
cription qui ne révélerait rien moins qu'un nouveau 
pagtis. La pierre sur laquelle elle est gravée est dépo- 
sée au musée de Soissons. Elle est ainsi conçue : 

NVM. AVa. DEC APO 
LLIN. -PAGO. VBNNECn 
PROSCiENIVM. L. BfA 
GIV8. SECVNDVS. DO 
NO. DB SVO. DEDIT (3). 

( ) Boll. t. 7, et Académ.* d3 Laoa buUet. t. 5. p. 32. 
(2)Har1ot, Bist. Métrop. Rem. t. 2, p. 260. 

(3) Nous croyons devoir rapprocher de ce mooument un autre da même 
genre, découvert chez les Lingons, quoiqu'il ne porte pa« de nom de lieu 

ATTIA. 8ACBATA G. F. PKOSCENIOlf VETUBT\TB. COHKVPTUV. dB 800 RESTI- 

TUiT. [Jani Gruteri ifucriptiones^ n* 10, p. l4<). 



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- 357 - 

€ Numini Augusti, deo Apollini, pago Yennecti , 
proscœnium Luciics Magius Secundm dono de suo de- 
dit. > qui se traduit de cette manière : « A la divinité 
d'Auguste, au dieu Apollon, Lucius Magius Secundus 
a donné ce proscenium construit à ses frais. » 

Nisy-l^omte, localité romaine considérable, aurait 
donc eu un théâtre dont Lucius Magius Secundus aurait 
fait construire et dédier le proscœnium, et aurait été le 
chef-lieu du pagus Yermectes, Vennectensis ou fennec- 
tiensis. Des médailles gauloises trouvées dans le lit de 
la Seine à Paris, sur lesquelles M. de Saulcy croit 
pouvoir lire la légende, en lettres grecques, vbnextoc. 
en rappelant le pagus Vennectes, vient corroborrer 
l'interprétation donnée à notre inscription. On a aussi 
trouvé à Nisy d'autres médailles gauloises dont une 
porte le nom d'un chef rème, Alisios, et une autre 
sans nom qu'on rencontre souvent aux environs de 
Laon et de Reifns dont ce pagus était proche (1). Du 
reste, Nisy représente exactement le Minahcum etiVe- 
natiùum de l'Itinéraire d'Antonîn et le Ninnatici de la 
Table Théodosienne, indiqué sur la voie romaine de 
Reims à Bavai, et son nom de Nùmatici se rapproche 
de celui de Venmcti (pour Nennecti) révélé par la 
pierre votive. Selon le Qallia Ckristiana Nisi aurait été 
un fiscus regius, supposition que rendent très-vrai- 
semblable sa situation sur un chemin public et l'opu- 
lence de ses édifices (2). Il est désigné dans les titres 
du moyen-âge sous les noms latins de terriiorium de 
Nisio ^1147), deNiseium (1158), de Castrum deNisiaco 
et de NisiacumrCastrutT (1251), de Doniinium de Nisi 
(1224), et devint une baronie du comté de Roucy (3). 



(1) ll.Delûche, Ftude, etc. p. 374. Hêvuentanismaiiquey nouvelle série 
aon. 1855, p. 438. — Voyez sur rette décoaverte les travaoi remarqua- 
bles de M. B. FleurylBulieliQ des sociétés de Laoo etde Soissons). 

(2) GaUia ChrUt, t 9. Col. 634. 

(3) Dici, topog. de l'AUtie, par A. MattOD. 



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— 858 - 

L^paffus Vennectes, dont, quant à présent du moins, 
on ne peut, faute d'éléments, fixer, même approxima- 
tivement rétendue, représenterait, selon M. Léon Ré- 
nier, la portion du territoire des Rémi qui en fut 
distraite pour former le diocèse de Laon dès les pre- 
miers temps de la période Mérovingienne. Selon M. 
Fleury, il devait toucher au Porcien, au Rémois, au 
Laonnois et peut-être à la Thiérache (1). Pour nous il 
représenterait Textrémité de cette vaste plaine que 
nous avons attribuée à la cité celtique des Rémois, 
qui était limitrophe de Tancien Laonnois, dont il ne 
paraît pas avoir fait partie. Quant au titre de pagus 
proprement dit, on peut même le contester à ce terri- 
toire. M. Deloche remarque avec raison que le mot 
pagus de Tinscription peut signifier une simple localité, 
une simple bourgade et non une contrée. Sans doute le 
savant critique n'ignore pas que d*après plusieurs 
inscriptions de ce genre, le pagus proprement dit avait 
son dieu, son génie tutélaire comme la province, la dté, 
le municipe, la colonie, la ville, le lieu, et que les dé- 
dicaces s'adressent geniopagi, comme au ^r^nioprovin- 
ciœ, genio municipii, genio eoloniœ, genio loci, mais 
cela ne fait qu'augmenter les doutes par rapport au 
pagus Vennectes, puisque leproscamium a pu très-bien 
être dédié au genio loci,, au génie de la localité de 
Venntctis ou de Ninalicum (2). 



(1) BuUem ArehéoloçiquefrunçaU, 1855, ariida de 11. L6ob Bénier. 
Ubi iupra. — H. OeUtoclie,p. 380. 

(2) Pour tout ce qui regarde les antiquités gallo-romaioes de Ifisy-l«> 
Comte, nous renvoyons au grand ouvrage de 11. B. Fleury leiknUfiUUi l 
et Manvmenii du département de l'Aisne. 



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J 



- 859 

xn 

LE PAGUS TEORACENSIS. 

LA THIÉRAOHE. 

Les défrichements de la forêt de Thiérache produi- 
sirent, en mettant à nu de vastes espaces, un pagus 
naturel d'abord, puis administratif, qui prit le nom de 
Teracta, dont les formes multiples furent Terrascia, 
Terrascea, Tfierasca, Teorascia, Thera^sa, que les 
vieux auteurs français rendirent par la Tiérace, la 
Tirascke la Tirasse^ la Terraohe et la Tiéraisse, et 
même par Tierche-Terre. On écrit et on ditaujourd'hui . 
la Thiéi^ache. 

Il est à propos de revenir sur ce que Ton a déjà dit 
des Ardennes, dont la forêt de Thiérache était un 
prolongement, en y ajoutant quelques détails ayant 
trait plus particulièrement à cette contrée. Strabon 
s'exprime ainsi en parlant des Ardennes : « Il existe 
une forêt d'arbres peu élevés, grande assurément, 
mais non pas tant que des écrivains l'ont dit en lui 
accordant une étendue de 4,000 stades (ou 740 kilo- 
mètres), on l'appelle l'Ardenne. » (1). Ce géographe a 
été moins bien renseigné que César sur l'étendue des 
Ardennes, ou, ne prenant pas la forêt dans sa plus 
grande extension, la limitait au prolongement de la 
forêt de Thiérache. Car, non-seulement l'historien latin 
dit qu'elle s'étendait des bords du Rhin aux confins 
des Reini, du Nord-Est au Sud-Ouest, sur une longueur 

(f) strabon, L. 4, 0. 5. 



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- 860 - 

de 500 milles : « qwB ingenti magnitudine per medios 
fines Trevirorum à flumine Rheno ad initium Remo- 
rum pertinet » (1;, mais il la prolonge jusqu'à l'Escaut 
dans ce texte où il dit : que poursuivant Ambiorix 
€ cumreliquis tribus legionibus ad flumen Scaldim quod 
influit in Mosam, extremos que Arduenfiœ portes ire 
constituit (2). Or, TEscaut prend sa source au Mont- 
Saint-Martin, près de Gouy, et coule du Sud au Nord, 
sur les confins du Vermandois et de la Thiérache, au- 
delà de ûuise. 

L'Ardenne, déjà fort éclaircie à l'époque Gauloise, 
continua de l'être sous la période gallo-romaine, et 
enfin se découpa en puissants groupes qui prirent des 
noms divers : la Charbonnière {Carbonaria stlva) dans 
le Hainaut, vers l'Escaut; la forêt deThiérache etc.. 
L'Ardenne proprement dite se terminait vers la Meuse 
et l'Escaut où commence sa principale ramification de 
la Thiérache, laquelle couvrant une ligne semi-circu- 
laire détachée de la chaîne des montagnes ardennaises, 
s'arrondissait autour de l'extrémité Nord de la cité des 
Suessions et par conséquent du pagus Teoracensis. La 
forêt de Thiérache proprement dite paraît s'étendre des 
rives de la Meuse aux environs de Rocroy à l'Est, 
jusqu'à Fourmies, Mondrepuis et.Hirsonà l'Ouest. Elle 
lançait elle-même des ramifications secondaires consi- 
dérables au-delà des rives de l'Oise {Isara, Eisa, Oesia), 
et jusque vers la Serre [Sara\ embrassant dans son éten- 
due les sources de ces deux rivières et de ses premiers 
aflBuents tels que la Serre, le Noirieu, la Brune 
(Bruna^ Bruina), la Haye (Haga), l'Endrie en Thié- 
rache, l'Helpe, le Ton, l'Aube, le Gland, dont les noms 
rappellent une étymologie forestière. Elle comprenait 
au Sud, les forêts secondaires de Signy, de Saint-Michel 



(() César, L. 4, C. 3. 
(2) iMd, L. 6, C. 83. 



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- 361 ~ 

qui ne sont séparées que par les cours d'eau des sources 
de rOise et ne font qu'un avec elle. On peut même 
regarder comme ses prolongements au Nord, la 
Fagne; vers TOuest la Haie d'Avesne, les forêts du 
Nouvion, d'Arrouaise, de Mormal, de Liessies et 
d'Audigny qui peuvent n'en être que des sections. Les 
masses boisées échappées aux défrichements et qui 
s'étendent de la Haute-Serre et du Ton jusqu'à Rumi- 
gny et Hannapes; les bois de Signy, de Saint-Michel, 
la Haie d'Aubenton, les bois de Foigny, de Thenailles 
etc., portent encore le nom général de Bois de Tié- 
roche. Anciennement on les appelait Taraschia silva^ 
Theras(^ia silva, Teoracia silva, silva Terassia^ selva 
Theoraiœ. S. Norbert étant à la recherche d'un lieu 
solitaire pour y établir une abbaye, Barthélémy de Vir, 
évêque de Laon, lui montra la forêt de Thiérache. «.... 
Illam nuxœimam diœcesis sw.e silvam qicœ vocatitr Ter- 
rasceay » et le conduisit à Foigny « ad locum qui Fuis- 
niacus vocatur » (1). 

11 n'est pas facile de déterminer l'origine de la dé- 
nomination du pogus Teoracensis, autour de laquelle 
les historiens locaux ont épuisé toutes les ressources 
de leur critique. On a voulu d'abord voir dans les 
habitants de cette contrée les Essui de César, et dans 
la contrée elle même la terre des Essuens terra Essuo- 
rum, dont on fit par abréviation dans la suite terra 
Essey et par corruption Terrasse, Terrache, et enfin 
Tiérache. Il n'y avait qu'un mot à répondre à ce trait 
d'érudition, c'est que les Essui des Commentaires, qui 
sont synonimes des Edui, ne faisaient pas partie de la 
Gaule Belgique et représentent les peuples d'Autun et 
de Sêez, chez lesquels fleurissaient la vigne etTolivien 
D'autres érudits, se reportant à une époque antérieure 



(I) Hermann. De mlmciiUf Saneim Maria LauduMnH%, L. S. 0. %, 
etc. H. 



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à la conquête, ont cra reconnaître dans Teracia on 
Teoracia, le Teos des Grecs qui aurait été honoré par 
les Gaulois dans la forêt primitive. Il est certain, il est 
vrai, que ces peuples, comme les Grecs et les Romain.i, 
divinisaient les eaux et les bois, et que par conséquent 
la forêt de Tiérache [Teoracia) a, pu être l'objet d*un 
culte de même que VArduenna, rAridagameniia, la 
Wodagia qui étaient personnifiées et symbolisées dans 
autant de divinités portant des noms antiques. Il en 
est aussi qui font dériver la Thiérache d'un Thierry, 
roi de Neustrie, qui, au vu* siècle, était maître de ce 
pays, frontière alors de son royaume, comme la Lor- 
raine a pris le nom de Lothaire, son possesseur, mais 
ce sont là de pures suppositions qui ne s*appuient 
même pas sur quelque bas3 fragile. La philologie en 
fournit une beaucoup plus ingénieuse à l'auteur de 
Vbssai sur Rozoy-sur-Serre, Thiérache viendrait, 
selon lui, de tier, bête fauve en langue franque et 
aujourd'hui encore en allemand, et aschen qu'un pro- 
nonce acherif chasser, expressions qui rappellent les 
habitudes de chasse des rois francs et les facilités 
qu'ils trouvaient dans la Tiérache pour s'y livrer (1). 
Nous n'opposerons à cette étymologie qu'une simple 
observation, c'est que, sauf Ghaourse, dont il est 
question sous Charles-le-Chauve, on ne voit pas que 
les rois des deux preiaières races aient eu de villas 
dans la Thiérache et que l'histoire ne dit pas qu'ils 
y soient jamais vod is chasser, comme à Compiègne, 
Kiersy, Crécy, Cuis^ , etc., villas placées dans de belles 
forêts. 

Quant à nous, nous nous rallierons à une autre 
opinion déjà ancienne sur laquelle il est utile d'insister. 
Selon toute probàbi ité, la forêt de Thiérache dut son 
nom aux défriche.nents dont elle fut l'objet et aux 

(1) BLl. du Vioc. dé laofi, par D. N . Lelong. 



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- 868 - 

terreins qu'elle laissa à découvert dans sa destruction : 
Terra assa^ Terra sarti, Terre brûUe^ Terrt de sart ou 
essartée^ mise à nu, mise eu culture par le fer et par 
le feu, dont on fit arec le temps Terr*ascha, Terracta^ 
Terrache et Thiérache, Ce qu'on ne peut nier c'est que 
le mot terra entre dans les diverses formes de ce nom, 
La foret d'Arrouaise {Aridagimantia), par l'ajjectif 
Arida, .n'a-t-eUe pas son origine dans Taridité du sol 
qu'elle avait couvert? La forêt Charbonnière (Carbona" 
ria) ne tire-t-elle pas la sienne de Tincendie qui en 
détruisit une partie? Le bénédictin Nicolas-le-Long, 
préfère cette t:t;mologie à une autre qui s'en rapproche 
et qui a moins de vraisemblance. Thiérache viendrait 
de Terr-assa ou Terra sicca. siccc ta, teire desséchée, 
brûlée par le soleil, à cause de Taiiditédu terrein qui 
prit la place de la forêt ; or, on sait que si le sol de 
cette contrée est en général, dans les plaines, sec et 
dur, il est néanmoins riche et vigoureux, et que, dans 
les parties arrosées par des cours d'eau, il forme d'op- 
pulents pâturages. 

Quoi qu'il en soit, il n'en reste pas moins avéré que 
làpagtis leoracensis doit son existence à l'éclaircisse- 
ment des bois antiques qui couvraient sa surface 
comme ceux de Brie, de Bresse, du Perche doivent la 
leur aux forêts de Brie, de Bresse et de Perche etc... 
€ Teoracia » est-il dit dans le livre des miracles de 
S. Théodulfe ou S. Thiou < vocabulum est cujusdam 
nominatœ silvi > (1). 

Une aulre partie de la forêt de Thiérache, le bois 
de Fagne, Saltus Faniœ, produisit aussi, par défriche- 
ment, un autre pagus secondaire qui paraît avoir 
appartenu à celui de Thiérache et qui est appelé tania, 
la Fagne, la Faigne et pagus Faniœ^ le pays de Fagne. 

(4) Géographie hittariauê wi adminMraOpe delà GauXê AomoiiM, mt 
M. Desjardini, t. !•', p SU. 



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— 864 — 

Ce mot ne viendrait pas de Fagus, hêtre, essence de 
bois dominante en ces quartiers là, ainsi qu'on pourrait 
le croire, mais de Fania, marécage, fange, mot ger- 
manique latinisé. Il y avait le Fagne et la Haute-Fagne. 
Entre deux larges bandes boisées qui touchent aux 
Ardennes vers Rocroy, et s'étendent du Nord-Est au 
Sud-Ouestjusqu'àla Meuse à Givet, s'est formée une 
longue clairière qui sépare, au Midi, le bois de Thié 
rache des bois de Fagne au Nord. C'est dans cette 
clairière que s'est formée le pagt4S Faniœ. La partie 
Ouest du bois qui avoisine Trélon, s'appelle Bots de la 
Fagne de Trélon. La Fagne est donc enveloppée de 
forêts. Out'^e Marienbourg, Trélon, Chimai, ses villes 
principales, elle fournit entre autres localités : Bossus- 
en-Fagne, Villers-en-Fagne, Sart-en-Fagne, Fagnolles, 
Moustier-en-Fagne, La Fagne, ferme voisine de Givet. 
On a quelquefois confondu la Fagne avec la Thiérache, 
comme celle-ci l'a été, quoique rarement, avec le Laon- 
nois pris dans sa plus grande étendue. 

César parcourut plusieurs fois les Ardennes et leurs 
divisions, Il dut pénétrer dans la Thiérache, car Ton 
sait, par ses Commentaires, qu'il remportât, l'an 55 
avant J.-C, sur les Nerviens unis aux Véromandues, 
une grande bataille, non sur les bords de l'Oise et dans 
un lieu peu éloigné de la ville de Guise, comme quelques 
auteurs l'ont avancé, mais sur les rives de la Sambre 
(Sabimjy du côté de Landrecies. Il n'entre pas dans 
notre sujet de traiter des antiquités celtiques et gallo- 
romaines que Ton rencontre en Thiérache, surtout du 
côté de Vervins; nous dirons seulement que cepagus fut 
traversé dans sa partie orientale par une voie solennelle 
allant de Reims à Bavai, et dans sa partie occidentale 
par des voies secondaires : que la forêt primitive déjà 
fortéclairciedu temps de César, ainsi que l'attestent un 
grand nombre de lieux aux racines celtiques, tels que 
Ferbinim (Vervins), Fara (La Fère), Novtomum (le 



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-. 865 — 

Nouvîon), Maria (Marie), etc., dut s'éclaircir de plus 
en pins dans les temps gallo-romains. 

C'est au commencement de cette période que le pa- 
gus Teoracensis et le paffus Laudunensis, enlevés à la 
cité des Suessions, allèrent renforcer la cité des Rèmes 
déjà fort étendue, et dont la capitale Durocortoruni, 
fut érigée en métropole de la deuxième Belgique. Il 
n'en devaient être distraits qu'au v* siècle pour former 
une nouvelle cité et un nouveau diocèse, celui du 
Laonnois L'attribution qne nous avons faite de la 
Thiérache celtique à la cité des Suessions, dont elle 
formait avec ses bois l'extrt^mité septentrionale, n'est 
pas plus nouvelle que sa distraction eu faveur des 
Rèmes. Nous ne reviendrons pas sur les raisons que 
nous en avons données en traitant des limites géné- 
rale de notre ancienne citée. Nous maintenons cette 
opinion que corroborera la description des frontières 
que nous attribuerons à la Thiérache, après avoir 
f^lané dans les textes les mentions historiques qui ont 
trait à ce pagus. 

Après le texte du livre des miracles de S. Théodulphe, 
disciple de S. Thierry et natif de Gronard on Thiérache, 
au v« siècle, que l'on vient de rapporter : « Teracia 
vocabulum est cujusdam nominatissimse silvœ^ (1). Le 
premier en date qui se présente est fourni par la Vie 
de S. Ursmer, abbé de Lobbes et évêque régionnaire, 
écrite, en 770, par Anson son successeur, et retouché 
par Rathère, évêque de Veroyia, vers 950. Il est ainsi 
conçu : « Urs^nariis episcopus^ iligyins laude bono7^umy 
in pago Ilaùiao et Teoracensis in villi quse vocata est 
Fleon oriioidus fuit ». (2). Floyon se trouve aujourd'hui 
en Hainaut, mais, comme on le remarque avec raison, 



(<) Adalg. Df mhaiu i.^ S, Hêodnlkpi 

(2) Boll. kcfo sanctoiiitn \f>riUt, l. 3. p. 630. De S. Urimaro epU- 
cûpoetabbate Lob, Vi:a auvt. Ans9ne abb. Lob, 



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- 366 — 

il faisait alors platôt partie de la Thiérache qui avait 
une plus grande extension de ce côté (1). Le légendaire 
ajoute : €per Usmarum, cum in partibics QcUlise, in 
Fania et Teoracia muUi per eum conversi fuissent et 
constructa quœ ad htic supersunt ecclesiœ, se ad proedt" 
candum Flandriœ contulit versus Menapiorum fines » 
(Gueldres) (2). Quelques uns appellent S. Ursmer : 
€ Apostolus Terasciorum Flandrensium et Menapir 
rum » (3). Falcuin, abbé de Lobbes vers DCCCXC, dit 
encore de S. Ursmer, qui mourut en 713 : « monaste- 
rium qujque dictum Vastare (Waster), versus Tcoror 
cix saltvtm in finibus Fanim œdificavit Ursmarus eux et 
Dodonem prœfecU virum admodum sanctum, qui ali- 
quaniisper ibi demoratus, eremum concupivit, extructa 
que in eodem Fanise saltu cellula^ vitam in ea duxit 
migelicam (4). 

Il faut arriver à Tépoque des invasions Normandes 
pour trouver une nouvelle mention de la Thiérache. 
Les Danois y pénétrèrent en 889, parla rivière d'Oise : 
< Anno Domini DCCCXXCIII Northmanni Ter- 
raciam iter agentes Hisam transierunt (5). Dans les 
siècles suivants, surtout à partir du xii*, la Thiérache, 
sous le nom de Terasca, figure dans une foule de Chartres 
et de titres qu'il serait superflu de signaler, mais l'indi- 
cation des lieux qui y étaient situés nous aidera puis- 
samment à en fixer l'étendue et les limites que nous 
avons déjà indiquées. 

Avant d'entrer dans la formation de l'évêché de 
Laon au v* siècle et jusqu'aux ix« et x* siècles la Thié- 



(1) tbid. 

(2) Ibid.ei Histor. des Gaules, t. f*'. p. 39. 
(.1) Hislor. des Gaules, iàid. 

(4) Falcuinu, DeGestis abbat. latt^. avant DCC. — Waster etl JTotu- 
iirr'tn-'Faigne, sur une petite rhière dont il prit le nom. 

(5) Chron, de Gestis Northmannorum et Annal. Sancli VedastitUnlor 
des Gaules, t. 8, p. 83. 



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- 367 - 

rache, qui paraît avoir toigours partagé le sort du 
Laonnois, devait avoir formé un comté particulier, 
mais souvent aussi confondu avec le comté de Laon. 
Selon un auteur, le comte Albert de Vermandois, outre 
son titre de comte du Laonnois, prit celui de duc de 
Thiérache où il possédait de vastes domaines et joua 
un rôle très-important dans les luttes qui signalèrent 
le règne de Louis d'Outremer. Ce serait aussi ce per- 
sonnage, qui n'est autre qu'Albert I, fils d'Herbert I, le- 
quel en 945, fonda, au village de Rochefort, dans la forêt 
de Thiérache, « in sattu qui dicitur Teracia > l'abbaye 
de Saint-Michel (3). On n'a recueilli aucun autre nom 

(8) GaU. ChrUt. t. 9, Eeel. Laudun. 

des comtes particuliers de la Thiérache. On sait seule- 
ment que, vers la fin des Carlovingiens, les comtes de 
Vermandois, et les comtes de Guise après eux y domi- 
nèrent. Elle se divisait en Grmdeet Fetile Thiérache, 
dont deux hameaux de Montmigny portent encore les 
noms, La Grande Thiérache était proprement le comté 
et le duché de Guise, et la petite les environs de Ver- 
vins. 

La Thiérache n'entra pas toute entière dans la cilé 
et dans Vévéchéàxk Laonnois. En dehors de cet arron- 
dissement, nous trouverons des portions de territoire 
assez considérables qui restèrent au Cambrésis et au 
Hainant, telle que Ja Faigne, et au Rémois tel que le 
doyenné de Rumigny , supposé que la Faigne en ait fait 
partie sur des points indéterminés. Ce ne dut être 
qu'assez longtemps après sa création que l'évèché de 
Laon fut divisé en deux archidiaconnés, celui de Laon 
et celui de Thiérache, Archidiaconatus Teoracencis. 
On suivit si peu, dans ce partage, les limites dos deux 
pagi, que le doyenné de Marie qui était de la Thié- 
rache, fi t attribué au Grand Archidiaconé de Laon. 
L'archidiaconé de Thiérache comprit donc dans son 
ressort les doyennés de Vervins, de Guise, de la Fère, 



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de Ribemont, de Crécy, d'Aubentoa et d'Origny-en- 
Thiérache, {Decanatus Ckrisiianiiatis de Orignaoo in 
Teràsça, 1223). Aucuq ne paraît avoir été calqué sur 
un paju^ inférieur. 

II arriva que, comme pour les autres grands pagi^ 
on plaça dans le Laonnois, ou diocèse de Laon, des 
lieux appartenant proprement à la Thiérache. Ainsi 
Charles-le-Chauve donna, en 845, à son cousin Nithard, 
des biens du domaine rojal à Hannape, près de Guise. 
qusa sita sunt inpago Lauduntnsi^ in villa Hanapiad). 
Le Laonnois est pris ici pour le diocèse de Laon, car 
Hannape dont il s'agit est de la Thiérache aussi bien 
que l'autre Hannape situé à l'extrémité Nord-Est de ce 
paqus dans le doyenné de Rumigny, et avec lequel il 
ne faut pas le confondre. 11 en est de même d'Autreppes 
et de Roubaix, donnés à Saint-Denis par le comte 
Altram, et que le diplôme de donation de 879 place m 
pago LaudwieiisiSj quoiqu'ils soient en pleine Thié- 
rache (2). On sait que Charles-le-Chauve avait donné 
également à ce monastère la chatellenie et les deux 
églises de Chaourse « Cadiissa villa in comilaiti Lau- 
dunen\i super fluviton Sarœ € où il était venu passer 
les fêtes de Pâques en 867 (3). Guibert de Nogent citant 
Guise dans livre De \'itaSxui (xir siècle), disait : Gui- 
sia hujus Laudtmensi pagi castellum; et enfin nous ci- 
terons une charte de 1118 extraite par M. Matton, 
archiviste de l'Aisne, du catalogue de Jourvensault, 
où Hauteville, près de Guise, est placé dans le même 
Laonnois : « Terra in pago Laudunenti sita^ in loco 
qui dicitur Altavilla » (4', 



I) Flod. Chronic. L. 3. Chronic. veterum scriptorum. {î. f des 
Histor. de Frtncey.D Martene, AmplUt. CoLlect. t. f%Gol. 109. 
(3) niti. de Saint-Detm, L. S, p. 98. 

(3) If'id, p. 802, aux preuves. 

(4) Viet. topog de V Aisne, art. HauUville. 



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- 369 - 

La Thiéraohe eut-elle une capitale dans les temps" 
anciens et quelle fut cette capitale? G*est encore là une 
de ces questions auxquelles il est difficile de répondre. 
On peut néanmoins regarder Guise comme ayant dû 
être l'oppide principal de l'antique pagus, à cause du 
rôle éminent que cette ville a toujours joué dans la 
province dont elle a de tout temps revendiqué le titre 
de chef-lieu, qui du reste lui a été généralement ao- 
cordé. Guise {Ouisia, Ousia), selon plusieurs auteurs, 
dériverait, ainsi que Guise, Cuisy, Coucy et leurs con- 
génères, Coy, Choisy, de cuUura, cuUum, colère^ 
c'est-à-dire d'une culture ou métairie primitive créée au 
milieu des bois. 

Quant à Vervins, auquel on ne peut refuser une an- 
tiquité autrement certaine, on le regarde comme la 
ville principale de la Petite Thiérache. Le nom latin de 
Vervins, Verbintmi, a donné lieu à plusieurs coniec- 
tures étymologiques que Ton peut voir dans l'intéres- 
sant Mémoire de M. Papillon sur les origines de Ver- 
vins. Verbinum n'a-t-il pas pour préfixe le terme gaulois 
ver qui s'écrit également ber et signifie toujours, ainsi 
que briva, un pont, un gué, le passage d'une rivière, 
d'un ruisseau, et qu'on fait suivre d'une terminaison 
latine caractéristique? Telle est toujours la situation 
des lieux qui dans leur nom contiennent cette racine : 
les Bemi {Ber-neium^ Ber^fiada) les Vemeuil (Frr-wo- 
lium), les Bemeuil (Ber-nogilum), Ver (palatium Ver- 
num)^ Verberie (Ver-bria), les Bar, sur Seine, sur 
Aube ; le Pont de Bem, Pont-à-Ver, le Pont-Ver, etc., 
etc. L'antique cité de Ver-àinvun, établie sur le 
ruisseau de Ghertemp, ne serait remonté que plus 
tard sur la colline où on la voit aiyourd'hui, et sur- 
tout à la suite de la construction du château par les 
sires de Goucy, au xn« siècle (1). Le passage en ces 

(I) la TkUraeKe, p. I7« 

47 



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- 870 - 

lieux de la voie romaine de Bavai à Reims, sur le Cher- 
temp et le Vilpion, ne justifle-t-il pas surtout l'étymo- 
logie que nous donnons à Verbimim ? Quoi qu'il en soit, 
cette ville représente incontestablement le VerbinumùQ 
l'Itinéraire d'Antonin (écrit Vironum dans la Table 
Théodosienne), placé sur la route de Reims à Bavai, 
dont les stations s'échelonnaient ainsi à partir de cette 
dernière ville: Bagaco {Bagaco Nerviorum, selon la 
Table) ; Duronum (la Capelle ou Dorengt) ; Verbinwn 
(VerviDs), Cattisium (Chaourse) ; Minaticum {Ninstiaci 
ou Nmittaci), Nisy-le-Comte ; Mueima (ou plutôt 
Aicxuenna (l'Aisne à Neufchatel) ; Durocortorwn (ou 
Diirocortora), Reims. 

N Sanson attribue Verbinum aux Suessions, et un 
autre géogiaphe désigne ainsi cette ville : Verbinum 
Siœss'onum oppidum. C'est sans Joute d'après l'opi- 
nion de Danville, qu'an écrivain avance que lors de la 
distribution des Gaules sous Gratien, au iv« siècle, 
Verbinus fut attribué aux Véromandues, dans la Bel- 
gique seconde, tandis que Duronum (Dorengt), au Nord 
de cette ville, fut annexé aux Nerviens el Catusium 
aux Rèmes; mais cette opinion, que rien ne justifie, ne 
peut eîro admise. 

Guér.ird, s'autorisant d'un texte qu'il interprète 
d'une aanière fautive, avance, dans ses Divisions an- 
ciennes de la Gaule, que le doyenné de Vervins s'était 
formé sur un prrçus, ou pagellus Yerbenensis, subdi- 
vision de la cicUa'n Laudui'asis. Ce texte, extrait 
d'un diplôme de donation, est ainsi conçu : « in pago 
« Verbonense, in fine Inguriaca, vel in Fracelense, in 
« fine Dodiniaca (1). » Mais, dit avec raison M. Des- 
noyers, l'attribution de ce pagus Verboaensis à Vervins 



(t) De re diplom. p. «26. 



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- 371 - 

et des autres noms latius à des localités des environs 
de cette ville offre trop de difficultés, ou même d'in- 
vraisemblances, pour qu'on doive s'y arrêter. 

Avant d'entrer dans la question des limites natu- 
relles et des limites administratives de la Thiérache, il 
importe de dire de quels peuples ou peuplades était 
entouré cepogus. Limitrophe au Midi du iaudunensis^ 
il 1 était à l'Ouest, sur une faible partie, du Novio- 
mejisis et surtout du Viromandensis. Au Nord, il con- 
finait au pagiis Snnbrensis (pays de la Sambre), au 
pagits Hainoemis (Hainaut), au pagus Cameracefists 
(Cambresis), qui avalent fait partie de la cité des Ner- 
viens ; à TEst aux Ardennes et au pagta Portensis (le 
Porciens lesquels appai-f^naient aux Rèmes, 

Les limites naturelles de la Thiérache étaient, au 
Midi, la Serre qui la séparait du Laonnois ; l'Oise, ou 
plutôt la vallée de l'Oise qui la séparait du Verman- 
dois et du Noyonnais et lui formait une sorte d'enca- 
drement. Au Nord, au Nord-Est et à l'Est, ses frontières 
plus indécises s'arrêtaient aux masses forestières des 
Ardennes et de Thiérache, celle-ci s allongeant vers le 
Porcien du côté du Sud, Dans sa plus grande exten- 
sion de ce côté elle embrassait les sources de l'Oise et 
de ses affluents, c'està dire le haut bassin de cette 
rivière. Elle prenait les sources du Ton à la Neuville- 
aux-Tourneurs ou en Thiérache, à Auvillers, à Antheny 
ou aux bois de Liart. proche voisin de Ogia ou Auge 
que, selon D. Noël, on s'accorde à placer sur les limites 
méridonales de la forât de Thiérache. Elle renfermait, 
au-delà de Rumigny, celles de l'Aube avec Aoust, la 
Serlau et peut-être Estrebray et Plaigne ; celles de la 
Serre à la Ferrée, du Hurtaut, affluent de celle^i, le- 
quel longe le bois d'Apremont pour la séparer ensuite 
du Porcien, puis du Laonnois jusqu'à Montcomet où 
la Serre devient la ligne séparative. 



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- 372 - 

La chaîne secondaire des hauteurs boisées détachées 
des Ardennes, remontant au Nord pour former ensuite 
autour delà Thiérache ce demi-cercle dont il a été parlé 
précédemment, sépare d*abord le bassin supérieur de 
rOise et de ses aflBuents coulant de l'Est à l'Ouest, du 
bassin de la Meuse dont les affluents sortant du côté 
opposé, coulent de l'Ouest à l'Est, tels que TAndrlequi 
part de Marlemont et de Liart, la Sermonne qui vient 
des bois d'Auvillers. Cette chaîne passant ensuite au 
Nord de la Capelle et de Wassigny, sépare du cours 
de rOise et de celui du Noirrieu, son tributaire qui coule 
du Nord au Sud, les sources de la Sambre et de la 
Somme, et continue dé longer la rive droite de l'Oise 
jusqu'au-delà de Noyon pour se diriger à l'Ouest vers 
Beauvais. 

La Thiérache primitive subit dans le cours des t^^mps 
des empiétements de la part des pagi ses voisins au 
Nord surtout de la part de coux des Ardennes, du Por- 
den et du Hainaut, d'où vint la division en Thiérache 
française, en Thiérache flamande et en Thiérache 
ardennaise. La Fagne lui a été enlevée par le Hainaut, 
et le doyenné de Rumigny (Decanatus de Rumigny in 
Terasca) par le Porcien. Ce doyenné, pris sur la Thié- 
rache ardennaise, faisait partie du Grand Archidia- 
conné de Reims, Ruminiacum (Rumeigny-en-Tiérache 
au xii« siècle), existait avant le viii* siècle, puisque 
S- Rigobert, archevêque de Reims, consacra son église. 
Il possédait d'ailleurs une forteresse au ix« siècle. La 
Thiérache et la Fagne avaient des villages qui appar- 
tinrent à la Belgique, tels que Bourlers, Forges, 
Virelles, Bonchamp, la Bussière. Saint-Remy, Mont- 
migny, Salles, etc. Le Hainaut belge comprit la partie 
occidentale de la Thiérache ; Perche et Bossus-eii-Fai- 



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- 373 - 

gne, dit D. Noël, doivent aussi être attribués à ce 
district de la Thîérache (1). 

En prenant les localités les plas excentriques parmi 
celles placées par les titres, les cartes, la tradition et 
l'usage dans la Thiérache, il sera facile d'arriver à 
retrouver l'arrondissement de l'ancien pagus. La ligne 
formant son circuit prendrait, au Midi, La Fère, 
Crécy-sur-Serre, Marie, Montcomet et Rosoy en Thié- 
rache (1233-1574), en suivant la Serre, puis le Hurtaut 
où elle prendrait Rocquigny en Thiérache et la Férée 
à sa source; elle gagnerait le cours supérieur de 
l'Aube à l'Est, prendrait Âoust, la Cerlau et Bossus, 
tous trois dits m Thiérache; gagnerait les sources du 
Ton, prendrait Auvillers, Neuville et Auge en Thié- 
rache, Signy-le Petit en Thiérache (1218), Breugnon, 
sis au milieu de la forêt de Thiérache ; elle s'avance- 
rait vers Avesnes, prendrait Tesnières en Thiérache, 
Floyonen Thiérache, Aubenton, Saint-Michd w Tiéra- 
che {Terrace^îsis^ xii* siècle), Irson en Tiérache (1323), 
Rocquigny en Thiérache [villa in Terasca nomine Ro- 
cheni, 1140), le Nouvion en 2%iVfracA^ avec sa forêt 
{Novionwin Terrassia, 1298), Bei^ues en Thiérache 
(1134) sur le Noirrieu, Oisy en Thiérache (in Terasca 
Landunefisis dicecesis, 1325), Wassigny en Thiérache. 
Enfin, descendant vers l'Oise, la ligne prendrait Les- 
quielles en Thiérache, Guise en Thiérache, Origny, Ribe- 
mont, et rejoindrait La Fère. Le vieux géographe Or- 
telius étend la Thiérache au-delà de la rive de l'Oise, 
au-delà même de sa vallée et lui donne « Dorengt, Han- 
nape, Oigny, Vaux-en-Arrouaise, Bohérie, Vadencourt, 
Seboncourt, Grugis, Essigny-le Grand, Mont-Begny, 
Montigny, Mézières, la Fère, > et la pousse jusque vers 



(f) Notes pour servir à V isloire des commanes de rarrondissenienl de 
Rbetel, par D. Noël, bénéfîicUn de Solesnes. Echo de GIvet, numéros 
des 10 Octobre, 14 Novembre. 12 Décembre IW5, et2f Mars 1876. 



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-- 374 - 

Genlis* Nous ne croyons pas qu'elle ait dépassé, de ce 
côté, la vallée de l'Oise, ni surtout la série des hauteurs 
que nous avons signalées. Il serait inutile d'énumérer 
les nombreuses localités renfermées dans le cercle que 
nous venons de tracer et qui sont, comme les précé- 
dentes, placées en Thiérache. Nous ajouterons seule- 
ment qu'en dehors de cette ligne, tous les autres lieux, 
sauf ceux de la Fagne, appartiennent aux p'/^i voisins, 
ou du moins ne portent plus la désignation en Thié- 
rache, mais celle-ci : en Vermandois, en Gambrésis, 
en Porcien, en Laonnois, etc. (1). 

Les limites de la Thiérache, que nous appellerons 
ecclésiastique et administrative, sont indiquées par 
celles mêmes du diocèse de Laon et telles sans doute 
qu'elles avaient été fixées par S. Remy lorsqu'il érigea 
le diocèse de Laon avec le Laonnois et la Thiérache. 
La ligne diocésaine partant du Nord-Est et du ruis- 
seau de la Sambre, qui la séparait du Gambrésis, lais- 
sait à celui-ci Saint-Souplet, Fontenelles, Papleux, 
Barsy, Fémy, Molin, Ribeauville, Saînt-Martin-Rivière, 
Vaux-Andigny, Wassigny, Béquigny et Escaufourt, 
Aubencheul-au-Bois, Bohain, Bony, le Gatelet, Gouy, 
Lempire, Prémont, Serain et Vendhuile, enfermait le 
Nouvion, Rocquigny, Glairfontaine jusqu'à Notre-Dame 
du Gland, descendait la rive droite du Noirrieu et celle 



(I) Voici les bourgs et viUages situés dans l'intérieur des frontières que 
nous avons données à la Thiérache : Biaye-en -Thiérache, (Braium <n Te- 
rascoy 1144); Brunhainel en -Terrasse ou ThirasseiBucilly en Tiérache;la- 
Ghapelle-eu-Thiérache;Chéry-en-Thierache, {in Theroica, l3IO);CuirT-en 
Thiérache 1398; DoligDOo en-Thiérache; Esquehéries, ((?M^/U»ri<-€ii- TAtfe- 
rasae)) Archonen-Thiéras.se, 1464; Baucigny-en-Thiérasse ; Bermont-en- 
Thiérache; Bohaing-en-Thiérar.he, 1296;Foigny en- Thiérache; G roogiar«n- 
Thiérache; Harcigny-en-Thiérache; Iviers-en-Thlérache fSvîl; Janles-en- 
Thiérache 1671; La Hérie-en> Thiérache; Landouzis-en- Thiérache; Morgny- 
en-Thiérache, (m Terasca, 1225); Moranzy-en-Thiérache; Montreuil, 
iMona^tetium ki Therosca, 1236): Montloué-eu-Theraisse; Noircourt-en- 
Thiérache: Origny-en-Thiérache (m Therasca^; Pritz ou Prices-«a -Thié- 
rache ou lès Gronard, «527; Puysieux-en-Thiérache (PuteoUs in The- 
rahcah Ribemont-en-Thiérache, etc. Voyez, pour tous ces noms^le Dic- 
tionnaire Topographique de l*Aisne, par 'A. Matton. 



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- 375 - 

de rOise jusqu'à La Fère, renfennait à l'Ouest Verly, 
Aisonville, Longchamp, Bernot, Neuvillette, Thenelles, 
Sissy, Maizières, La Fère, Viry, et laissait Chaiiny au 
Vermandois (diocèse deNoyon), prenait au Midi Uouy, 
Saint-Gobain et une partie de la forêt de Voas, tra- 
versait les bois de Prémoatré, remontait Ters le Nord 
jusqu'à Barenton, prenait llosoy, Montcornet, Apre- 
mont, Brunehamel, Aubenton, et laissait Brienne et La 
Neuville-aux-Joùtes auLaonnois; allait de là rejoindre 
la frontière du Nord à Notre-Dame du Gland, près des 
sources de l'Oise, et laissait Lagny, du doyenné de 
Rumigny, au Rémois. Son étendue en tous sens était 
de 12 à 15 lieues selon les uns. et selon les autres de 
17 ou 18 lieues de long sur 9 à 10 de large. Elle avait 
perdu Marie et son doyenné qui dépendait de l'archi- 
diaconné de Laon ou Laonnois proprement dit. 

Ce que nous avons dit de la Thiérache dans cette 
étude suffit amplement pour donner une idée de l'as- 
pect physique de cette contrée, qui, à partir surtout de 
la Serre, sa limite méridionale, est tout différent de 
celui du Laonnois. La Thiérache se compose, ainsi 
que la Brie, do grands bois, de terres cultivées et de 
pâturages, mais les premiers y dominent dans le Nord. 
Sur sa surface et surtout dans les forêts sont dissé- 
minés de nombreux hameaux, des habitations. isolées 
construites en bois, en terre et en briques. On y fa- 
çonne encore aujourd'hui toutes sortes d'ustensiles en 
bois, et l'industrie vannière. celles du verre et du fer, 
perdues pour la Brie, y sont en pleine prospérité. Les 
habitants de la Thiérache se distinguent de ceux des 
contrées voisines par leurs mœurs, leurs goûts, leurs 
habitudes et tranchent sur eux par leur langage. Cette 
différence de patois et d'accent est extrêment sensible 
du côté du Laonnois, mais surtout au Nord, du côté 
du Cambresis, et à l'Est, du côté du Porcien et des 
Ardennes. On peut aisément en faire une expérience 



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- 376 - 

personnelle en passant seulement des environs de 
Guise à Cati.lon et au Gâteau, par exemple, où on en- 
tend le cambrësien, ou des environs de Vervins et 
de Rosoy, dans le département actuel des Ârdennes, 
où se fait vivement sentir Tidiome ardennais. 

Nous terminerons ce mémoire, comme nous Tavons 
commencé, en déclarant de nouveau, après Adrien 
Valois : que « nous sommes bien loin de le regarder 
comme exempt d'erreurs » Aussi avons nous été en 
récrivant très-sobre d'affirmations. En tout état de 
cause, si nous nous sommes trompé, on voudra bien 
reconnaître que c'est le plus souvent à la suite de 
maîtres habiles, d'écrivains judicieux, et d'éminents 
critiq jes.Nous en citerons entre autres deux exemples : 
avant d'avoir pu jeter les yeux sur r Histoire de César ^ 
par Napoléon III, nous avions donné à la cité gallo- 
romaine des Suessions une étendue bien plus vaste que 
celle qu'on lui attribue ordinairement. Or, l'auteur 
avance qu'elle devait avoir à peu près l'étendue du 
département de l'Aisne. Nous avions soutenu que les 
Meldi des Commentaires étaient les mêmes que les 
Meldes des bords de la Marne, et le même historien 
déclare qu'il ne faut pas les chercher sur les bords de 
la mer, du côté de Boulogne, mais sur ceux de la 
Marne ; on pourrait se tromper en moins bonne com- 
pagnie. 

ERRATUM. 

Nous ne relèverons dans notre travail que quelques 
fautes typographiques. On lit à la fin du chapitre re- 
latif au pagvs Tardinisus^ p. 101 : 

« Le Tardenois rémois soissonnais, représenté par 



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- 877 - 

le sdoyennés de Bazoches et de Fère, était séparé du 
Tardonois par une ligne...» 11 faut lire : « Le Tardenois 
Soissonnais... était séparé du Tardenois rémois par 
une ligne... > 

Lisez, p. 294 « latinum qui a pris le nom du peuple 
Melde en passant par Meltis, Melcis et MilUianus , 
termes latins du moyen-âge, a fait Meaux le Mul- 
cien. » 

A la page 296, lisez « ..eji^que germantes Rado. > 

A la page 337, lisez Rossontetisi au lieu de Rostensi, 

A la page 349, lisez « ...vtllam Augustam in page 
Porcensi)^ et « Archias in pago Porcensi... » au lieu 
detnpago Porcenis. 

A la page 363, lisez silva au lieu de silvi. 

A la page 365, 22* ligne, supprimez le point après 
silvœ et lisez silvœ, le premier... 

Nous réclamons l'indulgence du lecteur pour les 
autres imperfections qu'il pourrait encore rencontrer 
dans une étude, qui, par la nature même du sujet, et 
les nombreuses citations qu'il comportait, n'a pas été 
sans offirir bien des difficultés. 

La séance est levée à 5 heures. 

Le Président, De la Prairie. 
Le Secrétaire, l'abbé Pécheur. 



Ai 



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LISTE 

DES MEMBRES DE LAfSOCIÉTÉ ARCHÉOLOGIQUE, 

HISTOBIQtJB 'BT SCIBNTIPIQUB DB SQISSONS 



1876. 



Bureau. 



MM. Db la Praibie, Président. 
PiBTTB, Vice-Président. 
PÉCHEUR, (l'abbé), Curé de Crouy, Secrétaire. 
Branchb db Flavigny, Vîce-Secrétaire-Archiviste. 
Collet, Secrétaire de la Mairie de Soissons, 
Trésorier. 

M embreii titaiaireii. 

MM. 

1847 Db la Prairie, Propriétaire à Soissons, Chevalier 
derOrdre pontifical de S^r^ire-le-Orand. 

1847 Fossé d'Arcobse , Présideirt du Tribunal de 
Commerce^ ^. 



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1847 Perin (Charles), Juge honoraire, Officier d'Aca- 
démie. 
1849 Branche de Flavigny, Propriétaire à Soissons. 
1849 Fleury (Edouard) , à Laon, * 

1849 Matton, Archiviste du département, à Laon, 

Officier de T Université. 

1850 AuGER, Avoué à Soissons, Officier d'Académie. 
1850 Pécheur (l'abbé), Curé de Crouy, Officier d'Aca- 
démie. 

1850 Watelet, ancien Professeur à Soissons, Officier 

de l'Université. 
1856 SiEYÈs (le comte), au château de Chevreux. 
1859 Choron, Avoué â Soissons. 
1859 Vuaflart, ^, rue La Tour-d'Auvergne, 36, à 

Paris. 

1863 Laurent, Professeur de dessin à Soissons, cor- 

respondant du Ministre de l'Instruction pu- 
blique. 

1864 Macé, Architecte à Soissons. 

1865 Delaplace (l'abbé). Aumônier de Saint-Médard. 
1867 MiGNEAux, Principal du Collège de Soissons, 

Officier de l'Université. 

1867 Deviolaine (Emile) , Manufacturier à Vauxrot. 

1868 DupuY (l'abbé). Supérieur du Séminaire Saint- 

Léger, à Soissons. 
1868 PÉRONNE (l'abbé), Chanoine de la cathédrale à 
Soissons. 

1868 PiETTB (Amédée), Propriétaire à Soissons, Offi • 

cier d'Académie. 

1869 FoRZY, Notaire à Soissons. 

1869 Waddington, Membre de l'Institut, député de 
l'Aisne, à I a Ferté-Miîon. 



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- 381 — 

1869 Truchy,' Architecte à Soissons. 

1871 RiGAUx, Eugène, Propriétaire à Soissons. 

1871 Salingre, Artiste Peintre à Soissons, 

1871 Collet, Secrt^taire de la Mairie à Soissons. 

1871 Deschamps, Maire de Pasly. 

1872 De Courval (le vicomte de), à Pinon. 
1874 Michaux, Imorimeur à Soissons. 

1874 Gheerbrandt, Sous-Préfet de rarrondissement 

de Soissons, Officier d* Académie. 

1874 Leroy (l'abbé). Curé de Presles-etrBoves. 

1874 Brancourt (l'abbé), Curé de Fluquières. 

1874 Salansôn, Juge de paix, à Villers-Cotterêts 

1874 Lbgris, Conseiller général, à Vailly. 

1874 Marsaux, Conseiller général, à Vic-sur-Aisne. 

1874 Palant, Curé de Cilly. 

1874 Salleron (Henri), Maire de Soissons, ^. 

1874 MoREAu (Frédéric), Propriétaire, *, à Fère. 

1875 Ferrus, Receveur des Finances à Soissons, 

Officier de l'Université. 
1875 CoRNBAux (l'abbé), Curé de Longpont, Officier 

d'Académie. 
1875 Leroy (Octave), propriétaire à Soissons. 

1875 Lhotte, Conducteur des Ponts-et-Chaussées. 

1876 Monseigneur Odon Thibaudibr, Evêque de Sois- 

sons et Laon. 
1876 Fernand de Montesquiou, Conseiller d'Etat à 
Longpont. 



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- 882 — 

Vembre» corre«poiMlcuDit«« 

MM. 

1847 PoQUBT (l'abbé), Chanoine, Curé de Berry-au-Bac. 

1847 Clouet, propriétaire à Vioâur-Âisne. 

1847 SouuAG-BoiLBAu, Propriétaire à Château Thierry. 

1848 Delsart (rabbé), curé à Âizelles. 
1848 PBTrr (Victor), Artiste à Paris 

1848 DucuBSNB, ancien maire à Vervins. 

1849 DuQUESNBLt Membre de TAcadémie de Reims. 
1849 PisTOYB (de), à Paris. 

1851 Adam, Médecin à Montcomet. 

1851 Leroux, Docteur en Médecine, à Corbeny. 

1852 Parizot (l'abbé), Aumônier de l'Hôpital à Laon. 

1853 Peioné-Dblaoourt, Manufacturier à Ourscamp. 
1856 PiLLOT, Agent- Voyer, à Saint-Quentin. 

1856 TouRNEux (Joseph), Directeur du CoÛ^e de 

Vervins. 

1858 SomE!i (Léon), anciec Préfet, à Paris. 

1858 Flobftrt, propriétaire au Thiolet (Autrôchee). 

1859 Coûtant (Lucien), à Paris. 

1860 Mazure, ancien maire, à Braine. 

1861 CoRBLET (Jules), Directeur de F Art Chrétien, à 

Amiens. 

1861 Vertus (de), maire à Brécy. 

1863 Doublemart, Statuaire à Paris. 

1863 De Marct (Arthur), à Compiègne. 

1863 De Pomper y, propriétaire, à Ciry-Salsogfne. 

1863 Plonquet, Propriétaire à Coincy. 

1863 Mors AUNE, Architecte, à Château-Thierry. 



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- 388 .- 

1 865 Hachette, Ingénieur en chef à Chdteau-Thierry . 

1865 Martin-Marville, Propriétaire, à Trosly-Loire. 

1868 Noue (de), Avocat à Malmédy. 

1869 Cheryin, Directeur de l'Institut des Bègues, à 

Paris. 

1869 Piette, Edouard, Propriétaire à Vervins. 

1869 Papillon, Propriétaire à Vervins. 

1871 Miller, Membre de l'Institut, à Paris. 

1853 Baebey, ancien Notaire à Château-Thierry. 

1853 Gomart, Charles, à SIrQuentin. 

1 871 Montaiglon (de) Professeur à l'Ecole des Chartes. 

1874 Cesson (Victor), Artiste Peintre, à Coincy. 

1 874 Angot (l'abbé), Curé-Doyen , de Villers-Cotterêts. 

1874 Pignon (l'abbé). Curé de Mons-en-Laonnois. 

1875 Jacobs (Alphonse), Attaché aux Archives de la 

Belgique. 

1876 Morillon, Membre de la Société de l'Histoire de 

Paris et des villes de France, à Paris. 



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TABLE DES MATIÈRES 

CONTENUES DANS LE SIXIÈME VOLUME 

{» série) 

OU BULLETIN DE LA SOCIETE ARCHEOLOGIQUE 

HISTORIQUE ET SCIENTIFIQUE DE SOISSONS 



AixmPjË i9Ye. 



PREMIÂRE 6ÉÂNGB, 

Lundi 7 Janvier 1876. 

Renouyellement du bureau pour 1876. ... 4 

Rapport du Président sur les travaux de Tannée 6 

Compte-rendu par le Trésorier, de la situation finan- 
cière de 1876 13 

Proposition d'une étude à faire sur le groupe litté- 
raire connu dans le pays sous le nom de Société 
de Vauxbuin 13 

Haches en pierre, offertes au Musée par M. de Li- 
niàres, Lieutenant-Colonel du 67* de ligne . . 14 

Lecture d'une notice imprimée de M. de M ortiliet sur 
les Sépultures du Caranda 14 

Mémoires sur Tàge du bronze dans le département de 
TAisne, par M. Wateiet 15 



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- 886 — 

DEUZISME 8ÉANCB. 

Lundi 7 Février 1876. 

Renseignements relatifs aux états généraux deman- 
dés par le Comité des Travaux Historiques . 34 

Essai sur la Boucherie et les Bouchers de Soissons, 
par M. Biscuit 35 

TROISIBMB siANGK. 

Lundi 6 Mars 1%16. 

Désignation des membres qui doivent représenter 
la Société au prochain congrès des Sociétés sa • 
vantes 52 

Communication de M. Michaux au sujet des fouilles 
de Carauda et de la Sablonnière 52 

La Paix de Crépy, mémoire sur le lieu où cette 
paix a été signée, par M. Michaux 53 

QUATRIEME SÉANCE. 

Lundi S Avril 1876. 

Nomination de M. Lhotto comme membre titulaire . 68 

Echange de communications avec la Société des 

Antiquaires du centre, à Bourges .... 68 

Mémoire de H. de la Prairie sur une médaille offerte 

en prix à l'Académie ic Soissons, par M. de L-îu 

brière, Evèque de celte ville . . • . . 69 

Ossements de Rhinocéros et de Lophiodons, trouvés 

à Oisy 70 



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- 387 - 

CINQUIÈMS SÉANCB. 

Lundi i-' Mai 1876. 

Echange des publications de la Société contre les 
Archives générales du département du Nord . . 72 

La Société décide qu'elle visitera celte année le Châ- 
teau de Fère-en-Tardenois et l'emplacement des 
Sépultures du Garanda et de la Sablonnière . 72 

Proposition de pratiquer des fouilles sur remplace- 
ment du camp de Pommiers et des Grottes de 
Pasly, ainsi que sur le gisement d'Aisy-et-Jouy. 72 

Notice biographique sur Ange Tissier, peintre Sois- 
sonnais qui vient de mourir à Nice» par M. Tabbé 
Pécheur 7Î 

La fin de l'Abbaye de S. Yvod, de Braine, par M. 
Gollet 75 

SlXlillB SiANGB. 

Lundi 6 Juin 1876 

M. Moreau se charge de diriger l'excursion de Fère 
et de Garanda 104 

Rapport de M. de la Prairie sur la Vie de S. Rigo- 
i»ert , Archevêque de Reims , par M. i'Abbé 
Poquet 105 

SBPTiiMB SÉANGB. 

Lundi S Juillet 1876. 

M. Horeau offre pour le Musée divers objets in- 
téressants provenant des fouilles de Garanda et de 
la Sablonnière 100 



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-- 388 - 

Rapport sur l'excursion de Fère^ de C&randa et de 
la SabloQQiére par M. Michaux 109 

Description de quelques médailles romaines trou- 
vées à Caranda et à la Sablonnière par M. Lhotte. 1 17 

HUITIÈME SÉANCB. 

Lundi 7 Août 1976. 

Allocation de 800 francs accordée à la Société par 
M. le Ministre de Tlnstruction publique. • 122 

Communication faite à la Sorbonne, sur les osse- 
ments fossiles d'AJzy-et^ouy, par M. Watelet. 122 

Note de M. Branche de Flavigny sur une cloche de 
la commune de Meillant, près Bourges, baptisée 
par M. de BrichanteaUi évèque de Laon. . 123 

NBUTIÀMB SÉANCE. 

Lundi S Octobre 1876. 

M. Morillon, membre de la Société de l'Histoire de 

' Paris et de l'Ile-de-France, est nommé membre 
correspondant . 126 

Allocation de 200 francs accordée a la Société par 
le Conseil général de l'Aisne 126 

Echange de publications avec la Société archéolo- 
gique de la Haute-Garonne 126 

M. Branche deFlavigny offre pour le Musée un grès , 
à empreintes de fougères 127 

Mort de M. Biscuit, membre titulaire* ... 127 

Inscription funèbre de Jean Racine et de Simon de 
Matiffas. Extraits des inscriptions de la France, de 
Guilhermy 127 



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- 889 — 

DIZIÈMB SEANCE. 

LuDdi 6 Novembre 1876, 

Médaille romaioe trouvée à Bucy-le-Long, offerte 

au Musée par M. Bâillon 196 

Discussion sur la disgrâce de Racine . . . 136 
Note sur une tapisserie du Musée de la manufacture 
des Gobelins, représentant le martyre de saint 
Cri^pin et de saint Grépinien, par M. De La Prairie 137 

ONZIÂMS SlANGB. 

Lundi 6 Décembre 1876. 

Monseigneur Odon Thibaudier, évoque deSoissons, 
et M. le vicomte Fernaad de Montesquieu» 
conseiller d'Etat, sont reçus membres titulaires. 140 

Echange de publications avec la Société belge de 
géographie et la Société des Lettres, Sciences 
et Arts de TAveyron 140 

Notice sur les pierres tumulaires des églises de 
Chaudun, de Vierzy, par M. Piettd. ... 144 

Mémoire sur la citô des Suessions, par M. l'abbé 
Pécheur. . ' 165 

Divisions de la Gaule avant Gésar 167 

I^ Givitas Geltique 168 

Le pagus Celtique 170 

Divisions de la Gaule après César 177 

I^a cité gallo-romaine 18 j 

Le pagus gallo-romain 181 

Divisions de la Gaule après Tinvasion des barbares 184 

La civitas mérovingienne et carlovingienne 185 

Les pagi mérovingiens et carlovingiens 187 

Le pagus et le comiiaius mérovingiens et carlovingiens 191 
Moyens de reconnaître les anciennes divisions de la Gaule 

et de fixer leurs limites 202 

I a cité des Suessions 216 



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